LXXX. Les Pharisiens
Bien qu'il ^ait reproduit plus haut (xi, Sy-Sa) le discours contre les pharisiens, notre évangéliste retient l'abrégé qu'en a fait Marc
LUC, XX, 45-47 ; xxi, i 489
^^ Et tout le peuple entendant, il dit aux disciples : *^ « Défiez-vous des scribes,
qui affectent de se promener en robes,
qui aiment les salutations sur les places,
les premiers sièges dans les synagogues,
et les premiers lits dans les repas ; " qui dévorent les maisons des veuves
et font semblant de prier longuement.
Il en seront plus sévèrement jugés. »
^^^ Et regardant, il vit les riches
qui jetaient au tronc leurs offrandes ;
(xii, 38-4o). — « Or, tout le peuple entendant, il dit aux disciples t. — Le cas n'est pas nouveau de ce double auditoire, disciples pour qui la leçon est donnée, peuple qui est plutôt témoin qu'auditeur véritable. Ce qui est remarquable ici est la rencontre avec Matthieu (xxiii, i) : « Alors Jésus parla à la foule et à ses disciples », tandis qu'on lit dans Mai'c'(xii, 38) : «El il disait en son enseignement». Mais la présence du peuple a été déduite du contexte de Marc, qui parait faire adresser l'instruction à la foule ; Matthieu ajoute les disciples en vue des additions rédactionnelles qui les concernent dans le discours ; notre évangéliste compense par la mention du peuple l'omission de la notice (Me. xii, 87) : « Et la masse du peuple l'écoutait avec plaisir » ; et il fait adresser le discours aux disciples, parce qu'il lui a paru convenable que la condamnation du judaïsme, représenté par les scribes, ne fût pas signifiée directement au peuple réprouvé.
« Défiez-vous des scribes ». — Marc; « Gardez-vous {■;:ç>of>\iT,sx£. Le. 7ïpoffé-/£T£) des sci'ibes ». — « Qui aiment se promener en robes, qui afïectionnent les salutations sur les places ». — Mare : « Qui aiment se promener en robes et les salutations sur les places ». — a Les premiers sièges dans les synagogues » etc. On peut bésiter à penser que le même auteur ait inséré ici ce résumé de Marc, et logé plus haut si mal, en le remaniant si étrangement, le discours contre les pharisiens.
LXXXL Lk i.iard de la veuve
Comme il arrive pour bien d'autres anecdotes, celle de la veuve au liard est plus sobrement esquissée dans notre évangile que dans
2 mais il vit aussi une veuve pauvre
qui y jelait deux petites pièces ; 'et il dit : « Eu vrai je vous dis
que cette veuve pauvre plus que tous a jeté ; * car tous ceux-ci de leur supertlu ont jeté aux offrandes ;
mais elle, de son dénuement,
tout ce qu'elle avait de ressources elle a jeté. »
Marc (xir, 4i"44)' — '-^ Et levant les yeux il vit les gens riches qui jetaient leurs offi-andes dans le tronc ». . — Les gens riches se confondent dans la perspective avec les pharisiens, et l'anecdote de la veuve fait pendant au précédent discours, la veuve n'étant pas loin de personnifier pour notre auteur la communauté chrétienne (cf. la veuve de xviii, i-8). Marc(xii, 4i) est plus circonstancié : «Et s'étant assis en face du tronc (sur ce tronc, voir Marc, 363), il regardait comment la foule jetait de la monnaie dans le tronc, et plusieurs en jetaient beaucoup ». Notre auteur n'a voulu considérer que ces l'iches, pour le contraste avec la veuve.
« Etil vit une veuve pauvre qui y jetait deux petites pièces », — Marc (xii, 42) : « Et venant, une veuve pauvre jeta deux petites pièces, c'est-à-dire un liard ». — « Et il dit ». — Marc (xii, 43) : «Et appelant à lui ses disciples, il leur dit «. Notre auteur n'a pas besoin de faire appeler les disciples, puisque le discours précédent leur a été adressé et que Jésus est censé, de la même place, n'avoir eu qu'à lever les yeux pour voir ce qui se passait autour du tronc. — « En vrai je vous dis que cette veuve pauvre a mis plus que tous m. — Marc : « En vérité (à[/.-(iv, remplacé dans Luc par àXviSojç) je a'^ous ■ dis que cette veuve pauvre a jeté plus que tous ceux qui ont jeté au tronc ». — « Car tous ceux-là ont jeté de leur superflu pour les offrandes ». — Marc (xii, 44) • « Clar tous ont jeté de leur superflu ». — « Mais elle, c'est de son indigence qu'elle a jeté toutes les ressources qu'elle avait ». — Marc : « Mais elle, c'est de son indigence qu'elle a jeté tout ce qu'elle avait, toutes ses ressources ». Grâce à ce qu'elle a de iiymbolisme, l'anecdote de la veuve peut servir en quelque manière d'introduction au discours sur la fin du monde.
Par elle-même l'anecdote est une scène idéale, sans grande portée, construite sur un thème antérieurement connu, thème de récit moral ou de fjarabole (cf. Bulïmann, 16), qu'on n'est pas obligé de supposer employé en quelque occasion par Jésus lui-même ; et ce récit a été utilisé, faute de mieux, pour enrichir la légende de Jésus.
^ Et certains disant du temple qu'il était orné de belles pierres et d'ex-voto, il dit : « ^ Ce que vous voyez là,
viendront des jours où il n'en restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée! »
' Et ils l'interrogèrent, disant :
« Maître, quand donc cela sera-t-il, et quel sera le signe quand cela sera au point d'arriver ? »