‹ L'évangile selon LucChapitre 72 sur 80 · LXXXIII. Les grands-prêtres et Judas · texte numérisé non relu

LXXXIII. Les grands-prêtres et Judas

Le l'écit de l'onction dans Marc (xiv, 89) ayant été comme anticipé dans l'histoire de la pécheresse (vu, 36-5o), la trahison de Judas se trouve rattachée directement au projet des grands-prêtres, comme il est naturel et comme l'indiquait probablement la soui'ce de Marc, — « Or approchait la fête des azymes, dite pâque ». — Marc (xiv, i): « Or la pâque et les azymes étaient dans deux jours ». Notre auteur semble confondre la pâque proprement dite avec la semaine des azymes, qui en est distincte, mais la même façon de parler se rencontre dans Josèphe (Ant. XIV, 2, i ; XVIII, 9, 3). On ne peut que conjecturer pourquoi il remplace par une donnée vague l'indication précise de Marc touchantles deux jours. Gomme il a généralisé,,à la fin du chapitre précédent, les indications spéciales de Marc touchant les journées du ministère hiérosolymitain, iln'y a pas trop lieu de s'étonner qu'il omette icila mention du jour. Mais l'influence de la source peut avoir suggéré l'omission, soit que la source n'ait pas contenu l'indication des deux jours, soit qu'elle l'ait rapporté à un autre objet, à la dernière cène et non au repas de l'onction. Il paraît moins probable que l'indication ait été omise parce que le l'écit de l'onction l'était, ou bien parce que l'évangéliste aurait jugé conti'adictoires les données de Marc, où les prêtres, qui ne veulent pas prendre Jésus « dans la fête », ne laissent pas de le faire prendre et juger au plus grand jour de la solennité. La contradiction existe indépendamment de l'indication des deux jours, et l'on en peut inférer seulement que Jésus a dû être arrêté, non pas le jour où l'on immolait, l'agneau pascal, mais l'un des jours précédents.

« Et les grands-prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient se défaire de lui ». — • Marc : « Et les grands-prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient se saisir de lui par

LUC, XXII, 3-4 50o

^ Or Satan entra en Judas dit Iscariote, qui était du nombre des Douze ; ■* et il s'en alla conférer avec les grands-prêtres et les stratèges sur le moyen de le leur livrer.

ruse, afin de le faire mourir ». Notre auteur n'insiste pas sur la ruse, et il donne à entendre seulement que les autorités juives trouvaient inconvénient à une arrestation publique. — « Car ils craignaient le peuple », — à raison de la laveur que Jésus trouvait auprès lui (xix, 48 ; XXI, 38).

« Or Satan entra en Judas dit Iscariote, qui était au nombre des Douze ». — Marc (xiv, lo) disait plus simplement : « Or Judas Iscariote, l'un des Douze, s'en alla vers les grands-prêtres pour le leur livrer ». Notre auteur fait une phrase pour expliquer la trahison de Judas par une influence du diable. Il ne s'agit pas d'une possession proprement dite, mais d'une sorte de possession morale, Satan s'étant servi de cet instrument pour recommencer contre Jésus la lutte qu'il avait interrompue après la grande scène de la tentation (iv, i3 ; XXII, 3i ; cf. Ji^. xiii, a, 27). Parler ici de suggestion est accentuer dans le sens psychologique une indication qui est aussi bien théologique. — -« Et il s'en alla conférer avec les grands-prêtres et les capitaines », — Marc ne parle que des grands-prêtres. Notre auteur, •quia lu Josèphe, a pensé que la garde du temple avait dû concourir à l'arrestation du Christ ; mais le titre de « sti'atège » n'appartient d'ordinaire qu'au chef suprême de cette garde ; il est employé ici pour en désigner tous les officiers (cf. Act, iv, 2^-26). — « Sur le moyen de leur livrer ».

« Et ils se réjouirent ». — Marc (xiv, 11) : « Et ceux-ci, l'ayant entendu, se réjouirent ». — « Et ils promirent de lui donner de l'argent ». — Ainsi Marc. — « Et il engagea sa parole ». — Trait propre à notre auteur (omis dans Ss. Se. mss. lat.). — «Et il cherchait l'occasion de le leur livrer sans foule », — c'est-à-dire dans un moment où Jésus serait isolé, de façon que le peuple ne sût rien de son arrestation et ne pût s'en émouvoir. Ainsi le sous-entend Marc, qui n'a pas : « sans foule » (àxep o/Xou), et notre auteur n'a fait que transposer et interpréter ce qu'on lit d'abord dans Marc (xiv, 2) touchant le désir des prêti'es.

Il y a beaucoup de convenu en ce récit et dans tout ce qui con- <;erne Judas : le complot et le marché auront été, pour le moins, inférés du fait de la trahison. On sait que la légende de Judas est

^ Et ils se réjouirent et ils convinrent de lui donner de l'argent ; ® et il consentit, et il cherchait occasion de le leur livrer en dehors de la foule.

' Or arriva le jour des azymes, où il fallait immoler la pâque ; 8 et il envoya Pierre et Jean, disant : « Allez nous préparer la pâque, pour que nous (la) mangions. »

allée grossissant : Matthieu (xxyi, i5 ; xxvii, 3io) dit la somme quia été payée au traître, mais il a pensé la trouver dans une prophétie (Zach. XI, 12] ; il le fait mourir de maie mort, mais les Actes (i, 18-19) racontent la chose d'une autre manière. Bien que quelques-uns aient contesté jusqu'à l'existence de Judas, sans nier pour autant celle de Jésus, il n'apparaît pas évident que le simple fait de la trahison ait été déduit des anciens textes (par exemple de Ps. xli, 10, cité à ce propos dans Jn, xiii, 18) ; on pouri'ait dire que le personnage du traître appartenait presque nécessairement à la mise en scène de la passion ; mais il n'appartient pas moins naturellement à la conclusion de l'aventure messianique tentée par Jésus; par ailleurs, il va de soi que, si le collège apostolique n'a pas été institué par Jésus, Judas n'a pu être l'un des Douze (sur la question de Judas, voir Bultmann, 169,16:;).

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