‹ L'évangile selon LucChapitre 75 sur 80 · LXXXVII. Chez le grand-prêtre · texte numérisé non relu

LXXXVII. Chez le grand-prêtre

Au lieu d'êti'e fâcheusement coupée par la séance nocturne que Marc fait tenir au sanhédrin, l'anecdote de Pierre et du reniement (54-6q) suit dans notre' évangile celle de l'arrestation; la scène de dérision chez le grand-prêtre est maintenue (63-65) ; la délibération que Marc place au matin se développe en interrogatoire avec conclusion (66-71). Il doit y avoir là autre chose qu'un abrégé et un remaniement du second évangile ; bien plutôt Luc, tout comme le document fondamental de Marc, ignorait l'impossible et imaginaire séance du sanhédrin; et le rédacteur aura enrichi de traits empruntés à cetteséance la délibération matinale où les ennemis de Jésus concertèrent, leurs accusations (Me. XV, i).

« Or, l'ayant pris, ils l'emmenèrent et le conduisirent à la maison du grand-prêtre ». — Dans Marc (xiv, 53j, où Jésus a été pris tout de suite (xiv,46) par la troupe armée, on lit simplement: « Et ils emmenèrent Jésus chez le grand-prêtré ». — Luc n'a pas nommé le grandprêtre, que Marc ne nommait pas, — « Et Pierre suivait de loin )n — Il n'aurait pas été superflu d'ajouter avec Marc (xiv, 54) : « jusque dans la cour du grand-prêtre », mais l'auteur va parler tout aussitôt de la cour et expliquer comment Pierre a pu s'y chaufïer. — « Et comme ils allumèrent du feu au milieu de la cour et s'assirent auprès,. Pierre s'assit au milieu d'eux ». — Paraphrase de Marc ; « Et il était assis au milieu des valets et se chauflait devant le feu ». Ici a été intercalée dans Marc la séance nocturne du sanhédrin pour la condamnation de Jésus. Notre évangile amène le récit du triple reniement, que prépare ce préambule; et sûrement, ce n'est pas parce

^^ Mais une servante, l'ayant vu assis à la lumière, et ra3'ant regardé attentivement, dit :

« Celui-ci aussi était avec lui. »

" Et il nia, disant :

« Je ne le connais pas, femme. »

^8 Et peu après, un autre, le voyant, dit : « Toi aussi lu en es. »

- Mais Pierre dit :

« Homme, je n'en suis pas. »

que l'auteur écrit a avec suite )),mais bien parce que la source de Marc le présentait ainsi, sans la coupure maladroite qui y a inséi'é.la scène fictive du jugement nocturne.

« Or, une servante, l'ayant vu assis près du feu ». — . Marc (xiv, 6ô) est plus circonstancié, à raison de la reprise qu'a nécessitée l'intercalation du jugement : « Et comme Pierre était en bas dans la cour, vint une des servantes du grând-prêtre, et voyant Pierre qui se chauftait ». — ^ «Et l'ayant regardé attentivement ;). — Le regard (àcTEv'aaca) est moins accentué dans Marc (àp.j3X£'J>affa). — « Dit: « 11 était aussi avec lui ». — La .servante parle aux assistants, et notre auteur parait avoir évité de lui faire prononcer avec mépris le nom de Jésus, comme elle fait dans Marc, s'adressant à Pierre : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Nazarène ». C'est à elle néanmoins que Pierre répond». — « Mais il nia, disant : « B'emme,je ne le connais pas ». — Reniement formel pour commencer; mais notre auteur utilisera dans la troisième réplique ce que Marc lui fait répondre à la servante : « Je ne sais ni ne comprends ce que tu dis. »

« Et peu après, un autre, le voyant, dit : « Toi aussi, tu en es ». — Dans Marc (xiv, 68-69), c'est la même servante, mais Pierre s'est déplacé, allant dans le vestibule, le coq a chanté pour la première fois, et la servante dit aux assistants : a II en est ». Notre récit suit la source en retenant Pierre au même endroit pour les trois reniements, et en ne parlant pas de chant du coq après le premier ; mais il ne laisse pas démettre des intervalles entre les reniements, sans se soucier plus que Marc de la vraisemblance, et pour la même raison, parce que l'histoire du reniement et la scène d'outrages qu'il a placée ensuite lui servent à remplir un temps déterminé, les heures comprises entre l'arrivée de Jésus chez le grand-prêtre et la séance matinale du sanhédrin. C'est l'intervalle placé entre les deux premiers reniements qui a occasionné un changement dans la personne par

^^ El une heure envirou s'élant écoulée, un autre insislail, disant :

« Sûrement, celui-ci aussi était avec lui ; car il est Galiléen, »

^° Mais Pierre dit :

« Homme, je ne sais ce qu(^ lu dis >> Et aussitôt, comme il parlait encore, chanta coq;

laquelle est provoquée le second (cf.MT.xx"vi,;;/i).Au lieudela servante c'est « un autre », un liomme quelconque, et qui s'adresse à Pieri'ô lui-même. — « Mais Pierre dit : a Homme, je n'en suis pas ». — Marc (xiv, 70) : « Et il nia de nouveau ». Dans notre évangile la réponse expresse, avec l'apostrophe : «homme )), accentue le changement d'interlocuteur, et les deux premières réponses avec les apostrophes, « femme », « homme », se trouvent parallèles. «Et une heure environ s'étant écoulée, un autre insistait, disant »

— Marc : « Et peu après ceux qui étaient là dirent encore ». Dans notre récit le second intervalle a été évalue à une heure, parce que le « peu après » de Marc avait été utilisé pour le premier ; mais la durée de l'incident ne s'allonge qu'aux dépens de la A'raisemblance ; et comme le second reniement ne peut pas, dans les conditions indiquées, former l'occasion du troisième, notre auteur ne fait pas intervenir les assistants pour la remarque ; c'est encore « un autre » qui, au bout d'une heure, s'avise de dire en d'autres termes à ses compagnons ce que la servante avait dit d'abord. — « Certainement celui-là aussi était avec lui, car il est Galiléen ». — Dans Mai'c, les assistants disent à Pierre lui-même : « Cértainementtu en es, car tu esGaliléen ». Crescendo dans l'attaque, auquel correspond un crescendo dans la riposte (Me. xtv) : « Et il se mit à faire des imprécations et à jurer ; « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez ». Notre auteur se contente d'une simple négation. — « Mais Pierre dit : « Homme, je ne sais ce que tu dis ». Réponse qui est, dans Marc, le premier reniement. La faiblesse de Pierre a été palliée autant que possible, et l'on se tait sur les faux serments.

« Et à l'instant, comme il parlait encore, un coq chanta », — selon la prédiction du Christ. Marc(xiv, 72) : « Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta ». Mais notre auteur ne s'est pas contenté de faire chanter le coq. — « Et s'étant retourné, le Seigneur regarda Pierre »,

— pour lui rappeler la prédiction faite quelques heures auparavant. Détail inattendu et dont il convient, avant de le trouver « merveilleu-

LUC, AXM, 01-02 537

*^ et s'étanl retourné, le Seigneur regarda Pierre.

El Pierre se souvint de la parole du Seigneur,

comment il lui avait dit :

« Avant que coq chante aujourd'hui

tu me renieras trois fois. »

^* [Et s'en allant dehors, il pleura amèrement.]

sèment beau » (Lagrange, 670), de n'exagérer point la portée dans les intentions de l'évangéliste. Certes, celui-ci ne s'est point avisé qu'il grossissait l'indignilé du reniement en le taisant faire en présence du Christ ; et sans doute n'a-t-il pas voulu non plus signifier que le regard de Jésus était un re[)roche muet qui devait provoquer le repentir de l'apôtre. Le contexte montre que l'idée dominante est celle delà prédiction accomplie. Le regard de Jésus rappelle à Pierre la parole prophétique louchant le reniement et le chant du coq. Et si l'interpolateur de ce trait a une autre préoccupation, c'est celle d'acerocher la scène de dérision qu'il veut mettre dans la cour du grandprêtre, et sans y faire intervenir, comme Marc, les membres du sanliédrin. Il a voulu signifier que le Christ, au lieu d'être en présence de ses juges pendant cette partie de la nuil, comme on le lit dans Marc, était resté dans la cour, sous la garde des gens qui lavaient arrêté, et qui lui firent subir les pires injures. Fiction et combinaison rédactionnelles .

« Et Pierre », — doublement averti, et par le chant du coq et par le regard du Christ, — « se souvint de la parole du Seigneur, comme il lui avait dit :« Avant que coq chante aujourd'hui, tu me renieras trois lois». — C'est la conclusion de Marc (avec omission du Eîç, remplacé par «jvj[ji.£pov), et il semble que notre auteur s'en soit tenu là. Ce qui suit : — « Et s'en allant dehors, il pleura amèrement », — paraît avoir été transcrit de Matthieu (xxvi, 75)pour la conformation aux deux autres synoptiques (62 manque dans plusieurs mss. lat ; et il paraît laire aussi surcharge dans la strophe).

Le triple reniement de Pierre est un récit arrangé dans la tradition et que chaque évangélisle a traité à sa manière. On a vu plus haut (p. 5'ii) que Luc pourrait l'avoir ignoré. Etant donnée la malveillance avec laquelle sont traitées dans Marc les principaux apôtres galiléens, et spécialement Pierre, ou peut se demander si l'histoire même du reniement n'aurait pas été inventée (cf. Bultmann, i63) dans la tradition propre du second évangile (comme la protestation de Pierre ■contre la première prophétie de la passion et son sommeil obstiné

538 LUG, XXII, 63-65

^^ Et les hommes qui le tenaient se jouaient de lui, le frap-

[pant,.

"* et l'ayant couvert d'un voile, ils l'interrogeaient, disant :

« Prophétise ; qui est celui qui t'a frappé ? » '^'^ Et beaucoup d'autres injures ils proféraient contre lui.

durant la triple prière de Gethsémani), bien que le récit paraisse en avoir été retouché dans la rédaction dernière de Mai'c, où la couardise de Pierre se trouve finalement atténuée par son repentir (sur la forme que paraît avoir eue d'abord l'anecdote du reniement, voir Marc, 439-441).

Notre auteur voulant retenir la scène d'outrages qui, dans Marc, suit la condamnation de Jésus par le sanhédrin, et ne i*acontant pas ce jugement, ne pouvait la loger convenablement entre la réunion matinale des magistrats juifs et le jugement par.Pilate ; il l'a donc insérée après le reniement de Pierre, la localisant dans la cour du. grand-prêtre et y faisant intervenir seulement la valetaille qui gardait Jésus. D'autre part, les injures de , ces gens remplacent aussi bien la scène de dérision par les soldats romains (Me. xv, 16-20), dont notre évangéliste ne s'est pas soucié de parler.

(( Et les hommes quile tenaient se moquaientde lui ». — On remarquera que la transition est plus naturelle si l'on omet ce qui, dans le texte ordinaire (62), concerne la retraite de Pierre ; mais l'artifice du rappi'ochcment entre la scène des outrages et celle du reniement ne laisse pas d'être sensible. La'scène des outrages a plus d'unité, aussi ^ plus d'apparente clarté dans notx'e évangile, où les éléments fournis par Marc ont été atténués et fondus. — « Le frappant et lui voilant la face ». — Marc (xiv, 65) : « Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui voiler le visage, à lui donner des coups de poing ». On dirait que ce sont les membres du sanhédrin qui interviennent, mais à la fin Marc parle des «valets ». Notre auteur a supprimé l'ignominie des crachats ; il retient les coups et le voile, coordonnant ceux-ci à celui-là. — « Ils l'interrogeaient, disant : « Prophétise; qui est celui qui t'a frappé ? » — Jésus aurait été invité à désigner les auteurs des coups qu'il recevait ; puisqu'il ne les voit pas, il faut donc qu'il dise les noms ; mais, pour se livrer à ce jeu, on n'avait pas besoin de lui bander les yeux (cf. Mt. xxvi, 6;^ 68, oùil n'est pas question du voile). D'après Marc, les insulteurs, tout en frappant, disaient : « Prophétise », mais il n'est pas sûr que ce soit une invitation à faire connaître les auteurs des coups. — « Et ils disaient, en l'injuriant, beaucoup-

hvc, XXII, 66 - 53 9-

^^ Et quand il l'ut jour, s'assembla le sénat du peuple, et grands-prêlres et scribes, et ils le firent amener devant leur conseil,

d'autres choses contre lui». — Ceci remplace le dernier trait de Marc :« Et les valets le reçurent avec des soufflets ». Morceau de remplissage, pour l'accomplissement des prophéties (voir Marc,^3'j). Mais peut-êti'e convient-il de songer, tant'pour ce trait que pour la -série de tableaux oti l'on s'est habitué à voir l'histoire de la passion et de la résurrection de Jésus, au caractère liturgique de nos récits, où ne sont pas marquées seulement les étapes de la commémoration rituelle, mais aussi bien les scènes qui y correspondent, plus ou moins figurées dans l'assemblée chrétienne, et peut-être accompagnées des lectures de l'Ancien Testament où elles étaient censées prédites. Les variantes mêmes des récits peuvent s'expliquer en partie par ce caractère des relations : ce sont des formes diverses de dramatisation d'un même thème, conçu principalement pour l'édification des croyants.

LXXXVIII. Devant LE sanhédrin

Marc (xv, i) signale simplement, au matin, une délibéi'ation en suite de laquelle le sanhédrin aurait emmené Jésus devant le tribunal de Pilate. Dans la réalité, cette délibération n'aurait pas été une séance officielle, mais une réunion privée dans laquelle aurait été concertée l'accusation. Notre évangéliste a replacé dans cette réunion le principal de ce qu'on lit dans Marc touchant la séance de nuit (cf. Bult- MÀNN, i64). Il n'est pas probable que la combinaiscm vienne de Luc lui-même, qui devait se conformer au document fondamental de Marc, sachant fort bien d'ailleurs que Jésus n'avait pas été jugé ni condamné par le sanhédrin. Même notre évangéliste ne s'aventure pas très loin dans cette voie, et tout en représentant le sanhédiùn comme siégeant officiellement et faisant comparaître devant lui le Ghristjil se borne à un interrogatoire qui a pour objet direct la prétention messianique de Jésus et qui n'a pas d'autre conclusion que son aveu. Ce n'est toujours pas une sentence de mort qui va être portée devant Pilate pour ratification, mais une accusation qui se fonde sur un aveu officiellement recueilli.

« Et quand il fut jour ». — Dans Marc (xv, i) : « Et dès le matin, après avoir tenu conseil, les grands-prêtres, avec les anciens et les scribes, et tout le sanhédrin, ayant fait lier Jésus, l'emmenèrent et

®' disant : « Si lu es le Christ, dis-le nous. » Mais il leur dit :

u Si je vous (le) dis, vous ne (le) croirez pas, *^ et si j'interrogeais, vous ne répondriez pas:

le remirent à Pilate.». Cette donnée se trouve ici combinée avec Marc (xiv, 55) : « Cependant les grands-pi'ôtres et tout le sanhédrin cherchaient un témoignage contre Jésus », etc. — « Le sénat du peuple, grands-prêtres et scribes, s'assemblèrent ». — D'après le texte ordinaire, la lormule : sénat du peuple » (tô Trpso^uTsptov tou Xaoù) désignerait le sanhédrin tout entier (cf. Agt. xxh, 5, et v, 21, yspouffia, morceaux rédactionnels), dont grands-prêtres et scribes seraient les éléments principaux. Si la formule désignait «les anciens du peuple», troisième catégorie des membres du sanhédrin, comme l'entendent certains témoins (D. Ss. Se), ils ne figureraient pas en tète de la liste (cf. XX, i).

« Et ils le firent comparaître » — littéralement : « ils l'amenèrent », le firent amener, de la cour où Jésus est censé avoir passé la nuit, au lieu de leur séance, non expressément localisé, mais qu'on peut supposer dans la maison du grand-prêlre (d'après 54), — « devant leur conseil », — à leur tribunal (eiç t6 cuvÉopiov aùxwv ne doit pas s'entendre du lieu, mais du « sénat » réuni en cour judiciaire. La-gkange, 571), — « disant : « Si tu es le Christ, dis-le nous ». — On arrive tout de suite à la question capitale (Me. xiv, 61), mais posée sans solennité, et il n'est pas parlé du grand-prêtre comme interrogateur. Ce peut être pour la simplification de la mise en scène, mais peut-être aussi l'évangéliste hésitait-il entre Hanan et Caïphe, ne sachant identifier le grand-prêtre de Marc. 11 ne parle pas non plus de témoins, mais on voit par la conclusion (71) que l'auteur dépend d'une source qui les mentionnait. Il aura donc trouvé que l'interrogatoire des témoins était un développement sans intérêt, et l'on peut croire aussi qu'il ne se souciait pas de reproduire la parole concernant le temple (cf xxiit, 35, et Me. xv, ag-Sa).

« Mais il leur dit : « Si je vous le dis, vous ne le croirez pas, et si je vous interroge, vous ne répondrez pas ». — Réponse évasive et subtilité rédactionnelle (simple rapport de forme, et pas très étroit, avec Jér. xxxvin, i5; Sept. xlv). Ni la question n'est posée en termes juridiques, ni la réplique n'est celle d'un accusé parlant à ses juges. Ce n'est pas que l'évangéliste n'ait voulu donner à la réunion du sanhédrin un caractère officiel, mais c'est qu'il arrange lui-même son récit de façon à mettre en relief l'attitude indépendante de Jésus

LUC, XXII, 69-70 b41

«^ Mais désormais sera le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, »

" Et tous dirent : « Tu es donc' le Fils de Dieu ? » Et lui leur dit : « Vous dites que je le suis. »

devant le sénat des Juifs. On se demande s'ir quoi porteraient les questions que Jésus pourrait faire aux juges : à ne considérer que la vraisemblance, on pouri'ait supposer qu'elles concerneraient les circonstances et les mbtifs de son arrestation ; mais, vu le contexte, et dans la pensée de l'évangéliste, il s'agit plutôt de contre-questions toucli.'int l'objet même de l'interrogation posée par les juges, à savoir le l'ôle du Messie, et comment l'entendent les membres du sanhédrin. Ces préliminaires sont destinés à amener ce que l'évangéliste a trouvé d'essentiel dans la déclaration attribuée à Jésus par Marc (xiv, 6a), mais en dégageant les deux éléments de celle-ci, l'ayeu messianique et l'exaltation du Fils de l'homme. L'aveu messianique étant réservé pour la conclusion, c'est le second point qui est traité d'abord,

(( Mais désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu ». — On sent l'artifice rédactionnel par lequel cet élément de Marc est ajusté à ce qui précède. Mais on lit dans Marc : « Vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance, et venant avec les nuées du ciel ». Notre auteur (noter qu'il a retenu de .Marc le mot « puissance )),mais comme attribut, non comme désignation formelle de Dieu) veut opposer au Messie juif le Messie chrétien, tel d'ailleurs que les Ecritures l'ont annoncé, « Fils de l'homme », et « assis à la droite » de Dieu ; mais il a eu soin de supprimer tout ce qui, dans Marc, annonce la parousie prochaine, ayant songé que les juges du Christ étaient tous morts sans l'avoir vu « venir sur les nuées ». Les interrogateurs sont censés comprendre en gros où va cette déclaration, et qu'elle est une profession de messianité,mais de inessianité transcendante. — « Et ils dirent tous: « Tu est donc le Fils de Dieu ?» — « Fils de Dieu », dans leur bouche, n'est pas censé un simple équivalent de Christ, mais une définition messianique jugée inadmissible par le sanhédrin ; du rçste, ce détour paraît être aussi bien pour le relief de la réponse finale, après que Jésus a témoigné ne devoir pas de réponse au sanhédrin. — « Et il leur dit : « Vous le dites, je le suis», — Il paraît difllcile d'entendre {ûiKeUXÉyexs. oxi £7(1) eljjt.'.) : « C'est vous qui dites que je le suis », comme si Jésus affectait de ne pas prendre la responsabilité de l'assertion: restriction mentale dont on ne saurait déterminer le sens.En s'annonçant

:542 LUC, XXII, 71; xxiii, 1-2

'1 Et ils dirent : « Qu'avons nous encore besoin de témoignage ?

Car nous-mêmes l'avons entendu de sa bouche » ''^"i El s'étant levée loule leur assemblée,

ils le conduisirent devant Pilate, 2 et ils se mirent à l'accuser, disant :

a Cet homme nous avons trouvé révolutionnant notre nation,

défendant de payer les tributs à César,

et se disant être Christ roi. »

« Fils de l'homme assis à la droite de Dieu », Jésus s'est bien dit Messie et Fils de Dieu ; d'autre part, il est clair que les interrogateurs prennent cette réponse comme un aveu formel, et rien n'invite à supposer qu'ils se soient trompés (cf. J, Wbiss-Bousset, 5o2). Notre auteur ne fait que paraphraser le : « Je le suis» de Marc. Mais il laisse encore tomber le Irait du grand-prêtre criant au blasphème : il ne veut point parler du grand-prêtre, non plus de blasphème, parce, qu'il ne veut pas parler de condamnation du Christ pour blasphème parle sanhédrin. Les juges ont recueilli simplement un aveu de messianité qu'ils vont porter devant Pilate à titre d'accusation.

« Et ils dirent i » Qu'avons-nous encore besoin de témoignage v, — au sujet de ses prétentions ? — « Car nous-mêmes avons entendu de sa bouche » — l'aveu de ce qu'il dit être. Paraphrase de ce que dit le grand-prêtre dans Marc (xïv, 63) : « Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? » Du reste, pas de jugement ni de condamnation par le sanhédrin. Notre évangéliste n'a pas voulu assumer la contradiction du double jugement, et il a cherché ailleurs les moyens de changer le sens de la condamnation portée par Pilate.

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