‹ L'évangile selon LucChapitre 58 sur 80 · LXV. Le PuAnisiBN et le publigain · texte numérisé non relu

LXV. Le PuAnisiBN et le publigain

« Or il dit aussi », — on croirait que c'est dans la même occasion, — « à certains, qui s'étaient persuadés qu'ils étaient justes, et qui méprisaient les autres, cette parabole». — La parabole est dirigée contreces gens ; mais ce n'est pas seulement à leur sujet qu'elle a été prononcée; on dit qu'elle leur a été adressée. Le vague de la formule a fait penser qu'elle avait été suppléée parl'évangéliste, comme celle qui introduit la parabole précédente, et par le même moyen, c'est-à-dire par une conjecture fondée sur le récit même. Si les personnes visées ne sont pas

1" « Deux hommes montèrent au temple prier, l'un pharisien, et l'autre publicain.

des pharisiens, ce sont des gens qui leur ressemblent fort, puisque la parabole met en scène un pharisien pour le condamner. L'évangéliste a en vue les piiarisiens (cf. xtv, i,;j ; xvt, i5 ; xx, 20), mais il a évité de les nommer, précisément parce qu'un pharisien figurait dans le récit et qu'il n'était pas nécessaire de les désigner autrement. Du reste, la parabole est d'une portée générale, et il est assez puéril de supposer qu'elle aurait été prononcée tout exprès devant un groupe de gens qui tombaient dans le travers signalé chez le phax'isien de la parabole. Celle-ci a été conçue pour prémunir des auditeurs ou des lecteurs quelconques contre le travers dont il s'agit, c'est-à-dire l'estime exagérée de soi-même et le mépris d'autrui. La scène se passe à Jérusalem ; mais l'évangéliste a estimé que la parabole avait pu être d'abord contée ailleurs. Somme toute, introduction et parabole pourraient être du même auteur, qui aurait construit la parabole sur^un thème donné qui concernait la véritable prière, en y introduisant les types du pharisien et du publicain, fournis par la tradition évangélique. Le publicain va donner un exemple de la prière que Dieu exauce, et qui est la prière d'un humble.

(( Deux hommes », — le même jour et en même temps, — « montèrent au temple ». — Le temple étant situé sur une éminence, on y « montait » de la ville. — « Pour prier ». — Peut-être à l'une des heures habituelles de la prière. Mais on venait aussi bien au temple en dehors de ces heures (cf. 11, 34 ; Act. xt, 4^), la prière dans le temple étant jugée plus efficace. — « L'un pharisien, l'autre publicain». — L'identité de la démarche, du lieu et du temps, va faire ressortir la différence de leur prière. Plus grand personnage, le pharisien est nommé le premier (comme, x, 3i-3a, le prêtre passe avant le lévite).

« Le pharisien, debout » — dans le parvis (cf. Me. xi, aS), selon la coutume, mais bien en vue et plein d'assurance, — « faisait en luimême cette prière ». — La prière est censée l'apportée textuellement, et il est assez singulier que le texte ordinaire la présente comme intérieure, ce qui n'est pas conforme à l'usage et ne s'accorde pas non plus avec l'économie du récit ; car le publicain prie tout haut en se frappant la poitrine. L'on est bien tenté de lire, avec quelques témoins (D, Ss. Se.) : « Le pharisien, se tenant à part(ffTaO£\; xaO'é-jcuTÔv TaÏÏTa 7cpo(;-rjU);6To ; ou bien faudrait-il lire axa^s'n; TrpdaOev TaUra xTX.;cf. l3, fxxxpoOev), disait cette prière », d'autant que les autres témoins ne

442 LLur, Avjii, 11-12

1^ Le pharisien, debout, faisait en lui mè;ne celte prière : « Dieu, je te rends grâces •

de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, voleurs, injustes, adultères, ni encore comme ce publicain.

^" Je jeune deux fois la seinaine, je dîme tous mes prolits. »

s'accordent pas (les témoins qui ont Tipôç ÉauTov le mettent soit avant xauxa, — A et la plupart des mss.onciaux, soit après, — B L. — S,m&s. lat. lisent simplement : dTaOelç xauTa 7ipo(77iû"/£To), — « Dieu, je te rendsgrâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes ». - Gettfr action de grâce n'est pas autre chose au fond qu'un orgueilleux monologue où le pharisien se délivre à lui-même un certificat de perfection. Par « le reste des hommes (olXoiiîol xôSv àvôpw-Kwv) il n'entend pas lé genre humain tout entier à l'exception de lui-même, mais lesgens de sa connaissance qui ne sont pas des pharisiens ; il partage les hommes en deux catégories, ceux qui lui ressemblent, et les autres ; et ce pharisien n'est pas loin d'être pour notre évangélisle le type du Juif, Il se félicite donc de n'être pas comme le commun des mortels, — « voleurs, injustes », — c'est-à-dire fraudeurs (àStxoi s'entendant ici au sens propre et concret), — « adultères, ni encore comme ce publicain ». — Le vil publicain se trouve à propos pour lui fournir un terme spécial et avantageux de comparaison; il n'est ni plus ni moins méprisé que « les autres hommes », et ce n'est pas précisément sa personne, dont le pharisien ne sait rien, qui est méprisée, mais sa profession. L'énumération des pécheurs n'est pas une classification rigoureuse, et les publicains n'y forment pas plus un groupe distinct que les voleurs ou les adultères. La complaisancedu pharisien en lui-même est un peu accentuée, mais ne dépasse pas les limites du vraisemblable fvoir la prière du docteur juif, citée Klos- TERMANN, 543). Elle uc fait pas que son remerciement sbit hypocrite,, car la sincérité de sa prière n'est pas en cause, mais elle le montre beaucoup trop content^ de lui même ; Le pharisien est naïvement heureux et fier de sa fidélité. — « Je jeûne deux fois la semaine ». — Les pharisiens zélés jeûnaient le lundi et le jeudi (c^.Bidaché, vin, I, où ilest recommandé aux chrétiens de prendre pour le jeûne deux auti'cs jours, le mercredi elle vendredi). — « Je dlme tous mes profits », — Notre homme prélève la dîme, non seulement sur les principaux fruits delà terre et des troupeaux, comme il est prescrit.

LUC, xviii, 13-14 445^

13 Quant au publicain, se tenant à distance, il n'osait pas même lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, disant : « Dieu, sois miséricordieux à moi pécheur. » 1* Je vous dis :

celui-ci est descendu justifié à sa maison plutôt que celui-là ; car quiconque s'élève jsera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé.»

maïs sur tous ses profits ou revenus (àTcoSsxaTcuw uàvra osa xTwfAai).. Gar il ne paraît non plus qu'on doive restreindre ici « acquérîi- » au sens de « faire acTiat ». La traduction : « Je donne la dîme de tout ce que je possède », est inexacte et exprime une impossibilité. Le pharisien se gardait bien de s'appauvrir en décimant constamment son patrimoine. D'autre part, on atténuerait mal à propos le sens de notre passage en supposant que le pharisien a seulement en vue les moindres produits du sol, qui ne méritent pas d'entrer en compte (d'après xi, 4^ ! Mt.xxui, 23). Tout est donc pour le mieux, si Dieu est aussi content du pharisien que le pharisien est content de lui-môme.

« Cependant le publicain, se tenant à distance », — à l'écart et en arrière, tandis que le pharisien s'est mis en avant et bien en vue, — « n'osait pas même lever les yeux au ciel ». — Attitude de pécheur confus et repentant. — « Mais il se frappait la poitrine », — en signe de douleur, — « disant », — et rien n'invite à supposer qu'il joint à des gestes expressifs une prière toute mentale ; — « Dieu, aie pitié de moi pécheur». — Au lieu de remercier, il supplie ; il se reconnaît pécheur, mais il ne dit pas le dernier des pécheurs, ce qui serait uiie exagération ; il ne se comparée personne et regarde seulement sa propre faiblesse ; iJ implore la miséricorde divine pour obtenir le pardon de ses péchés, non pour le soulagement d'une misère temporelle.

« Je vous dis », — La morale du récit est donnée sans qu'il soit noté que Jésus prend la parole à cet ellet ; mais l'économie de l'en* semble ne laisse pas d'être la même que pour la parabole précédente (xvni, 6) et pour l'Econome infidèle (cf. xvi, 9). — « Celui-ci est des. cendu à sa maison justifié », — en i-ègle avec Dieu, — « plutôt que l'autre ». — On pourrait entendre : à l'exclusion de l'autre. Dans tous les cas, le sens est que celui qui a bien prié, et à qui Dieu tient compte

444 LUC, xYiii, 15

15 Or on lui amenait aussi les petits enfants pour qu'il les

[touchât ; ce que voyant, les disciples lés gourmandaient.

de sa prière, n'est pas le pharisien, mais le publicain, et il ne s'agit pas, au moins directement, de péchés remisa celui-ci, imputés à celui-là. Les paroles attribuées au Christ ne sont pas à interpréter d'après une théorie dogmatique de la justification. Il ne s'agit pas de déterminer à quel degré le pharisien se trouve au-dessous du publicain, ni de reconnaître au pharisien une certaine justice incomplète, obtenue par les œuvres de la Loi ; le pharisien n'est pas confondu avec les pécheurs qu'il a d'abord énumérés, mais il n'a pas la justice qui plaît à Dieu et qui donne accès à son royaume.

« Parce que quiconque s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé ». — L'évangéliste ramène ici (il l'a déjà donnée xiv, ii), par manière de seconde conclusion, une sentence qui n'est pas en rapport avec l'objet de la parabole ; d'après celle-ci, un publicain contrit est plus près de Dieu qu'un pharisien rempli de soi, de même qu'un Samaritain charitable vaut mieux qu'un prêtre égoïste. Maintenant le publicain apparaît comme type des élus, le pharisien comme type des damnés ; c'est que, pour notre auteur, le publicain, comme plus haut le Samaritain, représente les païens convertis à la foi du Christ, et que le pharisien, comme plus haut le prêtre et le lévite, représente les Juifs incrédules.

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