‹ L'évangile selon LucChapitre 65 sur 80 · LXXIV. Les vknduurs du temple · texte numérisé non relu

LXXIV. Les vknduurs du temple

Ce ne doit pas être uniquement pour des motifs d'ordre symbolique ou littéraire que l'expulsion des vendeurs du temple suit immédiatement dans Luc le triomphe sur le mont des Oliviers, mais d'abord parce que tel était l'enchaînement des récits dans la rela-

^' Et il était à enseigner chaque jour dans le temple ; et les grands-prètres et les scribes cherchaient à le perdre, ainsi que les principaux du peujile ;

tion qui est à la base de Marc (cf.Marc, Sao) . On ^leut croiio que Luc se conformait à celte source et que le rédacteur de notre évangile a suivi Luc. Le récit de l'expulsion paraît abrégé relativement à celui de Marc; encore ne saurait-on dire si c'est aussi par influence de la source ou par l'omission délibérée de détails qui n'avaient pas d'intérêt pour l'auteur. Mais, en parlant seulement des vendeurs, notre texte devient trop bref ; car un lecteur non averti ne sait pas de quels vendeurs il s'agit. Un document hiérosolymitain, destiné à des lecteurs qui connaissaient le temple et l'organisation de son marché pouvait être aussi peu explicite, à moins, ce qui est très vraisemblable, que le récit primitif n'ait pas été fondé sur un souvenir réel, mais sur les textes de Zachai'ie (xiv, 20) et de Malachie (lu, i), que très probablement il vise (voir Marc, 3a4)-

« Et étant entré dans le temple, il se mit à chasser les vendeurs ». — Un incident miraculeux, qui accomplit une prophétie, fait suite à une prédiction personnelle. Le lien de ces choses est logique plus que réel. Et passant sur tous les détails de Marc (xi, i5-i6), l'auteur amène tout de suite la parole de conclusion. — « Lear disant ». — Ces vendeurs représentent les Juifs, et la réprobation qui les atteint est la condamnation du judaïsme, de son temple, et du culte frelaté qu'ily pratique. -~ « Il est écrit : « Et ma maison sera une maison de prière ». — Marc (xi, i;jj ajoute, conformément à Isaïe (lvi, 7) : '< pour toutes les nations ». Notre récit, aussi bien que Matthieu (xxi, i3), l'omet, sans doute en considérant que le temple, maintenant détruit, n'a jamais guère été et ne deviendra jamais une maison de prière pour les Gentils. — « Mais vous en avez fait une caverne de voleurs ». — Rien de plus ; et l'on dirait que le fait passe inaperçu, comme s'il n'avait qu'une portée idéale.

La notice générale qui vient ensuite est fondée sur Marc (xi, 18); elle sera répétée en forme plus complète et meilleure à la lin des l'écits hiérosolymitains. — « Et il était à enseigner cha([ue jour ». — Le nombre dejours n'est pas et nesera pas indiqué; ily serafaitde môme plus loin (xxu, 53) une allusion globale. On dirait que le rédacteur de cette notice s'est délibérément abstenu démarquer la succession des jours, sans doute parce que Luc ne l'avait pas in<iiquéeet que le document fondamental de Marc n'avait pas réparti en journées distinctes les faits hiérosolymitains antérieurs à la passion. — « Dans

*^ et ils ne iTcmvaient pas moyen de rien faire,

parce que lout le peuple était suspendu à l'écouler.

le temple ». — On ne dit pas où Jésus passe la nuit, celte indication étant réservée pour la notice finale (xxi, 3^). — « Et les gi'ands prêtres et les scribes cIierGhaient à le perdre ». — Ceci vient de Marc (loc. cit.); mais notre évangéliste y ajoute comme par surcharge: — « ainsi que les principaux du peuple », ■ — ceux qu'il appellera bientôt (xx, i) « les anciens » (d'après Me. xi, 27). — « Et ils ne trouvaient pas moyen de rienfaii'e ». — Eclaircissement de Marc : « car ils avaient peur de. lui ». ' — « Parce que tout le peuple était suspendu à l'écouter ». — Marc : « parce que tout le peuple était ravi de son enseignement ».

11 y a quelque contradiction dans notre évangile entre ce qui est dit maintenant de la faveur trouvée par Jésus auprès du peuple, et ce que le Christ a dit plus haut'touchant l'inci'édulité qu'il va rencontrer dans la capitale du judaïsme et qui paraît universelle. C'est que le discours apprécie de loin, en connaissance des événements de l'an 70, les résultats du ministère hiérosolymitain, tandis que la présente notice fait écho à la tradition de Marc, tradition qui peut être fondée dans une certaine mesure sur la réalité, mais que les évang^élistes font valoir dans un intérêt apologétique. 11 leur, plaît, et il plaît spécialement au rédacteur du troisième évangile et des Actes, de faire entendre que la mort du Christ et l'incrédulité finale des Juifs sont dues aux chefs religieux de la nation. Dans l'ensemble cette notice paraît anticipée ; car on ne voit pas encore maintenant comment l'enseignement de Jésus peut causer si grande inquiétude au sanhédi'in et trouver si grande faveur auprès du peuple.

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