ArtharJ^Schopenhauer par J. BoUrdeau,"pa{fes 138 à
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l'idole de l^homme moderne
Que s'est-il donc passé pour que l'Esclave devienne la gérante des Destinées ?
Le secret est simple. Les longues générations des femmes au lieu de créer une élite intellec* f tuelle, ont créé une élite de peau et de ruse. Cette élite est devenue ainsi pour Thomme une sorte de proie supérieure, Tobjectif, la synthèse de ses passions, la récompense du parvenu, te prix du suprême effort de l'homme qui sera toujours m atériel. D'ailleurs elle vaut à ses yeux pour tout l'artifice d'elle-même, sa toilette, son fard, ses
. bijoux, ses gestes appris, le nom de son père ou de son mari. Elle représente l'aspect voluptueux de son ambition, de sa forlune, une marchandise payée si cher que lui seul a pu
^acquérir le droit de l'exhiber. Tenue primitivement en dédain, la femme a compris que sa force gisait dans sa faiblesse, qu'il faut prendre le mâle par Tamour-propre comme le dindon, qu'il n'osefait jamais, rengorgé et vaniteux de son importance, résister à la jolie audacieuse qui lui sourit.
Elle ne s'est pas trompée. Elle a passé partout. Et une fois en avant, elle Ta pris de haut, s'est estimée inestimable, a voulu régenter le monde. Le monde s est laissé faire. Il se serait rebiffé devant une domination intelligente, il a trouvé courtois, charmant même, d'emboîter le pas dW chef dérisoire et capricieux. L'homme ne s e méfie que de ce qui est bon, p ur, vraiment beau. Il s'endort sur le piège, s'assied placidement sur un abîme. Il aime ce qui brille et qui vaut cependant encore moins que lui. Nietsche nous raconte que son Zoroastre, las de cette petite humanité, put enfin réunir quelque hommes supérieurs auprès do lui. Il les invite à dîner. Or, pour je ne sais quelle cause il s'absente au milieu du repas; quand il rentre, il les trouve tous agenouillés devant un âne. Nietsche a raison, mais il aurait dû placer à côté de Tàne une paonne. Voilà bien les deux idoles de l'homme supérieur et des autres hommes: la bêtise populaire et la niaiserie encombrante des femmes.
BASSESSES ET CHATIMENT DE l'aDULTÈRE
Notez que cette femme-là n'est encore cpie l'âme outrecuidante et sotte de notre sexe ; ce n'est pas la femme, c'est le fantôme du « Soushomme ». Et ce fantôme a réagi surTêtre vivant; il repétrit l'original à sa ressemblance, comme s'il était possible de l'abaisser encore... Vous vous étonnez, vous flairez quelque exagération satirique? Mais à qui devons-nous cet art de modiste, cette littérature de larbins et cette philosophie de danseuse ? A la femme à la mode.
Ce sera pour les temps futurs la honte de notre société d'avoir vécu sur l'adultère, de n'avoir pas eu d'autre horizon, de s'être régalé de ces aventures d'une médiocrité si insondable que certainement les psychologues prochains chercheront longtemps l'origine de cette épidémie décadente, de cette défaillance des lobes qui a fait tourner, comme des derviches ivres, autour d*un corset illégitime, plusieurs générations de pantins en frac et en monocle, et qui eurent la prétention d'avoir du sentiment et de l'esprit.
Cela paraîtra un jour înYraisemblable : l'adultère a été et est encore bîen porté. C'est un sport de Fâge viril et même de Tâge mûr, comme la bicyclette ou l'automobile, l'escrime et le cheval. L'adultère sied au gentilhomme et au bourgeois cossu. Je ne sais pour les deux sexes rien de plus avilissant que cet exercice. Ah ! quelle différence entre la rouée moderne qui conserve les apparences, sait se ménager tout de même le respect public, ment avec autorité, trompe avec considération — et la sincère pécheresse à laquelle le doux prophète pardonna! L'homme se glorifie de l'adultère. Se doute-t-il de toute la honte qu'il y a puisée ? D'abord tous les vices qu'il déclare « féminins», il s'empresse par cette complicité de les assumer : -dissimulation, mensonge, trahison. Tunique de Nessus que l'on porte avec désinvolture comme un frac fleuri mais qui ronge insatiablement la conscience ! L'homme devient alors pire que la plus inférieure des femmes ; car il accepte, en la sachant, cette infériorité. Il la recherche même. Le mari trompé, dit-on, est grotesque. Je ne vois pas très bien pourquoi, surtout s'il aime. En tout cas, l'amant est vil. Il y a du vol et de la lâcheté dans ITiomme qui commet l'adul-
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tère. Jusqu'ici il a profité du nimbe (le Famour qu'il a, depuis le romantisme, accroché autour de sa curiosité sensuelle. Il est temps de renvoyer au magasin d'accessoires ce colifichet de théâtre. Il n'y a pas d amour avec la femme à la mode. Et ainsi commence le double châtiment.
Il lui sera peu pardonné à celle-là parce qu'elle n'a pas aimé. Sa seule excuse est (ju'elle ne le peut pas. Ses heures — jour et nuit — sont trop absorbées ; elle n'a pas le loisir d'être « elle » et, s'appartenant, de se donner. Elle est allée à la garçonnière comme à une autre visite, préoccupée de « son effet », d'une toilette bien appropriée et d'un parfum original. Et elle n'a pas cessé, pendant les courtes minutes qu'elle accorda à ce confident d'épiderme, de préparer ses tactiques mondaines, de tordre et de mêler les fils de sa vie compliquée et sans couleur. Elle n'a pas vibré dans les profondeurs salvatrices, Elle a essayé un amu sèment de plus. Elle y fut tiède, comme partout, distraite et préoccupée de l'autre frivolité prochaine. Quand elle se rajuste, il lui semble qu'elle a rêvé l'efneurement d'une caresse banale auprès d'un étranger.
Il y a pis même et je n'aurais pas voulu l'avouer
par respect pour la race latine dont je suis. Mais le € ménage à trois » chez nous est si effronté ; ce compagnonnage impudique et commode s'étale avec tant de cynisme ! D'accord avec la vie moderne, le théâtre et le roman voulurent avec tant d'acharnement nous l'imposer comme une institution sociale ! Rien ne doit donc être encore caché. Il faut qu'un latin dénonce la plaie latine : « N'estce pas du vice, a écrit Strindberg,,de partager avec un autre homme, de vivre en promiscuité, en domesticité chez un autre?» — Oui, le misogyne n'a. pas tout à fait tort dans son exagération morbide. Je ne sais quelle odeur vicieuse et masculine reste là !