LXXIX. Lb Fils de David
En suite de cette combinaison, notre auteur fait adresser aux scribes eux-mêmes la question de Jésus touchant la filiation davidique du Christ. — « Or il leur dit : « Comment dit-on », — comment peut-on
-dire — « que le Christ est fils de David ?» — Marc (x, 35) : « Et prenant la parole, Jésus dit, enseignant dans le temple : « Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David ? » On voit Tartifice du i-ema-
aiiement : notre auteur, faisant adresser la question aux scribes et ne
** Ainsi David l'appelle Seigneur ; comment donc esl-il son fils ?»
voulant pas les mettre en cause en faisant dire à Jésus : « Comment dites- vous » etc., s'est borné à supprimer « les scribes » dans le libellé de la question, ce qui donne à la phrase une tournure indécise. — u Car David lui- môme dit, au livre des Psaumes », — La référence n'avait guère besoin d'être précisée, et Marc (xit, 36) préférait accentuer l'inspiration du roi prophète : « David lui-même a dit par l'Esprit saint ». — « Seigneur a dit » etc. « Ainsi David l'appelle Seigneur : comment donc est-il son fils ?» — Mai'c (xn, 3^) : « David lui-même l'appelle Seigneur : et d'où vient qu'il est son fils ? » Notre auteur laisse tomber la réflexion de Marc : «Et tout le peuple l'écoutait avec plaisir ».
On serait curieux de savoir comment il s'arrangeait de cette anecdote, bien peu compatible, au fond, avec les récits de la naissance (cf. 1, 32, 69). Sans doute subordonne-t-il, comme Marc(cf. il^arc,36o)' et Matthieu, la filiation davidique à la filiation divine par laquelle se justifient et le titre de Seigneur et le culte du Christ ; mais il se pourrait que le sens naturel de cette péricope eût été gardé assez, longtemps dans certaines branches de la tradition évangélique, puisque l'épître dite de Barnabe (xii, 10) fait au Christ l'application du texte en en tirant argument contre la filiation davidique. On conçoit diflicilement que Jésus ait ainsi argumenté sans nécessité pour prouver qu'il pouvait se passer de la filiation davidique, et allégué le texte où la tradition chrétienne a pensé reconnaître son Christ ressuscité et glorifié, le Seigneur Christ ; il n'est pas non plus très probable que l'argumentation ait été conçue dans la communauté judéochrétienne, pour démontrer que Jésus était plus grand que David, et parce qu'on n'était pas en mesure de le rattacher à la descendance royale ; elle aura été plutôt élaborée dans quelque groupe hellénochrétien où l'on croyait pouvoir sacrifier la filiation davidique en s'autorisant de l'Ecriture et en professant que le Seigneur Christ n'avait pas besoin d'êti*e descendant d'un roi, si toutefois on lui attribuait une descendance humaine (cf. Bultmann, 83 ; Bousseï, Kyrios Christ os, 5, 5i).