LUC
*^ Et étant entré chez elle, il dit :
« Salut, pleine de grâce, le Seignecip soit avec toi, » 2^ Mais elle fut troublée de ce discours,
et elle se demandait cequesigniQait cette salutation. 30 Et l'ange lui dit :
« N'aie pas peur, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ; ^^ tu vas devenir enceinte,
tu enfanteras unfils,
et tu l'appelleras du nom de Jésus.
« Et étant entre chez elle ». — La vierge est seule clans sa maison, comme Zacharie était seul dans le sanctuaire lorsque l'ange lui est apparu, — « Il dit : « Salut, favorisée de grâces, le Seigneur soit avec toi ». — Ces respects conviennent à la mère du Christ. Mai'ie est« gratifiée » (xe/apiTcojxsv-ri) de Dieu, comblée des faveurs divines, et non seulement pourvue de beauté naturelle. Les mots : « salut », et: « le Seigneur soit avec toi», appai'tiennent au formulaire commun des salutations, et n'ont point ici de signification particulière. Plusieurs témoins ajoutent (d'après i, 42) •" « bénie sois-tu entre toutes les femmes ».
« Or ellefut troublée de ce discours », — nonqu'elle ait éprouvé cette frayeur extrême qui accablait Zachai*ie (i, 12), mais elle ressent cette sorte d'inquiétude que donne le pressentiment d'une communication importante dont on ne peut deviner l'objet ; — « et elle se demandait ce que signifiait cette salutation », — ce qu'elle pouvait présager. Elle sait qu'elle a devant elle un ange, puisque Gabriel lui parle en envoyé de Dieu, sans autrement se faire connaître. L'ange la rassure comme il a rassuré Zacharie. — « Et l'ange lui dit : «N'aie pas crainte Marie ». - Il lui redit la parole, si fréquente dans l'Ancien Testament (cf. Gbn. VI, 8) : — « Car tu as trouvé grâce auprès de Dieu y>. — C'est la justification du mot « gratifiée », que l'ange a employé d'abord. En preuve de cette assertion, il annonce à Marie qu'elle va devenir mère du Messie. — « Tu vas devenir enceinte, tu enfanteras un fils, et tu lui donneras nom Jésus ». — Les termes dont il se sert sont imités de la prophétie d'Isaïe (vu, ï4) touchant la naissance •d'Emmanuel, et l'on peut croire que l'évangéliste y renvoie implicitement le lecteur. Car le rapport direct de notre texte avec ce passage ne serait pas autrement garanti (cf, Gï:n. xvi,ii ; Jug. xîii, 3,5), si la w^ierge de l'évangile ne devait être celle d'Isaïe, et si tout le contexte
32 II sera grand, et Fils de Très-Haut on l'appellera, et Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; 33 il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles, et son règne n'aura pas de fin. »
34 ^lais Marie dit à l'ange :
n'attestait l'influence des prophéties anciennes. Le nom de Jésus ('Iyjcouç, forme gréciséede Iéshiia,s^hrégédGlehoshiia),n lahvé sauve »y S3 substitue à celui d'Emmanuel ; il n'est pas plus expliqué que celui de Jean ; ces noms ont pourtant une signification qu'avait en vue l'auteur des récits, et qu'il n'a point exprimée, non plus que la référence à Isaïe, parce que ses lecteurs n'avaient pas besoin de telles explications.
Le discours de l'ange marque très nettement que Jésus sera le Messie annoncé par les prophètes. — « Il sera grand », — lui aussi, mais non seulement par la sainteté de sa vie et par l'importance de son oeuvre, — « et on le dira », — il sera proclamé — « Fils de Très Haut »,. — celui que Dieu appelle son Fils en tant que Messie, roi prédestiné à gouverner dans la paix et dans la gloire le peuple élu de Dieu (cf.. Ps. II, :? ; II Sam. VII, i3, i6 ; Is. ix, 6 ; Migh. iv, 7 ; Dan, vu, i4, a'j). . Très-IIaut {"T<\it.axo(;) s'entend ici en nom propre du Dieu des Juifs, et il est employé sans article, comme l'est, dans les Septante et dans le Nouveau Testament, le mot Seigneur (Kûpioç), quand il correspond au nom ineffable lahvé. — « Et Seigneur Dieu lui donnera le trône de- David son père ». — L'enfant à naître sera descendant de David parl'ordre naturel et providentiel de sa naissance ; il sera déclaré Fils de Dieu selon l'ordre de sa vocation. Ainsi rien ne fait pressentir la conception vii'ginale. Ce n'est pas à dire que le rédacteur de l'évangilen'ait attribué à la mission de Jésus, à sa filiation divine, un sens plus relevé; mais ce langage calqué sur les anciennes prophéties n'était pas pour lui déplaire ; il l'entend spirituellement, mais il le retient en témoignage de ce qu'on pourrait appeler rauthenticité juive du christianisnie. — « Il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles,, et de son règne ne sera pas fin ». — Gomme les formules sont empruntées, il n'est pas certain, ni môme probable que le premier auteur les ait prises dans un sens tout à fait littéral. Gabriel n'en semble paa moins annoncer le Messie théocratique, et le discours est conduit comme si l'auteur, tout en lisant Isaïe dans le grec, jugeait la prophétie accomplie par le fait qu'une vierge, non une femme déjà mariée, concevra sans miracle le Glirist.
« Or Marie dit à l'ange : « Gomment cela sera-t-il, puisque je ne.
« Gomment cela serat-il, puisque je ne connais pas liomme ? »
36 Et répondant, l'ange lui dit :
« Esprit saint viendra sur toi, et vertu de Très-Haut te couvrira ;
connais pas d'homme ?» — Rien ne faisait prévoir cette difficulté, qui, dans l'économie actuelle de la narration, sert uniquement à introduire la déclaration de l'ange louchant la conception virginale. Puisque la vierge est fiancée, elle devrait conclure des paroles de l'ange que le premier enfant à naître de so i prochain mariage sera le Messie. Gomment peut-elle dire, étant fiancée, qu'elle n'a pas à connaître d'homme ? A quoi bon dire à l'ange qu'elle n'en connaît pas encore maintenant, puisque normalement son mariage sera bientôt consommé ? Marie déclare ne pas connaître d'homme, pour que Gabriel puisse lui répondre que l'enfant à naître sera conçu du saint Esprit. Mais l'objection, dans les termes où elle est faite, tendrait aussi bien à exclure la naissance de frères puînés du Christ qui auraient été conçus naturellement ; en fait, s'il est question, dans l'évangile et dans les Actes, des frères de Jésus, on ne les présente jamais comme fils de Marie ; et même Jacques, dans les Actes, n'est pas qualifié « frère du Seigneur ». Il est difficile de reconnaîU'e dans l'auteur qui fait exprimer à Marie ce-doute, où il y a plus que de l'étonnement, celui qui a fait châtier Zacharie pour un doute semblable.
« Et répondant, l'ange lui dit : « Esprit saint viendra sur toi, et vertu de Très-Haut te couvi'ira ». — Si le sens très spécial du mot « connaître », dans cet étrange dialogue, ne peut prêter à discussion, il en est de même pour les paroles de l'ange expliquant comment Jésus sera conçu sans intervention humaine. Les termes employés par Gabriel pour désigner l'opération de l'Esprit sont suffisamment discrets, mais ils n'en signifient pas moins dé façon très nette la part du mari dans l'œuvre de la génération (ainsi l'ont compris les anciens auteurs qui voyaient dans Ttveufxa ayiov ÉTceXeudETat 'étc'i aé l'accomplissement d'is. viir, 3 ; et la signification du mot ÈTrtcrxiâffet est locale, non morale ; cl. Act. v, i5 ; Gant, ii, 3), et ils sont tout aussi expressifs à cet égard que le mot « connaître » auquel ils correspondent. Du reste, « Esprit saint » équivaut à «puissance du Très-Haut» et ne désigne pas un être personnel, mais l'esprit divin en tant qu'agent intermédiaire du Créateur. Sans que l'on spécule autrement sur la nature du Christ, cet esprit est présenté comnle le principe de sa
m LUC, 1, 36-37
pour cela même l'enfant sera saint, il sera appelé fils de Dieu.
3" Et voici qu'Elisabeth ta parente a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, ^
et c'est à présent le sixième mois de celle qu'on disait stérile, '' parce que rien n'est impossible à Dieu. »
vie physique. L'idée n'aurait pu s'énoncer en hébreu ou en araméen, où le mot «esprit » {ruach,riichâ) est du féminin ; aussi bienles apocryphes judéochrétiens font-ils de l'Esprit saint la mèi'e ou la sœur du Glu'ist. Quant au fond, cette idée ne s'accorde pas mieux avec la théologie juive, la transcendance divine ne permettant pas de représenter Dieu comme le principe générateur d'une vie humaine individuelle. En grec et pour l'esprit hellénique, ces embarras n'existent pas. L'apologiste Justin (I Ap. 21, 54) trouvait tout naturel de comparer la naissance de Jésus à celle des dieux ou héros nés d'un dieu et d'une mortelle.
« C'est pour cela même que l'engendré », — celui qui va être conçu par la vertu de l'Esprit, le fruit de cette génération surnaturelle, — « saint », — sacré, divin par le fait d'une pareille origine, — « sera dit » — en toute vérité — « Fils de Dieu». — On peut construire aussi (voir Lagrange, 35), et le rythme y invite : « l'enfant (à naître) sera saint, il sera appelé Fils de Dieu ». Cette notion physique de la filiation divine ne se distingue pas seulement de la notion métaphysique de rincarnation dans le quatrième évangile (et vdéjà dans Paul), mais encore, peut-être davantage, de la notion théocratique exprimée dans le.premier discours de Gabriel. Ce qui n'empêche pas la seconde déclaration d'être, en quelque façon, démarquée, de la première, à regard de laquelle elle se présente comme une surcharge. "Car le discours de l'ange se continue suivant la ligne indiquée par la première déclaration.
(( Et voici qu'Elisabeth ta parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse ». — Pour confirmer ce qu'il a dit touchant la naissance du roi-Messie (i,3i-33), Gabriel donne à Marie un, signe, qui est la grossesse d'Elisabeth ; mais la conception virginale était par elleniême un signe qui n'avait pas besoin d'être garanti par un miracle moindre, et la comparaison des deux miracles devient forcée, presque choquante, s'ils se ressemblent si peu. Ce qui fait la diflérence des deux conceptions paraît être uniquement l'âge d'Elisabeth, et la conclusion : — « parce que rien n'est impossible à Dieu», — quiassi-
38 Et Marie dit :
« Voici la servanle de iSeigneur ; qu'il m'arrive selon ta parole. »
mile (cf. Gen. xviir, i4) le cas d'Elisabeth à celui de Sara, fait absi;raction du miracle plus grand qui vient d'être annoncé pour Marie elle-même (i, 35). ^ l'on s'en tient au récit primitif, l'ange, après avoir prédit à Marie la naissance de Jésus et déclaré que celui-ci sera le Messie qui doit régner sur la maison de Jacob, donne à la fiancée de Joseph, sans qu'elle l'ait demandé, un signe qui a sa raison d'être, parce que le fait de la conception naturelle ne lui garantit pas que son enfant sera le Messie promis. Ce signe existe dans la grossesse miraculeuse d'Elisabeth, que Marie ne connaît pas encore, la conception extraordinaire du Précurseur devenant, conformément au rôle de celui-ci, un signe avant-coureur et indiscutable delà qualité de Glu-ist qui appartiendra au fils de Marie. Ainsila remarque de l'ange sur le rapport des deux conceptions n'a plus rien que de logique, et ce qu'il dit sur le cas d'Elisabeth ne sert qu'à faire valoir l'importance du signe donné ; le rappel de la parenté qui unit Marie à Elisabeth cesse d'être une allusion sans objet ; car on compi'end que le Messie théo- . cratique, s'il doit se rattacher à la maison de David par Joseph, se rattache par Marie à la lignée d'Aaron ; il aura tous les pouvoirs et tous les titres de légitimité, à la différence des i-ois pontifes de la famille hasmonéenne, qui étaient issus d'une simple famille sacerdotale et n'appartenaient pas à la maison de David. L'existence d'une tradition sur l'origine à la fois davidique et lévitique de Jésus est attestée par un fragment d'irénée (Ir. xvii, restitué à Hippolyte par BoNW^ETSGir; cf. La.grange, 38J, par Origène (Select, in Nam. xxxvi, 6) et par le Testament des douze patriarches (spécialement Siméon, j ; Fauste le manichéen avait lu dans le Prot. de Jacques que Joachim, le père de Marie, était prêtre ; Augustin, contra Faastnm, xxxiii, 9. Augustin lui-même est indécis et admettrait volontiers que Marie descendait à la fois de Lé vi et de David) ; il va sans dire que celte tradition, qu'elle soit puisée ou non dans le Testament des douze patriarches par les auteurs chrétiens, n'a rii plus ni moins d'autorité que celle qui attribue une orig-ine davidique à Joseph ; cependant Paul (Rom. i, 3; Hébu. vu, i4, n'a pas trait à notre sujet) et l'Apocalypse (v, 5), n'ayant point égard à l'origine maternelle du Christ, ne connaissent que la filiation davidique .
« Et Marie dit : « Je suis la servante de Seigneur ; qu'il m'arrive selon ta parole ». — L'adhésion de la vierge à la parole de l'ange est
Et l'ange la quitta.
^^ Et Marie, s'étant mise en route en ces jours-là, s'en alla dans la montagne promptement, à une ville de Judée^
dans la dignité de son rôle (on a supposé, peut-être à tort, que cette adhésion venait originairement après l'annonce du Messie, i, 33, — c'est là qu'elle se trouve dans le ms. lat. 6, — et avant le signe donné, i, 36). Cependant Marie ne tardera pas à se rendre auprès d'Elisabeth pour constater la réalité de ce qu'elle a cru. Cette démarche s'expliquait d'elle-même dans le récit primitif : aussitôt qu'elle était devenue enceinte, Marie allait voir sa pai'ente pour vérifier le signe, après avoir éprouvé l'accomplissement initial de la promesse. Dans la perspective actuelle de la narration, la conceptioa du Christ est censée s'accomplir aussitôt après l'adhésion de Marie à la parole de l'ange (i, 38, et non dès 28) ; Tévangéliste n'a pas cra nécessaire de le dire, mais l'omission est plus facile à expliquer, si,, après la conclusion: — « Et l'ange la quitta », — il a simplement supprimé la transition qui devait exister dans le récit original entre le récit de l'annonciation et celui de la visite à Elisabeth : le premier auteur, qui a eu soin de dire qu'Elisabeth devint enceinte, signalait le mariage de Marie et de Joseph, en suite de quoi Marie, ayant conçu, s'empressait de se rendre auprès de sa vieille parente. On remarquera que la structure rythmique des dernières strophesest dérangée par les propos relatifs à la conception virginale (mais 1,36-37, rejoignant 32-33 fournit une strophe normale ; il manque à la dernière strophe, I, 38, quatre lignes que remplissait sans doute la notice relative au mariage de Marie et à la conception, de Jésus).
l\ . Marie chez Elisabeth
« Or, Marie, s'étant mise en route en ces jours-là, s'en alla promptement». — On a l'impression d'une lacune entre les deux récits. Quelques joui'sont dû se passer entre la visite de l'ange etledépartde Marie ; mais, dans l'économie actuelle de la relation, on ne voit pa& pourquoi Marie, après avoir attendu un peu, s'en va si vite. Cependant la confrontation des deux récits juxtaposés permet encore de voir que, d'après la source, Marie allait auprès d'Elisabeth vérifier le signe à elle donné par l'ange, non qu'elle fût conduite par un doute inquiet et une curiosité vulgaire, mais parce que sa foi voulait connaître le
*" elle entra dans la maison de Zacharie,
et elle salua Elisabeth.
^^ El quand Elisabeth entendit le salut de Marie,
l'enfant tressaillit en son sein,
et fut remplie d'Esprit saint Elisabeth,
signe qui lui avait été pi'oposé pour qu'elle pût le vérifier ainsi. Marie donc s'en va — « dans la montagne, à une ville de Juda ». — Zacharie et sa femme habitent la montagne, comme les parents de Samuel; mais il s'agit ici de la montagne de Juda, non de celle d'Ephraïm. Le narrateur ne dit pas le nom de la ville, et ceux qui prétendent la connaître sont bien téméraires ; beaucoup tiennent pour Juttlia (Jos.xxi,6),quiaurait été remplacée dans le texte par Juda: hypothèse gratuite et d'autant moins vraisemblable qu'une ville si peu connue n'aurait pas été introduite sans autre indication (cf. i, 26); d'autres ont pensé à Jérusalem, qui n'est pas une ville quelconque, ni en Juda ; ou bien à Hébron, qui n'est pas plus désignée qu'une autre ville de la montagne de Juda, et qui serait nommée si l'hagiographe l'avait en vue. Le récit primitif .devait contenir le nom de la ville; mais, si le rédacteur l'avait gardé, on aura de bonne heure omis ce nom comme insignifiant; il est plus probable que la rédaction chrétienne l'aura négligé ou peut être supprimé (supposons qu'une légende baptiste ait été exploitée, où l'on faisait naître Jean à Bethléem, il serait naturel qu'on l'en eût expulsé pour réserver Bethléem à Jésus). Il est pareillement superflu de se demander si Marie a voyagé seule ou avec d'autres femmes, ou bien encore avec Joseph, et si Zacharie n'était pas chez lui quand elle est arrivée : l'auteur veut amener la rencontre de Marie et d'Elisabeth, etilne s'inquiète pas du reste.
« Elle entra dans la maison de Zacharie, et elle salua Elisabeth». — Ce détail insignifiant en lui-même se trouve être le trait principal de la rencontre ménagée entre les deux femmes. — «Et quand Elisabeth entendit le salut de Marie, l'enfant » — qu'elle portait — « tressaillit dans son sein ». — Ainsi s'agitaient dans le sein de leur mère les jumeaux de Rebecca, préludant à leur antagonisme futur (Gbn. xxv, 22, Sept.) ; mais le tressaillement de l'enfant précurseur est un mouvement de joie prophétique. — « Et Elisabeth fut remplie d'Esprit saint », — envahie elle-même par l'esprit de prophétie qui agite l'enfant ; elle voit ce que signifie le mouvement de celui-ci, elle perçoit en vertu delà même illumination la présence du Messie dans celle qui la salue ; l'inspiration qui la saisit se manifeste dans les
^2 elle s'exclama avec grand cri et dit :; « Bénie sois-lu parmi les femmes,,
et béni soit le fruit de ton seiin 1 *^ Et d'où me vient ceci,
que la mère de mon Seignetic entre chez moi ? ** Car dès que ta parole de salutation est arrivée à mes oreilles,.
l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein. *^ Heureuse celle qui a cru
paroles q[Ui'eUe" va prononcer et d'abord' dans sa réponse à la salutatièn de Marie. — « Elle parla en grand ci'i », — non sur le ton de la conversation, mais à: pleine voirx, autant dire sur lé ton oraculaire, — « et dit :» Bénie entre l'es femmes, et béni le fruit de son sein !» — Le sens du qualificatif" peut être : « bénie de Dieu », ou bien : « Ibuée^ digne de louange »; et' l'on peut aussi suppléer: « sois-tu », au bien : « es-ti^ ». L'optatif semble préférable pour une salutation (cf.r, 28), et dans ce pi'éambule Elîsabetli ne fait que rendre le salut à Marie mais elle le rend comme il coii vient de le rendre à la mère du Christ. Préférer l'indicatif comme mieux en rapport avec les conditions de la prophétie serait mettre celle-ci dans une nuance de la pensée, tandis qu'elle réside, pour le fond et quant à cettepartie du discours, dans la connaissance qu'Elisabeth témoigne avoir delà dignité de Marie. Du sens de « béni» au sens de (doué » le passage est facile ; le Dieu béni est le Dieu loué, et à qui toute louange est due. Bénie de Dieu plus que toutes les femmes, Marié peut être louée au-dessus d'elles ; il semblé d'aiileurs qu^'Elisabeth célèbre elle-même le Messie et sa mère, les vante comme bénis de Dieu, plutôt qu'elle neleur souhaite cette bénédiction acquise déjà ; mais elle peut leur souhaiter les louanges de tous les hommes.
« Et d'où me vient » — cet honneur' inouï, — « que la ràèrede mon Seigneur entre chez moi ?» — Le mot « Seigneur » désigne le Messie, selon la parole du Psaume (ex, i) et l'usage chrétien. Elisabeth s'incline humblement devant la mère du Christ. Elle dit à quel signe elle a reconnu ta présence de celui-ci : — « Car dès que ta parole de salutation: est arrivée à mes oreilles, l'enfant » — que je porte — a a tressailli d'allégresse dans mon sein », — devant celui qu'il reconnaît aussi pour maître. Cette première eflusion de l'Esprit s'achève dans une louange en forme de proposition; générale, qui, dans la réalité, s'applique à Marie seule : — a Heureuse celle qui a cru qu'il y aurait, accomplissement de ce qui lui a; été dit de la part de Seigneur ». —
tue;, I, 46-47 9î>-
qui serait accomplissement de ce qui lui a été dit. de la part de *• El elle dit : [Seigneur. »
« Mon âme gloEifie le Seigneur, *' et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur,
Mairie est félicitée impliGiitement de n'avoir pas fait comme Zachai'ie (ceqiui laisse de côté i, 34), et il est inutile de se demander comment Elisabeth, sait ce- qui s'est passé entre Gabriel, et Zacharie, entre Gabriel et Marie, puisqu'elle parle «, en esprit.»..
Cet hommage rendu, au Christ et k sa mère, Elisabeth se reprend, et l'Eisprit lui dicte un caoïtiqae de louanges pour Dieu. C'est le Ma^n/^.ca;i, véritable psaume, imilé en grande partie du cantique d'Anne, mère' de Samuel (1 Sam. ii, i-io),- avec d'autres réminiscences de l'Ancien Testauient.. On s.est demandé s'il n'en aurait pas existé d'abord une rédaction; hébraïque, sans aucun rapport avec le présent récit, et dont notre texte grec serait la traduction ; l'on a supposé aussi que le cantique, en quelque langue' qu'il ait été composé, avait été adapté à la circonstance par l'insertion du verset : «'. Parce qu'il a regardé l'iiuniiliation de sa serv-ante, car désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse », le seul passage qui se' rapporte ou semble se rapporter à. la situation. Ce verset enlevé, il n'est pas trop difficile' de reconstituer un petit psaume en quatre strophes formées chacune de deux distiques (i, 46-4!7, 49 J 5o- 6i ; 52-53 ; 54-55). Mais que le cantique ait préexisté au. récit, soit comme psaume juif, soit comme psaume judéo-chrétien, ou qu'on l'ait composé tout, exprès, pour l'y introduire,, il est entièrement dépourvu d'originalité. 11 n'en est pas moinS' présenté comme un fruit de l'inspiration d'ElisabetLi, qui. se trouve- ainsi prendre rang à la suite des- femmes illustres à qui l'Ancien Testament attribue des cantiques inspirés, Marie sœur de M'oïse, Bébora, Anne, Judith, D'ailleurs, le cantique, comme celui de Zacharie, qui lui fait pendant, est une enclave dans le récit, auquel il paraît a voirété surajouté, probablement par l'évangéliste, et c'est peut-être en vue du cantique, plutôt que de la réponse à la salutation de Marie, qu'Elisabeth a été dite di abord (i, 4i) « remplie d'Esprit saint » (cf. r, 6^).
« Et elle dit». — La reprise est pour distinguer le cantique de- la réponse à la salutation. — « Mon âme' glorifie le Seigneur, et mon esprit s'est réjoui en Dieu mon sauveur ». — Exorde fait d'expressions larailières aux psalmistes, (( Ame » et « esprit » .sont synonymes. d«« moi » et ne correspondent pas à des idées distinctes. Le
*^ parce qu'il a regardé t humiliation de sa servante ;
car désormais me diront bienheureuse toutes les générations ; ^^ parce qu'a fait pour moi grandes choses le Tout-puissant,
et son nom est saint.
<;liangement de temps qui se produit dans le premier distique est un hébraïsme.et l'on aurait tort de penser que la joie de l'esprit remonte plus haut que la louange émise par l'âme ; car la « magnification » du Seigneur (cf, Ps. xxxiv, 4î lxix, 35) n'est que l'expression de la « joie » actuellement ressentie en Dieu sauveur. L'idée commune de «Dieu secourable » semble recevoir une application particulière à raison de ce qui suit, c'est-à-dire du verset qui paraît avoir été interpolé dans le psaume primitif, et qui, en toute hypothèse, est censé contenir, avec le motif de la louange, la raison du cantique.
« Parce qu'il a regardé l'humiliation de sa servante ». — La formule «st visiblement empruntée à l'histoire d'Anne (I Sam. i, n, Sept.) et ne peut viser que l'opprobre delà stérilité, dont le Seigneur a délivré Elisabeth (i, aS). — « Car désormais toutes les générations me diront bienheureuse ». — Lia disait (Gen. xxx, i3, Sept.), pour la naissance d'Aser, que « toutes les « femmes » la « proclamei'aient bienheureuse » ; Elisabeth le dit après elle, en mettant, pour plus de solennité, parce que son fils sera plus grand que l'enfant de Zelpha, les « générations » à la place des « femmes ». Le verset suivant fait double emploi avec celui-ci, en indiquant un motif général d'action de grâces qui semble rejoindre l'exorde par-dessus le motif spécial qui vient d'être indiqué. — « Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi ». — Ce « pour moi » donne encore une application personnelle aux « grandes choses », qu'on va louer, mais le parallélisme et la suite donnent à penser que l'auteur du cantique avait écrit (cf. Ps. XXXI, 19) : « Parce que le Tout-Puissant a fail^ de grandes choses et que son npm est saint », — ■ élevé au-dessus des hommes qui l'imploi'ent humblement,
La prière décrit les conduites ordinaires de la Providence ; les aoristes du grec correspondent à des parfaits hébreux qui énonceraient des vérités générales, sans égard à la circonstance du temps, comme dans le cantique d'Anne, que l'on va suivre de plus près (dans i, 5i-53).L'évangéliste a pu penser aux biens procurés par le Christ. Ainsi l'embarras des commentateurs, dont les uns croient devoir entendre du passé la description, et les autres de l'avenir, iient à l'existence de ce double point de vue : celui du psaume, qui
^^ Et sa miséricorde, d'âge en âge, est sur ceux qui le craignent.
^^ Il fait victoire avec son bras,
il disperse les orgueilleux d'esprit.
^2 II met à bas des trônes les potentats, ei il élève les humbles.
^3 II rassasie de biens les affamés, et ilrenvoie les riches avide.
^* Il vient en aide à Israël son serviteur, pour se souvenir de la miséricorde, 55 comme il a dit à nos pères, envers Abraham et sa race à jamais. »
est sans relation pavliculière avec l'avènement du christianisme, et celui de l'évangéliste, qui a pu se complaire dans une description qui célébrait le renversement des conditions sociales, l'exaltation des humbles et des pauvres. — «Et sa miséricorde, d'âge en. âge, est sur ceux qui le craignent. » — Dieu est bon, perpétuellement, pour ceux qui !e .vénèrent (cl, Ps. cm, i3, i^). — «Il fait victoire avec son bras, il disperse les orgueilleux d'esprit », — Dieu est redoutable à ceux qui s'enorgueillissent en eux-mêmes (cf. Ps. cxxxix, ii), — « Il renverse des trônes les puissants, et il élève les humbles ». — Cette antithèse vient du cantique d'Anne (1 Sam. ii, 7), ainsi que la suivante. — « 11 rassasie de biens les afiamés, et il renvoie les riches à vide ». — La suite montre que ces manifestations de puissance et de miséricorde sont coordonnées à la ï'estauration d'Israël, à l'avènement du règne messianique. — « Il relève Israël son serviteur ». — Réminiscence d'isaïe (xLi, 8-9, Sept.). — « Pour se souvenir de la miséricorde ». — Dieu voudra intervenir en faveur d'Israël, parce qu'il est miséricordieux par nature, ainsi qu'il a montré déjà qu'il l'était, ainsi qu'il a promis de l'être en faisant ses promesses aux grands aïeux, — « comme il a dit à nos pères » ; — de cette miséricorde il se souviendra — « pour Abraham et sa race, à jamais ». — Ce qu'il fera pour Israël sera fait pour Abraham (cf. Ps. xcviii, 3). Cette finale aurait pu être écrite par un juif aussi bien que par un judéochrétien ; en toute hypothèse," elle forme la conclusion naturelle du psaume et ne peut être considérée comme un élément adventice.
La femme inspirée se tait. Sans entrer dans d'autres détails, et parce que l'objet de la mise en scène était d'amener la double pro-
A. LoisY. — L'iivanffile selon Luc. 5
^^ El Marie resta avec elle environ trois mois, . puis elle retourna dans sa maison.
• • phétie d'Elisabeth, le narrateur ajoute que — « Marie resta avec
elle environ trois mois » — ce qui conduit à peu près au terme de la grossesse d'Elisabeth. L'indication ne paraît pas avoir de signification particulière, et elle atteste seulement le souci qu'a l'hagiographe de tenir le fil de sa chronologie. Marie s'éloigne avant la naissance de Jean, parce que sa place n'est pas marquée dans le tableau qu'on va décrire. — « Et elle s'en retourna dans sa maison ». — On ne peut dire si, dans la pensée de l'évangéliste, la maison où elle rentre est celle de Joseph ; il est permis de le croire et de supposer même que c'est déjà dans cette maison qu'a eu lieu l'annonciation, les époux étant dits maintenant fiancés à raison de l'idée particulière que le rédacteur attache à leur mariage. Dans l'esprit du récit primitif, la maison où Marie retourne est aussi celle de Joseph ; mais ce n'est pas là sans doute qu^avait lieu. l'annonciation* la vierge .fiancée étant alors chez ses parents. Il est à noter que les trois lignes par lesquelles se termine le récit delà Visitation semblent se rattacher pour la strophique au commencement du récit concernant la naissance de Jean- Baptist*.
Tous les manuscrits grecs et tous ceux de la Vulgate hiéronymienne attribuent ,1e Magnificat k Marie -; mais les plus anciens manuscrits de l'ancienne Vulgate (mss. ab l) l'attribuent à Elisabeth ; de môme Nicéta, probablement l'évêque de Remesiana en Dacie et l'ami de saint Paulin de Noie (fragment du traité De psalmodiœ bono publié par.D. MouiN, Revue biblique, i^çf], pp. 286-28;^). La formule d'introduction : « Et Elisabeth dit », au lieu de : « Et Marie dit», devait donc être assez répandue en Occident à la fin du iv" siècle et au commencement du v^, bien qu'elle ne fût probablement pas la plus commune. L'interprète latin.d'Irénéeparaît? l'avoir connue (deux mss., le Glaromontanus, iX° siècle, et le Vossianns, xiv^, ont : « Elisabeth dit », dans Hœr. IV, 7, i ; dans III, 12,2, le Magnificat est attribué à Marie par tous les mss.) ; mais Tertullien fait l'attribution à Marie. Les plus anciens témoins orientaux semblent avoir été également partagés : dans une de ses homélies sur Luc (vue), conservées dans la traduction de Jérôme (P. 1. XXVJ,a33), Origène signale deux catégories de mamiscrits, dont l'une présente la leçon ordinaire, et l'antre assigne le cantique à Elisabeth {non enim ignoramus quod secundum' alios
LUC, I, m 99
■codices et hace verba Elizaheth vaticinetur) La leçon : « Et Elisabeth dit », a donc été assez répandue tant en Occident qu'en Orient dès le m- siècle, et sans doute auparavant. Or cette diflusion ne peut avoir eu son origine dans l'inadvertance ou la fenlaisie d'un copiste qui aurait substitué le nom d'Elisabeth à celui de Marie ; supposé qu'un tel accident se fût produit cinquante ou soixante ans après que ndtre évangile eut été répandu dans les Eglises, la variante n'aurait pas eu le moindre succès ; la raison qui lui a fait perdre tout le terrain qu'elle avait gagné l'aurait empêchée de le prendre. Cette leçon, partout où on la trouve, a dû précéder la leçon: «Et Marie dit » ;. elle est, par conséquent, très ancienne, et il est pom* le moins vraisemblable qu'elle procède, par voie d'addition explicative, d'un texte où le sujet du verbe «dit » n'était pas indiqué ; tel devait être le texte primitif, et la diversité des leçons provenait de ce que l'on avait suppléé dans certains manuscrits le nom d'Elisabeth, dans d'autres celui de Marie. S'il y avait eu un nompropre après le verbe, non seulement on ne l'eût pas supprimé, mais,s'il yavait eu le nom de Marie, on n'aurait jamais songé a le remplacer par celui d'Elisabeth; et s'il y avait eu le nom d'Elisabeth la tentation d'y substituer le nom de Marie ne serait pas facilement venue ; seulement, le nom de Marie une fois introduit dans le texte, son succès est aisé à expliquer : on a trouvé naturel que Marie louât Dieu, puisqu'elle avait apparemment plus de raison de le iaire qu'Elisabeth.
Il n'en est pas moins vrai que l'addition du nom d'Elisabeth était conforme à la pensée du narrateur, tandis que celle du nom de Marie ne satisfait qu'une logique vulgaire et une façon de dévotion qui étaient étrangères à l'évangéliste. Le M agnifinai suit la réponse d'Elisabeth à la salutation de Marie, encadré qu'il était primitivement entre ces deux courtes phrases : « Et elle dit m (xa\ el-rrev, i, 46 ; cf. I Sàm. H, I. Sept.), pour servir d'introduction, et : « Or Mai'ie resta avec elle environ trois mois »(1|ji.s!vev Se Maptàp. xtX., i,56) pour -servir de conclusion. L'introduction donne à entendre que la personne qui va parler est la même que celle à qui appartient le discours précédent (s'il y avait changement de personne, on aurait eluev oé) ; elle marque seulement une sorte de pause, pour que le cantique se détache du discours. La conclusion, où Marie est rappelée directement à la pensée du lecteur, tandis qu'Elisabeth lui est toujours censée présente, montre que la personne qui vient de parler n'est pas Marie, mais Elisabeth; si l'auteur avait écrit: «Et Marie dit», il aurait dû écrire après le cantique : « Or elle resta auprès d'Elisabelh», etc. Ajoutons que si l'évangéliste avait voulu attribuer le aan-
tique à Marie, il ne se serait pas contenté de la nommer, il aurait signalé en termes exprès l'action de l'Esprit qui lui suggérait le cantique ; avec la formule : « Et Marie dit », on est tout étonné de trouver, au lieu d'une réponse aux paroles d'Elisabeth, un cantique inspiré que l'ien n'a fait, prévoir. Quand il s'agit d'introduire le Benedictas, l'inspiration de Zachàrie est mise en relief par une formule solennelle (i, 67). Or, si le Magnificat est prononcé par Elisabeth, il y a un parallélisme exact entre les deux situations ; révangéliste,'en disant qu'Elisabeth « fut remplie d'Esprit saint », (i, 41) n'aura pas eu en vue que les paroles de salutation adressées à Marie, mais le cantique d'action de grâces qui vient ensuite ; les deux vieillards prophétisent l'un après l'autre, comme le feront, au chapitre suivant, Siméon et Anne; Marie garde cette réserve qu'elle a partout ailleurs dans les présents récits et qui donne a son rôle un caractère si particulier. Elisabeth et Zachàrie prophétisent, commeles saints d'autrefois, en vue du Messie qui vient; pourquoi Marie, qui porte le Christ, prophétiserait-elle ? N'est-elle pas dans la réalité desprédictions et non dans l'attente ? Ceux qui trouvent que le cantiqued'Elisabeth viendrait trop tard, et qu'il aurait dû être placé aussitôt après la conception (api'ès ,1, aS), ne songent pas que l'évangélistè n'aurait pas fait chanter Elisabeth toute seule, et que Marie, dans l'économie des récits, est la première personne devant laquelle Elisabeth puisse faire montre d'inspiration prophétique.
Pour le lecteur- moderne, le Magnificat est une effusion de reconnaissance; mais, au point de vue de l'évangélistè, c'est un vi'ai psaume, inspiré comme le Benedictas, comme le cantique d'Anne,, mère de Samuel, comme les psaumes davidiques ; c'est une pièce de poésie sacrée, une prophétie, et il ne semble pas que notre évangile ait voulu faire de Max'ie une prophétesse. Le contenu même du cantique n'a rien qui soit personnel à Marie. La tradition a mis dans les paroles : « désormais toutes les générations me diront bienheureuse », une plénitude de sens qu'elles n'ont pas nécessairement ; mais on â pu, sans hyperbole, les placer dans la bouche d'Elisabeth. Et seule Elisabeth a pu dire, en faisant allusion à sa stérilité, que le Seigneur avait « regardé l'humiliation de sa servante » ; ces paroles,, qui assimilent à la mère de Samuel, devenue mère après une longue stérilité, celle qui les prononce, ne conviennent qu'à Elisabeth ; pour les trouver bien placées dans la bouche de Marie, il faut les détourner de leur sens naturel. Dans l'ensemble, le Magnificat n'est qu'un décalque du cantique d'Anne, et c'est la situation d'Elisabeth, non celle de Marie, qui est analogue à celle de la mère
LUC, I, 57-59 lOi
^' Or s'accomplit pour Elisabeth le temps de sa délivrance, j5^;v,
et elle enfanta un fils. :
^8 Et ses voisins et ses parents apprirent
que Seigneur avait fait éclater sa miséricorde sur elle,
et ils se réjouissaient avec elle.
s^ Et quand, le huitième jour,
ils vinrent circoncire l'entant.
ils l'appelaient, du nom de son père, Zacharie.
de Samuel. L'évangéliste se trouvait au dépourvu pour exprimer les sentiments d'Elisabeth, parce qu'il réservait pour le cantique de Zacharie les prévisions concernant l'avenir de Jean-Baptiste; une imitation du cantique d'Anne se recommandait à lui ; et de là \ient qne le Magnificat, sauf l'allusion du début (1,48), empruntée à l'histoire d'Anne, a la même forme impersonnelle que ce cantique. Le silence de Marie n'a pas lieu de surprendre, car la scène qui se passe entre les deux mères prélude à celle où figureront plus tard les deux fils: Jésus se taira devant Jean-Baptiste, qui lui rendra témoignage; Marie se tait devant Elisabeth saluant le Messie dans sa mère et prophétisant l'avènement du royaume de Dieu.