TOUTE-PUISSANCE PRÉSENTE DE LA PARISIENNE
Je ne m'attarderai point après tant d'autres à
décrire et surtout ù vanter par le menu celle que
chacun connaît, que beaucoup pratiquent, l'esclave
adulée qui orne les boudoirs, les casinos, les
théâtres, les salons. Possèderait-oIIe tous les
attraits il lui en manquerait un du moins, celui
d'être nouvelle. N est-il pas vieux comme notre
.civilisation, le mignon jouet que Ton démonte
et remonte si aisément, qui marque l'heure de
la mode et la minute où la plus noble idée
tombée dans le snobisme s'achemine à devenir
insupportable? Poupée jolie et preste, mais d'une
légèreté incurable, avec un cerveau d'autruche,
un cœur en jeton, des nerfs qu'une vie anormale
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taraiule et extermine, des sens exacerbés et éteints, des yeux où le jeu, le calcul, les ruses, les liaisons trop souvent pratiques, les flirts acharnés pour remplir le vide des jours, les bals tardifs, les fêtes brûlantes, infligèrent le factice éclat qui alterne avec cette spéciale lassitude révélatrice d'une âme de néant. Dans la petite bourgeoisie elle est réduite à l'état de simple mécanique, répétant ce qu'elle a entendu, ayant Tesprit de son journal, ne gardant un peu de personnalité que pour mentir et médire. Dans le monde, le danger grandit. Car elle y devient presque toute-puissante. La femme, en efl'et, tient trop d'importance dans la nature pour que, chassée des domaines où elle pourrait développer ses dons bienfaisants, elle n'envahisse pas d'autres terres, n'usurpe des provinces qui Tic lui sont point dues, qu'elle n'a surtout pas méritées encore. Elle jouera le rôle des favorites, puisqu'on ne l'a pas acceptée comme amie. Je ne voudrais pas que l'on me crût assez illusionné pour douter de la réelle influence de certaines femmes. La mondaine peut presque tout ; elle fait, défait les intrigues politiques, crée les réputations, impose son goût aux plaisirs et an visage des grandes villes. C'est la dame de Scho-
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penhauer, si arrogante qu'il la comparait volontiers aux « singes sacrés de Bénarès. . . qui se croient tout permis. » Et il ajoutait avec son âpreté coutumière : « La Dame^ ce monstrum de la civilisation européenne et de la bêtise germano-chrétienne avec ses ridicules prétentions au respect... plus de dames !(!).» Tout aboutit à elle, à « la dame » en attendant. Balzac se tuait de travail pour la conquérir. Elle est Paris. Paris c'est la Parisienne, la parisienne d'un ou de deux quartiers, un millier de femmes îElle a manqué nous donner un dictateur, elle nous a fourni un président ; un jour elle nous imposera un empereur. Pour le moment, elle nous inflige sa littérature, son art, une philosophie qui la reflète quoiiju'elle soit encore incapable de la penser. Nous sommes imbibés de sa vénéneuse morale, elle dirige les énergies vers le luxe effréné et le succès sans mérite. Elle nous prêche Toisiveté et le désordre, nous démontre qu'il n'y a qu'à viser bas pour arriver haut et aller loin. Elle alimente la vieille haine réA^olutionnaire, elle attire les futures revanches des affamés, son linge exquis appelle la lessive rouge. j