‹ L'évangile selon LucChapitre 66 sur 80 · LXXV. La question des prêtres · texte numérisé non relu

LXXV. La question des prêtres

Dans notre évangile la question des grands-prêtres et autres membres du sanhédrin n'a aucun rapport avec l'expulsion des vendeurs. Peut-être l'anecdole a-t-elle été conçue d'abord pour ellemême et sans rapport avec un incident spécial du ministère hiérosolymitain ; elle manque passablement de vraisemblance; mais on y peut entrevoir une fois de plus le lien qui a existé originairement entre les deux sectes, baptiste et chrétienne, l'avantage que l'apologétique chrétienne tâchait d'en tirer, et la subtilité toute rabbiinique qui caractérisait les débuts de cette apologétique ; il semblerait qu'on veuille ici arguer de la tolérance accordée à la secte

XX Et, advint, un jour, comme il enseignait le peuple dans le temple et annonçait

[évangile, que survinrent les grands-prètres et les scribes avec les

[anciens, 2 et ils dirent, s'adressanl à lui :

« Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou qui est celui qui t'a donné cette autorité ? »

baptiste.pai' les Juifs, contre l'intolérance témoignée par les mêmes Juifs à l'égard des chrétiens (cf. Bulïmann, 9, ïoo) ; ces propos ont dû figurer d'abord parmi les sentences concernant Jean-Baptiste (dont le bloc principal se trouve vu, i8-35 ; Mt. xt, 2-19).

« Et il advint, l'un des jours » — dont il vient d'être parle (xix, 47), — « comme il enseignait le peuple dans le temple et annonçait la bonne nouvelle )). — Cette mise en scène appartient à notre auteur, mais elle peut s'expliquer en paraphi-ase de Marc (xi, a^) ; « comme il se promenait dans le temple » ; car Jésus n'est pas censé marcher seul dans le temple, mais enseigner en marchant. Notre auteur a tourné son préambule de telle sorte que la question des pi'êtres se l'apporte, non à l'initiative que Jésus a prise d'expulser les vendeurs, ni précisément à la liberté qu'il prend d'enseigner dans le temple, mais à l'autorité qu'il s'attribue pour enseigner ce qu'il enseigne, à savoir « l'évangile » du royaume (remarquer l'explication -aoù eûa^ye- )a(îo(i£vou). — « Qu'arrivèrent les grands prêtres et les sciùbes avec les anciens». — Marc; « Les gi'ands prêtres, les scribes et les anciens s'approchèrent de lui », — « Et dirent, s'adressant à lui : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela ». — Marc (xi, 28) : « Et ils lui dirent: « Par quelle autorité fais-tu cela ? » — « Ou qui est celui qui t'a donné ce pouvoir ? » — Marc : « Ou qui t'a donné le pouvoir de le faire ? »

« Mais, répondant, il leur dit : « Je vous demanderai, moi aussi, une chose, et dites-moi. » — Marc (xi, 29) : « Je vous demanderai une seule chose. Répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais cela ». Dans notre évangile, Jésus ne promet pas de répondre si les autres parlent d'abord ; il leur demande de s'expliquer sur une autre question ; la forme d'argumentation l'abbinique. bien gardée dans Marc, aura été ainsi corrigée dans Luc, pour que Jésus n'eût pas l'air de converser d'égal à égal avec les docteurs juifs. — « Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes ? » —

^ Mais, répondant, il leur dit :

« Je vous demanderai, moi aussi, une ciiose ;

et dites-moi : * « Le baptême de Jean,

était-il du ciel ou des hommes ? »

^ Or ils raisonnèrent entre eux, disant ;

« Si nous disons : « Du ciel » ,

il dira : « Pourquoi n'avez -vous pas cru en lui? » " Mais si nous disons : « Des hommes »,

le peuple entier nous lapidera ;

car il est persuadé que Jean était prophète. » ' Et ils répondirent qu'ils ne savaient pas d'où (il était). ^ Et Jésus leur dit :

« Moi non plus je ne vous dirai pas

par quelle autorité je fais cela. »

^ Et il se mit à dire au peuple celte parabole:

«Un homme planta vigne,

il la loua à des vignerons,

et il s'en alla du pays pour un long temps.

Marc (xi, 3o) : « Le baptême de Jean, etc. ? Répondez-moi ». — « Or ils raisonnèrent » etc. « Mais si nous disons : « Des hommes », tout le peuple nous lapidex'a, car il est persuadé que Jean était prophète, »

— Marc (vi, Sa) : « Mais si nous disons : « Des hommes... » ils craignaient le peuple, parce que tous regardaient Jean comme étant réellement prophète». — « Et ils répondirent qu'ils ne savaient pas d'où».

— Marc (xi, 33) : « Et répondant, ils dirent à Jésus : «Nousne savons pas ». — « Et Jésus leur dit : « Moi non plus » etc.

S'il n'est pas très naturel que le sanhédrin vienne discuter avec le novateur galiléen dans la cour du temple, il ne l'est guère plus qu'il renonce à son enquête devant la fin de non-recevoir qu'ose lui opposer l'individu interrogé. Mais ce préaiJibule invraisemblable du ministère hiérosolymilain est assez logiquement placé, puisque, le sanhédrin se trouvant paralysé par une réponse habile, Jésus va pouvoir librement prêcher jusqu'au moment où les autorités juives, toujours impuissantes et sans courage, auront trouvé le moyen de le prendre par ruse. C'est donc toute la perspective du ministère hiél'osolymitain qui est artificielle, et non seulement ce point de départ.

1" Et en saison il envoya vers les vignerons un serviteur pour qu'ils lui donnassent du fruit de la vigne ; mais les vignerons, après l'avoir battu, le renvoyèrent à vide.

1^ Et derechef il envoya un autre serviteur ; mais eux, l'ayant aussi battu et outragé, le renvoyèrent à vide.

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