‹ L'évangile selon MarcChapitre 4 sur 7 · V. ' Et ils arrivèrent à l'autre bord de la mer · texte numérisé non relu

V. ' Et ils arrivèrent à l'autre bord de la mer

au pays des Ge'raséniens; ~ et comme il quit-

(vi, 51-Q2). Ces gens, qui portent le « mystère du royaume », n'en ont pas du tout l'intelligence.

Que lévangéliste ait déjà vu dans cette scène, comme les anciens interprètes chrétiens, une image de la situation du Christ immortel à l'égard de son Église, on n'en peut guère douter. Ce n'est pas toutefois cette idée qui a créé le récit. Mais il est impossible de dire à quoi cette anecdote correspond dans la réalité, si elle se rattache à un incident de la vie de .Jésus. D'une part, ce récit a pu être aisément emprunté; d'autre part, le Christ a bien pu exorciser la tempête comme il exorcisait les démons, et le coup de vent se calmer à propos.

L'histoire du possédé de Gérasa ressemble à un gros conte populaire, et si elle ne relève pas la puissance du Ihaïunaturge autant que l'a pensé l'évangéliste, du moins projette-t-elle une abondante lumière sur la mentalité des premiers cercles chrétiens. Elle se relie assez étroitement à la précédente et à celle qui suit : récits merveilleux qui sans doute formaient chaîne avant d'être insérés dans notre Évangile.

Jésus et ses disciples atteignent la rive orien-

tait la barque, vint à sa rencontre, (sortant) des tombeaux, un homme en esprit impur, ^ qui avait (sa) demeure dans les tombeaux ; et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne. ^ Car il avait été souvent lié avec des

taie du lac et descendent sur le territoire de Gérasa. La ville même de Gérasa est trop éloignée du lac pour avoir été le théâtre du miracle que l'on va décrire. Si l'évangéliste ne donne qu'une indication vague, c'est qu'il n'en avait pas de plus précise à fournir ; ce qui lui importe est le miracle d'exorcisme, le plus beau qu'il ait à raconter.

A peine le Christ a-t-il pris terre qu'un possédé accourt à lui : c'était un espèce de fou furieux qui avait élu domicile dans les cavernes sépulcrales de la montagne, non loin du lac. Dans les croyances populaires, les esprits mauvais ne se distinguaient pas nettement des âmes des défunts. Le démoniaque pensait probablement trouver son séjour naturel dans la compagnie des morts ; il avait horreur des vivants. On avait essayé de le lier; mais , dans le paroxysme de sa rage, il avait brisé liens et chaînes qu'on lui mettait aux mains et aux pieds. Il errait nuit et jour dans les tombeaux et sur la montagne, poussant des cris, se déchirant luimême avec des pierres. On dirait qu'il a de loin reconnu eu Jésus le Fils de Dieu qui doit détruire l'empire de Satan. Est-il censé juif ou païen? Si l'histoire est réelle, la vraisemblance inviterait à le supposer uif ; mais, si elle est fictive en tout ou

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entraves et des chaînes; et les chaînes avaient été rompues par lui, les entraves brisées, et nul ne pouvait le dompter. '^ Et continuellement, nuit et jour, il était dans les tombeaux et dans les montagnes, criant et se meurtrissant lui-

en partie, Tinlention du récit pourrait être de le présenter comme païen et représentant du paganisme, et c'est pour cela que le miracle aurait été localisé en terre demi- païenne, sur la rive orientale du lac. La mention du « Dieu très haut » pourrait fort bien s'interpréter dans ce sens.

L'évangélisle, tout en rapportant d'abord la profession de foi du démoniaque, n'enlaisse pas moins entendre que Jésus lui a parlé le premier et pour enjoindre au démon de quitter sa victime. Si le fait est vrai, il faudrait donc se représenter l'insensé accourant vers Jésus en criant et gesticulant, peut-être en menaçant comme il en avait l'habitude ; voyant à qui il a affaire, Jésus parle au démon de cet infortuné avec l'autorité qui convient; le démoniaque subit l'impression de celle parole dominatrice et bienveillante; un travail se fait dans son esprit tourmenté ; l'idée de sa délivrance s'y heurte avec l'obsession qui constitue sa maladie. L'évangélisle veut que le démon de l'homme ait connu le Christ : ce serait Jésus qui d'abord se sérail fait connaître à l'homme; celui-ci, s'idenlifianl à son démon, se serait prosterné pour demander grâce quand Jésus aurait commandé au démon de s'en aller.

même avec des pierres. ^ Et ayant vu Jésus de loin, il accourut et se prosterna devant lui; " et criant à haute voix, il dit : « Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, fils du Dieu très haut? Je t'adjure par Dieu, ne me tourmente pas! » ^Gar

Les démons se font du Christ l'idée que professe l'évangéliste lui-même, et le possédé de Gérasa tient le même langage que celui de Gapharnaûm (i, 24). Lui aussi traite Jésus d'importun, et en même temps, ce qui est dune assez piquante naïveté, il lexorcise de son côté, il l'adjure par Dieu de le laisser en paix. C'est le démon qui parle, mais c'est le possédé qui soutTre. Car il semble que le tourment contre lequel proteste l'esprit soit la crise violente provoquée souvent par l'exorcisme et qui était censée une manifestation de la fureur ou de la peine extrême ressenties par le démon au moment de son départ forcé. Pour surmonter cette résistance, Jésus revient à la charge : « Ouel est ton nom? » La question est faite avec autorité ; et ce n'est pas le nomdelhomme que Jésusdemande, mais celui du diable, afin de le prendre ensuite personnellement à partie, s'il est besoin, dans un exorcisme définitif. Selon l'opinion populaire, la conuaissance du nom importait à la conjuration. La réponse du démon est vraiment comique, mais rien absolument n'invite à supposer que l'évangéliste ait voulu prêter une plaisanterie au diable, qui cacherait à Jésus son véritable nom. Le diable

il lui disait: « Sors, esprit impur, de cet homme. » ^ Et il lui demanda : « Quel est ton nom? » Et il lui dit : « Légion est mon nom, parce que nous sommes plusieurs. » '^ Et [\ insistait beaucoup pour qu'il ne les envoyât pas hors du

ne se moque pas du Christ, et c'est avec le plus grand sérieux quVst donnée la réponse : « Je m'appelle Légion, car nous sommes beaucoup. » L'homme était possédé d'un très grand nombre de démons, ce qui s'expliquerait aisément s'il représente la gentililé. 11 va sans dire que la légion de démons n'est pas censée contenir juste autant d'individus qu'il y avait de soldats dans une légion romaine, c'est-à-dire six mille. Pour entrer dans la logique du récit, on doit supposer qu'il y avait autant de démons que le troupeau de porcs qu'ils vont momentanément se soumettre contenait de têtes, et le narrateur estime que le nombre des porcs était de deux mille environ.

C'est le grand nombre des démons qui fait difficulté à leur expulsion. Où iront-ils? telle est la question qui s'agiterait dans le cerveau du possédé ; question troublante, puisque les démons, à cette heure, c'est encore lui-même. 11 demande que les esprits ne soient pas chassés du pays, c'est-à-dire des endroits peu fréquentés et des tombeaux où lui-même se plaît. Or il y avait, non loin de là, sur la montagne, un grand troupeau de porcs. Les démons, qui n'aiment pas à être sans domicile au désert

pays. '^ Ri il y avait là, sur la montagne, un grand troupeau de porcs qui paissaient; ^~ et ils le supplièrent, disant : « Envoie-nous dans les porcs, afin que nous entrions en eux. » '•^ Et il (le) leur permit. Et étant sortis, les es-

(Matth.,xii, 43-45), acceptent volontiers de passer, de Ihomme ou de la bête qu'ils possèdent, à un autre homme ou à une autre bête. Les diables de Gérasa prient donc Jésus de les envoyer dans les porcs. La présence de ces porcs s'explique par le fait que le pays est à demi païen, et les porcs eux-mêmes pourraient figurerle paganisme. Jésus accorde aux démons l'autorisation qu'ils demandent, non pas la permission d'aller où ils voudraient, mais la permission d'entrer dans les porcs au lieu d'être chassés du i>ays.

Les démons aussitôt sortent de l'homme, entrent dans les porcs, et voilà que le troupeau tout entier, saisi dune fureur subite, court se précipiter du haut de l'escarpement dans le lac. Environ deux mille pourceaux sont ainsi noyés. Les démons n'avaient pas prévu ce résullat,et ils ne l'ont pas causé volontairement, mais ils ont été dupes de leur propre demande; les porcs, agités par les esprits qui les possédaient, sont eux aussi devenus fous et se sont jetés à la mer. L'évangélisle ne dit pas que l'accident soit anivé par la volonté de Jésus; mais il a dû le penser.

On a conjecturé que la guérison du possédé

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prits impurs entrèrent dans les porcs ; elle troupeau s'élança du haut du précipice dans la mer, environ deux mille, et ils furent noyés dans la mer. '^ El leurs gardiens s'enfuirent et ils annoncèrent (la nouvelle) dans la ville et dans la

n'apparut, comme il arrivait ordinairement, qu'après une crise violente durant laquelle, par ses hurlements et ses mouvements désordonnés, il aurait épouvanté le troupeau ; les porcs, prenant la fuite au hasard, seraient tombés dune falaise dans le lac. Le fait en soi n'est pas impossible, et la crise dont on parle pourrait être signifiée dans la sortie des démons. Est-il nécessaire d'observer que personne jamais n'aurait pu voir les démons sortir de l'homme et entrer dans les porcs, mais seulement une convulsion de l'homme, interprétée comme le départ des démons, et le tumulte des porcs fuyants, interprété comme l'entrée des démons dans ces animaux ? L'idée dune allégorie plaisante sur les diables, assez sols pour demander, en sortant de l'homme, un séjour convenable à leur impureté, pris dans leur propre piège et jetés dans l'abîme avec des bêtes qui représentaient pour les .Juifs l'abomination du paganisme, n'a pu exercer qu'une influence accessoire sur la tradition du récit. Supposé que celui-ci soit entièrement fictif, on y aura combiné quelque scène d'exorcisme avec un Irait de conte vulgaire, pour constituer un tableau figuratif du salut apporté aux païens, et fournir

campagne. Et (les gens) vinrent voir ce qu'était l'aventure; *'' ils vinrent à Jésus, virent le démoniaque assis, vêtu et dans son bon sens, lui qui avait eu Légion, et ils furent effrayés. Et les témoins leur racontaient ce qui s'était

un pendant à l'histoire du possédé de Capharnaûm, qui figurerait le salut apporté aux Juifs.

Les gardiens, voyant leur bétail perdu, courent à la ville voisine et dans la campagne raconter ce qui vient de se passer. Les habitants arrivent en nombre sur le lieu du miracle. Grand est leur étonnement en trouvant assis auprès de Jésus, dans l'attitude d'un disciple, l'être féroce qui les épouvantait. Ce n'était plus Légion, il était maintenant habillé, guéri, calme, sain d'esprit. Un tel changement les stupéfie. On leur répète toute l'histoire, sans oublier l'aventure des pourceaux. Ces gens grossiers en conçoivent de l'effroi. Le dommage causé par la perte du troupeau n'est sans doute pas ce qui les inquiète, car il n'atteignait qu'un certain nombre d'entre eux; mais ils redoutent le voisinage de celui qu'ils regardent comme la cause de l'accident. Ils invitent Jésus à quitter leur territoire, et le Christ, jugeant qu'il ne pourrait leur faire entendre raison, — ou bien parce que l'évangéliste ne croit pas pouvoir le montrer prêchant en terre païenne, — s'éloigne aussitôt.

Au moment où il remonte dans la barque.

passé pour le démoniaque, et l'affaire des porcs. '"^ Et" ils se mirent à le prier de s'éloigner de leur territoire. '^ Et comme il montait dans la barque, le démoniaque lui demanda d'être avec lui. *'J et il ne (le) lui permit pas, mais il lui dit : « Va dans ta maison,

l'homme qu'il avait guéri est pris du désir de raccompagner et demande à le suivre comme disciple. Jésus ne le lui permet pas. Mieux vaut qu'il reste dans ce pays, où le Christ lui-même ne peut demeurer, afin d'annoncer aux siens la grande faveur que Dieu lui a octroyée. Sa requête n'est donc pas à expliquer par la crainte qu'il aurait eue des esprits dont il avait été jadis possédé, ni le refus de Jésus par un doute au sujet de sa vocation. Le Christ voudrait garder en ce pays inhospitalier un témoin de son activité bienfaisante. Celui-ci donc, non content de retourner chez lui et d'annoncer à sa famille ce qui lui est arrivé, va se montrer dans la Décapole, disant ce (jue Jésus lui a fait et provoquant l'admiration de ceux qui l'entendent. La Décapole sera plus loin le théâtre d'un miracle qui a bien des chances d'être fictif et symbolique (vni, 32-37). Au lieu de voir dans l'ordre donné au ci-devant Légion de divulguer le miracle, un trait de source que le dernier rédacteur aurait laissé subsister, contrairement à ce qu'il dit ailleurs du secret imposé par le Christ aux possédés, il serait peut-être plus indiqué de supposer que ce trait

près des tiens, et annonce-leur ce que le Seigneur ta fait et les bontés qu'il a eues pour toi. »''^Et il s'en alla, et il se mit à publier dans la Décapole tout ce que Jésus lui avait fait; et tous étaient dans l'admiration.

'-' Et Jésus étant revenu de l'autre côté dans la barque, une foule nombreuse se rassembla autour de lui; et il était auprès de la mer.

" Et arriva un des chefs de synagogue, nommé Jaïr, qui, le voyant, tomba à ses pieds

fait partie du système, Jésus défendant en terre juive aux démons de le dire Christ, parce que les Juifs ne doivent pas connaître le « mystère du royaume », et permettant de dévoiler le même secret en terre païenne, parce que les Gentils sont appelés à bénéficier du salut qui est refusé aux Juifs.

Jésus, revenant du pays de Gérasa, débarque sur la rive occidentale du lac, à proximité de Gapharnaûm; car c'est dans cette ville, très probablement, que s'accomplit le miracle de résurrecrection qui va être raconté. La foule se réunit autour du Christ dès qu'il est arrivé. Pas plus dnns ce récit que dans le précédent, il n'est parlé de prédication ; mais Jésus est auprès de la mer quand Jaïr vient le trouver. Pour êlre mieux réussie que d'autres, celte transition n'en est pas moins vague,

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-3 et le supplia beaucoup, disant : « Ma petite fille est à rextrémité; viens lui imposer les mains, afin quelle soit sauvée et qu'elle vive. » -^ Et il s'en alla avec lui, et une foule nombreuse l'accompagna, et il y avait presse autour de lui.

^^ Et une femme, qui était en perte de sang depuis douze ans, -*' avait beaucoup souffert,

sous une apparence de précision. L'histoire de Légion et celle de la fille de Jaïr se suivent ainsi, parce que ce sont deux beaux miracles, non parce que le second aurait eu lieu le même jour que le premier, ou bien le lendemain.

Un des anciens qui surveillaient le service religieux dans la synagogue vient se jeler aux pieds de Jésus. Cet homme s'appelait Jaïr. Le nom précise l'indication de la personne ; il ne sera plus employé dans la suite du récit. De telles données sont quelquefois suspectes. Toujours est-il que Jaïr, ayant une fille malade à l'extrémité, supplie Jésus de venir lui imposer les mains, afin de l'arracher à la mort. Jésus se rend à la prière de Jaïr et il se met en marche avec lui vers sa maison. Les disciples et la foule viennent aussi. Il est dit que la foule pressait Jésus ; celte circonstance doit expliquer l'incident de l'hémorroïsse.

Parmi la foule se trouvait une femme affligée depuis douze ans (la fille de Jaïr a aussi douze ans, l'évangéliste le dira plus loin ; mais ce rapport de

par beaucoup de médecins, et avait dépensé tout son avoir sans aucun profit, mais s'en était plutôt trouvée plus mal, '''^ ayant entendu parler de Jésus, s'en vint dans la foule, par derrière, toucher son manteau. -^ Car elle disait : « Si je touche seulement ses vêtements, je serai sauvée. » -^ Et aussitôt sa perte de sang fut arrêtée; et elle sentit en (sou) corps qu'elle

chiffres a-t-il une siguification?) d'une perte de sang. L'évangéliste décrit avec un certain plaisir rinipuissance des médecins dont les soins inutiles ont absorbé tout l'avoir de cette malheureuse. A raison de sa maladie. l"hémori"oïsse était en étal d'impureté légale et n'avait le droit de toucher personne Lév., xv, :25-27). D'autre part, elle n'osait dire son infirmité ni en demantler la guérison, surtout devant témoins. Connaissant le pouvoir miraculeux de Jésus, elle prend le parti de se faire guérir sans le demander, en touchant à la dérobée les vêtements du Christ. Se glissant dans la l'oule, elle arrive jusqu'à Jésus, derrière lui, et touche son manteau; elle sent aussitôt qu'elle est guérie. De son côté, « Jésus a senti en lui-même le miracle qui sortait de lui »; autrement dit il a eu l'impression de l'elTel qui s'opérait par l'attouchement de son manteau, mais il ne sait pas sur qui l'effet s'est produit ni en quoi il a consisté. Pour le savoir, il se retourne en demandant : « Qui a touché mes vêtements? » Et les disciples de ré-

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était guérie de l'infirmité. 3' Et aussitôt Jésus, qui avait senti en lui-même la vertu sortir de lui, se retournant dans la foule, dit : « Qui a touché mes vêtements? » ^' Et ses disciples lui dirent : « Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m'a touché? » 3- Et il regardait alentour, afin de voir celle qui avait fait cela. ^^ Et la femme, effrayée et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se prosterner devant lui et lui dit toute la vérité. ^^ Et il lui dit :

pondre, avec un élonnemenl qui n'a rien de respectueux : « Tu vois la foule qui le presse, et tu demandes qui te touche ! » Jésus pensait à un attouchement volontaire; il continue sa recherche, non pour découvrir sur quelque visage les traces de la guérison accomplie, mais supposant que la personne qui a profité du miracle se déclarera ellemême ou se trahira par son altitude. Eu elïet, sous ce regard investigateur, la femme se persuade qu'elle ne peut rester ignorée ; elle craint que le thaumaturge, toutà l'heure, ne la montre du doigt. Elle se rapproche tremblante, car elle a commis une sorte de larcin, et, prosternée aux pieds du Christ, elle confesse « toute la vérité », c'est-à-dire ce qui vient d'être raconté de sa maladie et surtout de sa guérison. Jésus la rassure en lui disant : « Ma fdle, c'est ta foi qui t'a sauvée », le miracle s'étant effectué sans qu'ill'ait voulu. Etil congédie la femme par la tormule ordinaire : « Va en paix »,

« Ma fille, ta foi t'a sauvée; va en paix et sois guérie de ton infirmité. »

•^^ Comme il parlait encore, on vint de chez le chef de synagogue (lui) dire: « Ta fille est morte. Pourquoi importunes-tu encore le Maître? » ^'' Et Jésus, sans faire attention au discoursqu'on

où Ton doit voir un souhait et une promesse, aussi bien que dans les paroles qui suivent et qui sont comme la ratification du fait accompli : <» Sois guérie de ton infirmité ».

A Finstant même où Jésus congédiait Ihémorroïsse, on venait dire à Jaïr que sa fille était morte : ce serait maintenant déranger le maître pour rien que de l'amener à la maison. Jésus entend le propos, mais il n'en tient pas compte; en ce qui le concerne, il regarde le message comme non avenu, et il invite Jaïr à en faire autant. Le chef de synagogue ne doit pas croire que sa fille est morte; on dirait que le Christ lui-même se refuse à le penser. Cependant il ne veut pas que la foule ni même tous les disciples soient témoins de ce qui va se passer; il ne permet à personne de le suivre, si ce n'est à Pierre et aux deux fils de Zébédée. Inutile de dire que Jaïr demeure avec Jésus pour l'introduire dans sa maison. Ne se doutant pasdu miracle qui va s'accomplir, la foule obéit à l'ordre du Christ.

Comme l'enterrement suivait de près la mort et avaitlieu. autant que possible, le jour même, Jésus

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tenait, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas ; crois seulement. » ■^" Et il ne permi't à personne de Tacconifiagner, sinon à Pierre, Jacques et Jean, frère de Jacques. 38 Et ils

en arcivant à la maison, y trouve tout un appareil funèbre. Les voisins s'étaient rassemblés, le deuil était commencé, les pleureuses débitaient leurs lamentations avec des soupirs et des cris. Autre masse de témoins dont Jésus va se débarrasser. Il impose d'abord silence à la foule, en disant que le deuil n'est pas ici de mise : « L'enfant n'est pas morte, elle dort seulement ». La douleur de ces gens se change subitement en hilarité. Ils savent bien que la fille est morte, puisqu'ils sont là pour la pleurer, et l'assertion de Jésus leur paraît tout à fait ridicule. Ils quittent néanmoins la place, sur l'ordre qui leur est donné de sortir. Alors Jésus, avec Jair, sa femme et les trois disciples, entre dans la chambre où l'enfant reposait inanimée sur son lit.

Dans la pensée de l'évangéliste, il s'agit d'une mort réelle, mais passagère, on pourrait presque dire guérissable, et qui, pour cette raison, doit plutôt être appelée un sommeil qu'une mort. Il est arbitraire de supposer que Jésus aurait formulé un véritable diagnostic, d'après un coup d'oeil rapide jeté sur l'enfant, qu'il voyait dans une sorte de léthargie. Le Christ ne l'avait pas vue encore quand il a dit qu'elle n'était pas morte pour longtemps. Jaïr ne lui avait pas donné de grands dé-

arrivèrent à lamaisonJu chef de synagogue, et il vit du bruit, et des gens qui pleuraient et faisaient beaucoup de cris ; '■' et entrant, il leur dit : «. Pourquoi faites-vous du bruit et pleurez-vous? L'enfant n'est pas morte, mais elle dort. » ^'^ Et ils se moquaient de lui. Mais lui, (lesj ayant chassés tous, prit le père deFenfant,

tails sur la maladie, et l'on ne sait pas si ce mal avait été subit ou bien s'il durait depuis un certain temps. La mort de la fdle de Jaïr ne peut plus être A'érifiée ; elle ne l'a jamais été par une constatation rigoureuse ; l'hypothèse d'une mort apparente, longue syncope ou léthargie, est la seule admissible et peut s'autoriser des paroles du Christ ; mais celui-ci ne semble pas s'être assuré d'avance que l'enfant n'était pas morte réellement.

Cependant Jésus vient près d'elle lui prend la main et dit : « Enfant, lève-toi ». Comme s'il attribuait une sorte de vertu magique aux paroles, le narralour tient à citer, sauf à la traduire ensuite, la formule araméenne dont le Christ se serait servi en cette occasion. Les mots : « je te dis », ont été ajoutés inconsciemment par l'évangéliste traducteur. Aussitôt l'enfant se lève et se met à marcher dans la chambre. Le rédacteur explique le fait en notant qu'elle n'était plus toute petite, ayant douze ans. La stupéfaction des parents est facile à comprendre. Il n'est rien dit des trois disciples, et l'on pourrait presque se deman-

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la mère et ceux qui étaient avec lui, et il péaôtra (dans lo lieu) oîi était Tenfant. ^' Et prenant la main de l'enfant, il lui dit : <( Talithaknum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te dis, lève-toi ». '- Et aussitôt la jeune fille se leva et elle marcha; car elle avait douze ans. Et ils furent saisis à l'instant d'une grande

der s'ils n'ont pas été ajoutés plus haut pour donner garantie au prodige. La défense de dire à personne ce qui était arrivé a l'air d'une surcharge, et elle est assez étrange, le miracle ne pouvant pas manquer d'être connu. La recommandation finale, l'ordre de faire manger l'enfant, semblerait porter en elle-même le témoignage de sa vérité. Ce trait pourtant ne signifie pas que Jésus ait vu dans toute cette atïaire un accident causé par la croissance, et ([u'il ait, pour ce motif, en sage médecin, conseillé aux parents de bien nourrir leur enfant. Il s'agit plutôt de couper court à leur ébahissement et de les rappeler au sentiment de la réalité : l'enfant (jui revient à elle doit avoir faim; qu'on lui donne tout de suite ce que son estomac réclame. ^

Une tradition comme celle qui a pour objet les miracles de Jésus est inévitablement légendaire. Poui' accorder une confiance absolue à ces histoires merveilleuses, il faut n'avoir jamais observé comment il s'enforme de semblables partout, dans les milieux de foi naïve et ardente. Tout ce qu'on

stupeur. ^'^ Et il leur recommanda beaucoup que nul ne sût cela, et il dit de lui donner à manger. VI. 1 Et il sortit de là; et il vint dans son pays, et ses disciples l'accompagnèrent. ' Et un sabbat arrivant, il se mit à enseigner dans la

peut dire sur la guérison de Thémorroïsse et la résurrection de la fdle de Jair, c'est que ce ne sont probablement pas des mythes et que les récits peuvent procéder d'incidents réels.

L'anecdote de Nazareth paraît destinée à montrer le plus haut degré de résistance passive et d'insensibilité que Jésus ait rencontré dans son ministère galiléen. C'est la patrie du Christ ([ui s'est montrée le plus froidement réfractaire à la prédication évangélique. Il est probable que le rédacteur voyait déjà dans ce fait un symbole de lincrédulité judaïque (cf. Luc, iv, 16-30), et qu'il le rapporte pour ce motif. r)"nn autre caractère que les précédents, ce récit n'y est rattaché que par une suture artificielle. Jésus a|)paraîl ici dans son rôle de prédicateur, comme lorsqu'il est arrivé à Capharnaiim, et celte circonstance plaide pour l'historicité de l'incident.

Accompagné de ses disciples, le Christ franchit la distance de cinquante kilomètres environ qui sépare Capharnaiim de Nazareth. Comme il n'a pas pour but de voir sa famille, on peut croire qu'il

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synagogue ; et beaucoup d'auditeurs s'étonnaient, disant: « D'où cela lui (vient-il)? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et

fait route lentement et en prêchant la bonne nouvelle. Ce (ju'il dira bientôt de ses parents laisse voir que ses relations avec eux ne s'étaient pas améliorées depuis qu'ils avaient essayé de le reprendre, et que son séjour à Nazareth n'y a rien changé. On peut même se demander s'il est allé chez lui ou s'il y a été reçu. Il venait à Nazareth pour prêcher, ne voulant pas refuser à son pays le bienfait de l'Évangile. Marc, ignorant la naissance à Bethléem, appelle tout naturellement Nazareth « la patrie » de Jésus.

Les habitants de Nazareth ne témoignent pas autour de leur concitoyen le même empressement ([ue les riverains du lac. Le Christ doit attendre pour prêcher que le sabbat lui en fournisse l'occasion. Les gens n'en sont pas moins étonnés de l'entendre, bien qu'ils semblent avoir été fort peu touchés de ce qu'il disait. La surprise faisait tort à l'admiration. Comment un homme de si bas lieu peut-il si bien parler? se disait-on. Si encore c'était un rabbm? Et comment se fait-il qu'il soit si savant, n'ayant jamais fréquenté les docteurs? Que signifient tous ces miracles, vraiment extraordinaires, que l'on raconte de lui? Ce n'est pourtant qu'un charpentier; c'est le fils de iMarie, le frère de tel et tel ; ses sœurs sont dans le pays; tout le monde connaît sa parenté.

(comment) de tels miracles se Font-ils par ses mains?'' N'est-ce pas le charpentier, le tils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Jude

Si le texte de Marc n'a pas été corrigé en vue de la conception virginale, les gens de Nazareth appellent Jésus » fils de Marie », parce que Joseph est mort depuis assez longtemps. Ils l'appellent « charpentier », ou « menuisier », parce qu'il avait exercé réellement cette profession avant de quitter les siens. Ce n'était pas pour se conformer à la coutume des rabbins qu'il s'était adonné à une occupation manuelle, car il n'avait pas reçu l'éducalion d'un rabbin. Les gens de Nazareth le savent bien; c'est pour([uoi ils sont déconcertés de l'autorité qu'il prend. Jésus avait appris à travailler le bois parce que tel était sans doute le métier de Joseph.

Des quatre frères du Christ un seul appartient nommément à l'histoire apostoliciue : Jacques, qui gouverna plus tard la communauté de Jérusalem, et qu'on a voulu à tort identifier avec l'apôtre Jacques, fils d'Alphée. On a voulu, sans plus déraison, confondre Jude avi-c l'apôtre que Luc appelle Jude de Jacques. Simon ne peut être ni l'apôtre Simon dit le Cananéen ou le Zélote, ni Simon fils de Clopas, qui est compté comme le second évéque de Jérusalem. On sait par le témoignage de Paul (I Cor., IX, o) que non seulement Jacques mais les frères du Seigneur », c'est-à-dire probablement les quatre qui sont énumérés ici, ont adhéré à

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et (le Simon? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous? » Et ils étaient scandalisés à son sujet. ^ Et Jésus leur dit : <( Un prophète n'est

l'Évangile après la mort de Jésus. De là vient que la Iradilion avait retenu leurs noms et que Marc les connaît. Il n'en est pas de même pour les sœurs. Elles devaient être mariées à Nazareth, et sans doute elles y passèrent leur vie. Si l'on <lil (juV'Ues sont « là )', ce nest j)as ;diu <le signifier (|ue .Marie et les frères auraient déjà cjuillé Nazareth jjour s'établir ailleurs ou pour suivre Jésus, les deux hypothèses étant écartées par la conclusion du récit, qui associe la famille entière à la ville de Nazareth ; mais c'est pour varier la forme des questions, lévangéliste ne pouvant désigner les sœurs autrement, puisqu'il ignorait leurs noms.

Les habitants de Nazareth restent sur leur étonnement, avec une pointe de malveillance. Il n'entre pas dans leur esprit que « le charpentier » puisse être l'envoyé de Dieu. La venue de Jésus et sa prédication leur sont une occasion de critiques moqueuses et d'incrédulité à l'Évangile. C'est ce que signifie la remarque : « Ils furent scandalisés à son sujet. » On peut croire que cette tentative ne fut pas renouvelée. Jésus lui-même explique à ses concitoyens d'où viennent leurs mauvaises dispositions, et il leur laisse en même temps' entendre qu'elles ne sont pas justifiées. C'est coutume, leur dit-il, qu'un prophète soit honoré partout, « excepté dans son pays » : voilà pour les habitants de

méprisé que dans son pays, parmi ses parents, et dans sa maison. »•' Et il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques malades en leur imposant les mains ; '' et il était surpris de leurincrédulité.

Nazareth; « dans sa famille et dans sa maison » : voilà pour les parents, dont l'attitude à l'égard du Christ est toujours celle qui a paru dans la circonstance mentionnée plus haut (ni, 21). En se comparant à un prophète, Jésus raisonne par analogie; il ne se donne pas pour un prophète comme ceux de l'ancien temps.

L'évangéliste conclut en disant que Jésus « ne put pas » faire de miracles à Nazareth, si ce n'est en guérissant quelques malades par l'imposition des mains, et qu'il était tout étonné de l'incrédulité où se butait l'esprit de cette population. Après les miracles qu'il avait opérés à Capharnaiim et dans les environs, le Christ s'attendait à un autre accueil; tout en s'expliquant celui (ju'il reçoit, il ne laisse pas d'en être surpris. Du reste, s'il n'a pu faire de miracles dans son pays, ce n'est point par une défaillance momentanée de son pouvoir, mais par manque de foi chez ceux sur qui son action aurait pu s'exercer. Quelques malades seulement auraient eu assez de confiance pour obtenir leur guérison. Encore la mention de ces guérisons ressemble-t-elle tout à l'ail à une glose rectificative, que le rédacteur aurait ajoutée à un récit rpii ne comportait aucun miracle.

172 r/ÉVA.NGii.t; selon mahc

'' Et il parcoarait les villages d'alentour en

Entre le voyage à Nazareth et la mission des apôtres l'évangélisle n'indique pas un rapport bien étroit. Celte mission a été prévue dans l'élection qui est racontée plus haut. Le rédacteur semble attacher jilus d importance à la mission même qu'aux instructions «jui s'y rapportent, car il abrège visiblement celles-ci. et l'on a peine à croire (juil ne dépende pas d'une source écrite où la mission servait à motiver un assez long discours, comme dans Matthieu (x). Cette source doit être celle où puise -Matthieu lui-même et d'où provient aussi l'allocution qui, dans Luc (x, 1-24), est adressée aux soixante-douze disciples.

La prédication de Jésus dans les bourgs galiléens fait suite au voyage de Nazareth. A cette donnée le rédacteur soude artificiellement un appel aux disciples, qui pourtant, d'après le récit précédent (vi, 1). accompagnent leur maître; le ton change; au lieu d'un l'ait précis et circonstancié, l'évangéliste développe sans aucun art un tableau de convention. Jésus aurait envoyé les apôtres deux a deux. Est-ce parce que des prédicateurs isolés auraient été facilement déconcertés par les contradictions qui pouvaient surgir devant eux? Ou bien l'évangéliste a-t il anticipé dans la carrière du Christ une coutume qui paraît avoir été assez fréquente dans les premiers temps de la prédication

enseignant. " Et il fit venir les Douze, et il se

chrétienne? La seconde hypothèse est peut-être la plus vraisemblable, (^ar, s'il paraît certain que les Douze ont été initiés en quelque manière à l'œuvre d'évangélisation avant la mort de Jésus, il est fort douteux qu'ils aient été ainsi employés à une sorte de mission indépendante et à une évangélisation quasi systématique de la Galilée. Le rédacteur se sera représenté en cette forme la mission des anciens aj)ôtres auprès des Juifs.

En les envoyant, le Christ leur donnait pouvoir sur les esprits impurs; mais on peut voir dans la suite qu'ils ne sont pas censés avoir pratiqué seulement des exorcismes; ainsi que Jésus lui-même, ils chassent les démons du corps des possédés et ils guérissent les maladies ordinaires. Il n'est pas dit qu'ils aient agi au nom de Jésus, mais on doit le supposer fcf. ix, 38). car c'est ce nom qui leur servait de recommandation auprès des infirmes et qui leur donnait prise sur les démons. C'est pourquoi l'évangéliste s'exprime comme si Jésus leur avait fait part de sa propre puissance miraculeuse. Ici encore on a lieu de soupçonner que le rédacteur transporte dans l'Évangile galiléen les formes de l'action apostolique aux premiers temps du christianisme. Cependant, après avoir reproduit brièvement les instructions données aux nouveaux prédicateurs, il dira que les apôtres s'en allèrent « prêcher la repentance ». L'annonce du royaume, Vcvangiîe, au sens primitif du mot, était l'objet

mit à les envoyer deux à deux, et il leur donna pouvoir sur les esprits impurs.

^ Et il leur enjoignit de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton seulement; pas de pain, pas de sac, pas de monnaie k la ceinture; ^ mais

essentiel de leur mission, et leur enseignement, comme celui de Jean et de Jésus, se résumait dans la formule : « Repentez-vous, car le règne de Dieu est proche. »

Jésus défend aux disciples d'emporter pour leur tournée autre chose qu'un bâton de voyage : pas de pain, pas de besace pour recueillir les aumônes, pas de petite monnaie dans la ceinture, qui était aménagée pour servir de bourse. Qu'ils soient chaussés de sandales, mais qu'ils ne portent pas double tunique. Matthieu (x, 10) et Luc iix, 3; x, 4) interdisent le bâton et les chaussures. Leur accord tendrait à prouver que sandales et bâton étaient prohibés dans la source où ils ont pris le discours. Marc a pu atténuer la rigueur du précepte primitif, un bâton et des chaussures paraissant indispensables pour un voyage un peu long. La source de Matthieu et de Luc aurait pu l'exagérer pour faire valoir le caractère absolu du renoncement apostolique. Cependant les deux exceptions de Marc ressemblent assez à des corrections, et la permission des chaussures vient peu naturellement entre deux défenses. L'enchevêtrement de la phrase, l'irrégularité de la construction et le passage subit du discours indirect au discours direct accusent un

COMMEXTAIRE 175

(d'être) chaussés de sandales : « et ne portez pas deux tuniques ». '^ Et il leur dit : « Là où vous serez entrés dans une maison, restez-y

travail de correction et de rectification sur un texte. On dirait que Tévang-éliste prend souci des voyageurs, et que, tout en ne permettant pas d'emporter des provisions, il inclinerait à penser que les prédicateurs feront sagement ou pourront être obligés de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance ; il ne leur dit pas de compter sur leurs hôtes (cf. Matth., X, 10; Luc, X, 7), et celte omission pourrait n'être pas involontaire. L'évangélisle aurait songé à Paul. D'après le discours original, les missionnaires devaient vivre de ce qu'on leur servirait. C'est pourquoi il est question de ceux qui les recevront et de ceux qui ue les recevront pas. Les prédicateurs évangéliques, une fois installés dans une maison, ne chercheront pas un autre logement dans le même lieu ; s'ils changeaient, ce serait sans doute pour être mieux ailleurs ; or ils ne doivent pas chercher leurs aises, et surtout ils doivent éviter de froisser ceux qui leur ont les premiers offert et donné l'hospitalité. S'ils sont repoussés de tout le monde, dans une ville ou dans un village, ils se retireront immédiatement, comme Jésus lui-même a fait à Nazareth, pour ne pas perdre leur temps en une tentative inutile; mais, avant de s'éloigner, ils attesteront par un acte significatif les conséquences du refus opposé à leur message. En sortant de ce lieu, ils secoueront ostensiblement la poussière

jusqu'à ce que vous parliez de cet endroit. " Et si une localité ne vous reçoit pas, et qu'ils ne vous écoutent pas, sortant de là, secouez la poussière de dessous vos pieds en témoignage pour eux. »

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