SCÈNE CINQUIÈME
toujours riches: il y a tant de pauvres gens qui ne s'aiment pas. Nous pourrons même nous priver : ii nous resterait encore une bonne part.
♦ LUCIEN
Oh ! la meilleure !
MARIANNE
Moi, je ne comprends que toi; cela me suffit. Cependant je ne sais ce qui me fait frissonner, comme si en ce moment nous étions dans Un grand péril... Ecoute, ami, écoute ce que je veux te dire : ceux qui ne prient pas ne sont jamais heureux ; veux-tu que nous pensions à Dieu ensemble ?
LUCIEN, souriant.
Si tu le veux, chère âme !
MARIANNE, à geiioux, comme à demi ensommeillée, luttant contre le narcotique.
Mon Dieu, qui nous avez bénis, ayez pitié de ce^ pauvre malheureux qui est là-bas, mourant demisère, de froid, de faim, sous les planches... du bagne... où il est à demi noyé ! — Faites qu*il trouve un cœur qui ne le repousse pas, un asile,, une espérance! Faites qu'il pleure, s'il fut coupable, et qu'à son tour il pardonne! C'est notre frère, c'est votre fils comme nous, faites qu'il se sauve icibas... (Elle incline la tête sur l'épaule de Lucien.) et dans les cieux !
LUCIEN, très bas.
Cellii pour qui tu as prié, serait ici, je le sauverais (Voulant l'entrâner vers la chambre à droite). Mais, ô ma petite femme, mon amour, viens? (Il s'interrompt.) Qu'ai-je donc, à la fin! comme mon front est lourd I
MARIANNE, chancelante et se levant.
Moi, je ne sais pas... je ne te vois plus... Mes
yeux se ferment, Lucien !
Ils font quelques'pas, au hasard, les paupières à demi fermées, arrivés près" du canapé, devant la porte, ils tombent assis l'un auprès de l'autre.
Je t'aime !
Elle jette son bras à l'entour du cou de son mari et, appuyant sa tête sur la poitrine du jeune homme, s'endort.
LUCIEN
Marianne !...
Il essaie de se lever, chancelle et retombe à la renverse sur les coussins ; tous deux, endormis brusquement, demeurent immobiles.