‹ L'évangile selon MarcChapitre 3 sur 7 · H I.'lCV.VNfilI.F, SKI.ON MARC · texte numérisé non relu

H I.'lCV.VNfilI.F, SKI.ON MARC

les épines, sont ceux qui ont écouté la parole; ''^ et les soucis du monde, la déception des richesses, les convoilises d'autre sorte, s'introduisan étouffentt, la [)arole, et elle est rendue stérile ;-° et ceux-là qui ont été semés sur la bonne terre sont ceux qui écoutent la parole et l'acceptent, et qui portent du fruit à trente, à soixante, à cent (pour uni. »

'' Et il leur dit : « Est-ce que la lampe vient

résultat n«^gal il" chez les uns, résultat positif chez les autres. La parîihole n'a pas d'autre objet, et le Seuieur ne contient pas la pensée essentielle du Christ sur sa [)ropre mission. Quant à l'explication qu'on vient de voir, elle peut être dans Marc un écho de la prédication chrétienne plutôt que l'œuvre toute personnelle d'un rédacteur; mais elle ne remonte pas jusqu'à .Jésus, et elle représente un travail rétléchi, non un souvenir authentique de la tradition.

Les commentateurs ont coutume de rattacher à l'explication du Semeur les sentences qui suivent, comme si elles étaient destinées à en compléter l'enseignement. Cependant la répétition des formules : « et il leur dit », «< et il dit », devant les morceaux qui ont été ici réunis, donne à penser que le rédacteur les a pris en divers endroits d'un document plus ancien, et qu'il n'a pas eu la prétention d'en faire un discours suivi. Les paraboles de la Semence et du Sénevé sont introduites de la même

pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour être mise sur le support ? " Car il n'y a rien de caché que pour être

façon que la sentence de la lampe et celle de la mesure; Tévangéliste a pu voir dans celles-ci un enseignement particulier et distinct, tout comme dans celles-là, bien qu'il ait dû percevoir et voulu établir un certain rapport entre les morceaux ainsi rapprochés.

En elle-même la parole : « Entende qui a des oreilles pour entendre»! » ne convient pas à un entrelien particulier et pourrait faire supposer que le mot sur la lampe est adressé au même auditoire que le Semeur; mais la sentence de la mesure concerne visiblement les disciples; l'invitation à entendre doit aussi les regarder; le rédacteur Ta répétée par imitation de la parabole [supr. v. 9). Jésus exhorterait les disciples à bien entendre le mystère qui leur est révélé [supr. v. 11); la lampe serait ce mystère même, venu dans le monde avec le Christ, et qui est actuellement voilé sous d'humbles apparences. Les profanes, et d'abord Israël incrédule, ne le voient pas; mais il éclatera brillant dans la manifestation du règne de Dieu. Sauf la préoccupation du « mystère », ce sens pourrait n'être pas très éloigné du sens primitif, les deux comparaisons de la lampe, qui est faite pour éclairer, et de la chose secrète, qui est faite pour être connue, ayant été dites par Jésus en vue du royaume céleste dont l'avènement devait être

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manifesté; rien n'est secret que pour venir au jour.--^ Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende! »

'^ Et il leur dit : '< Faites attention à ce que vous entendez. Avec la mesure dont vous mesu-

la manifcslalioii de rÉvaiii;ile, de même ([ue rKvîHiij^ile était le royaume encore caché, la lampe (|ui n'est pas encore sur le support.

L'avis : « Faites attention à ce que vous entendez », avant la sentence de la mesure, est énoncé conform^ément à la théorie du « mystère » ; il ne vise pas précisément la responsabilité des disciples à l'égard des vérités qui leur sont confiées, ni la proportion qui existe entre le profit qu'on relire de la parole et l'attention qu'on y apporte. Les disciples doivent être attentifs aux vérités que Jésus leur enseigne, parce que leur récompense en dépend. 11 ne saurait guère être question d'enseignement donné et reçu, qui serait complété par de nouvelles instructions, ou bien qui serait retiré, selon qu'on serait empressé ou non à le recueillir; mais il s'agit du salut même, proposé dans la parole. Si l'on est pénétré de la vérité salutaire, on recueillera le salut; car la gloire du royaume vient à qui possède la justice, et l'auditeur négligent perd les moyens de salut qui étaient à sa disposition. Mais la comparaison de la mesure est détournée de sa signification naturelle, qui est celle du discours sur la montagne : Dieu use envers l'homme de la mesure dont celui-ci use envei's son prochain

rez, il vous sera mesuré, et il vous sera surajoute'.-^ Car à celui qui a Ton donnera ; et à celui qui n'a pas on enlèvera même ce qu'il a. » -^ Et il dit : « Il en est du royaume de Dieu comme lorsqu'un homme a jeté la semence sur la terre; '^ il se couche et se lève, la nuit et

(Matth., vh, 2); et le proverbe : « On donne à qui possède, on prend à qui n'a rien », est mieux à sa place dans la parabole des Talents (Matth., xxv, 29), où l'évangéliste a dû le prendre. La combinaison de ces sentences, comme l'application des deux précédentes, est artificielle et secondaire, et le procédé du rédacteur se comprend mieux s'il dépend d'une source écrite, librement exploitée, que s'il puise dans une tradition orale authentique sur l'enseignement de Jésus.

Seule la parabole de la Semence appartient en propre à Marc. Elle commence par une formule de comparaison qui manque devant la parabole du Semeur, où on l'a peut-être omise avec intention, dans l'intérêt de la mise en scène et de l'explication allégorique. Nonobstant la construction grammaticale, ce n'est pas à l'homme ni à l'action d'ensemencer que le royaume est comparé, mais au sort du grain qui est semé d'abord et qui pousse tout seul jusqu'à la moisson. Le laboureur a jeté la semence en terre ; cela fait, il s'en va et ne s'occupe plus du grain qu'il a semé : il suit son train de vie, se couchant le soir et se levant le matin, sans autre souci. La semence, en effet, n'a pas

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le jour, el la semence germe et pousse il ne sait comment; ^d'elle-même la terre produitd'abord l'herbe, puis Tépi, puis du froment plein dans

besoin de lui pour germer et pousser; cela s'opère « sans qu'il sache comment », on ne dit pas : <' sans qu'il le sache », car il n'ignore pas si son grain est levé, ni s'il grandit et promet bien, mais il ignore comment s'accomplit la croissance, ce comment ('-tant le secret de Dieu, qui seul préside à la vie de la plante et fait croître la moisson. Dolle-méme et sans que l'homme y soit pour quelque chose, la terre produit d'abord le blé en herbe, puis le blé en chaume, enfin le blé mûr dans les épis. Alors seulement le laboureur reparaît, il met la faucille au champ, parce que le temps lie la moisson est venu. Est-ce le grain ou la terre qui produit la moisson? Il n'importe; c'est l'un et l'autre, et mieux encore c'est Dieu par tous les deux.

Il en va de même pour le royaume des cieux ; mais l'objet précis de celte application n'est pas indiqué. On peut le deviner sans trop de peine. Le royaume de Dieu aussi est une semence dont le développement inévitable est indépendant de la volonté des hommes et de la volonté même du semeur. Comme le laboureur, Jésus sème le royaume en prêchant l'Évangile ; il ne lui appartient pas d'amener la moisson, c'est-à-dire l'avènement complet du loyaume, et l'on ne doit pas s'impatienter que cet avènement ne se profliiise

l'épi ; 29 et quand le fruit le permet, il (y) apporte aussitôt la faucille, parce cjue la moisson est arrivée. »

^^ Et il dit : u A quoi comparerons-nous le royaume de Uieu, et en quelle parabole le mettrons-nous? ^' Il est comme le grain de sénevé, qui, lorsqu'on le sème en terre, est la plus pe-

pas tout de suite ; c'est l'affaire de Dieu, comme le développement actuel et mystérieux du royaume est son œuvre el son secret; il n'en est pas moins certain que la moisson viendra sans tarder; car on ne sème ijuc pour moissonner; au moment voulu par la Providence, le semeur sera moissonneur. La parabole est donc parfaitement une el logiquement équilibrée ; elle renferme un enseignement qui convient au rôle historique de Jésus. Il n'y a pas lieu d'y voir un extrait arbitrairement pratiqué par un rédacteur sur la parabole de l'Ivraie dans Matthieu fxui, 24-30).

Les formules interrogatives (jui précèdent la parabole du Sénevé n'ont de raison d'être qu'au commencement d'un discours ; on en peut conclure que l'évangéliste emprunte cette parabole à une source qui la présentait dans un autre contexte. Le sénevé est la plante à moutarde, qui peut atteindre en Palestine une hauteur assez considérable. La comparaison ne porte pas sur la plante, mais sur son développement. De môme que le grain de sénevé lorsqu'on le jette en terre, le

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tite (les semences qui sont sur la terre; ^~ et quand il a été semé, il monte et devient plus g^rand que tous les légumes, et il pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter sous son ombre. »

33 Et c'est par un grand nombre de telles

royaume de Dieu esl presque imperceptible dans son commencement, c'esl-à-dire dans rÉvangile ; mais il grandira, el sa merveilleuse expansion paraîtra tout à fait disproportionnée a lexiguïté de ses débuts. L'attention ne se porte pas sur le caractère progressif du développement, mais sur l'extraordinaire dilTérence du point de départ et de la fin. Ce n'est donc pas la façon dont le royaume céleste se réalisera qui est visée, mais la magnificence de son accomplissement contrastant avec l'insignifiance de ses préliminaires dans l'Évangile. Dans la pensée de Jésus, si la parabole est authentique, il ne s'agirait point de la prédication chrétienne parmi les Gentils; mais on peut tenir pour certain que telle esl déjà l'idée de l'évangéliste, et. que, pour lui. le royaume de Dieu tend à se confondre avec l'Église, dépositaire du salut, gardienne du mystère que le Christ a confié aux siens. Le rédacteur conclut en disant que Jésus instruisait le peuple au moyen de semblables paraboles, dont il connaît sans doute un assez grand nombre, bien qu'il n'en cite que quelques-unes. Le Christ enseignait ainsi ses auditeurs, « selon (ju'ils

paraboles quil leur disait la parole, selon qu'ils pouvaient comprendre; ^4 et il ne leur parlait

pouvaient entendre ». Si la notice s'arrêtait là, on pourrait penser que Tévangéliste comprend et indique le but réel des paraboles. Tout autre est l'idée de celui qui écrit ensuite : « il ne leur parlait pas sans paraboles, mais il expliquait tout en particulier à ses disciples » ; car cette remarque se réfère évidemment à ce qui a été dit plus haut touchant le caractère aveuglant des paraboles. Le Christ ne dit rien au peuple sans parabole, parce que les Juifs ne doivent pas pénétrer le mystère du royaume, et il explique tout en particulier à ses disciples, parce que c'est à ceux-ci que le mystère est confié. Pour entrer dans l'esprit du dernier rédacteur, il faut admettre que >< selon qu'ils pouvaient entendre » se rapporte aux « entendants qui ne comprennent pas » et concerne un discours adressé aux oreilles, non à l'intelligence des auditeurs. Interprétation artificielle, la formule en ({ueslion ne comportant pas la distinction qu'on est obligé de faire entre l'audition et l'intelligence : s'il s'agit d'ouïr, K selon » n'a aucune raison d'être, car, en ce sens-là, les auditeurs n'entendent pas à moitié; et si la possibilité de comprendre est admise, l'audition cesse d'exclure l'intelligence. Les deux éléments contradictoires de cette finale doivent correspondre aux dernières étapes de la rédaction. Le rédacteur qui a d'abord pourvu le Semeur d'un commentaire pense que les paraboles sont

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pas sans parabole, mais en particulier il expliquait tout à ses propres disciples.

'^■' Et il It'ur dit, en ce jour-là, le soir venu :

simplement difficiles à entendre, même pour les disciples, et c'est dans cette persuasion qu'il écrit : « selon qu'ils pouvaient entendre », ne songeant pas encore «pie les paraboles auraient pu être dites pour n'être pas du tout comprises. On ne peut guère supposer, abstraction faite de l'explication réclamée pour la parabole du Semeur, que le genre parabolique aurait été d'abord signalé comme une accommodation de la vérité évangélique à l'enseignement du peuple, une pareille considération, naturelle pour nous, n'étant pas de celles qui ont pu se faire jour dans la tradition. Mais celui qui affirme que le Christ ne parlait pas sans paraboles au peuple, sauf à expliquer en secret toutes ces paraboles aux disciples, est celui qui a pensé que les paraboles étaient destinées à procurer l'endurcissement des Juifs. Voyant l'abondance relative des paraboles dans la tradition évangélique, il n'a pas trouvé d'inconvénient à dire que Jésus, pour assurer l'accomplissement des desseins providentiels, n'avait jamais dit au peuple que des paraboles, des énigmes inint^^lligibles, symboles du mystère dont les chrétiens seuls ont la clef.

Pour amener l'histoire de la tempête apaisée, l'évangéliste remonte au début du précédent récit.

« Passons à l'autre bord. » '■'■'' Et laissant la foule, ils remmenèrent comme il était dans la barque, et d'autres barques étaient avec lui. ^' Et il survint un grand tourbillon de vent, et les vagues envahissaient la barque, en sorte

où il a montré Jésus installé dans une barque pour instruire le peuple. Le soir est venu, et le Christ, au lieu de descendre à terre afin de congédier son auditoire et de chercher un gîte pour la nuit, se propose de disperser la foule en s'éloignant luimême. Il est superflu de conjecturer 1rs motifs de ce départ, la transition ayant été arrangée par le rédacteur. La décision de Jésus paraît subite, puisque les disciples n'en ont pas été avertis; d'autre part, ce sont les disciples qui, " laissant la foule » devenir ce qu'elle pourrait, " prennent avec eux » leur maître « comme il était dans la barque », c'est-à-dire sans autre préparatifs. Mais le Christ était déjà dans la barque avec les disciples ; ceux-ci n'ont pas eu besoin de le prendre. La suture est maladroite et laisse voir que le commencement de l'anecdote a été modifié pour s'adaptera ce qui vient d'être raconté; dans la source, Jésus était à terre, et les disciples le prenaient avec eux pour la traversée. Peut-être ce récit de tempête, comme son doublet. Jésus marchant sur les eaux vi, 46-51 1, se rattachait-il originairement à un récit de la multiplication des pains. On ne voit pas pourquoi le narrateur mentionne la pré-

que la barque était déjà remplie; '^^ et lui était à la poupe, endormi sur l'oreiller. Et ils l'éveillèrent et lui dirent : «Maître, n'as-tu pas souci de ce que nous périssons? » -^^ Et s'étant levé, il menaça le vent et il dit à la mer : « Silence!

sence d'autres bateaux : il n'en sera plus question dans la suite, et sans doute ils ne sont pas inventés pour multiplier les témoins du miracle. Peut-être n'est-ce qu'un développement peu réussi de la transition, les disciples prenant Jésus dans la barque où il était, bien qu'il y ait d'autres barques où il aurait pu monter; ou bien encore ce trait avait dans la source une signification qu'il a perdue dans le présent contexte.

Le miracle de la tempête apaisée se passe en pleine nuit, comme celui de Jésus marchant sur les eaux. La barque avançait lentement sous l'effort des disciples qui maniaient la rame; le Christ, assis à l'arrière, s'était endormi, la tête appuyée « sur l'oreiller », c'est-à-dire sur le coussin des rameurs. Survient un grand coup de vent qui met les voyageurs en péril. Il paraît que ces rafales ne sont pas rares sur le lac de Tibériade. Envahie par les flots, la barque de Pierre menaçait de sombrer, et Jésus ne s'éveillait pas. Les disciples effrayés le tirent de son sommeil en l'appelant à leur secours. Ils lui font presque reproche de les laisser en péril, ou tout simplement de dormir pendant qu'ils sont en danger. Jésus se lève, menace la mer, comme on le dit souvent de Dieu dans l'An-

tais-toi! » Et le vent s'apaisa, et il se fit un grand calme. ^° Et il leur -dit : « Pourquoi êtesvous craintifs? N'avez-vous pas encore de foi? » ^' Et ils furent saisis d'une grande frayeur, et

cien Testament, et févangéliste reproduit son discours. Jésus parle à la mer comme aux démons (cf. I, 25j. C'est que la mer et l'ouragan ne sont pas des éléments matériels dont le mouvement est fatal, mais presque des êtres vivants, ou les instruments des puissances qui troublent la paix de la création. Aussitôt les éléments se calment. Mais les disciples ont eu tort de s'épouvanter; ils ont montré peu de foi, c'est-à-dire de confiance en Dieu; même au milieu des plus grands dangers, ne sont-ils pas sous la garde du Père qui est aux cieux? Le Christ semble surpris que celle confiance ne soit pas encore affermie en eux, sans doute à raison des miracles dont ils ont été témoins : la protection de Dieu leur est garantie par la présence du Fils de l'homme. La nuance de ce blâme, qui n'a rien de favorable aux disciples, est caractéristique du rédacteur. Cependant les disciples ne sortent de leur crainte que pour tomber dans la stupeur de l'étonnement. Le miracle qu'ils viennent de voir les déconcerte, et leur esprit ne sait à quoi se prendre pour en trouver l'explication; ils se demandent ce que Jésus peut être. L'évangéliste les montrera encore aussi hébétés après le miracle de Jésus marchant sur la mer

ioO l'évangile selon MARf.

ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il,

pour que même le vent et la mer lui obéissent?»

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