‹ L'évangile selon LucChapitre 71 sur 80 · LXXXII. La Fin · texte numérisé non relu

LXXXII. La Fin

Le discours eschàtologique paraît ici prononcé dans les mêmes cou- -ditions que les propos précédents, devant le peuple et pour les dis- <:iples. — « Et certains », — il n'est pas dit expi'esséinent que ce soient des disciples, — « disant du temple qu'il était orné de belles pierres et de dons ». — Sorte d'adaptation de ce qui se lit dans Marc (xin, r) : « Et comme il sortait du temple, un de ses disciples lui dit : « Regarde quelles pierres et quels bâtiments ». Notre auteur a voulu remplacer les « constructions » par les ex-voto, que lui a fait connaître Josèphe, et dont il veut paraître informé. 11 n'a pas compris ou n'a pas voulu comprendre pourquoi Marc avait atténué la parole du Christ sur le temple et l'avait fait prononcer seulement devant les disciples (voir Marc, 365) ; il n'a pas compris davantage ou il n'a pas voulu comprendre pourquoi aussi Marc avait fait dire le discours général sur la fin du monde en manière de confidence aux quatre principaux disciples, et il s'est i-isqué à laire de ce discours la dernière prédication publique de Jésus dans le temple. Il suffît de constater ce progrès dans la fiction.

« Il dit ; « Ce que vous voyez là, viendront des jours où il n'en restera pas pierre sur piexTe qui ne soit renversée ». — Marc : « Et Jésus lui dit : «Tu vois ces grands bâtiments ? Il n'en restera pas » etc. Notre auteur laisse voir que des « jours » très nombreux sont déjà passés depuis que cette prétendue prophétie a reçu son accomplissement .

a Or ils l'interrogèrent, disant ». — Les interrogateurs sont ceux -qui ont fait la réflexion précédente sur les constructions du temple. Dans Marc (xiii, 3) : « Et quand il se fut assis sur la montagne des Oliviers, en face du temple, Pierre, Jacques, Jean et André lui de-

^ Et il dit '. « Voyez à n'èlre p'as trompés ; car beaucoup viendront en mon nom, disant : « Je le suis », et : « Le temps est proclie ».

N'allez point à leur suite.

mandèrent en particulier », — « Maître, quand donc cela sera-t-il et quel (sera) le signe que cela va venir ? » — Marc (xiii, 6) : « Disno-us quand cela sera, et quel (sera) le signe que tout cela est près de s'accomplir ? » Notre auteur fait employer aux questionneurs le mot (SioâffxaAe) qu'emploient les étrangers qui appellent Jésus « maître »• (les disciples disent xûpts ou kitia-rAzx. Wellhausen, ii6), ce qui donnerait à penser qu'il n'a pas voulu les prendre parmi les disciples, bien que le discours soit pour l'instruction de ceux-ci, c'est-à-dire des fidèles. 11 n'est pas indifférent de noter (avec Wellhausen, loc. cit.) que, dans notre évangile, les disciples ont reçu plus havit (xvii, 22-3^) sur le sujet une instruction qui semblerait rendre superflue de leur part la question qui est ici posée.

L'ordonnance du discours est la même que dans Marc, et l'on y distingue encore assezfacilement les trois points fondamentaux, commencement,comble des douleurs, parousie; mais notre auteur évite ou atténue les doubles emplois par rapport à ce qui a été dit auparavant, et il utilise l'expérience des temps écoulés. — « Et il dit ». — Marc (xiii,. 5) : « Et Jésus se mit à leur dire ». — « Voyez à n'être pas trompés ». — Marc : « Voyez à ce que nul ne vous trompe ». — « Car beaucoup viendront eu mon nom, disant : « Je le suis », et : « le temps en propose ». — Marc (xiir, 6) a seulement : « Beaucoup viendront en mon nom, disant : « Je le suis » ; et Matthieu (xxiv, 5) explique : « Je suis le Christ » (sur la difficulté de la formule : «en mon nom», voir Marc 370). Les mots : « Je le suis » (kyôi £ip,t) pourraient ne pas signifier précisément : « Je suis le Christ », mais être une sorte de formulesacramentelle dans le langage mystique de certains cultes pour signifier l'épiphanie divine en un individu donné. Il y aurait là une conception du Christ qui confinerait à celle du quatrième évangile, où la même formule est employée, à ce qu'il semble, en ce sens absolu (cf. ^^'.ETTER, « Ich hin es », dans Stud. u. Krit., 1915, Heft 2). Notre auteur semble d'ailleurs orienter cette formule dans le sens proprement messianique, tout comme Matthieu, puisqu'il y ajoute, en manière d'éclaircissement : « Le temps est proche » — « N'allez point à leur suite». — Ceci remplace Marc : a Et ils en induiront beaucoupen erreur ». L'avei'tissement que notre auteur a mis au lieu de cette

® Et quand vous entendrez parler guerres et révolulions, ne vous effrayez pas ; car cela doit arriver d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin.

^° Alors il leur disait :

« Se lèvera nation contre nation et royaume contre royaume ; ^^ et grands tremblements de terre et par endroits pestes et fa-

[mines il y aura ; apparitions terrifiantes et au ciel grands signes seront.

annonce en est aussi bien l'atténuation. Sans cloute s'agit-il toujours des faux Messies qui ont paru en Judce avant la ruine de Jérusalem et que la source de Marc signalait comme se prévalant faussement d'une mission divine (voir Marc, 'i')o).

« Et quand vous entendrez parler guerres et révolutions, ne vous effrayez pas ». — Marc (xiii, ;; ) : « Et quand vous entendrez parler guerres et bruits de guerres,, ne vous troublez pas ». — «Car cela doit arriver d'abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin ». — Marc : « Cela doit arriver, mais ce n'est pas encore la fin ». Les mots <( d'abord » (upôTov) et « aussitôt (eùOéw;) n'ont pas été ajoutés sans intention par notre évangéliste.Marc semblait dire que la fin suivrait immédiatement les guerres, et comme celles-ci n'avaient pas manqué depuis le temps de Jésus, notre auteur a pris soin de marquer un intervalle. Les révolutions dont il parle pourraient être les événements compris entre la fin du règne de Néron et l'avènement du Vespasien.

La reprise : — « Alors il leur dit », — qui précède l'énumération des fléaux, ne provient pas de ce que l'auteur utiliserait une autre source, puisqu'il continue de suivre Marc ; elle est plutôt destinée à élargir la perspective trop étroite de celui-ci, en renvoyant les soulèvements de peuples contre peuples et les autres fléaux à un avenir plus éloigné que les guerres et les révolutions dont il a été parlé en premier lieu ; il est dit que les guerres et les révolutions ari'iveront d'abord, parce qu'on les croit arrivées ; les soulèvements, famines et autres fléaux appartiennent à l'avenir inconnu, que l'on s'obstine à prévoir. — «On se soulèvera peuple contre peuple et royaume contre royaume ». — Marc(xin, 8) ; « Car on se soulèvera » etc. — « Et il y aura grands tremblements de terre et en divers lieux pestes et famines ». — Marc : « Il y aura tremblements de terre en divers lieux, il y aura famines ». — « Et il y aura choses terrifiantes et

494 LUC, XXI, i2-13

^2 Mais, avant toutî^cela,

Ton melira sur vous les mains et on vous persécutera,

vous menant aux synagogues et aux prisonsi

vous traduisant deyanl rois et gouverneurs à cause de mon

[nom ; ^3 cela finira pour vous à témoignage.

grands signes au ciel ». — Bien que ces signes effrayants (cf. Is., xix. 17) ne soient pas encoi'e le bouleversement du monde céleste et qu'il s'agisse de prodiges ou phénomènes inquiétants, comme pluie de sang, apparition de comètes, etc., il y a là quelque anticipation du dernier acte de la tragédie apocalyptique ; car on ne peut guère distinguer deux séries distinctes de pliénomènes célestes, ni voir dans les signes en question les présages menaçants que Josèphe dit s'être produits avant la prise de Jérusalem par Titus. Si l'indication de Marc (xiii, 9) : « C'est le commencement des douleurs », est omise, ce ne doit pas être afin d'éviter unemétaphore peu intelligible pour les chrétiens^ de la gentilité, mais,' parce que les choses dont il vient d'être parlé sont encore à venir.

C'est ce qui résulte aussi bien de la formule de transition : — « Mais avant tout cela», — qui introduit l'annonce des premières persécutions, lesquelles sont, par rapport à l'auteur, un fait déjà ancien, Marc: «Mais prenez garde vous-mêmes à vous».' — «On mettra les mains sur vous et on vous persécutera, vous livrant aux synagogues et aux prisons ». — Marc : « Car on vous livrera aux tribunaux, vous serez fustigés dans les synagogues». — Notre auteur omet la mention des tribunaux juifs, et il ajoute aux synagogues juives les prisons impériales ; il ne retient pas le trait de la fustigation. — «Traînés devant rois et gouverneurs à cause de mon nom d . — Marc : « Vous serez traduits devant gouverneurs et rois à cause de moi». Marc entend les procurateurs de Judée et les empereurs de Rome (comme Mt. X, 18) ; notre auteur, qui met les rois avant les gouverneurs^ serait fort capable d'avoir visé dans les rois les princes hérodiens qui figurent dans les Actes. — « Gela vous deviendra témoignage ». — Formule contournée, pour ne pas dire avec Marc (et Mt. loc. cit.) : « en témoignage pour eux ». Notre évangéliste veut dire cependant aussi que la persécution fournira aux chrétiens l'occasion de confesser leur foi, mais il aura hésité à dire que le témoignage serait pour les juges. Le témoignage n'est pas le martyre, au sens chrétien du mot, une telle acception étant ici assez insignifiante et ne se

Li:c, XXI. 14-15 495.

1* Ayez donc bien à cœur de ne préméditer point votre défense ; ^^ car je vous donnerai, moi, bouche et sagesse

à quoi ne pourront résister ni répliquer tous vos adversaires..

recommandant d'ailleurs ni par le contexte ni par l'usage du Nouveau Testament, Il n'y a pas lieu non plus de s'arrêter à l'idée d'une preuve de loyauté envers les pouvoirs établis, ou de fidélité au Christ, ou d^assistance pi'ocurée par le Christ, ou à celle de l'honneur qui revient à la foi courageusement professée, ou bien de raltestation que le Christ rendra devant son Père à ceux qui lui auront été fidèles. Si notre auteur ne reproduit pas ce , 'que dit Marc (xui, lo) touchant la prédication de l'Evangile dans tout l'univers, ce ne doit pas être seulement pour avoir fait réflexion que les persécutions n'avaient pas atten'du la diflusion de l'Evangile dans tout l'empire, mais a.ussi bien parce qu'il a senti l'incohérence qui résulte de ce propos dans Marc.

« Mettez-vous donc bien au cœur» — la résolution— « de ne préméditer point votre défense». — Mai'c (xm, ri) : «Et lorsqu'on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas de ce que vous direz. » Dès ce début et dans le développement de cette pensée notre auteur s'abstient de suivre textuellement Marc, parce qu'il a déjà donné la même leçon (xii, 11-12), d'après là source où puise maintenant Marc. — « Car je vous donnerai bouche » — éloquente — « et ■ sagesse à quoi tous vos adversaires ne pourront résister ni répliquer ». — Ceci nous détournerait presque du témoignage rendu devant les tribunaux, pour nous orienter plutôt vers les discussions doctrinales ; mais, en parlant de ces apologistes inspirés, l'évangéliste pense, et il veut que l'on pense à Etienne et à Paul.

« Mais vous serez livrés par parents, frères, proches, amis, et l'on en tuera d'entre vous » . — Redressement peu réussi de Marc (xiii, ra) : « Et frère livrera frère à mort, et père enfant; et enfants se lèveront contre parents et les feront mourir » — «Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom » . — Accord parfait sur cette formule avec Marc (xiii, i3 ; etMi. x, 22). — Ce trait ne concerne plus les chrétiensdevant les tribunaux, mais la masse des fidèles qui continue de vivre au milieu d'un monde ennemi; — « Et pas un cheveu de votre tête ne se perdra ». — Idée l'eprise d'un autre passage (xii, 7 ; cf. I Sam. xiv, 45, pour l'expression), pour relever ce qui suit : — « C'est par votre patience que vous gagnerez vos vies ». — Interprétation de Marc (Mt. X. 22; xxiv, i3) : «Mais qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-

49) LUC, xxr, 16-19

1^ Mais vous serez livrés même par parents et frères, proches et

[amis, et l'on en fera mourir d'entre vous ; " et vous serez haïs de tous à cause de mon nom. ^^ El pas un cheveu de votre tête ne se perdra : 1^ c'est par votre patience que -vous gagnerez vos vies,

là sera sauvé h. Eu égard surtout à l'assertion précédente, «gagner sa vie » ne peut guère s'entendre de la vie éternelle gagnée, si besoin est, par la moi*t temporelle, mais plutôt de l'existence préservée; ce qui accentue la contradiction qui est déjà dans Marc; On vient de dire que les chrétiens seront mis à mort : comment auront-ils la vie sauve et ne perdront-ils pas seulement un cheveu ? Sans doute y at-il un peu trop de subtilité à dire que, selon l'évangéliste, les fidèles, qui mourront dans la persécution, retrôuv^iront tous leurs cheveux quand ils ressusciteront (Lagrange, Saô). L'auteur vient lui-même d'opposer le petit nombre de ceux qui seront tués, au commun des croyants poursuivis par la haine du monde. Il semble donc que nos évangélistes s'eflbi'cent à regarder les martyrs comme une exception ; pour un peu on dirait que notre auteur, vivant probablement dans une période de tranquillité relative, les considère comme appartenant au passé, les chrétiens ayant surtout à subir les avanies et l'hostilité des hommes. Ses martyrs sont ceux de l'âge apostolique, avant la destruction de Jérusalem (cf. I Glem. v-vi). '' ■

«Mais quand vous verrez Jérusalem cernée de campements», — d'une armée assiégeante, — « alors sachez que proche est sa désolation». — L'exorcisation du synchronisme établi entre la ruine de Jérusalem, et la parousie est poursuivie fort dextrement dans ce passage, Marc (xûi, i4) : «Mais quand vous verrez Tabomination de la désolation établie où elle ne doit pas être, — que celui qui lit fasse attention ! — alors », etc. Notre auteur écarte tout ce mystère ; l'influence de Marc ne se trahit que par l'emploi du mot «désolation»; l'abomination, la profanation du temple n'est plus le signe delà fin; c'est le siège de Jérusalem qui devient (après coup, très visiblement) le signe de sa ruine prochaine, laquelle est acquise, incontestablement, dans le temps où écrit l'évangéliste. Ce qu'on lit ensuite de la fuite dans les montagnes se trouve n'avoir application qu'à la circonstance du siège et non plus à la fin du monde ; ainsi la prophétie acquiert une apparence de réalité qu'elle a beaucoup moins dans Marc et dans Matthieu. Cette sorte de contact

2" Mais, quand vous verrez cernée de campements Jérusalem,

alors sachez

que proche est sa désolation.

^1 Alors que ceux qui seront en Judée fuient aux montagnes ;

que ceux qui seront dans la (ville) s'en retirent,

et que ceux qui seront dans les campagnes n'y entrent pas ; 2* parce que ce sont jours de vengeance,

pour que soit accompli tout ce qui est écrit.

qu'elle prend avec l'histoire ne prouve pas que l'évangéliste ait disposé d'une source particulière qui aurait été rédigée au commencement du siège de Jérusalem, et que cette source pourrait même être l'oracle, dont parle Eusèbe {Hist.eccl. 111,5,3), qui aurait décidé les judéochrétiens de Jérusalem à se l'etirer à Pella (J. Weiss- BoussET, 492). La précision des détails concernant la fuite se comprend tout aussi bien et même mieux à une certaine distance des événements ; si notre auteur ne signale pas la destruction de Jérusalem et du temple, c'est qu'il subit encore l'influence de Marc, où il n'en était pas question, et qu'il ne se soucie pas d'y insister autrement qu'en annonçant «la dévastation » de la ville (cf. xiii, 34 ; xix, 43-44) î ce qu il dit (xxi, 24) des Juifs tués ou emmenés en captivité s'entend naturellement du sort de tous ceux qui ont péri dans le siège ou qui furent pris quand la ville succomba ; il a parlé de ces choses d'après la connaissance qu'il en avait, en imitant le style des anciens prophètes, et pour montrer l'accomplissement des prophéties, censées renouvelées, avec toute, la précision désirable, par Jésus. « Alors que ceux qui seront en Judée s'enfuient aux montagnes » . — C'est ce que dit Marc ; mais, au lieu de prendre ce que Marc ajoute (xiii, i5-i6) à propos de ceux qui seront sur le toit ou dans les champs, et qui devront fuir sans rentrer chez eux, notre, auteur, qui a utilisé plus haut (xvii, 3i) ces traits, en fait une adaptation à Jérusalem et à la circonstance du siège. — a Que ceux qui seront au milieu d'elle », — de la ville, et non de la Judée, — « s'en retirent, et que ceux qui seront dans les campagnes n'y entrent pas », — n'entrent pas à Jérusalem. La mention de la Judée fait équivoque, mais ce n'est pas motif suffisant pour suspecter (avec Wellhausbn, 118) le premier membre de plirase: « Que ceux qui seront en Judée s'enfuient aux montagnes », d'avoir été interpolé d'après Marc ; l'idée de Jérusalem domine tout le développement, et l'équivoque existe à peine ; l'évangéliste ne l'a pas sentie en retouchant à mesui'C le

A. LoisY. — VEvangile selon Luc. Sa

23 Malheur à celles qui seront enceintes et qui allaiteront en ces jours -là !

Car ce sera détresse. grande sur la terre, et colère contre ce peuple.

24 Et ils tomberont au fil de l'épée,

ils seront emmenés captifs dans toutes les nations,

et Jérusalem sera foulée par Gentils,

jusqu'à ce que soient accomplis les temps de Gentils.

texte de Marc. Il est vrai que les «. campagnes » (x^p^O sont plutôt les cantons de la province que la banlieue de la ville ; mais si l'on supprime la mention des montagnes, il n'y aura .plus de but assigné à la fuite. — « Parce que ce sont jours de vengeance », — les jours où Dieu punit (cf. Jér. xlvi, Sept, xxvi, lo, Os. tx, y), où il vengera les siens (xvni, 'j), — « pour que soit accompli tout ce qui est écrit ». — Cette allusion aux prophéties anciennes est de remplissage rédactionnel.

« Malheur à celles qui seront enceintes » etc. — Transcrit de Marc (xni, 17). La recommandation de prier pour que la fuite n'ait pas lieu en hiver (Me. xin, i8)ni lejour du sabbat (Mï. xxiv, 20) n'avait plus de sens pour notre auteur, et il l'a simplement omise. — « Car ce sera grande détresse sur la terre », — le pays de Judée, — « et colère contre ce peuple », — le peuple juif. Marc (xni, 19-20) : « Car ces jours-là sei'ont tribulation » etc., décrit une catastrophe mondiale dont la Judée est seulement le centre, et qui sera une épreuve pour les élus de Dieu ; notre auteur a corrigé à sa manière tout ce développement, où il ne veut voir que le sort fait aux Juifs et à Jérusalem par les événements de l'an 70. — « Et ils tomberont au fll de l'épée, ils seronteramenés captifs dans toutes les nations », — les Juifs seront tués ou tomberont en esclavage, — « et Jérusalem sera foulée par des Gentils », — comme l'a dit Daniel (viu, i3 ; cf. ap. xi, 2), — « jusqu'à ce que soient accomplis temps de Gentils ». — A la lettre et d'après le passage de Daniel dont s'inspire l'auteur, ce serait le temps assigné par Dieu à la domination des païens sur Jérusalem dévastée. Il n'est pas impossible que l'auteur ait également pensé au temps laissé aux Gentils pour leur conversion (ce qui ferait droit à Me. xni, 10) ; mais la forme du discours ne favorise guère cette hypothèse. L'auteur conçoit comme limitée d'assez court la durée de l'empire, bien qu'il n'en voie pas la fin très prochaine : les Juifs ont disparu comme nation, la puissance qui les a détruits va dominer sur la terre durant

2SEt seront signes ien soleil, lune et étoiles, et sur la terre angoisse de nations, inquiètes du fracas de la mer et des flots, ^^ les hommes expirant de frayeur

et d'anxiété pour ce qui doit arriver à l'univers ; car les puissances des deux seront ébranlées.

le temps marqué par la Providence. Ce que Marc (xin, 21-23) dit ensuite en manièx-e d'avertissement contre les apparitions de faux Christs a été omis comme doublant ce qui a été dit d'abord (xxt, 8), et parce que notre évangéliste en avait fait emploi antérieurement (xvn, 23-24).

La fin est amenée sans qu'on insiste sur le moment. — « Et il y aura des signes dans le soleil, la lune, les étoiles». — L'auteur est tout aussi réservé sur la nature de ces signes que sur la circonstance du templs. Le contraste est sensible avec Marc (xti, 24-26) : « En ces joui's-Ià, après cette tribulation, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel ». Ici les astres ne bougent pas: on y voit seulement des choses effrayantes (comme plus haut, XXI, II). Par une sorte de compensation, l'on décrit la terreur des hommes. — « Et sur la terre une angoisse de nations éperdues devant le fracas de la mer et des flots » . — Effet de rhétorique où il ne faut pas se hâter de voir l'annonce d'un nouveau déluge. L'auteur n'est pas pour les trop grands cataclysmes. Mais il ne s'agit pas non plus d'un « raz de marée » (Lagrange, 53i). Le mouvement extraordinaire de l'océan appai-tient à la même catégorie que les signes dans lés astres : c'est surtout une grande menace, l'annonce de la fin, comme la suite du discours le donne assez à entendre. — « Les hommes expirant de frayeur et d'inquiétude », — devant tous ces signes inquiétants, — ^c pour ce qui doit arriver à l'universi», — la terre habitée (oîxoujxévïi ; xxr, 24, 711 désignait la Palestine). — « Car les puissances des cieux seront ébranlées ». — Ce trait dans Marc (xm, 25) fait suite au dérangement des astres . Il ne semble pas pourtant que l'auteur l'entende autrement que Marc. Tout le détraquement de la machine céleste et le désarroi des puissances qui d'ordinaire y président sont l'introduction qui convient l'avènement du Fils de l'homme . \

« Et alors on verra le Fils de l'homme venant dans une nuée ». — Marc (xin, 26) : « dans des nuées » C'est toujours le Fils de rhomme de Daniel (va," i3). — « Avec grande puissance et

" Et alors on verra le Fils de l'homme

venant en nuée avec puissance et majesté grande. 2^ Or, quand ces choses commenceront d'arriver,

redressez-vous et levez la tête,

parce qu'approche votre délivrance. »

29 Et il leur dit parabole :

« Voyez le figuier et tous les arbres ;

majesté ». — L'auteur ne dit rien des anges, que le Fils de l'homme, dans Marc (xin, 27), envoie recueillir les élus par- toute la terre ," il a parlé ailleurs (xvu, 35) de la façon dont les élus seront ravis subitement au Christ, et peut-être a-t-il senti que la description de Marc ne s'accordait pas avec celle que lui-même avait précédemment donnée. Il y substitue un mot d'exhortation et d'espérance qui anticipe sur la comparaison du figuier. — « Or, quand ces choses commenceront d'arriver, reprenez courage et levez la tête ». — On reconnaît ici le Ion particulier de notre auteur. — « Parce qu'approche votre délivrance ». — Cette rédemption (àTvoXÛTpcofftç) s'entend par rapport à l'angoisse des derniers temps, non au sens, mystico-moral que présente le mot dans Paul et dans l'épître aux Hébreux ; il n'y a donc pas à dire que la parousie remplace ici la niiort de Jésus comme principe du salut ; et ce n'est pas seulement à la communauté judéo-chrétienne que s'adresse l'encouragement.. C'est à la communauté contemporaine de l'évangéhste et qui est encore censée devoir ou pouvoir être témoin de la fin. C'est dans la perspective de la fin qu'il est parlé des « choses commençant d'arriver », et qui sont les signes dont il vient d'êti-e parlé ; la « délivrance » dont il s'agit ne pouvant être que le salut final et total, le grand avènement, l'auteur ne peut entendre par ces « choses » les événements qu'il a dit devoir précéder la ruine de Jérusalem, attendu, que, dans sa pensée, il y a loin de ces événements à la- fin du monde. Et il n'y a pas lieu de discuter l'opinion de ceux qui pensent voirdans la destruction des Juifs en 70 la « délivrance » des chrétiens. La reprise : — « Et il leur dit une comparaison », — ne vient probablement pas de ce que le rédacteur retourne à Marc après avoir suivi une autre source, mais de ce qu'il rejoint Marc après avoir arrangéà sa façon la conclusion du tableau apocalyptique; peut-être aussi a-t-il voulu rectifier la formule un peu insolite de Marc (xiii, 28) : « Apprenez du figuier une comparaison » . — « Regardez le figuier et tous les arbres » . — Marc ne parle que dufiguier, et l'adjonction de-

^° lorsqu'ils bourgeonnent déjà,

(les) regardani, par vous-mêmes vous connaissez

que déjà proche est l'été .

^^ De même vous, quand vous verrez ces choses arriver,

connaissez que proche est le règne de Dieu. ^^ En vérité je vous dis

que celte génération ne passera pas que tout ne soit arrivé. ^^Le ciel et la terre passeront,

mais mes paroles ne passeront pas.

« tous les arbres n enlève de sa précision à la comparaison, car tous les arbres ne produisent pas leurs feuilles en même temps, — <( Quand ils commencent à bourgeonner » . — Marc : « Lorsque ses branches deviennent déjà tendres et qu'il pousse des feuilles » . — « Voyant » — cela, — « par vous-mêmes, vous connaissez que ' l'été est proche ». — Les mots: « voyant, par vous-mêmes » se présentent comme une surcharge insignifiante et pourraient êtreuneglose ■(ils manquent dans D, Ss.,et ils auraient été ajoutés par influence de XII, 5;^ ; on gagne peu aies transposer, comme le suggère Wellhausen, 119, au v.3i, après : « De même vous »). — « De même vous, quand vous verrez ces choses arriver, vous saurez qu'est proche le royaume de Dieu ». — Marc (xiii, 29): « Sachez qu'il est tout près, aux portes », s'entend du Fils de l'homme. L'idée reste ici la même, bien que l'expression soit moins nette que dans Marc ; car tout aussitôt l'auteur va parler du « jour » et du « Fils de l'homme » en son avènement.

« Je vous dis en vérité » etc . — Notre évangéliste n'a pas cru pouvoir supprimer l'annonce de la fin au cours de la génération contemporaine, bien que le terme fût dépassé déjà. Peut-être considérait-il que la ruine de Jérusalem, prélude maintenant assez lointain des derniers événements, la justifiait suffisamment, ou plutôt encore cet avis aux contemporains a-t-il toujours paru opportun, abstraction faite de toute considération historique, tant que la fin du monde a été •censée prochaine. Mais le rédacteur du présent discours paraît avoir connu et délibérément omis ce qu'on lit dans Marc (xni, 82) touchant l'incertitude du jour et de l'heure, que Dieu seul connaît. On a supposé qu'il n'avait pas voulu laisser croire que le Christ ignorât le jour du jugement ; ou bien qu'il avait trouvé l'assertion contradictoire à ce qui venait d'être dit sur l'accomplissement au cours de la génération présente ; ou qu'il se réservait de traiter ce point au commencement des Actes (i, ^), Ces hypothèses ne s'excluent point; cai% dans les Actes,

^* Mais prenez garde à vous, que vos cœurs ne s'appesantissent par crapule, ivrognerie et soucis de la vie, et que ne tombe sur vous à l'improviste ce jour, "'^ comme filet ^ car il surviendra sur lous ceux qui sont installés à la surface de toute la terre.

le Christ donne à entendre qu'iln'ignore pas lui-même le secret du Père, secret que les disciples n'ont pas le droit de connaître (la véporiseévasive de xvii, 20, paraît avoir été écrite aussi dans la connaissance de Me. XIII, 32, ou de sa source ; cf. Marc, 383).

Pour finir, notre auteur traite à sa façon le thème de la vigilance, retenant seulement les proportions de la même leçon dans Marc(xiii, 33-35— « Mais prenez garde que vos cœurs ne s'appesantissent dans Jia crapule ». — Littéralement, il faudrait entendre par ce mot les suites ou l'influence de l'ivresse récente ; mais l'auteur pourrait avoir en vue les excès de mangeaille (cf. xvii, 28). — « L'ivrognerie, les inquiétudes de la vie », — les soins matériels de l'existence (cf. viii, i4). — « Et que ce jour ne tombe sur vous à l'improviste, comme un filet». — Plusieurs témoins (A G. etc. Ss. Se.) rattachent les mots: « comme un filet »(en lisant wç -Kctyic; ^âp èirEtdeXsucETat, au lieu de k-KsiaslBvaerixi '^ip)k la phrase suivante. La comparaison du fllet paraîtvenir d'Isaïe (xxiv, 17, Sept., dont la suite, v. 20, a dû influencer également la rédaction de notre passage). Ainsi les pécheurs ressembleront à des bêtes capturées. — « Car il tombera sur tous ceux qui sont établis à la surface de toute la terre ». — Il s'agit du genre humain, non des habitants de la Judée. — « Mais veillez en tout temps ». — Ce « veillez » (àypuTivEïxe) faitécho à Marc (xiii, 33). — « Priant que vous puissiez échapper à tout cela qw.i doit arriver», — traverser sans défaillance les terribles événements qui sont annoncés, — « et vous tenir », — vous présenter (aTaOvivat ; cf. xviir, 11) sans crainte, — « devant le Fils de l'homme». — Il ne s'agit pas de faire présenter les élus au Christ par les anges (d'après Me. xiii, 17), dont notre auteurn'a point parlé. Cette finale manque un peu de relief ; mais peut-être accuse-t-elle un certain sentiment des réalités et l'espèce de pessimisme dont s'inspirait celui qui plus haut (xviii, 8) s'est demandé si le Fils de l'homme en son avènement trouverait encore la foi dans le monde.

Il va de soi que ce discours eschatologique, secondaire dans Marc (voir Marc, 366 ss . ) et construit sur une petite apocalypse plutôt juive que judéochrétienne, est encore moins authentique, s'il est possible, dans le troisième évangile que dans le second.

'• Mais veillez, en tout temps priant pour que vous soyez capables d'échapper à tout cela qui doit arriver,

et de vous présenter devant le Fils de l'homme. » , ^' Or il était, les jours, dans le temple, à enseigner.; mais, les nuits, il allait prendre gîte au mont dit des Oliviers ; ^^ et tout le peuple dès le matin venait à lui dans le temple pour l'entendre.

En suite du discoui's et comme introduction au récit de la passion, vient une notice générale louchant les habitudes de Jésus pendant les jours qui précédèrent son arrestation. — « Or, les jours, il était, dans le temple, à enseigner ». — C'est sur l'emploi des journées, non sur leur nombre, qu'on attire notre attention. — « Mais, les nuits, sortant » — de la ville, — « il prenait gîte au mont dit des Oliviers ». — L'expression employée par notre auteur (riûXfÇsTo) n'oblige, pas à admettre que Jésus passât la nuit dehors (cf. Mï. xxi, 17) ; mais elle ne convient pas, semble-t-il, à une hospitalité régulièrement reçue dans une maison (cf. Lagrange, 53^) ; ce n'est peut-être pas sans motif que l'évangéliste substitue le mont des Oliviers à Béthanie ; il n'a pas le récit de l'onction, que Marc (xiv, 3) localise dans ce bourg, et l'on dirait que l'arrestation se produit «au mont des Oliviers »,. dans « le lieu » où Jésus avait « accoutumé » de se l'endre les jours précédents (xxii, Sg). — « Et tout le peuple était matinal auprès de lui dans le temple pour l'entendre ». — Le caractère un peu systématique des données pourraitles faire prendre pour une sorte degénéralisation rectificative des indications spéciales que l'on trouve dans Marc. Le nombre des jours expressément signalés dans cet évangile entre l'entrée de Jésus à Jérusalem et son arrestation a pu être jugé insuffisant, d'autant qu'il se trouvait diminué par l'omission du récit concernantla femme adultère. G'estpeut-être pour avoir senti l'inconvénient de cette omission, ou pour la dissimuler, que notre auteur a rédigé sa note, où l'on diraitqu'il s'inspire de l'anecdote supprimée (HoLïZMANN, 93, 407. Cf. Jn. viir, i-a. Certains mss., groupe Ferrar, insèrent la péricope de l'adultère après Le. xxi, 38). Gomme il va laisser tomber également l'indication chronologique placée par Marc (xiv, 8) en tête des récits de la passion, c'est que l'artifice de cette chronologie ne lui a pas échappé, ou qu'il a trouvé quelque avantage à la négliger. Luc d'ailleurs a pu l'ignorer, parce que le document fondamental de Marc ne la connaissait pas, et notre auteur se sera

^''^ Cependant approchait la fête des azymes, dite pàque ; ^ et les grands-prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient se défaire de lui ; car ils craignaient le peuple.

tenu dans le vague afin de ne contredire expressëraent ni la rédaction de Marc, ni le rapport ' aVec la coutume pascale de l'Eglise romaine, ni la tradition plus ancienne qui supportait la coutume pascaledes communautés d'Asie.

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