‹ L'évangile selon LucChapitre 55 sur 80 · LXI. Leçons aux disciples · texte numérisé non relu

LXI. Leçons aux disciples

Lf' s sentences sur le scandale (xvii, i-a), le pardon (xvii, 3-4), la foi (xvi, 5-6), le devoir (xvii, [^-lo), qui précèdent l'histoire des dix lépreux (xvii, 11-19), n'ont pas grand lien entre elles, et c'est probablement l'évangéliste qui les a ainsi rassemblées. La comparaison avec Matthieu (xviii, 1-21) donnerait à penser que les sentences concernant le scandale et le pardon voisinaient dans le recueil de dis-

422 Lcc, x\ii, J-2

^^^^ El il (lilàses {lisci^)les :

« Il est impossible que les scandales n'arrivent pas ; mais malheur à celui par qui ils arrivent ! 2 Mieux vaudrait pour lui que pierre de meule lui fùl attachée au cou, et qu'il fîit jelé a la mer, que de scandaliser uîi de ces petits.

coui's avec la paral^ole de la Brebis perdue. Du tout notre auteur a fait une instruction qu'il dit, à raison du contenu, adressée aux disciples, et, à ce qu'il semble, aux disciples seuls.

Comme l'averlissement contre le'scandale des petits se trouve dans les trois synoptiques, et la remarque générale sur la nécessité des scandales seulement dans Matthieu et dans Luc, on admet volontiers que la source de l'avertissement est Marc, et celle de la i-emarque générale le recueil de sentences. Le plus probable est que remarque et avertissement étaient associés déjà dans le recueil de sentences : Marc aurait laissé tomberlaremarque générale, que Matthieu, suivant Marc, a fait passer après l'avertissement. — « Et il dit à. ses disciples : « Il est inévitable que les scandales arrivent ». — Matthieu (^vm, 7; :« Nécessité est que les scandales arrivent ». Il est fatal que des occasions se présentent, qui. soient comme des pièges ayant pour appât le péché. — « Mais malheur à celui par qui ils viennent! »

— Matthieu: « Mais malheur à l'homme par qui le scandale vient! »

— « Mieux vaudrait pour lui qu'une pierre de meule ». — Marc (ix, 42) et Matthieu (xvni, 6) ont « meule d'àne « (sur le vrai sens de [A.ÛX0Ç ovixôi;, voir Laukange, 45i), qui est plus précis, et qui doit être la leçon de la source, — « et qu'on le jetât à la mer, que de scandaliser un de ces petits ». — Marc : « un de ces petits qui ont la foi » ; Matthieu ; « un de ces petits qui croient en moi ». Il s'agit partout des humbles fidèles, et c'est au fidèle aussi bien que l'avertissement est donné de ne pas contribuer volontairement à la chute d'un frère : ainsi cet avertissement suppose la communauté chrétienne déjà constituée. 11 pourrait bien en être de même pour le pardon.

« Prenez garde à vous», — Apostrophe qui tient lieu de transition. On pourrait, à la rigueur, l'entendre en conclusion de l'avertissement contre le scandale, qui peut-être donné sans intention formelle et n'être pas excusable pour autant. — «Si ton frère a péché, reprendsle ; et s'il se repent, pardonne lui ». — Le péché en question est une offense personnelle. Matthieu (xviir, iS-i^) a construit sur ce ;piAé-

'' Prenez garde à vous.

Si ton frère a péché

reprends- le ;

et s'il se repent,

pardonne-lui.

* Et si sept fois le jour il pèche contre toî,

et que sept fois il revienne à toi,

disant : « Je me repens »,

tu lui pardonneras. »

^Et les apôtres dirent au Seigneur :

(( Augmente-nous la foi ».

■* Et le Seigneur dit :

« Si vous aviez de foi comme grain de sénevé,

vous diriez à ce sycomore :

« Arrache-toi et plante-toi dans la mer »,

et il vous obéirait.

cepte du pardon pei'sonnelun petit traité de discipline ecclésiastique, et il l'a isolé ainsi de sa suite naturelle, que notre évangile a retenue. — « Et s'il t'oCTense sept fois le jour, et que sept fois», — c'est-à-dire, après chaque offense, — « il revienne à toi, disant : «Je me repens », tu lui pardonneras ». — Noter la mention explicite du pardon demandé, et la modération du chiffre relativement à Matthieu ^(xviiT, 22).

Vient la leçon de la foi, qui suit dans Marc (xi, 22-24) ^t dans Matthieu (xxi, 21-22) le miracle du figuier ; mais Matthieu (xvii, 20) la donne aussi après la guérison de l'épileptique. Notre évangile y a imis une introduction artificielle et abrupte, dont l'emploi des mots « apôtres » et « Seigneur » dénonce le caractère secondaire. — « Et les apôti'es dirent au Seigneur : « Augmente-nous la foi ». — Il ne s'agit pas de la foi en général, de la foi à l'Evangile et à la mission de Jésus, mais de la confiance absolue qui réalise les miracles. C'est ■celte confiance que les apôtres sentiraient ne pas posséder au degré suffisant pour le bien de leur mission. D'ailleurs, on pourrait traduire (irpocsOeç -?i[xTv Tti'fîTiv) : «Ajoute-nous de la foi », c'est-à-dire: joins la foi aux dons par nous reçus. Au lieu de répondre à la prière des apôtres, Jésus énonce le paradoxe sur la puissance de la foi, qui se lit dans les deux autres évangiles. — « Et le Seigneur dit : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé ». -^ La comparaison du grain de sénevé est seulement dans Matthieu (xvn, 20). Mais la pré-

424 LUC, xvn, 7

' Qui donc d'entre vous, ayant esclave, laboureur ou pâtre,, quand celui-ci revient des champs, lui dira : « Viens Jout de suite le mettre à table » ?

sente sentence ne dépend pas de la parabole du Sénevé, et elle jr serait plutôt antérieur^. — «Vous diriez à ce sycomore : «Arrachetoi et plante-toi dans la mer», et il vous obéirait». — Marc et Matthieu parlent de montagne jetée à la mer. On ne voit pas bienpourquoi notre évangéliste y a substitué l'image, apparemment moins hyperbolique, mais moins naturelle aussi, d'un arbre qui va se planter dans l'eau, si ce n'est par une certaine influence de Mare (peutêtre aussi de Matthieu (xxi, ai), où la leçon de la fui se rallache à une histoire de figuier desséché. Notre auteur aura pu trouver un peu violente l'image delà montagne, mais Marc lui a suggéré l'idée de l'arbi-e (ffuxâ(jMvoç est probablement iè sycomore, comme dans les Septante, bien que ce soit proprement le mûrier). Et l'on pourrait presque se demander si. l'introduction mal venue,' la requête des apôtres (xviii, i5), n'accusei'ait pas une influence combinée de Marc et de Matthieu, cette demande Taisant écho à la prière que le pèi'c de l'épileptique adresse à Jésus dans Marc (ix, 24), et le i^apport de cetle prière avec la leçon de la foi s'établissant par Matthieu (xvii, 20).

La comparaison qui suit manque de relief, et l'on n'en voit pas le rapport logique avec la leçon de la foi, qu'elle semblerait pourtant vouloir compléter. L'auteur se serait-il proposé de recommander aux croyants thaumaturges la plus parfaite humilité? Quoi que fasse le chrétien pour Dieu, il n'en fait pas plus que le comporte son rôle d'esclave. — « Mais qui d'entre vous, ayant un esclave laboureur ou pâtre». — Ce n'était pas le cas des apôtres. On peut dire que, par un mouvement oratoire, ils sont faits juges de l'exemple. La vérité doit être que le rapport de la sentence, d'où qu'elle vienne, avec ce qui précède, est artificiel, et que l'évangéliste a pu paraphraser de lui-même une sentence de morale juive (cf. le dit d'Antigone de Socha dans Pirqé aboth, i, 3, cité Klostermann, 535). — « Lui dira, quand il revient des champs : « Viens tout de suite te mettre à table ». — Le maître dont il s'agit a un esclave qu'il emploie durant le jour à travailler la terre ou à garder les troupeaux, selon la saison. Quand l'esclave revient des champs, il serait disposé à manger et à se reposer. Mais, sUr l'ordre du maître, ildoit d'abord préparer le souper de celui-ci et même le lui servir.

« Mais ne lui dira-t-il pas ; « Prépare-moi à souper, et, te ceignant,, sers-moi ». — Images familières à noli'e auteur (cf. xii, 3j, qui est

^ Mais ne lui dira-l-il pas :

« Prépare-moi de quoi souper,

et te ceignant, sers-moi, que je mange et je boive ;

et après cela, tu mangeras et lu boiras toi-même » ? ^ Est-ce qu'il a gré au serviteur

d'avoir fait ce qui (lui) élait commandé ? *" De même vous,

quand vous aurez fait tout ce iiui vous est commandé,

dites :

« Serviteurs inutiles naus sommes,

nous avons fait caque nous devions faire. »

comme la contrepartie r^e notre passage). — «Que je mange et que je boive » — d'abord ; — « après cela, tu mangeras et tu boiras toimême ». — Le paraboliste trouve naturel qu'il en soit ainsi, et il ne s'apitoye pas plus sur la condition du serviteur qu'il ne critique les exigences du maître. 11 figure, à son ordinaire, avec une certaine complaisance dans son procédé, l'action dans le discours. — « Est-ce qu'il sait gré au serviteur d'avoir fait ce qui était commandé? » — Le maître n'a pas de gré particulier à lui savoir pour des services qui sont tous dans l'ordre et le devoir de sa condition. Or les croyants sont devant Dieu dans la condition de cet esclave.

« De même vous, quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé».— L'auteur n'y voit pas de difficulté et regarde comme possible cet accomplissement des préceptes. — « Dites : « Nous sommes des serviteurs inutiles ». — Un seul témoin (Ss.) omet le mot: «inutiles » (àj^peïot), et certains critiques s'empressent aussi de l'abandoiiner, sous prétexte qu'il s'agit ici de marquer la condition générale 4u chrétien comme serviteur de Dieu et non différentes sortes de serviteurs. Mais l'idée n'est pas que le serviteur doit se déclarer mauvais (comme dans Mt. xxv, 3o, d'où, pour cette raison même/ il n'est pas vraisemblable que le mot ait été emprunté) ; c'est terme d'humilité, en rapport avec la condition de l'esclave et le sentiment qu'elle doit lui inspirer ; le plus fervent des fidèles n'est toujours devant Dieu qu'un pauvre esclave qui ne saurait en faire plus qu'il ne doit, puisqu'il doit à Dieu tout le bien dont il est capable (cf. JiÏLicHERjII, 21). — (( Nous avons fait ce que nous devions faire ». — Une s'ensuit pas que le service du juste soit sans résultat objectif, sans avantage pour lui-même. On nous a ditplus haut(xii, 87) la récompense du bon serviteur.

1^ Et pendant qu'il se dirigeait vers Jésusalem, il passa entre Samarie et Galilée ; ^" et comme il entrait en certain village, se trouvèrent dix hommes lépreux qui se tinrent à distance.

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