‹ L'évangile selon MarcChapitre 5 sur 7 · Et s'en étant allés, ils prêchèrent que Ton · texte numérisé non relu

Et s'en étant allés, ils prêchèrent que Ton

de leurs pieds, afin de montrer (ju'ils n'ont rien de commun avec ces gens, et qu'ils dédaigneraient d'emporter ce qui a pu èlre à eux en quelque manière. Les Juifs, surtout les pharisiens, arrivant d'un pays étranger, avaient coutume de secouer la poussière de la terre profane avant de toucher le sol sacré de la Palestine, pour ne pas souiller celui-ci par le contact de celle-là. Cette manifestation, chez les prédicateurs de l'Évangile, signifie l'absence de tout lien entre eux et ceux qui les rejettent ; elle témoigne en même temps que ces derniers par leur conduite même s'excluent du royaume de Dieu. Ainsi firent Paul et Barnabe, lorsqu'ils furent chassés d'Antioche de Pisidie (AcT. xni, 51; cf. xvni, 6). Ces recommandations doivent refléter, au moins dans une certaine mesure, les pratiques et les expériences de l'âge apostolique.

Les ordres de Jésus s'exécutent; les apôtres s'en vont prêcher qu'on se repente ; ils exorcisent les possédés, et ils guérissent beaucoup de malades en pratiquant des onctions d'huile. Bien que de telles onctions fussent en usage dans la médecine antique.

se repentit. '^ Et ils chassaient beaucoup de

de'mons, et ils oignaient d'huile beaucoup de malades et ils les guérissaient.

'* Et le roi Hérode iT; apprit, car son nom

la recelte n'est pas simplement médicale, puisque les guérisons sont présentées comme miraculeuses. L'huile n'est pas pour cela un pur symbole de la puissance surnaturelle qui a été communiquée aux apôtres. Dans ce temps et dans ce milieu, l'art de guérir se confondait encore plus ou moins avec la magie, les remèdes étaient des charmes. L'onction dont parle Marc tient à la lois du rite religieux, comme l'exorcisme par lequel on chasse les démons, en tant qu'une vertu divine y est suppsée, et du remède, en tant qu'on attribue à l'élément même une efficacité réelle pour la guérison(cf. Jac. v, 14). Cette pratique a beaucoup d'analogie avec le rite chrétien de rextrême-onction, qui en est plus ou moins directement dérivé. Elle est apostolique et d'origine juive, mais il convient peut-être de noter ({ue le rédacteur l'introduit ici sans la rattacher à une prescription de Jésus.

Le départ des apôtres semble introduire dans le récit une sorte d'entracte dont l'évangéliste profite pour parler de la renommée croissante du Christ, signaler l'impression qu'en reçoit le tétrarijue Antipas, et raconter la mort de Jean-Baptiste. Mais le

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devenait célèbre, et il disait: « Jean le Baptiste est- ressuscité dos morts, et c'est pourquoi les

propos qui est prèle à Anlipas fei'aiL supposer qu'on vient de décrire quelque miracle accompli par Jésus lui-même, en sorle que la notice ferait une suite plus naturelle à la résurrection de la fille de Jaïr, par exemple, qu'à la mission des Douze.

Ilérode Antipas, létrarquc de Galilée, avait sa résidence ordinaire à TiJDériade. L'évangéliste lui donne le lilre de roi, soit parce que le vulgaire le lui attribuait, soit parce que c'est sous ce nom que l'on désignait à I*»ome les souverains orientaux, soit à raison de riiitlueuceiiue le livre d'Eslher a exercée sur la narration qui suit. Vu la proximité de Capharnaiim, il faudrait s'étonner que l'attention du télrarque n'ait pas été plus tôt attirée sur Jésus, si le Christ avait depuis longtemps commencé sa prédication. L'on doit supposer que le mouvement évangélique date de quelques semaines, de quelques mois tout au plus.

Apprenant ce qui se passait, cest-à-dire ayant connu par la voix publique et les rapports de ses fonctionnaires tout ce que faisait Jésus, Antipas aurait dit. avec plus ou moins de conviction, que ce devait être Jean ressuscité qui opérait de tels prodiges. A prendre son discours à la lettre, il semblerait que les « vertus » qui avaient paru dans le Baptiste sont maintenant présentes en Jésus et agissent par son moyen sur ceux qu'il guérit. Le quatrième Évangile (x, 41), pour relever le Christ,

miracles s'accomplissent par lui. » '^ Et d'autres disaient : « C'est Elie » ; et d'autres disaient : « Un prophète comme l'un des prophètes. »

dit que Jean n'a fait aucun miracle : c'est que les Synopliques n'en ont point raconté à son sujet; mais il est vraisemblable qu'on lui en avait attribué, même de son vivant. Le discours d'Hérode s'entend mieux ainsi, et il y a beaucoup de subtilité à dire que Jean serait censé faire des miracles seulement en tant que ressuscité ; tout au plus la circonstance de la résurrection est-elle alléguée pour expliquer l'abondance et la grandeur des miracles dont il s'agit maintenant. Dans l'entourage même du lélrarque, plusieurs conjectures étaient risquées. Les uns disaient : « c'est Élie », voyant en Jésus le précurseur du Messie ou du règne messianique, et ne songeant pas à reconnaître ce précurseur dans Jean-Baptiste. D'autres, esprits plus modérés, se bornaient à dire : <( c'est un prophète comme ceux d'autrefois ». MaisAnlipas trouvait la première conjecture préférable aux autres. La haute idée qu'il avait de Jean, le remords du crime qu'il avait commis en le faisant mourir, l'analogie qu'il voyait entre ce qu'on lui disait de Jésus et ce qu'il savait du Baptiste, lui auraient fait envisager le retour de celui-ci comme une possibilité redoutable ; il aurait répété, avec une sorte de terreur superstitieuse : u C'est Jean, (jue j"ai fait décapiter, qui est ressuscité. » 11 a pu réellement (lire, parlant en homme politique, et en face

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"^ Et llérode, entendant (cela), disait : « C'est

Jean, que j'ai lait décapiter, qui est ressuscité. »

'' Car Hérode lui-même avait envoyé arrêter

Jean et lavait eiichainé en prison, à cause

d'une nouvelle agitation messianique à comprimer: « Voilà Jean ressuscité. »

Toute cette énumération d'opinions sintifulières a été dédoublée de l'introduction à la confession de Pierre cf. vni, 27;, et non peut-être d'un seul coup. II semblerait qu'un premier rédacteur ait amené d'abord l'opinion du tétrarque afin de raconter, en manière d'explication, la mort de Jean- Baptiste, et qu'un autre ait ajouté les deux dernières hypothèses, qui viennent en surcharge, nécessitant la répétition du dire dAntipas avant le récit relatif à la mort de Jean. En tout cas, le propos du tétrarque suppose que l'éclat de la prédication galiléenne est survenu seulement après la mort du Baptiste. Que le baptême de Jésus par celui-ci entrât dans cette perspective de l'histoire évangélique, il est permis d'en douter. Car c'est visiblement en vertu d'une combinaison rédactionnelle que la prédication galiléenne du Christ paraît maintenant comprise entre l'emprisonnement (i, 14) et la mort de Jean. Il est aisé de voir ici que Jésus a paru lorsque Jean était déjà mort.

Le tétrarque Antipas avait épousé la femme d'un de .ses frères encore vivant. Hérodiade n'était pas seulement sabelle-sœur, mais sa nièce, fille d'Aristobule, lequel était tils d'Hérode le Grand et de

d'Hérodiade, la femme de Philippe son frère, parce qu'il lavait épousée. '^ Car Jean disait à Hérode : « Il ne t'est pas permis d'avoir la

Mariammeriiasmonéenne, demi-frère du télrarque de Galilée. Son premier mari, à qui Josèphe donne le nom d'IIérode, était né dune autre Mariamme, fille du grand-prêtre Simon, de la famille de Boélims; il vivait en richeparticulier, Hérode le Grand ne lui ayant assigné aucun lot dans le partage définitif de son royaume. Hérodiade avait eu de ce mariage une fille appelée Salomé, celle dont parlent lesévangélistes, et qui fut mariée au tétrarque Philippe. Antipas, séduit par Tambitieuse Hérodiade, lavait épousée après que sa première femme, fille du roi des Xabatéens, se fut réfugiée près de son père Arétas. Le récit évangéliquesemble avoir confondu le premier mari d'Hérodiade avec le mari de sa fille, le tétrarque Philippe, erreur d'autant plus explicable, en un pareil enchevêtrement des degrés de parenté, que l'autre frère d'Antipas a pu êlre vite oublié.

Devant la Loi (Lév., xvni, 16; xx, 21), le mariage d'Antipas avec Hérodiade était adultère et incestueux. Josèphe donne pour motif de l'arrestation de Jean-Baptiste la crainte d'un soulèvement populaire. Cette raison est compatible avec celle qu'indique notre récit. Mais Josèphe parle en historien suffisamment instruit de la politique hérodienne. tandis que la narration évangélique se présente plutôt comme une légende populaire où tout s'ex-

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femme de ton frère. » EtH^roiliade lui en voulait et de'sirait le faire tuer, et elle ne pouvait pas. -'^ Car Hérode craignait Jean, le sachant

j)li»|iic par les relations muliielles des personnes en cause. Le nouvel Élie a eu sa .Iczaijel. On croira sans peine que Jean n'approuvait pas la conduite d'Anlipas. Pour entrer dans l'esprit du récil, l'on doit admettre que le farouche prophète avait admonesté le prince, soit directement, soit en le blâmant dans ses prédications; à raison de cette hardiesse, Antipas l'aurait fait arrêter, et une fois emprisonné Jean ne serait pas fait faute de redire son blâme au télrarque. Il se sérail attiré ainsi la haine d'ilérodiade. Celle-ci voulait le faire mourir, afin de sauver sa propre siluation. Mais son projet rencontrait un obstacle dans les sentiments de son mari à l'égard du prisonnier. Audirederévangéliste, Antipas « craignait >> Jean, le considérant comme un saint dont le supplice pouvait attirer sur lui les plus grands malheurs, et « il le gardait », le protégeant contre la rancune d'Hérodiade; il conversait assez fréquemment avec lui, « et l'ayant entendu, il était fort indécis », il emportait de ces entretiens certains scrupulesau sujet de ses désordres et des injustices qu'il avait commises. Le rédacteur insiste sur ces détails, afin que l'on comprenne plus loin comment Hérode a ordonné malgré lui et avec regret la mort de Jean. Le vague de la tradition apparaît en ce que le roi et le prisonnier ont l'air d'être en rapports suivis, comme s'ils habitaient constam-

homme juste et saint; et il le gardait, et en l'entendant il était fort perplexe, et il Técoutait volontiers. '-'Et un jourpropiceétant arrivé,

ment ensemble, on ne dit pas où, et que le prince eût à cœur de s'entretenir souvent avec le captif.

Cependant Hérodiade guettait une occasion favorable pour arracher au faible Antipas la condamnation de l'homme qu'elle détestait. Celte occasion lui vint par une fêle qui eut lieu au palais du lélrarque pour célébrer l'anniversaire de sa naissance. Anlipas avait réuni dans un banquet, comme autrefois Assuérus (cf. EsTH, I, 3), les hauts fonctionnaires de son État, les chefsde son armée et les principaux habitants de la Galilée. La place naturelle d'un tel festin serait dans la capitale, à Tibériade ; mais le lieu n'est pas indiqué. Selon Josèphe. Jean était enfermé dans la forteresse de Machéro, à l'est de la mer Morte. Avant la fin du repas, la fille d'Hérodiade entre dans la salle du festin, les femmes ayant été servies à part, suivant l'usage ; elle fait ce que Vasthi a refusé de faire, nonobstant la demande d'Assuérus (Esth, i, H) ; pour complaire au roi et à ses invités, elle se met à exécuter une danse qui charme tous les assistants, et le roi luimême plus que tous les autres. D'après notre récit, c'était une toute jeune fille, et l'évangéliste ne paraît pas soupçonner qu'à cette date elle devait être mariée. Jean serait mort en 28-29, si l'on adopte la chronologie de Luc : Antipas avait alors environ cinquante ans ; Hérodiade en avait au

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où Hérode, pour l'anniversaire de sa naissance, donnait un festin à ses grands, à ses capitaines, et aux principaux de la Galilée, - la fille

moins quarante ; sa fille, née probablement en l'an 10 de notre ère, avait près de vingt ans, et, si elle n'était pas encore veuve, le létrarque Philippe étant mort en l'an 35, il est j)robable qu'elle avait (It'jù épousé son oncle. L'iiagiographe ne pouvait pas faire danser llérodiade ; mais il est probable que la fille n'a pas plus dansé que la mère. Hérode, qu'on doit croire échaulTé par le vin, félicite la danseuse en lui proposant lelle faveur cprelle jugera bon de lui demander. Soit surprise, soit rôle dicté par la mère, la jeune fille manifeste quelque hésitation devant une promesse aussi extraordinaire; mais le roi, imitant Assuérus jusqu'en ses discours, la répète en lui disant qu'il lui donnera tout ce qu'elle voudra, jusqu'à la moitié de son royaume, et il en fait leserment(cf. Esth., v, 2-3,6; VII, 2i. C'est probablement ce qu'attendait Hérodiade. Mais Antipas n'avait pas de royaume à partager, n'ayant pas la libre disposition des territoires qu'il gouvernait. L'influenee du livre d'Esther sur la rédaction évangélique peut seule expliquer l'exagération de son discours. Toujours est-il que la fille d'Hérodiade vient redire à sa mère les paroles d'Antipas, selon lesinstructionsqu'elleavaitreçues, pour savoir ce qu'il faut demander. « La tête de .lean-Bapliste », répond Hérodiade. Et tout de suite, afin que le tétrarque n'ait pas le temps de

mèmed'Hérodiade étant entrée en dansant, (cela) plut à Hérode et à ses convives ; et le roi dit à la jeune tille : « Demande-moi ce que tu vou-

revenir sur son engagement inconsidéré, la jeune fille court présenter sa requête à Antipas. Elle veut qu'on lui apporte immédiatement la tête de Jean- Baptiste sur un plat, sans doute un des plateaux qu'on faisait circuler autour de la table royale. Antipas est efîrayé et attristé de ce qu'on lui demande ; mais il a juré ; les convives sont là qui l'ont entendu. Il donne ordre à l'un de ses gardes d'aller décapiter Jean dans sa prison. Le garde s'en va et revient avec la tète sur le plateau ; la jeune fille prend, sans trembler, le plateau avec la tête, et s'en va portera Hérodiade le présent du roi.

L'exécution prompte, l'exhibition de la tête du supplicié n'ont rien que de conforme aux mœurs orientales. Mais la scène dans son ensemble tient plus de la légende que de l'histoire. La jeune fille témoigne d'une impassibilité surprenante pour son âge et pour son sexe; les évangélistes auront pensé qu'elle n'était pas pour rien petite-fille d'Hérode le Grand. Jean-Baptiste a dû être exécuté à Machéro, où il était captif. Il est difficile de transporter le festin à Machéro ou d'amener Jean à Tibériade ; il est impossible de supposer un intervalle de plusieurs jours entre la demande de Salomé et le retour de l'exécuteur. La prison de Jean, où Hérode a coutume de l'entretenir, le lieu du festin et celui du meurtre se réunissent dans la perspec-

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ciras, et je te !r doniici'ai. » -'' Kt il lui jura : «■ Quoi que tu demandes, je te (le) donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » *^ Et étant sortie, elle dit à sa mère : « Que demanderai-je?» Celle-ci dit : « l.atètedeJean leBaptiste». -•'' Et rentrant aussitôt en hâte auprès du roi, elle fit sa demande, disant : « Je veux que tout de suite tu me donnes sur un plat la tête de

tive, et cet endroit unique n'est pas à déterminer autrement : tout se pas;-c au royaume de féerie, en une «-apilale de rêve, où la monstrueuse Hérodiade étale son ailullère et devient la meurtrière d'un prophète.

Pour conclure, l'évangéliste dit que les disciples de Jean, ayant appris sa mort, vinrent prendre son corps et le mirent dans un tombeau. Donnée vague, (jui ne demande pas à être précisée, l'évangéliste voulant expliquer ce qui a été dit plus haut de la résurrection possible du Baptiste, et le récit dans son ensemble justifiant l'allusion qu'Antipas a faite à son supplice. Le but de l'intercalation se trouve atteint, et le narrateur peut reprendre le fil de son histoire en mentionnant le retour des apôtres. 11 est peu croyable pourtant (]ue ce commentaire ajouté au [)ropos d'Hérode sur Jésus n'ait pas d'antre objet que d'éclaircir pour le lecteur les paroles du tétrarque, ou même d'accorder à kl mort de Jean une attention proportionnée à l'importance de son rôle. L'évangéliste

Jean le Baptiste. » ''*^' Et devenu triste, le roi, à cause des serments et des convives, ne voulut pas lui faire de refus. -' Et envoyant aussitôt un satellite, le roi ordonna d'apporter la tète (de Jean), et s'en étant allé, (le satellite) le décapita dans la prison, -'*^ il apporta sa tête sur un plat et il la donna à la jeune fille ; et la jeune fille la donna à sa mère. -"' Et l'ayant appris, ses disciples vitirent, prirent son corps et le mirent dans un tombeau.

paraît préoccupé de faire entendre au lecteur que Jean, nullement ressucité, avait été enterré dans un tombeau d'où il n'est jamais sorti. L'enterrement définitif du Baptiste donne relief à la résurrection de Jésus. Mais cette raison même ne rendrait pas compte d'une si grosse interpolation dans l'histoire évangélique. On dirait que le narrateur, venant à exposer quelle fut l'altitude d'Antipasà l'égard du Christ et quelles en furent les conséquences, coupe court avant d'entrer dans un sujet sur lequel il aime mieux se taire que de parler; au lieu de raconter ce que le télrarque a été envers Jésus, il s'étend sur ce qu'Hérode a été envers Jean. Il est vraisemblable que la légende concernant la mort de Jean a pris la place de renseignements touchant les intentions hostiles que le tétrarque aurait manifestées à l'égard de Jésus, et qui auraient été le véritable motif pour le([uel le Christ, cessant sa prédication, se serait éloigné de la Galilée (cf. Luc, XIII, 31-33).

^^ Et les apôtres se rassemblèrent auprès de Jésus et lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait et enseigné. 3' Et il leur dit : « Venez vousmêmes à l'écart, en lieu désert, et reposez-vous un peu. » Car il y avait beaucoup d'allants et

L'endroit où se serait trouvé .Jésus quand il envoya les Douze n'a pas été indiqué; celui où les apôtres viennent le rejoindre ne l'est pas davantage. Du conlexLe il résulte que ce lieu serait Capharnaùm ou un point de la côle peu éloigné de celle ville. 11 s'agit pour le rédacteur d'amener le récit de la multiplication des pains, miracle localisé au bord du lac. Les nouveaux prédicateurs instruisent Jésus de tout ce qu'ils ont fait et de la manière dont ils ont enseigné ; ils racontent où et comment ils ont annoncé l'Évangile et combien ils ont opéré de guérisons miraculeuses. Après cette tournée qui n'a pas été exempte de fatigue, ils ont besoin de repos : le Christ se décide à les emmener avec lui dans un endroit solitaire où ils pourront échapper à l'empressement de la foule. Car l'affluence était la même qu'aux premiers temps du séjour à Capharnaùm, et la troupe évangélique, bien loin de goûter quelque relâche, n'avait pas même le loisir de prendre tranquillement un peu de nourriture (cf. ui, 20) ; afin de se soustraire au grand nombre des

COMMK.NTAIRE 189

venants, et ils n'avaient pas même le temps de manger.

3"' Et ils partirent dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. '' Et plusieurs les virent s'en aller et surent (où ils allaient), et ils accou-

allants et venants, il paraissait indispensable de quiller la rive orientale du lac et de passer à la rive occidenlale, comme on Tavail déjà fait une lois pour aller à Gérasa. Transition artificielle, formée d'éléments pris à d'autres récits m, 1-2; m, 20).

La barque était là. Jésus et les disciples y montent ; ils s'en vont, à ce qu'il semble, dans la direction du nord-est, vers un lieu inhabité oîi ils pourront être à eux-mêmes pendant quelque temps. Mais beaucoup de gens les ont vus partir et ont observé la direction qu'ils suivaient. On s'empresse le long- du rivage ; la foule grossit à mesure qu'elle avance, se recrutant dans les villes et les villages situés au nord du lac; ({uand Jésus débarque, il est en l'ace d'un peuple nombreux, arrivé avant lui, et qui l'attend; il a pitié de cette foule qui ressemble à un troupeau sans berger (cf. Matth., ix, 36j, et, comme si telle eût été d'abord son intention, il se met à prêcher longuement.

On l'écoute, et il continue de parler, tant et si bien que le jour décline sans que l'orateur ni l'auditoire soient fatigués l'un de l'autre. Cependant les disciples, hommes piatiques et pour qui le

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Furent à pied de toutes les villes en cet endroit, et ils les devancèrent. •^'* Et en débarquant, il vil une foule nombreuse, et il eut pitié d'eux, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner Ionrègne de Dieu était un sujet moins nouveau que pour la foule, se décident à interrompre le Christ en lui faisant remarquer qu'il est grand temps de congédier Tassislance, à cause de l'heure et de limpossibililé où l'on est de manger en ce lieu désert. Les gens devraient être déjà partis; il faut se hâter de les disperser, pour qu'ils puissent trouver des vivres dans les maisons de paysans et dans les villages les plus rapprochés. Mais Jésus ne veut pas renvoyer ainsi ceux qui lécoulent : « Donnezleur vous-mêmes à manger », dit-il aux apôtres. Il sait ce quil veut faire et pourquoi il le fait; il a en vue l'instruction de ses disciples autant que le soulagement du {)euple, ou plutôt il veut leur faire entendre quelle est leur mission par rapport au peuple, au monde. Les disciples sont fort étonnés. Faut-il donc qu'ils courent eux-mêmes acheter des vivres? Et avec quel argent? S'en tirerait-on à moins de deux cenis deniers pour l'achat du pain ? El .Ii'sus doit savoir qu'ils n'ont pas deux cents deniers en réserve. L'objection est vivement présentée, mais le Christ ne s'y arrête pas; il ne songe pas à l'argent poui- des achats à faire, mais aux provisions actuellement disponibles. 11 s'informe de celles que l'on a : cin([ pains el deux pois-

gueraent."^ Et l'heure étant déjà fort avancée, ses disciples, s'approchant de lui, dirent : « L'endroit est désert, et déjà il se fait tard. ^'J Congédie-les pour que, s'en allant dans la campagne et les villages d'alentour, ils s'achètent de quoi

sons, c'était tout ce que les apôtres avaient en réserve pour lui et pour eux. Puis il ordonne de faire asseoir, ou plutôt de faire coucher lout le monde sur l'herbe. La foule se range par groupes de cinquante ou de cent personnes, distribution qui pourrait être en rapport avec l'usage des premières communautés chrétiennes pour le repas eucharistique. En tout cas, Lévangéliste n'entend nullement signifier que l'on se soit réuni autour de ceux qui, dans la foule, avaient des provisions comme les apôtres et les mettaient à la disposition du public ; vraie ou fausse, l'histoire n'a un sens ({ue si tout le peu{)le participe aux cinq pains et aux deux poissons bénis par le Christ. Jésus, en etïet, prenant les cinq pains et les deux poissons, lève les yeux au ciel et prononce les paroles de la bénédiction. Il agit conformément à la coutume juive et tient dans cette assemblée la place du père de famille ; mais le parallélisme est voulu avec ce qu'on raconte de la dernière cène et avec l'usage eucharistique des premiers chrétiens. La prière est suivie d'un effet merveilleux, bien qu'on n'ait pas lieu de supposer que la formide en ait été dillérente de celles qui étaient ordinairement employées. Le

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manger. » •^" Et répondant, il leur dit : « Donnez- 'leur vous-mêmes à manger. » Et ils lui dirent : « Irons-nous acheter pour deux cents deniers de pains, (afin de) leur donner à manger? » -^"^ Et il leur dit : « Combien de pains

Christ rompt les pains, galettes plates de médiocre épaisseur, et les disciples distribuent les morceaux à la foule : il partage de même les deux poissons ; pains et poissons se multiplient sous sa main de telle sorte qu'il a préparé, que les disciples ont servi assez de portions pour rassasier cinq mille hommes. Le repas fini, on ramasse douze corbeilles de restes, juste autant qu'il y a d'apôtres, chacun de ceux-ci étant censé avoir apporté sa corbeille. Bien que Marc ne le dise j)as expressément, ce sont les apôtres qui enlèvent les restes, comme ils ont servi le repas ; ils sont ainsi mieux pourvus qu'ils ne l'étaient au commencement, et il est clair que leur provision nouvelle pourrait suffire, en cas de besoin, à une foule aussi nombreuse qu'on voudra le supposer. Le miracle ressort tout nalurellemenl de ce (ju un pain a suffi pour mille personnes. La même proportion n'existe pas pour les poissons ; mais peut-être convient-il dénoter que cinq pains et deux poissons font sept, nombre symbolitpie et parfait, qui est celui des pains dans le récit de la seconde multiplication {yni, 6), oî^i les poissons n'entrent pas en compte. Pains et poissons formaient le menu comnmn des repas en cette région;

avez-vous? Allez voir. » Et (s'en) étant instruits, ils dirent : « Cinq, et deux poissons. » -^^ Et il leur commanda de faire asseoir tout le monde par groupes sur l'herbe verte. ''^ Et ils se mirent par rangées de cent et de cinquante. ^' Et

tels furent les repas de Jésus avec ses disciples, tels ceux de la petite communauté qui se reforma d'abord en Galilée après la passion.

Selon plusieurs critiques, il y aurait à l'origine de cette histoire un fait naturel dont les témoins ne se seraient pas rendu compte : Jésus aurait partagé les provisions des disciples pour engager les gens qui avaient des vivres à faire de même; l'exemple aurait été suivi, et, sans qu'on s'y attendît, on aurait eu de quoi nourrir toute la foule. Mais était-il si facile aux témoins de se faire illusion? Aucun trait de la description ne favorise cette hypothèse, qui s'appuie sur deux postulatscontradictoires, l'impossibilité du fait et sa réalité. Or le fait ne se présente pas comme un événement vidgaire qui a pu être grossi, mais comme lui fait symbolique, mystique. typi([ue. C'est de ce côté qu'il faut chercher l'explication du récit et de la tradition qui le supporte. L'idée d'un récit fictif, simplement imité de l'Ancien Testament, n'est guère plus satisfaisante que l'interprétation naturaliste ; car ni l'histoire de la manne et des cailles (Ex., xvi, 8, 13 , ni celle d'Elie chez la veuve de Sarepta (I Rois, xvii, 7-16 1, ni les miracles d'Elisée (II Rois.

194 l'évanuh.e selon marc

ayant pris les cinq pains et les deux poissons, regardant au ciel, il dit la bénédiction, rompit les pains et les donna à ses disciples pour ilesj

IV, 38-441 ne scmblcnl être le point de départ de la lég^ende évangélique. Ces histoires, surtout la niulliplicalion des piiins d'orge par Elisée, dont le cadre est celui de notre récit, ont pu influencer la rédaction, mais elle n'en ont pas fourni l'idée générale.

(le sens est. du moins en germe, celui (|ue développe le cpialrièmc Évangile (vi), où la multiplication des pains n'est pas précédée d'un discours de Jésus, mais en tient la place, et où ce miracle néanmoins ne figure pas seulement l'alimentation des Ames par la parole, mais aussi le mystère chrétien de l'eucharistie ; les deux idées sontassociéesdans le symbole du pain de vie. Chez les Synoptiques, et d'abord chez Marc, le miracle vient comme une sorte de répétition allégorique de ce qui le précède : Jésus a deux fois pitié de la foule; il a pitié de l'abandon où il la trouve, troupeau sans berger, peuple sans guide, et il l'instruit pour la nourrir spirituellement; le soir venu, il a de nouveau pitié parce que l'auditoire a faim, et la multiplication des pains semble faire pour le corps ce que le discours a fait pour l'esprit. La juxtaposition des deux bienfaits a presque l'apparence d'un double emploi que l'auteur du quatrième Évangile a évité. Cependant la signification du fait mystique est plus large et comprélicnsive que celle du récit de prédica-

leur présenter; et il partagea les deux poissoDS entre tous. '*- Et ils mangèrent tous et furent

tion ; on est parti de la parole, et Ton arrive à l'idée de la coiiimunaulé chrétienne, vivant sans doute de la parole, mais aussi de son union avec et dans le Christ. Les douze corbeilles de restes signifient la parole perpétuellement inépuisable et tous les biens de TÉvaugile dont les apôtres et l'Eglise sont restés dépositaires. Le repas de la foule est bien l'image du repas de la communauté, repas présidé par le Christ invisible, repas d'union et de charité, toujours renouvelable, comme l'union qu'il signifie est permanente. Rien toutefois ne laisse encore deviner le réalisme de Paul et de Jean, qui a pénétré le récit de la dernière cène et qui a suggéré les paroles de l'institution eucharistique. Le rapport de la multiplication des pains avec l'eucharistie est sensible dans les détails de la bénédiction et de la fi'action du pain. On peut dire que le récit de la multiplication des pains a été conçu comme le prototype de la cène chrétienne par des croyants qui, n'ayant pas appris de Paul à considérer celle-ci comme un rite spécialement commémoratif et représentatif de la mort du Christ, pouvaient rompre le pain en rendant grâce au Père « pour la vie et la science » qu'il leur avait fait connaître par Jésus son « serviteur » [Didaché, ix, 2; x, 2).

Le récit de la multiplication des pains pourrait donc n'être originairement que la matérialisation

rassasiés. ''^ Et l'on emporta des morceaux douze corbeilles pleines, ainsi que des poissons. ^^ Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.

d'une comparaison, peut-être déjà faite par Jésus lui-même, entre la nourriture spirituelle par la parole et la nourriture corporelle par le pain, ou dune mélaphore où celle-ci représentait celle-là, comparaison ou métaphore qui aurait semblé réalisée dans les assemblées chrétiennes, et d'abord, par manière de type à l'égard de ces repas de communauté, dans un repas offert ]>ar Jésus lui-même, avec le concours de ses disciples, au peuple qui l'écoutait. Ainsi conçu et développé sur le modèle fourni par l'histoire d'Elisée, le récit de la multiplication des pains était un véritable mythe de la cène eucharistique, et l'on n'a pas lieu d'être étonné qu'il soit encore compris de même dans le quatrième Evangile. Les repas que Jésus prenait avec ses disciples avaient préludé aux réunions eucharistiques des premières communautés. Mais celui que Marc vient de nous décrire n'est pas un de ces repas (jui aurait eu lieu dans une circonstance déterminée, quoique, d'une certaine manière, il les représente tous. L'évangéliste, qui racontera plus loin, d'après Paul, l'institution de la cène, a trouvé toute faite cette version, plus ancienne et plus vague, de la même institution.

^^ Et aussitôt il contraignit ses disciples à entrer dans la barque et à le devancer à l'autre bord vers Bethsaïde, pendant que lui-même congédierait la foule. ^•' Et ayant pris congé

Le repas fini, Jésus oblige à remonter dans la barque ses disciples qui ne comptaient pas s'en retourner sitôt, et qui sans doute auraient préféré l'emmener avec eux ou rester avec lui. On ne voit pas la raison de ce pi-océdé, si ce n'est que le Christ doit être séparé de ses disciples pour que le miracle qu'on va rapporter puisse avoir lieu. Le renvoi du peuple ne demandait pas tant de précautions ni de cérémonie (cf. iv, 35-36). Quoi qu'il en soit, les disciples prennent les devants pour gagner l'autre rive, pendant que Jésus reste à congédier la foule. On admet que Bethsaïde ne serait pas le dernier terme de la traversée, mais le lieu de rendezvous indi([ué aux disciples par Jésus, qui ne voulait pas faire connaître à la foule où il allait, et qui n'avait pas l'intention de regagner à pied la côte occidentale ni d'y renvoyer ses disciples sans lui.

La mise en scène manque de netteté. On pourrait conjecturer que la multiplication des pains n'a pas été localisée d'abord sur la rive orientale du lac. Il est à noter aussi que Bethsaïde revient plus loin (vin, 22), comme station préliminaire au départ pour Césarée de Philippe. Or ici commence la longue section de Marc ( vi, 45-viii, 26 qui manque dans le troisième Évangile. Luc a placé la multipli-

19iS l'évangile selon marc

deux, il s'en alla sur la montagne prier. '*'' El le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui seul à terre. ^^ Et les voyant peiner à la rame, car le vent leur tétait contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux en

cation des pains dans le voisinasse de Belhsaïde,etil aiiirne, aussitôt après I IX, 10), la confession de Pierre. Peut-être en était-il ainsi dans le second Évangile à une certaine étape de sa rédaction, tous les récits compi'is entre la première multi|»licalion des pains et la confession de Pierre (>tanl une addition ultérieure. Le miracle de Jésus marchant sur les eaux serait un doublet de la lempèle a|)aisée(iv, 35-11), arlificiellenient rattaché à la multiplication des pains.

Après s'être séparé de la foule, .Jésus se retire sur la montagne poiu* prier, et. <piand la nuit est venue, il sv trouve seul. Cependant les disciples naviguaient en pleine eau, et ils étaient au milieu du lac ; ils n'avançaient que fort lentement, parce (pie le vent était contraire. Les commentateurs savent ([we ce vent ('lait celui du nord-est, qvii poussait la barque vers le sud-ouest et l'empêchait d'aborder à Bethsaïde. Mais révangélisle ne dit pas que les disciples soient entraînés dans une direction opposée à celle qu'ils voulaient suivre, il les représente gênés par le vent dans leur traversée ; il ne dit pas qu'ils soient en danger. La majeure partie de la nuit s'écoule en un labeur inutile, comme dans l'histoire de la pêche niiracu-

COMMEXTAIRE 199

marchant sur la mer ; et il était sur le point de les dépasser. ^■' Et eux, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et jetèrent des cris; '^'^ car ils le voyaient tous, et ils étaient épouvantés. Et lui aussitôt leur adressa la parole et leur dit : « Rassurez-vous, c'est moi, ne

leuse fLuc, v, o; Jean, xxi, 3;. Car les disciples se sont embarqués à la nuit tombante, et ce n'est qu'un peu avant l'aurore, à la quatrième veille, selon la manière de compter des Romains, entre trois et six heures du malin, que Jésus vient à eux. Il ne faut pas demander pourquoi le Christ n'est pas venu plus tôt, ni comment il a pu voir du haut de la montagne, en pleine nuit, ce qui se passait au milieu du lac. Le clair de lune serait une explication dont l'évangéliste n'avait nul besoin. .lésus marchait sur les eaux, en maître des éléments, qui domine les vents et les flots, comme on le dit de Dieu !cf. JoB, IX, 8). Il avance toujours et semble vouloir passer devant la barque, sans faire attention à ceux qui y sont. Jeu puéril, joint à un miracle fait pour l'ostentation, si le tout n'avait un sens. Les apôtres voient Jésus; mais, comme on le raconte à propos des apparitions du Christ ressuscité (cf. Luc, XXIV, 37-39), ils croient que c'est un fantôme et ils poussent des cris d'effroi. Jésus parle aux disciples pour se faire reconnaître et dissiper leur frayeur : « Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas. » Il monte dans la barque, et le ven

200 LKVAN'GILF, SF.I.ON MARC

craignez pas. » •'' Ri il monta près d'enx dans la barque, et le vent se calma; et ils furent

s'apaise, comme il a élé dil pour la tempête (iv. 39; supr., p. 149).

L'évangéliste veut que les apôlres aient été grandement sni'prisdii prodige, mais qu'ils se soient gardés d'en rien témoigner, parce qu'ils n'y comprenaient rien, comme ils n'avaient rien compris à la multiplication des pains. Si les faits ont été tels qu'on les raconte, le premier venu pouvait comprendre que c'étaient des miracles, et le rédacteur ne veut pas dire que les disciples, tout étonnés qu'ils fussent par ces miracles, ne savaient pas les attribuer à la puissance extraordinaire de Jésus. H sera encore (|uesli(»ii |)lus loin (vui. 14-21 1 de l'iainlelligence des apôtres devant les deux multiplications des pains. Cette inintelligence consiste en ce qvi'ils ne comprenaient pas le sens des faits miraculeux. Les prodiges ont donc une signification, et la vie du Christ contient des enseignements que les témoins de cette vie n'ont pas soupçonnés.

C'est que la vie de Jésus est devenue pour l'évangéliste celle d'un héros divin dont tous les actes sont typiques par rapport à l'avenir de ses fidèles et du monde. Ce principe transfigure les faits traditionnels et en suscite de nouveaux. La tempête apaisée se dédouble dans le miracle du Christ marchant sur la mer, comme on va voir se dédoubler la multiplication des pains. Nul scrupule d'historien ne retient le rédacteur dans la combi-

grrandement étonnés en eux-mêmes ; '^ car ils

naison et l'explication des données qu'il exploite. Une scène comme celle du présent miracle, qui tient par un côté aux souvenirs de la résurrection, pouvait être transportée, même délibérément, dans le ministère galiléen, si, pour une raison ou pour une autre, on ne voulait pas la maintenir en son lieu propre. Luc a transposé ainsi le miracle de la pèche miraculeuse. Tout est bien si la leçon qu'on entend dégager du fait subsiste pour le lecteur.

De ce point de vue, le présent récit, qui est certainement de formation secondaire, et qui se tient fort mal comme histoire, est très facile à interpréter. Jésus s'est éloigné des disciples et il est allé sur la montagne prier, comme il doit quitter les siens pour monter au ciel, aller à Dieu. Les disciples naviguent sans lui fort péniblement et n'arrivent pas au terme, comme l'Église primitive a été en peine de sa destinée au milieu des difficultés qu'elle rencontrait et dans l'attente- du Seigneur qui ne venait pas. Les disciples, après la passion, et avant qu'ils eussent foi à la résurrection, étaient dans la situation de la barque immobilisée au milieu des flots ; mais Jésus, ressuscité avant le lever du soleil, est venu à eux, et c'était bien lui, quoiqu'ils eussent cru d'abord être dupes de leur imagination et voir un fantôme. Ainsi en est-il pour le grand avènement. Le Christ semble avoir oublié ses fidèles, et l'on dirait qu'il va passer devant la barque de Pierre sans la voir ; mais celte

"202 i/kvangile selon marc

n'avaient rien compris aux pains, et leur cœur était ininteiliîfent.

"■•^ Et ayant fait la traversée, ils prirent terre à Gennésareth. '"'' Et quand ils furent sortis de la barque, (des gens) qui l'avaient aussitôt

indifTérence n'est qu'apparente ; il viendra, et ce sera la paix ; il viendra sur les nuées, comme il marche sur les eaux.

La nolire qui suit est d'un tout autre caractère, et même la formule de transition : « Et ayant fait la traversée », semble ne pas tenir compte du récit précédent. Jésus et les disciples prennent terre au pays de Gennésar ou Gennésareth, entre Capharnaûm et Magdala. En débarquant, le Christ est reconnu par des gens qui l'avaient vu ailleurs; on répand dans le pays le bruit de son arrivée; les habitants s'empressent autour de lui ; on lui apporte des malades paitout où il passe, et l'on court après lui <jiiand on l'a manqué dans un endroit. Il semble qu'il aille de village en village sans s'arrêter. Sans doute il n'était pas venu en ce pays pour y prêcher; il avait cru pouvoir n'y être pas reconnu; l'affluence de la foule ne le retient pas, et il poursuit son voyage comme s'il voulait atteindre enfin un endroit où lui-même et ses disciples seront en paix et en sûreté. On se hâte d'apporter les malades sur son passage, et on le

reconnu '■' coururent dans toute cette contrée, et l'on se mit à apporter sur les grabats les malades, partout où Ion apprenait qu'il était: ■'*' et partout où il entrait, villajies, villes ou campagnes, on mettait les infirmes sur les places, et on le priait pour qu'ils touchassent ne fût-ce que la frange de son manteau : et tous ceux qui la touchaient étaient guéris. Vil. ' Et se réunirent auprès de lui les pha-

supplie de leur laisser toucher la frange de son manteau : il n'est donc pas autrement disposé à guérir ceux qui se présentent, et les guérisons se font sans qu"il s'attarde auprès de ceux qui les demandent. On peut soupçonner qu'il craignait d'attirer sur lui l'attention d'FIérode en favorisant l'enthousiasme du peuf)le dans cette région voisine de Tibériade.

L'essentiel de ces indications paraît pris à bonne source, et ce voyage est à placer après la cessation du ministère galiléen. Peut-être se rattachaitil originairement à des renseignements sur l'attitude d'Antipas \sup)\, p. 187).

La dispute avec les pharisiens au sujet de l'abluliondes mains ne se relie pas à la notice du voyage précédent, et l'on peut dire même qu'elle ne tient à rien dans son contexte. La part de l'amplification rédactionnelle y est considérable.

risiens et quelques-uns des scribes, venus de Jérusalem. - Et voyant quelques-uns de ses disciples qui mangaient le pain avec dos mains souillées, c'est-à-dire non lavées, ^ — carlespha-

Des pharisiens surgissent on se sait d'où, avec des scribes venus de Jérusalem, introduits ici comme dans l'affaire de Béelzéboiil 'ni, 22, supr., p. liî)). Le rédacteur donne dès l'abord sur l'objet de la dispute certaines explications qui ont l'apparence de gloses. Retenant la formule juive: « manger avec des mains communes », qui doit être primitive dans le récit, il explique, avant de reproduire la question des pharisiens, que cela signifie des « mains non lavées », et impures par ce fait. Les ablutions dont il s'agit n'étaient pas regardées comme un soin de propreté, mais comme un devoir religieux. Les Juifs étaient exposés, dans l'usage de la vie, à toucher, souvent sans le savoir, des personnes et des choses affectées d'impureté selon la Loi ; limpureté communiquée à leurs mains pouvait passer à leurs aliments; cest pourquoi, avant le repas, ils se lavaient soigneusement les mains afin de les purifier autant que besoin était. Tous les Juifs, observe l'évangéliste, et non seulement les pharisiens, tiennent à cette coutume, qui est une tradition de leurs ancêtres; ils vont même jusqu'à prendre un bain en revenant du marché, par crainte d'avoir été souillés dans la foule par un contact impur, et ils soumettent à un scrupuleux nettoyage tous les ustensiles de table. On ne parle

risiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s'être lavé soigneusement les mains, attachés qu'ils sont à la tradition des anciens; ^ et en revenant du marché, ils ne mangent pas qu'ils

ici que des vases de bois ou de métal, parce que la vaisselle de terre, supposé qu'elle eût été souillée par le contact d'une personne ou d'une chose impures, devait être mise en pièces. Le glossateur paraît trouver un certain plaisir à sonénumération, comme s'il voulait insinuer que les chrétiens sont exempts des scrupules juifs en matière de nourriture, de repas, de relations civiles.

Scribes et pharisiens avaient vu certains disciples qui mangeaient sans s'être lavé préalablement les mains; ils demandent compte à Jésus d'une négligence dont ils lui imputent la responsabilité. Jésus ne prend pas la peine de justifier ses disciples ; il attaque directement les pharisiens, dont la religion hypocrite substitue le respect méticuleux de traditions humaines à l'observation sincère de la loi divine, et il leur applique un passage d'Isaïe (xxix, 13j qui caractérise leur fausse piété. La citation précède le reproche adressé aux pharisiens et vient en surcharge de la réponse proprement dite; elle a dû être ajoutée par le rédacteur. Il va de soi que l'invective d'Isaïe visait les contemporains du prophète, accusés par lui de ne rendre à Dieu que des hommages trompeurs et non un culte sincère. Ils croyaient s'être acquittés de leur devoir en faisant les olTrandes et pratiquant les

206 LÉVANOII.E SELON MARC

u'aient pris un bain; et il va beaucoup de choses qu ils ont tradition d'observer, ablutions des coupes, des tasses, des vases d'airain, — Mes pharisiens et les scribes lui demandèrent : « D'oiî

rites autorisés par la coutume, sans être à Dieu par le fond du cœur ni le servir en faisant le bien. Le texte est librement cité d'après l'ancienne version grecque. Sans s'inquiéter de la pensée d'Isaïe, l'évangéliste suppose que Dieu, par la bouche du projthète, a prédit et réprouvé d'avance la conduite des ennemis de Jésus, au fond le judaïsme réfractaire à la prédication apostolique.

Le grief de Jésus contre les pharisiens est qu'ils négligent les commandements de Dieu pour suivre des règlements dorigine humaine. L'évangéliste, en nommant Moïse, paraît établir une antithèse secondaire entre le grand législateur, interprète des volontés célestes, et ceux qui veulent être ses commentateurs (cf. Maith., \xiii, 2j. En exemple de précepte dédaigné, Jésus cite d'abord le commandement du Décalogue (Ex. xx, 12j : « Honore ton père et ta mère », comprenant dans ce précepte du respect tous les devoirs des enfants envers leurs parents; il le complète par la sanction que la Loi y apporte (Ex., xxi, 17) : « Oui maudit sun père ou sa mère sera mis à mort », relevant ainsi l'importance de la prescription parla gravité de la peine édictée contre ses violateurs ; après quoi il montre ce que les pharisiens ont fait dune loi aussi essentielle et aussi redoutable, et comment, par des subtilités

vient que tes disciples ne marchent pas selon la tradition des anciens, et qu'ils mangent le pain avec des mains souillées? » ^ Et il leur dit : « Isaïe a bien prophétisé de vous, les hypo-

d'exégèse, ils sont venus à bout d'exempter les enfants de l'assistance qu'ils doivent à leurs parents. Un père ou une mère demanderont quelque chose à leur fils; celui-ci s'est excusé d'avance en vouant l'objet éventuel de leur requête comme offrande au temple; ce serait chose consacrée, et les parents n'en pourraient rien avoir. La formule de ce prétendu voeu paraît empruntée au langage commun et n'envisage qu'une hypothèse : « Soit korban », chose vouée, intangible, M tout ce dont je pourrais taider. » Inutile que les parents sollicitent quoi que ce soit : dès l'instant que leur fils voudrait le leur accorder, l'objet leur échapperait et serait acquis au sanctuaire ; pour qu'ils n'aient pas cet ennui, le fils se dispensera de vouloir. Les docteurs déclarent qu'un tel vœu est obligatoire et ils en exigent l'observation. Ainsi le précepte divin est anéanti par une argutie scolastique; car il s'agit d'une opinion d'école, et c'est pourquoi Jésus affecte de dire : « votre tradition ». Lévangéliste a retenu le mot korban, « offrande », parce que c'était le mot usité spécialement dans les vœux.

Après avoir prouvé par cet exemple le bien fondé de l'accusation qu'il a portée contre les pharisiens, le Christ conclurait en disant qu'il pourrait citer

-2<lS I.'É\ XNGII.E SELON MARC

criles, coiiinu' il est écrit: «■ Ct* peuple m Ijouore des lèvres, mais leur cœur est loimiemoi; " et c est un vuiii cullf (|u'ils me rendeiil, enseignant comme . régules des préceptes (riiumnies. »

lifaiii-()ii|) (le cas semhlaMcs où la Ini «le |)ieu est aiuuilée en lait par «les iiilerpr»''lali«»ns caplieuses. Ca- eoinpItMnenl semble v«Hil«iir «Imnierà l'argunienlalii>n iiM«' nieilleufe a|»paienee Ntgitpie. «-(unnie sil s'agissait d<^ «lénionlrer une thèse. Mais, en cetle occasion <dmnie en daulros, Jésus, si la parole est authentique, n'a fait (ju'opposer une diflicullé plus fi^rande à des adversaires qui lui en faisaient une petite. Cela suffit pour les réduire au silence.

I!n elTef, la disciissi«)n ne se prolonge pas. Le (■.hri>l. avant confondu les interrogateurs malveillants, se tourne vers l'assistance. On ne voit pas bien ce «pu* le rédacteur veut signifier en disant que .lésus appela « <le nouveau », la foule, attendu (jue celle-ci n'a pas encore été appelée ni môme signalée. La référence paraît viser des situations analogues, notamment la mise en scène du discours des paraboles (iv, 1 : artifice rédactionnel pour |>résentpr comme dite dans les conditions du Semein- la sentence touchant ce qui souille riioinuie et ce qui ne le souille pas. Celte sentence, mdiement obscure pour ceux qui l'ont entendue, aura paru énigmatique à distance; lévangéliste l'a regardée comme une parabole <jui n'avait pas dû être comprise des auditeurs et qui léclamait un

^ Négligeant le commandement de Dieu, vous vous attachez aux préceptes des hommes. « ^Et il leur dit : « Vous violez bel et bien le commandement (le Dieu pour soutenir votre tradition. '0 Car Moïse a dit : « Honore ton père et ta mère », et : « Qui maudit père ou mère sera mis à mort. » " Et vous, vous dites : « Si un homme dit à son père ou à sa mère : « Soit korban, — c'est-à-dire offrande, — ce dont

éclaircissement pour les disciples. La question de ceux-ci ne sert qu'à amener l'explication ju^ée nécessaire par l'évangéliste, et cette explication a le même caractère homilétique. lourd et verbeux, que celle du Semeur. Les éléments originaux de cette section sont l'objection des pharisiens (v. 5), probablement aussi la substance de la réplique indirecte sur la violation du Décalogue (vv. 9-13), et la déclaration sur ce qui souille l'homme (v. 15K Cette déclaration, qui constitue la partie essentielle de la réponse à la critique des pharisiens, tend à justifier directement les disciples. On a blâmé ceux-ci de manger sans s'être purifié les mains, comme s'ils s'exposaient par là à souiller leurs aliments et à se souiller eux-mêmes en mangeant ces aliments devenus impurs : Jésus répond que de telles idées sont fausses, et que l'homme n'est pas souillé par ce qui entre en lui, mais par ce qui en sort. Le commentaire qui est donné un peu plus loin de cette sentence n'en fait pas une para-

tu [)Ourrais être secouru par moi ", '^ vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou sa mère, •'' annulant la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez; et vous faites beaucoup de choses de cette sorte, » ^^ Et appelant de nouveau le peuple, il leur dit :

bole. comino le dit lévangélisle, mais une équivoque, la première partie de l'assertion s'entendant au sens physique, la seconde partie au sens moral ; et cette antithèse est fort mal équilibrée, l'entrée des aliments dans le corps, et la sortie des péchés qui viennent du cœur, faits d'ordre essentiellement différent, n'offrant ni analogie ni contraste.

Prise en elle-même, la sentence évangélique signifie que ("homme n'est pas souillé par ce qu'il prend, mais par ce qu'il rend. Jésus affecterait de jirendre la question par le côté purement physique. La fagon dont on mange n'importe pas à la vraie pureté; s'il s'agit de pureté physique ou de propreté, ce n'est pas avec ce qu'il mange que l'homme se salit, mais avec ses excréments. Ainsi la finesse de la réponse consisterait dans l'emploi du mot «souiller», auquel Jésus refuserait d'attribuer en pareille matière ime signification morale. La tradition n'aurait pas admis qu'il eût pu dire une chose aussi simple et en termes si crus. Du moment qu'on y supposait une leçon cachée, il fallait joindre une paraphrase à la sentence, après en avoir relevé le mystère par l'apostrophe : « Écou-

« Ecoutez-moi tous et comprenez. ^^ Il n'est rien hors de l'homme, qui, en entrant en lui, puisse le souiller; mais ce qui sort de l'homme souille l'homme. ["' Entende qui a des oreilles pour entendre.] »

'^ Et quand il fut entré dans la maison, (hors) de la foule, ses disciples lui demandèrent (le mot de) la parabole. '^ Et il leur dit : « Êteslez-moi tous et comprenez! » L'exhortation qui suit : '< Entende qui a des oreilles pour entendre », aurait le même objet ; mais elle manque dans les plus autorisés des manuscrits grecs (cf. iv, 9 ; supr., p. 127).

Quand Jésus est entré « dans la maison », à l'écart de la foule, les disciples lui « demandent la parabole » (cf. iv, 10; su})r., p. 129). Si le rédacteur associait quelque idée précise à l'indicalion de la maison, il a pu avoir en vue la maison de Pierre à Capharnaiim ; mais, comme il a voulu seulement faire une place au commentaire que lui semblait réclamer la parole de Jésus, on pourrait négliger tout à fait cette donnée, si Capharnaiim n'était l'endroit le plus approprié à une querelle avec les pharisiens. La question des disciples paraît causer à Jésus le môme élonnement que celle (ju'ils ont précédemment faite à propos du Semeur : ils sont donc aussi dépourvus d'intelligence que la foule.

Et justement le Christ va leur montrer que les

212 i.'kvangh.f. «elon marc

vous à ce point vous-mêmes inintelligents? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui du dehors entre dans l'homme ne peut le souiller, ^■' parce

aliments ne sont ni purs ni impurs, que la matière de l'alimenlation est chose indilTérente à la morale; il va donc leur enseigner une des thèses les plus chères à Paul, et qu'on devra supposer qu'ils se sont empressés d'oublier, si Jésus leur a dit réellement ce que l'évangéliste rapporte en cet endroit. Mais la thèse de Paul n'est pas traitée à la façon paulinienne; elle est reprise au point de vue du sens commun, sur ce ton de prédicateur, dans ce style pesant et diffus qui caractérisent l'explication du Semeur. « Ce (pii entre du dehors dans l'homme », c'est-à-dire les aliments qu'il introduit dans son corps, « ne peut pas le souiller » moralement, « parce que cela n'entre pas dans le cœur », sièg-e de la pensée, des désirs et de la volonté, « mais dans le ventre », pour lequel sont taits les aliments, comme le ventre est fait pour eux. Cela « s'en va aux lieux » : c'est alîaire de digestion, non de péché. L'idée n'a rien que de conforme à l'esprit de Jésus, et l'on pourrait aisément la déduire de la sentence dont on la présente comme l'explication; mais elle s'exprime avec une sorte de grosse naïveté qu'on ne rencontre pas dans les discours du Christ. L'incidente : « purifiant tous les aliments », à la fin de la phi-ase qui expliciue ce que deviennent les choses ({u'on mange, est dune interprétation difficile. Le participe : « purifiant », ne peut se rapporter

que cela n'entre pas dans le cœur, mais dans le ventre, et s'en va aux lieux? » [Purifiant tous les aliments.] ^o Rt il dit : « Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui souille l'homme ; car c'est du dedans, du cœur des hommes, que

à l'endroit secret dont il vient d'être parlé que si Ion admet une incorrection grammaticale; et, dans cette hypothèse, l'action purifiante du lieu se définit mal. Que les excréments soient le déchet des aliments et les purifient en s'en séparant, c'est une idée trop savante pour le discours et qui lui est certainement étrangère; elle s'exprimerait inexactement, puisque, dans ce cas, la purification ne serait pas imputable au lieu, mais à l'organe digestif. D'autre part, il serait inutile de dire que le lieu purifie tous les aliments parce qu'il les reçoit et en débarrasse le corps. La fine ironie qu'on a voulu trouver dans ce passage aurait été inintelligible : antithèse mal venue et du plus mauvais goût, entre le cœur, où ne vont pas les aliments, et le lieu où ils vont, qui les purifie. Plusieurs pensent que la proposition se rapporte à Jésus lui-même, qui déclarerait purs tous les aliments; mais, avec ce sens, il serait plus naturel d'y voir une ancienne glose, introduite dans le texte, qu'une remarque du rédacteur. Cette remarque et la reprise : « Et il dit ", interrompent trop maladroitement la suite du discours pour être primitives.

Dans la pensée du rédacteur, ce qui sort de l'homme, ce sont ses sentiments, ses volontés et

L KVA.NGILE SI:lON MAIu;

sortent les mauvaises pensées, débauches, rapines, meurtres, - adultères, cupidités, méchancelés, fraude, impudicité, envie, blasphème, orgueil, impiété. ^'^ Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme. »

ses actes. Une réalité morale s'oppose donc à une réalité physicpie; < entrer » sentond des aliments au sens plivsi(|ii(', " sortir « «le l'aclivilé humaine au sens mural. 1/honune ne jx'ul être souillé par les aliments ({ui entrent dans son corps; il l'est par les actes (jui sortent de son cœur et de sa volonté, N'est-ce pas, en elïet, de là (|ue proviennent tous les genres de péchés? Or c'est par le péché (jue l'honnne est véritablement souillé; il ne peut donc l'être que par ce (jui sort de lui, non par ce qui entre en lui. La pensée de l'évangéliste est nette, bien que son langage soit embrouillé. Il condamne tout le système des impuretés et des purifications légales, pour mettre où elle doit être l'idée du pur et de l'impur, du bien et du mal, à savoir dans la conscience de l'homme, non dans la matérialité des objets extérieurs. Mérite et péché n'ont pas leur principe dans les choses, mais dans les personnes qui usent des choses.

Après le conflit dont on vient de parler, Jésus entreprendrait un voyage plus long que les tour-

2^ Et partant de là, il s'en alla au pays de Tyr. Et étant entré dans une maison, il voulait qu'on ne le sût pas, et il ne pu^t être ignoré; -^^ mais

nées galiléennes signalées jusqu'à présent par lévangéliste. La formule de transition : « et parlant de là ». semble être, dans l'esprit du rédacteur, une référence formelle au fait qui vient dèlre rapporté sans indication de lieu; peut-être visaitelle originairement le passage au pays de Gennésareth. En remontant vers le nord, dans la direction de Tyr, le Christ espère trouver enfin la sécurité qu'il désire pour lui-même et pour ses disciples.

Jésus n'a pas le moindre désir d'évangéliser les Gentils, et il prend des précautions pour qu'on ne sache pas qui il est. Sétant arrêté dans une maison, en un lieu où il pouvait se croire inconnu, il ne laisse pas d"être découvert, ce (}ui fait (piune femme dont la fille était démoniaque, et ([ui avait entendu parler des cures opérées [)ar lui, vient le prier de guérir son enfant; il refuse dabord, en termes qui auraient pu réjouir le cœur des plus étroits pharisiens ; puis, sur une réplique humble et confiante de la femme, il lui accorde ce qu'elle demande. La femme est dite « hellène », ce qui ne peut signifier ici que païenne, puisque l'on ajoute qu'elle était syrophénicienne de race, les Syrophéniciens étant ainsi appelés pour les distinguer des Phéniciens de la côte africaine ou Lybophéniciens. La désignation de la personne n'en est pas moins vague, comme celle du lieu.

•aussitôt une femme, dont lajeuue tille avait un esprit impur, vint se prosterner à ses pieds. Et cette femme était païenne, syrophénicienne

La réponse de Jésus consiste essentiellement dans les paroles : « Il ne convient pas de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens. » LliN polhèse n'est pas de priver les enfants de leur noiurilure au profit des chiens; ce (jui est {)résenté coinine un abus, c'est l'identité de Irailement pour les uns et p<jur les autres. Le Christ a l'air de g^lt)st'i- par anlicipation ce principe en disant d'abord : •< Laisse premièrement les enfants se rassasier », ce qui suppose, contrairement au principe même, qu'une partie du pain que l'on donne aux enfants reviendra plus tard aux chiens, et que ceux-ci n'ont qu'à attendre. Propos inintelligible et déplacé dans la circonstance. On ne voit pas ce <pie sont « les enfants » tant que Jésus n'a pas formulé son antithèse, ni comment, s'il s'agit d'un l'ail réel, il pourrait donner à entendre à la Cananéenne qu'il guérira sa tille tpiand il aura fini tous les miracles i[u'il doit accomplir en Israël. L'évangéliste allégorise et le discours et l'anecdote. Si la femme représente la gentililé, on conçoit que Jésus lui dise de le laisser à son ministère, et que le tour des païens viendra plus tard. Mais celte idée appartient à la tradition chrétienne, non au Christ. La distinction de deux repas, le premier pour les Juifs et le second pour les païens, semble d'ailleurs en rapport avec la

de race. Et elle lui demanda de chasserle démon de sa fille. -" Et il lui dit: « Laisse d'abord les enfauts se rassasier; car il. n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » ''^ Et elle répondit et lui dit : « En vérité, Seigneur, les petits chiens aussi,

sig-nificalion que le rédacteur évangélique attribue aux deux multiplications des pains.

L'assertion principale ne concerne pas l'avenir. C'est une sorte de comparaison qui a son application au cas présent, mais une application si directe et si immédiate que le terme sous-entendu se devine dans le terme exprimé, et que les mots : « enfants et chiens », deviennent presque une désignation métaphorique des Juifs et des Gentils. Pour trouver sa réplique, la femme a dû le comprendre ainsi. Jésus aurait donc voulu signifier que ses miracles étaient pour les Juifs, enfants de Dieu, et non pour les Gentils, dont la situation à l'égard" de Dieu et des Juifs est celle des chiens à l'égard du maître et des enfants de la maison. Le qualificatif n'a rien de flatteur pour les païens; il est emprunté au vocabulaire du judaïsme pharisaïque (cf. Matth., vu, 6). En posant un tel principe, Jésus ne laisserait pas entendre qu'un temps viendra où les chiens seront traités comme les enfants : l'égalité des Juifs et des Gentils est niée dans le présent, elle n'est pas prévue pour l'avenir.

Mais, comme plus tard les païens ont forcé en quelque sorte l'entrée du royaume céleste en pas-

sous la table, mangent des miettes des enfants. » -^ Et il lui dit : « Pour cette parole, va; le démon

sant outre aux mépris el à la résistance des judéochrétiens, la femme obtient ce qu'elle veut en reconnaissant théoriquement le principe énoncé par Jésus, sous réserve d'une exception qui lui permet d'être exaucée. Elle se î^-în'de bien de soutenir (pie le pain des eufanis doive être donné aux chiens el que les païens vaillent les Juifs; elle remarque seulement que les chiens sous la table mangent les miettes du j>ain que l'on sert aux enfants; un miracle fait par hasard pour une païenne est comme une de ces miettes et ne peut porter atteinte au privilège du peuple élu. L'évangéliste entend par là que l'accession des Gentils au salut que procure la foi du Christ ne cause aucun préjudice aux croyants d'Israël (cf. Rom. xi, 25-26). Cette réplique spirituelle, humble et courageuse de la Cananéenne louche Jésus, qui la congédie en lui disant que, pour ce bon mot, sa fille est débarrassée de l'esprit impin-. Le miracle est donc attribué à la volonté de Jésus, et il a été mérité par la foi de la femme. I a guérison de l'enfant est censée se produire instantanément. L'évangéliste dit que la mère, rentrant chez elle, trouva la jeune fille étendue sur son lit, fort calme, le démon étant parti. La parole sur le pain des enfants qui n'est pas pour les chiens a par elle-même sa signification ; elle pourrait avoir préexisté au récit, qui ne s'y adapte qu'imparfaitement, et par un jeu d'esprit

est sorti de ta fille. » ^o Et étant allée à sa maison, elle trouva l'enfant étendue sur le lit, et le démon sorti.

3' El de nouveau, sortant du pays de Tyr, il vint par Sidon à la mer de Galilée, au milieu du pays de la Décapole. ^- Et on lui amena un

qui n'était pas difficile à trouver. Le miracle a le même sens que la guérison du fils du centurion de Capharnaiim (Matih., vin, 5-13) ; il est opéré à distance pour figurer que les nations devaient être sauvées par Jésus, sans avoir été visitées par lui comme Tont été les Juifs. Étant donnée la parole authentique du Christ par laquelle les Gentils semblaient exclus, l'histoire du centurion et celle de la fille de Jaïr, les histoires de possédés, le présent récit n'était pas difficile à construire dans sa forme incontestablement allégorique, en vue de l'idée qu'il contient. L'anecdote est comme suspendue à l'indication du voyage vers Tyr, sans s'y encadrer de façon naturelle, et l'indication même du voyage peut sembler suspecte, suggérée par la même intention symbolique, lorsque l'on considère les libertés que l'évangéliste prend ensuite avec la géographie palestinienne.

Il est malaisé, en effet, de suivre l'itinéraire indiqué dans Marc après l'histoire de la Cananéenne. On comprend que Jésus, reconnu au pays de Tyr, et continuant sa route vers le nord, s'avance jus-

220 LliVANGILE SELON MARC

sourd et muet, et on le pria de lui imposer la main. -^^ Et l'ayant tiré de la foule, à part, il lui mit ses doigts dans les oreilles, et, crachant, il

qu'à Sidon, mais on s'explique moins bien comment l'évangéliste peut le faire venir en Décapole en passant par Sidon. L'amener par Ptoléraaïs, le Carmel, Scylhopolis, dans la région de Gadara, est contraire au texte, puisque, dans ce cas, Jésus viendrait de Sidon par Tyr, et non de Tyr par Sidon. On suppose volontiers que le Christ, parvenu à la hauteur de Sidon, tourne à l'est, probablement par la roule qui conduit à Damas, qu'il gagne ainsi la partie méridionale de l'Antiliban et les sources du Jourdain, et qu'il rejoint la mer de Galilée en suivant la rive orientale du fleuve. Le milieu de la Décapole indiquerait le terme du voyage, l'endroit où se placent la guérison du sourd-muet et la seconde multiplication des pains. Jésus serait passé à côté de Césarée de Philippe, et il y serait revenu quelques jours plus tard (viii, 27). Vu la confusion qui règne dans celte partie de l'Evangile, on est fondé à supposer que le voyage en dehors des domaines d'Antipas, quel qu'en ait été l'itinéraire précis, aboutissait primitivement à Césarée, et que le lac et la Décapole sont ici pour ménager l'insertion des deux miracles, la multiplication des pains ayant lieu non loin de la mer, et la guérison du sourd-muet étant coordonnée à celle multiplication. 11 semble que le rédacteur, a;)rès avoir placé un miracle significatif à l'ouest,

lui toucha la langue; ^^ et levant les yeux au ciel, il soupira et lui dit : « EfTata », c'est-à-dire : « Sois ouvert ». '■^■' Et ses oreilles s'ouvrirent,

en pays païen, a voulu en mettre un du même genre à l'est, également en terre païenne; la perspective est arrangée de telle sorte que la guérison du sourd et la seconde multiplication des pains éveillent aussi l'idée du salut des Gentils.

Jésus est dans un endroit quelconque de la Décapole, entouré d'une foule qui doit venir de ce pays en grande partie païen, lorsque des gens lui amènent un sourd-muet pour qu'il le guérisse par l'imposition des mains. Jésus commence par prendre l'infirme à l'écart, ne voulant pas faire le miracle en public. Mais les solliciteurs avaient cru la chose plus facile qu'elle n'était. Le sourd-muet ne sera pas guéri par une simple imposition de la main. Contre la surdité, Jésus lui met ses doigts dans les oreilles; contre le mutisme, il prend de sa salive et lui en applique sur la langue. La salive, pour ce cas spécial et dans cette occasion, tient la place de l'huile en d'autres cures (cf. vi, 13). Ce n'est pas un symbole, mais un remède. Jésus lève les yeux au ciel et soupire, adressant à son Père une prière. Ensuite il commande avec confiance : « Ouvre-toi », ce quidoit s'entendre par rapportaux oreilles et à la surdité. Le mutisme, causé par celleci, disparaîtra en même temps. En effet, les oreilles du sourd devenant libres, la langue du muet l'est également, et au lieu de proférer des sons inarti-

Je lien de sa langue fut rompu, et il parlait correctement. ^'' Et il leur défendit de le dire à personne; mais plus il (le) défendait, plus ils

culés, il parle maintenant comme il faut (cf. Is., XXXV, o-Gj. Lévangélisle. en g-ardanl le mol araméen effata, montre (\\\"\\ attribuait une certaine efficacité au mot comme lel. Le mot est moyen d'action, comme l'attouchement et la salive ; il y a dans toutes ces choses une « vertu » qui opère avec le l)on [)laisir de Dieu.

Ouelques-uns, sous prétexte que le sourd-muet n'aurait guère pu parler cori-eclement du premier coup, ont supposé que ce sourd n'était pas tout à fait muet : autant dire qu'il n'était pas non plus tout à fait sourd, et que son intirmilé ne venait pas de naissance. Mais le narrateur, préoccupé de la signification symbolique du miracle, donne à entendre que l'homme était aussi sourd et muet qu'on peut l'être, et qu'il s'était trouvé subitement en plein et parfait usage de l'ouïe et de la parole.

La conclusion manque de netteté. Jésus avait conduit le sourd à l'écart, et cependant le miracle a plusieurs témoins qui reçoivent défense d'en parler. Ce sont peut-être les personnes qui ont amené l'infirme, soit qu'elles aient assisté au miracle, soit que Jésus remette entre leurs mains celui qu'il vient de guérir. Comme dans les occasions semblables, la défense est censée avoir été d'autant moins respectée qu'elle a été formulée plus instamment. Et tout le monde s'écrie dans un

(le) publiaient. •^" Et (les gens; étaient extraordiiiairement surpris, disant : « lia bien fait tout; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

transport d'admiration : « Il a bien fait toutes choses )', — portant ainsi le jugement le plus favorable sur l'activité publique du Christ ; — « il fait entendre les sourds et parler lesmuels. » L'évangéliste se sert de la foule pour insinuer au lecteur le sens du miracle : l'œuvre du Christ a été universellement bienfaisante ; il a donné l'ouïe à ceux qui n'avaient jamais entendu la vérité de Dieu, et la parole à ceux qui jamais n'avaient pu louer le Seigneur ; il a fait parvenir le salut aux nations. L'émotion extraordinaire causée par la guérison du sourd -muet figure la conversion des Gentils.

Ce récit aura son pendant plus loin dans l'histoire de l'aveugle de Bethsaïde. Les deux sont taillés sur le même patron, et dans leur forme ac-* tuelle appartiennent au rédacteur de l'Evangile. Dans un cas comme dans l'autre, il est difficile de voir si l'évangéliste exploite une donnée quelconque de la tradition écrite ou orale, ou bien si le prodige n"a pas été conçu en vue de la leçon qui s'en dégage, soit d'après d'autres récits évangéliques, soit d'après d'autres légendes merveilleuses qui ne concernaient pas Jésus, et d'après les pratiques ordinaires des exorcistes médecins dans ce temps-là.

224 I."ÉVAN<;iI.K SELON MARC

VIII. 1 En ces jours-là, comme il y avait encore une grande foule, et qu'ils n'avaient pas de quoi manger, appelant ses disciples, il leur dit : « J'ai pitié delà foule, parce que (depuis) déjà trois jours ils restent près de moi et n'ont pas de quoi manger; -^ si je les renvoie à jeun chez eux. ils vont défaillir dans le chemin; et

Pour la seconde niulliplication des pains, l'évangéliste représente le Christ dans un endroit de la Décapole qui n'est pas indiqué, avec une foule nombreuse qui le suit, on ne dit pas pourquoi. L'évangélisLe se contente de noter qu'il y avait « encore » foule, se référant ainsi à la première multiplication cf. vi, 30 ; siipt\, p. 189) ; il ne veut pas répéter la mise en scène de celle-ci ni montrer Jésus prêchant en personne l'Évangile à des païens. Avant la première multiplication, le Christ a eu aussi pitié de la foule, mais cette commisération concernait la misère morale du peuple, à laquelle Jésus remédiait par l'enseignement. Il s'émeut maintenant, quant à la lettre du récit, du besoin corporel de gens qui n'ont |)as de provisions parce qu'ils ont quitté leurs maisons depuis trois jours pour être avec lui. Inutile de se demander si l'objet delà pitié, dans la tradition d'où procèdent les deux récits, a été celui qui est indiqué avant la première multiplication, ou bien celui qui est censé avoir motivé la seconde, attendu que cet objet est le même, au fond, de part et d'autre.

COMMENTAIRE 22o

quelques-uns d'entre eux sont venus de loin. " ^ Et ses disciples lui répondirent : « Comment pourrait- on les rassasier de pain ici, dans le désert?» ' Et il leur demanda : '^ Combien avezvous de pains? » Et ils dirent : « Sept. » '• Et il ordonna à la foule de s'asseoir sur la terre; et

Cette fois, .lésus lui-même pense le premier à pourvoir au repas de ceux qui le suivent : c'est que le narrateur abrège la mise en scène, pour ne pas trop se répéter, et que le souci de la nourriture matérielle fig-ure celui de la nourriture spirituelle. Le Christ ne veut pas renvoyer la foule à jeun, parce que les gens tomberaient épuisés sur la route, surtout ceux qui sont venus de loin, et qui ont plus de chemin à faire pour s'en retourner chez eux. Il faut admettre qu'on ne pourrait se procurer de vivres dans le voisinage, contrairement à ce qui est supposé pour la première multiplication. Le raccourci de la mise en scène aboutit à une invraisemblance que recouvre pour l'évangéliste la signification mystique du miracle : Jésus seul donne le vrai pain, la parole et le gage du salut, et les nations, comme les Juifs, chercheraient vainement ailleurs cette nourriture divine. Conformément à ce point de départ, les disciples se contentent d'objecter au Christ la solitude du lieu, non le manque d'argent. On ne peut compter que sur les provisions qu'on a .«ous la main. C'est pourquoi Jésus s'informe de ce que possèdent les disciples :

prenant les sept pains, rendant p^ràces, il (les) rompit et (les) donna à ses disciples pour qu'ils (les) servissent; et ils (les) servirent à la foule. "^ Et ils avaient quelques petits poissons; et les ayant bénits, il dit de les servir aussi. ^ Et ils mangèrent et furent rassasiés; et l'on emporta

sept pains. Il fait asseoir la foule par terre, comme pour la première multiplication ; il bénit de même et fait distribuer les pains. La mention des poissons vient en surcharge : on dirait que l'évangéliste, n'ayant pensé d'abord qu'à la multiplication des pains et en ayant fixé le nombre à sept, pour la perfeclion du symbole, se serait avisé après coup de parler aussi des poissons. Peut-être le miracle n'a-t-il compris en sa conception première que la multiplication des pains. Toujours est-il que Jésus bénit aussi et fait servir les quelques petits poissons qu'on lui apporte; il ne les partage pas, comme le pain; ce sont les poissons entiers qui se multiplient; cela va de soi, puisqu'ils sont petits, mais ce peut être aussi parce que chacun d'eux figure le Christ. Il y a du pain et du poisson pour tout le monde ; les convives mangent et sont rassasiés ; après le repas, on ramasse sept corbeilles de restes, autant qu'il y avait eu de pains. Le nombre des pains et des corbeilles se trouve être le même que celui des ministres qui servaient les repas de la première commimauté (Act., vi, 3; noter le motif de leur institution) ; et le soin de recueillir les restes fait songer aux précautions, attestées déjà

des restes de morceaux sept paniers. ^ Et ils étaient environ quatre mille, et il les congé-

par TerLullien (Cor. mil., 3\ que prenaient les chrétiens pour ne rien laisser perdre des éléments eucharistiques. Oualre mille hommes environ avaient profité du miracle. Le repas fini et la foule congédiée, Jésus monte en barque avec les disciples, et la barque le conduit au pays de Dalmanoutha, localité inconnue, que Ton doit probablement situer sur la rive occidentale du lac.

11 n'est pas douteux que les deux récits de multiplication des pains proviennent d'une tradition originairement unique : ils sont comme calqués l'un sur l'autre dans leur mise en scène, dans leur développement et dans leur conclusion ; les disciples se comportent pour la seconde multiplication comme s'ils n'avaient pas été témoins de la première; les divergences dedétnil sont accessoires, et si quelques-unes ont pu faciliter l'acceptation d'un double récit, d'autres semblent avoir été voulues pour ditïérencier les récits dédoublés. Mais le rapport mutuel de ceux-ci est plus difficile à déterminer. On peut se demander si les deux récits existaient avant la rédaction dernière de Marc, soit dans la tradition orale, soit dans la tradition écrite, et si on ne les a pas utilisés l'un et l'autre parce qu'on avait su attribuer un sens à chacun, le premier figurant la proposition de l'Évangile aux Juifs, elle second la communication du salut aux Gentils ; ou bien .si Ion n'aurait pas, en vue de ce symbo-

228 I.'ÉVANOILE SIXON MABC

dia. '0 Et monlant aussitôt dans la barque avec

ses disciples, il vint au pays de Dalmanontha.

'^ Et les pharisiens sortirent, et ils se mirent

à disputer avec lui, lui demandant un signe du

lisme. dédoublé la première multiplication et construit de toutes pièces le second récit. Néanmoins le procédé du rédacteur paraît s'expliquer plus facilement si. ayant une multiplication des pains dans son document principal, première ébauche de notre Evangile, il a été aidé par la connaissance d'un récit parallèle à en concevoir une seconde et à interpréter les deux dans le sens qu'on vient de voir. L'existence de variantes dans la tradition n'a rien qui doive surprendre ; vu l'origine de la légende, ces variantes étaient, au contraire, presque inévitables. L'emploi de mots différents dans le grec pour désigner les corbeilles, â la fin des deux récils, inviterait à admettre une seconde source écrite ; car on ne voit pas bien la raison qui aurait pu induire l'évangéliste à changer ses termes.

De même que Jésus a eu controverse avec les pharisiens après la première multiplication des pains, il a dispute avec eux après la seconde. La demande de signes fait pendant à la querelle touchant l'ablution des mains. Pas plus en cette occasion que dans la première l'évangéliste ne dit d'où

ciel, pour l'éprouver. •- Et soupirant en son esprit, il dit : ■■ F'ourquoi cette génération demande-t-elle un ^iî;n^^? En vérité je vous dis.

sortent les pharisiens, et la liaison de ce récit avec le précédent est des plus vagues. Le rédacteur combine à son gré les anecdotes traditionnelles afin de montrer Ihostilité croissanle des phari.siens, et surtout d'amener les paroles importantes du Christ. Maintenant les pharisiens osent demander à Jésus des preuves certaines de sa mission: ils veulent un miracle extraordinaire, un signe du ciel, persuadés sans doute que Jésus ne pourra ni ne voudra donner un tel signe, et déjà prêts à exploiter contre lui son impuissance ou son refus, le refus n'étant pour eux qu'un aveu d'impuissance. C'est pourquoi l'on dit qu'ils l'éprouvaient ou le tentaient. Cette anecdote se trouvait «lans la source conunune de Matthieu et de Luc. ou Marc aussi a dû la prendre.

Jésus répond par un relus absolu. II soupire profondément en son esprit, c'est-à-dire qu'il pousse un soupir qui vient du fond de son âme. et il déplore l'endurcissement de ces hommes qui réclament uD grand miracle, avec l'espérance de ne pas l'obtenir, tout disposés à n'y pa> croire si le prodige venait à se réaliser. La << génération » désigne les hommes actuellement vivants, non la durée de leur existence : inférer de ce passage le renvoi de la manifeslalion glorieuse du Messie à une époque indéfinie après le temps de la généra-

230 l'kvangii.e srci.ON mabc

il ne sera pas donné de signe à cette génération. » '■* Et les quittant, il s'embarqua de nouveau (et) partit pour 1 autre rive.

'* Et ils oublièrent de prendre des pains, et ils n'avaient qu'un pain avec eux dans la barque ;

lion présente serait un j)nr sopbisme, eu contradiction avec d'autres paroles du Christ (ix, 1). D'ailleurs, il n'esl pas question ioi des signes de la fin du monde, mais d'un miracle à lappui de la mission i\ue .lésus s'adjuge en prôrliaul lavèncmenl du règne de Dieu. Cet avèneinenl ne sera pas un signe; pour les pharisiens incrédules, ce sera l'heure du châtiment. Dans la pensée du Christ, des signes célestes ne sont pas nécessaires aux âmes de bonne volonté pour reconnaître (pie le royaume des cieux arrive. C'est pourquoi, se dérobant aux perfides instances de gens malveillants et incapables de le comprendre, il remonte dans la barque pour passer à l'autre bord du lac, c'est-à-dire à qncbpie [Joint de la rive orientale.

Il faut avouer que le rédacteur abuse un peu de ces traversées, qui lui servent de transitions littéraires pour attacher une anecdote à une autre. Maintenant il s'agit de rejoindre, après l'entrecroisement des récils entassés à la suite de la première multiplication des pains, Césarée de Philippe et la confession de Pierre, en passant par Bethsaïde, dont le nom paraît avoir été en rapport avec le plus ancien récit de cette multiplication. Mais l'évangé-

'•' et il leur donna une instruction, disant : c( Voyez à vous garder du levain des pharisiens et du levain d'Hérode. » -^^ Et ils raisonnaient entre eux sur ce qu'ils n'avaient pas de pains.

liste tient à orienter d'abord le lecteur dans l'interprétation des miracles qu'il vient de rapporter.

Les disciples, montant avec Jésusdans la barque, oublient de prendre leur provision de pain. On doit supposer que, dans leurs voyages avec le Christ, surtout quand ils passaient sur la rive orientale du lac, dont les habitants étaient en partie païens, ils emportaient les vivres dont avait besoin la troupe évangéliipie : cette fois, préoccupésd'autres soucis, ils n'ont qu'un pain, probablement reste dune course antérieure. Tout en allant, le Christ, ayant peut-être en pensée les obstacles que sa prédication rencontre maintenant, dit à ses compagnons : « Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d'Hérode. » Il aurait donc en vue la fausse piété des pharisiens et aussi l'esprit irréligieux d'Hérode : l'une et l'autre seraient figurés sous la métaphore du levain, parce qu'ils sont comme un ferment qui exerce une influence corruptrice. Le rigorisme extérieur des pharisiens peut en imposer aux âmes simples et faire des dupes : la frivolité d'Hérode, même affichée par le scandale et défendue par le meurtre, trouve des flatteurs et des complices. Toutefois la mention d'Hérode est ici moins naturelle que celle des pharisiens, et ce pourrait être une sorte de compensation pur les reno-

232 l'évangile selon mahc

'" El le) sachant, il leur dit : « Pounjuoi raisonnez-vous sur ce que vous n avez pas de pains? Est-ce que vous n'entendez encore ni ne

seignemeiil.s (|iie le riMlarlcur a <lù supprimer louchant les dispositions hosliles d'Aniipas.

Les apùlres, «piil l'ainh-ail se représenter comme des g"ens d'espril cxlraordinaiiemenl ohlns, cnlendanl parler de levain, auraient pensé au pain et se seraient aperçus de leur négligence. Ils chuchotent entre eux sur ce manque de pain. Le récit ne dil pas (pi'ils aient regardé la parole de Jésus couune une allusion à leur oubli. Ils n'y avaient rien compris, sinon qu'ils ne devaient pas se fournir chez lespharisiens (Hi chez les hérodiens, personnages suspects qui pourraient mettre on ne sait (pioi dans la pâte; et ce qu'ils voyaient mieux encore, c'est cpu*, à propos de levain, ils n'avaient pas les pains tpii leur étaient nécessaires. Jésus relève proniptemenl leur erreur et la leur reproche. Il compare leur inintelligence à celle du peuple, leur appliquant même les termes qui ont caractérisé, à propos des paraboles, l'aveuglement des Juifs (IV, 12; sup., p. 130).

Comme s'il voulait montrer aux disciples combien ils ont tort de .songer au pain matériel qui leur fait défaut, le Christ leur remet en mémoire les deux multiplications de pains : auraient-ils donc oublié les deux repas miraculeux, et le nombre de corbeilles ou de paniers (pi'ils ont remplis avec les restes? S'ils s'en souviennent, ils devraient penser

comprenez? Avez-vous le cœur inintelligent? '^ Ayant des yeux ne voyez-vous pas et ayant des oreilles n'entendez-vous pas? Et ne vous

que leur maître parle d'un levain spirituel, de l'esprit pharisaïque et de l'esprit d'une politique mondaine; qui sont un pain empoisonné, un pain de mort, tandis que l'Évangile de Jésus est le pain de vie. La conclusion ne s'impose nullement, à moins que les multiplications de pains ne signifient les biens spirituels de l'Évangile. Vouloir que les disciples ne s'inquiètent pas du pain matériel n'est pas une raison pour qu'ils sachent ce qu'est un levain spirituel. Mais ce n'est pas leur souci du pain matériel qui est blâmé, c'est leur inintelligence de ce qui est signifié soit par le pain multiplié, soit par le levain. S'ils entendaient ce que signifient les pains, ils entendraient de même ce que signifie le levain. Les disciples ne comprennent toujours pas. Ils se rappellent fort exactement le nombre des corbeilles qui ont été remplies de restes, ils ne voient rien au delà, et la dernière question de Jésus : « Ne comprenez-vous pas encore? » demeure sans réponse. Après la parabole du Semeur et après la déclaration sur les choses qui souillent l'homme, les disciples ont sollicité des explications (vi. 20 ; VII, 17 . et sans doute ils ont été censés comprendre le commentaire que Jésus leur a donné. Cette fois ils ne demandent rien, et l'explication qui leur est suggérée ne fait pas la lumière dans leur esprit. Ils sont supposés n'avoir pas le sens

234 LÉVANOn.R SELON MARC

rappelez-vous pas, '■' quand jai rompu les cinq pains pour les cinq mille, combien de corbeilles de morceaux vous avez emporte'es pleines? »

des choses divines iviii, 33). Le parallélisme des situations n'en tend pas moins à mettre les multiplications de pains sur le même plan que les paraboles; révanp^éiisle les raconte comme faits, et il les entend en symboles, admettant à la fois la siifuitiralion profonde et la réalité de ces faits, mais attribuant j)lus d'importance à la signilication (pi'à la réalité.

Celte référence aux deux multiplications <les pains appartient visiblement au rédacteur qui a recueilli les deux récits, et «{ui, dès la conclusion du premier (vi, 52), prévoyait ce qu'il dirait, après le second, touchant l'inintelligence des apôtres; ce rédacteur, en mettant la demande de signe après la seconde nuiltiplicalion, a préparé lui-même l'insertion de la parole concernant le levain des j)liarisiens: la circonstance des pains oubliés a été imaginée pour faire la liaison entre les pains multipliés et le levain des pharisiens ; elle caractérise assez bien l'insuftisancc des anciens apôtres à procurer l'expansion du christianisme.

Linlerventiou des pharisiens après la seconde multiplication correspond à leur intervention après la première ; dans les deux cas, il y a même combinaison didactique, une parole de Jésus, censée incomprise des apôtres, servant de point de <lépart à un développement qui tend à autoriser

Ils lui dirent : «. Douze. » "^^ « Quand y "ai rompu) aussi les sept (pains) aux quatre mille, en combien de paniers pleins avez-vous emporté les morceaux? » Et ils lui dirent : « Sept ». •2' Et il leur dit : « Ne comprenez-vous pas encore? »

" Et ils vinrent àBethsaïde. Et on lui amena

l'évangélisation des païens, là par une déclaration qui supprime les observances légales en matière d'aliments et de relations avec les non-Juifs [xn, 1-23), ici par un discours figuré qui présente les multiplications de pains comme le symbole du salut proposé aux Juifs et aux Gentils. L'inintelligence des apôtres est donc une thèse de l'évangéliste bien plus qu'un fait de l'histoire, (^e qu'on en doit retenir est que le rédacteur paulinien fait grief aux apôtres galiléens de ne s'être pas doutés, pendant qu'ils étaient avec leur maître, et même après sa mort, de choses dont on ne sest aperçu que plus tard, à savoir la destination universelle de l'Evangile, l'abrogation de la Loi, l'institution dune société nouvelle dont Jésus avait racheté les membres en mourant sur la croix.

Ce ne doit pas être sans intention que le rédacteur, après avoir montré de quelles ténèbres était enveloppée l'intelligence des disciples galiléens,

236 I.KVANGILE SKLON MARC

un aveup^le, et on le pria de le loucher, ^ Et prenant la main de l'aveugle, il le conduisit hors du hourg, et, après lui avoir mis de la salive sur les yeux, lui imposant les mains, il

et avant de raconter la confession de Pierre, où se manifeste de façon positive l'orientation de leur pensée, rapporte une guérison daveugle, la cécité physique étant un symbole naturel de l'aveuglement de l'esprit.

Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde, c'està-dire à la ville située au nord du lac, sur la rive gauche du Jourdain, où il a semblé que le Christ voulût se rendre après la première multiplication des pains (vi, 45). Le récit du miracle ne tient pas étroitement à l'indication du lieu, le rédacteur paraissant, ici comme pour le sourd-muet, avoir placé l'anecdote dans le ca<lre le mieux adapté à sa signification mystique. Les deux récits sont parallèles dans l'économie présente du second Évangile, la guérison de l'aveugle figurant l'adhésion des apôtres à la foi messianique et l'origine de l'Église judéochrétienne, tout comme la guérison du sourdmuet figure la conversion des Gentils et l'origine de l'Église hellénochrétienne.

On amène l'aveugle à Jésus, comme on lui avait amené le sourd-muet, en le priant de le loucher, c'est-à-dire de lui imposer les mains pourle guérir. Jésus prend l'aveugle à l'écart, comme il a pris le sourd, et pour la même raison. Il le conduit « hors du village » : par quoi il faudrait entendre l'an-

lui demanda: « Vois-tu quelque chose?» '•'' Et regardant, il dit : « J'aperçois les hommes, car je les vois comme des arbres qui marchent. » ''• Ensuite il lui mit de nouveau les mains sur les

cienne bourgade de pêcheurs qui avait dû subsister à côté de la ville construite par le télrarque Philippe. Le Christ prenant lui-même la main de l'aveugle, ceux qui avaient amené celui-ci étaient dispensés de l'accompagner. Jésus le guérit en lui mettant de la salive sur les yeux, comme il en avait mis sur la langue du muet, et en lui imposant les mains. La guérison n'est pas instantanée. La « vertu » sort de Jésus par la salive et l'attouchement, mais l'eiTet ne se manifeste que par degrés. Le Christ demande à l'homme s'il voit ; il voit en effet, mais confusément; les contours des objets lui semblent tlotlants. leurs proportions grossies et incertaines. Des hommes qui passent à quelque distance lui font l'impression d'arbres qui marchent. Jésus lui impose de nouveau les mains, et cette fois sa vue s'affermit ; il perçoit distinctement les objets même éloignés.

Puisque cet homme reconnaît les choses qu'il voit, remarquent certains commentateurs, il n'était pas aveugle de naissance. Le muet aussi a parlé tout de suite correctement, comme s'il n'avait pas toujours été sourd. Mais il est bien téméraire d'atténuer les miracles en s'autorisant de traits qui ont été conçus pour les relever, et sans tenir compte de leur portée symbolique. Ou bien

yeux, et i l'homme^ regarda tixemenl, se trouva guéri, et il voyait distinctement tout. '" Et (Jésus) le renvoya dans sa maison, disant : « N'entre pas dans le bourg. »

-^ Et Jésus s'en alla avec ses disciples vers les

l'évangélisle ne pense pas à l'origine de l'inlirmilé, ou bien il la suppose congénitale. En indiquant les progrès de la guérison, il a dû songer à l'éducation des disciples, qui sesl faite par degrés, non par une illuminnlion soudaine, complète dès le début. Jésus a renvoyé l'homme dans sa maison; comme il lui défend d'eulrer dans le bourg, on a supposé que ce n'était pas un habitant de Bethsaïde ; mais l'évangélistesous-entend plutôt (jue l'aveugle guéri doit rentrer chez lui à la dérobée sans passer par les rues. C'est toujours la consigne du silence; cette fois, on ne dit pas qu'elle ait été violée, et l'omission pourrait être significative. Il s'est fait bien plus de bruit autour de la guérison du sourdmuet, qui figurait la conversion des Gentils.

La ville de Panéas, au sud de l'Hermon, près des sources du Jourdain, avait été rebâtie par le létrarque Philippe, qui lui avait donné le nom de Césarée en l'honneur de Tibère. Pour la distinguer de Césarée de Palestine, on l'appelait Césarée de Philippe. Cette ville était païenne. Jésus, qui n'est pas allé à Tibériade, n'entra pas non plus à Césarée.

villages de Césarée de Philippe; et, sur le chemin, il interrogea ses disciples, leur disant :

On pourrait croire qu'il est parti de Bethsaïde et s'est avancé au nord, le long du Jourdain, jusqu'aux villages qui avoisinaient la ville de Philippe. Quoi qu'il en soit, le Christ est venu là au cours du voyage et du séjour assez longs qu'il semble avoir faits en dehors des domaines d'Antipas.

Durant ce temps, que suivra son départ pour Jérusalem, Jésus est tout à ses disciples. Libre du côté du peuple en un pays oîi il ne prêche pas et où il n'est pas connu, il peut s'enquérir de leurs pensées et sonder leurs dispositions. Un jour, tout en marchant dans la campagne, il leur pose cette question: « Oui dit-on que je suis? » Première demande qui est faite pour amener la suivante : « Et vous, qu'en dites-vous? » Les disciples énu nièrent diverses opinions qui avaient cours dans le peuple : hypothèses lancées au hasard, non jugements réfléchis de personnes qui auraient apprécié, en connaissance de cause, Jésus et son œuvre. Toutes ces opinions ont été signalées plus haut (vi, 14-16; 5u;jr., p. 178), mais elles ont ici leur place originelle, l'équilibre de la présente anecdote étant fondé sur le contraste des erreurs du peuple avec la vérité proclamée par Pierre, et sur le jeu de la double question. Jésus ne s'arrête pas à combattre des idées extravagantes qu'il sait n'être point point partagées par ses disciples; il leur demande ce qu'ils pensent eux-mêmes; et

:Î40 l" ÉVANGILE SELON MARC

« Oui les hommes disent-ils (jue je suis? » '^ Et ils lui répliquèrent, disant : « Jean le Baptiste. Et

Pierre, au nom de tous, répond : « Tu es le Christ. » La rédacteur attache moins d'importance à la confession de Pierre (pi'à la leçon qui vient ensuite ; il ne songe pas tant à faire valoir la foi des disciples que les préjugés dont ils sont imbus, préjugés que l'annonce de la passion a pour objet de dissiper. Telle n'est pas pourtant l'intention du récit considéré en lui-même, l'anecdote ayant été racontée d'abord à la louange des disciples, et pour expliquer la décision que Jésus a prise de se présenter comme Messie à Jérusalem. La suite donnerait à penser que la foi des apôtres n'était pas suffisamment éclairée, puisque le Christ semble ne leur parler de son avenir que i)our les mettre en garde contre les illusions courantes du temps et du milieu où leur vocation les a pris. Mais ces instructions ne se présentent pas dans les mêmes conditions quel'anecdote. Celle-ci, dans ses circonstances et dans sa conclusion, a le caractère d'un souvenir historique précis ; complète en elle-même, elle n'est pas à interpréter par son contexte. Les prédictions de Jésus touchant sa passion et sa résurrection n'apparaissent pas comme des incidents particuliers de sa vie; elles sont dominées par une double préoccupation, apologétique et théologique, car elles servent à montrer que le Christ avait prévu sa fin, et que ses disciples avaient été fort lents à comprendre (si toutefois ils ont jamais

d'autres : Elie. D'autres : un des prophètes. » ~9 Et il leur demanda : « Et vous, qui dites-

comprisj le mystère de sa mort et de sa résurrection ; elles visent ainsi, d'une part, à pallier le sanglant échec de Jésus à Jérusalem, et d'autre part elles se rattachent à la thèse favorite de l'évangéliste sur l'inintelligence des apôtres ; par conséquent, si elles ne sont pas à expliquer indépendamment de l'anecdote dont elles veulent corriger la portée, l'anecdote n'est pas à interpréter historiquement d'après ce commentaire.

La recommandation du silence ne doit pas l'aire suspecter l'historicité de la confession. Ce trait peut avoir été ajouté par révangélisle en vertu du système qui lui fait dérober aux Juifs la connaissance de toute vérité salutaire, mais il peut s'explicjuer aussi de la part de Jésus. Les disciples avaient eu d'abord foi à sa parole et s'étaient attachés à lui comme au prophète du règne de Dieu; cependant ils n'avaient pas tardé à s'apercevoir (jue Jésus était bien plus qu'un prophète. L'autorité avec laquelle il parlait, ses miracles et la position qu'il prenait à l'égard du royaume céleste, dont il devenait l'agent et l'arbitre bien plus que le prédicateur, leur avaient suggéré que leur maître était le Messie annoncé. Celle persuasion se sera exprimée par la bouche de Pierre presque aussitôt ([uelle fut acquise. Et si Jésus lui-même ne s'était d'abord présenté comme Christ ni au peuple ni même aux discJoles, c'est qu'il ne le pouvait pas,

242 I.KVANfllLE SKI.ON MARC

VOUS que je suis?» ^^ Répondant, Pieire lui ' <Jit : « Tu es le Christ. » El il levir défondit sévèrement de parler ainsi de lui à personne.

■^' Et il commença à leur enseigner que le Fils de l'homme devait beaucoup souffrir, être rejeté

l'idée coiniiiuiic <hi Messie élaiil colle (hi Messie glorieux. <|ui u"(-lail pas réalisée ea lui pendant qu'il annonç;ail le royaume. La prélenlion messianique aurait été en conlradiclion avec le rôle préliminaire qu'il reuîplissail. En toute rii^ueur, Jésus n'était que la personne désignée pour être le Christ ; ainsi Tentendait-il lui-môme, et la confession de PieiTe ne signifiait pas autre chose. On comprendqu'il n'ait pas voulu faire étalage de oette vocation et qu'il ne l'ait m.ème avouée qu'au moment où il a cru décidément imminente la manifestation du royaume et du Messie.

I)ans la perspective de la narration évangélique, la confession de Pierre s'oppose à la déclaration de Jésus touchant son avenir comme une connaissance imparfaite à une connaissance parfaite que les disciples, nonol)stant les instructions formelles du Christ, n'auraient pu acquérir. Le caractère artificiel de cet arrangement est d'autant plus frappant (pie la tradition évangélique ne cite j)as les l»aroles que Jésus aurait dites pour annoncer sa mort et sa résurrection ; ou se contente d'affirmer que Jésus a prédit l'une et l'autre, et l'assertion se formule uniquement d'apr»*s les faits accomplis. Or il est

par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, être mis à mort, et après trois jours ressusciter.

certain que les apôtres ont été surpris par la mort du Christ, ce qui naurait pu arriver si Jésus, en plusieurs occasions, leur avait décrit par avance le programme de sa passion. Il est pareillement certain que leur foi à la résurrection de leur maître n'a procédé aucunement des prédictions formelles que celui-ci en aurait faites. Même la veille de sa mort. Jésus n'a pas annoncé en termes exprès sa résurrection, et il en a moins encore fixé la date ; il a fait entrevoir seulement à ses disciples qu'il se retrouverait bientôt avec eux dans le royaume de Dieu XIV, 2o); il leur annonçait donc son prochain avènement, malgré la mort s'il devait la subir, et la résurrection, dans l'hypothèse de la mort, était sous-entendue comme condition de la parousie. C'est d'après ce témoignage qu'il faut juger les prédictions réitérées que Jésus est censé avoir faites auparavant. Les prévisions du Christ y ont été multipliées, précisées, anticipées. Leur rapport avec la confession de Pierre est idéal et non chronologique ; cest atTaire de rédaction et non d'histoire. La désignation de Jésus comme Fils de Thomme est régulière dans ces prophéties : c'est qu'elles n'émanent pas de Jésus lui-raèuie, et qu'elles concernent le Christ de l'évangéliste. l'être surhumain qui sauve les hommes par sa mort.

24i I.KVANGILE ShI.ON M.\HC

3- Va il disait cela ouvertement. Et le prenant à part, Pierre se mil à le réprimander. ■^'■^ Et

Le rédarleur ne s'eiul»arrasse pas des conlradiclions qu'il inlroduil dans sa mise en scène. La confession de l'icri'c suppose (lue Jésus est seul avec ses disciples, et rien n'est jjIus naturel, vu robjel et le lieu de l'entretien. La troupe évang-éli(iue est en un |»ays étranger, où le Christ ne songe pas à prêcher. Or la prophétie de la passion aurait eu d'autres auditeurs que les apôtres; car Jésus (v. 34) va interpeller une foule (jui sans doute est là depuis le commencement, et il l'instruira comme s'il était encore à Capharnaiini. Le Christ a défendu de dire ce qu'il est, et lui-même va se donner comme Messie en public, non seulement par le titre de Fils de l'homme qu'il s'attribue, mais par la détinilion précise de son rôle et de son avenir messianiques. « Il disait cela ouvertement ». note l'évangéliste. L'adverbe s'entend de la franchise du discours, mais cette liberté n'a lieu d'être signalée qu'à raison de la foule présente. C'est aussi à cause de la foule que Pierre est dit prendre Jésus à l'écart, puisque les autres disciples le suivent et |)artagent ses sentiments. Pierre tire le Christ à part atin tie lui reprocher l'inconséquence de ses paroles, dont le chef des apôtres galiléens est supposé ne pas comprendre la haute signification, c'est-àdire qu'il ne j)('i-coit pas daxance. comme Paul l'a perçue plus lai"d, l'inqjortance essentielle de la mort et de la résurrection du Christ dans l'écono-

COMMKNTMHE 245

lui, s'étant retourné et voyant les disciples, réprimanda Pierre et dit : « Va derrière moi,

mie du salul. Jésus se dégage, voit les disciples qui lobservent, réprimande Pierre de très haut, apostroplie la foule et prononce une nouvelle déclaration messianique, moyennant une sentence traditionnelle que le rédacteur adapte à cet effet.

Pierre est censé ne pas vouloir que le Christ meure, quand même ce serait pour ressusciter. L'évangéliste ne rapporte pas plus le discours de Pierre que celui de Jésus; mais la signification de l'incident apparaît dans la réplique très vive qui est prêtée au Christ. Pierre se fait tentateur en voidant détourner le Fils de Thomme de sa mission providentielle, qui est de sauver les hommes par sa mort. C'est pounpioi il est qualifié de Satan et assimilé par cette véhémente épithète au démon de la grande tentation. Dans Matthieu (iv, 10 1, Jésus écarte ainsi le diable quand celui-ci lui propose les royaumes de ce monde. Un rapport doit être admis entre les deux scènes; mais il paraît difticile d'admettre la priorité de Marc et d'en faire dériver la troisième tentation de Matthieu, puisque cette tentation est à peine impliquée, non énoncée dans notre passage. C'est plutôt Maiv qui, pour ce détail, dépend du récit de la tentation. La suite du discours est, en effet, plus significative que l'apostrophe. 11 y est dit que Pierre juge en homme, c'est-à-dire comme la masse des Juifs, de ce que doit être le rôle du Messie, et qu'il n'a pas le sentiment des

246 I. 'ÉVANGILE SELON MAAC

Satan, parce que lu n'as pas le sens de ce qui est de Dieu, mais seulemenli de ce qui est des hommes. »

•'''' Et appelant la foule avec ses disciples, il leur (lit : i! Si (juclqu'un veut marcher après moi,

choses divines, c'esl-à-dirc (|ue la signification mystique <le la mort du Christ lui échappe. Cette opposition de la sagesse humaine à la sagesse divine par rapport à la mission du Christ est coni'orme à lespril de Paul, et même (die s'exprime dans son langage (rï. Rom., viii, 5; 1 Cor., I, 17-2.5). L'idée juive du Christ y paraît eu antithèse avec l'idée paulinienne de l'Homme céleste qui prend la chair uniquement pour assurer par sa propre uiort l'immortalité aux hommes pécheurs et mortels. Un tel Christ est celui du mystère chrétien, non celui de l'histoire.

Les réllexions sur la nécessité du renoncement chez les fidèles de l'Évangile complètent ce que Jésus vient de dire touchant la nécessité de ses propres soulTrances. Le peuple est appelé à les entendre parce (|ue sans doute il a déjà entendu la prophétie de la passion, et qu'un enseignement l'ail suite à l'autre : ayant expli([ué (rai)rès Paul le mystère de la croix par rapport au Christ, l'évangéliste l'explique de même par rapport au chrétien. Le double auditoire, les disciples et le peuple, corresponde celui que le rédacteura imaginé pour l'explication du Semeur (iv, 10). Dans une certaine mesure, les Douze représentent les judaïsants, et les autres

qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. '' Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa

sonl les vrais fidèles à qui est destiné le mystère du salut. Au fond, la leçon s'adresse aux chrétiens bien plus (ju'aux Juifs qui ont pu entendre Jésus. Cette leçon du renoncement se rencontre deux fois dans Matthieu et dans Luc, une fois d'après Marc et une fois d'après le recueil de discours ; mais le rédacteur de Marc a dû renq)ruuter de même à cette source, pour l'insérer dans le contexte artificiel de son récit.

Le noyau primitif de l'instruction est contenu dans la sentence (v. 35) : '■<■ Qui veut se sauver se perd, et qui se perd se sauve », avec l'explication til'ée du témoignage que le Christ rendra devant le grand Juge à ceux qui l'aun^nt reconnu et à ceux ^\m l'auront méconnu. 11 faut tout perdre en ce monde pour tout gagner en l'aulre. Le mot « âme », ou *< vie », représente le principe de la vie naturelle et le sujet de la héalitude éleruflle. « Celui qui ", en reniant Jésus, "aura trouvé sa vie », l'ayant sauvée de hi mort temporelle, « la perdra » réellement, parce i{u'il sera privé de la vie véritable, la vie éternelle. Réciproquement, « celui qui aura perdu la vie », c'est-à-dire qui aura été mis à mort pour la cause de l'Évangile, i< la trouvera » véritablement, parce qu'il gagnera ainsi la vie bienheureuse dans le royaume descieux. Ou bien encore : <( qui se trouve soi-même », ipii pi'éserve son existence en ce monde,

248 i.KVANGii.i: sKroN marc

vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera. ^'' Car que sert à riiomme de gagner le monde

« se perd - pour l'aiitro vie; « <|ui se pord » pour la vit' pn'sente, « se trouve '>,s'a.ssuranl la vie élernelle. Sacrilier ainsi sa vie esl actpiérir un droit à la résurrection des justes. Il ne résulle aucunement de cette d»'claralion (pie la notion évangélique du royaume soit toute spirituelle et transcendante. L'addition : -< à cause de moi et à cause de l'Évangile », s'adresse aux chrétiens el vient du rédacteur, l'Évangile en (jueslion étant celui dont .Jésus est l'objet, cest-à-dire la pré<licalion chrétienne, non celui que .lésus a prêché.

Cette sentence reçoit, en ce qui est dit du renoncement indispensable ; v. 34), un commentaire anticipé. Oui veut suivre .lésus doit renoncer à soi, porter sa croix, se considérer comme crucifié avec le Christ (selon qu'il est enseigné par saint Paul, Gal., m, 19), comme voué avec lui aux souiïrances el à la mort pour obtenir la vie éternelle. Le supplice de la croix n'était pas usité anciennement chez les Juifs, mais il avait été introduit par les Romains. Comme le condamné portait lui-même l'instrument de son supplice jusqu'au lieu de l'exécution, dire qu'il faut porter sa croix derrière .Jésus est dire qu'on l'accompagnera sous la persécution et jusqu'au martyre. Cette exhortation ne se présente pas comme une prophétie dont les apôtres n'auraient pu voir la portée que plus tard ; elle ne serait pourtant pas autre chose, si elle avait été réellement

COMMENTAIRE 2'l9

entier, et de perdre sa vie? '^" Car qu'est-ce que

prononcée; elle n'a de sens que relativement à la passion et pour qui sait les circonstances de la mort de Jésus.

De même qu'il a expli(|ué d'abord comment on doit entendre Tinvitatioii à se perdre pour se sauver, l'évangéliste la développe en montrant que l'on ne peut sauver sa vie pour l'éternité si on la cherche en ce monde. Celui qui gagnerait l'univers, tous les biens du temps, et tout ce qui fait heureuse l'existence des hommes, ne gagnerait rien pour l'éternité ; à la mort, ce qu'il aurait amassé lui échapperait ; et ce n'est pas avec toutes les richesses de la terre, supposé qu'il pût les garder à sa disposition, qu'il achèterait la vie éternelle. Le commerce de l'antiquité, notamment celui des esclaves, se faisait par échange d'articles vendables; c'est pourquoi l'on parle de l'objet qui pourrait être éventuellement présenté comme équivalent d'une vie d'homme. Nul ne peut racheter à Dieu la vie d'un autre, disait le Psalmiste (Ps. xlix, 8-9). L'évangéliste dit qu'on ne peut se racheter soi-même, c'est-àdire acheter à Dieu, moyennant les biens du temps, ja vie de l'éternité. C'est donc l'importance du renoncement, de la mort acceptée, et l'intérêt de la vie éternelle pour l'homme, qui sont mis en relief, non la valeur de l'âme humaine, de l'individu humain ; il est vrai seulement que le salut est présenté comme une afTaire personnelle, le grand intérêt de chacun. Ces considérations, dont le

250 I. ÉVANGILE SKI.O.N MAHC

1 homme peut donner comme é(iuivalent de sa vie ? •■^'^ Car si quelqu'un a lionle de moi et de mes paroles parmi cette génération adultère et

vocal)ulaire est tout paulinien. semblent être une paraphrase, au moyen du psaume, de la sentence sur la vie à perdre ; elles sont moins claires que la sentence qu'elles veulent élucider, et sans doute elles appartiennent au rédacteur qui, plus loin (x, 45), parlera du rachat des hommes par le Christ.

Le prix de la vie ne s'enleiidaiit pas absolument, mais par rapport à un ra<'lial hypothétique au jour du juiii^cmcnt, lévaiii^élisle amène ici la parole sur le témoignage que Jésus rendra devant iJieu, souverain juge, à ceux qui l'ont connu. Cette parole semble avoir été associée déjà dans la source à la sentence sur la vie perdue et gagnée (cf. Matth., x, 32-33, 38-39). Le rédacteur n'en relient que la partie négative, parce que, dans les rétlexions précédentes, il a eu en vue le cas de l'homme qui, cher.hanl la vie en ce monde, perd en même temps le monde et la vie: mais il commente cette partie de manière à fortifier la leçon de la croix et à montrer combien Pierre a été imprudent en ne la comprenant pas. Jésus avait dit qu'il avouerait devant Dieu ceux qui l'auraient avoué devant les hommes, et qu'il renierait ceux qui l'auraient renié; il menace ici des gens qui auraient honte de lui et de ses paroles « au milieu de celte génération adultère et pécheresse », c'est-à-dire les croyants qui, faute d'entendre le mystère de la passion,

pécheresse, le Fils de rhomrae aura honte de loi, lorsqu'il viendra dans la gloire de son Pèi'e, avec les saints anges. »

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