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LE SUICIDE DE LÀ FEMME A LA MODE

Le mieux qui puisse arriver à une femme à la modo, c'est de devenir banale. Elle n'ignore plus rien des hideurs de la vie et elle a perdu le coup d'aile de la femme, attachée aux devoirs et recueillie. Elle se traîne sur les plus tristes réalités. Michelet a stigmatisé, lui aussi, « cette âme fanée de lecture, tannée de romans, qui vit habituellement de l'alcool des spectacles, de l'eau-forte des cours d'assises, non pas corrompue peut-être, mais vulgarisée, commune, triviale comme la borne publique (I ) . » Déjà l'homme a de la peine à main-

1. Remarquez que cela est écrit en 1859, avant .la frénésie de jouissances qui éclate aux dernières années de l'empire et qui, après un moment de stupeur causée par la débâcle, a repris aujourd'hui de plus belle.

tenir quelque intelligence et quelque personnalité à ce régime. Et il a reçu toujours une éducation plus forte qui ceinture son moi. Mais la pauvre âme éparse de la femme se dilue tout à fait.

Elle s'ennuie et c'est bien fait. Elle a le pressentiment de sa fin. Elle va disparaître comme toutes les fausses idoles, qui ne durent qu'un temps. J'ai approché telles ou telles, qui restèrent supérieures à cette existence, vaine et solitaire au fond, malgré les adulations et les mensonges. Celles-là, liées à ne pouvoir se démettre, se revanchèrent en me confiant la faillite de leur caste.

«Nous sommes les sommets sociaux, me disait la

plus consciente d entre elles ; et il ne tombe de

notre clocher gracieux, aux aiguilles de fièvre que

le glas de toute joie véritable! » Sa voix était triste

en effet, ses yeux désenchantés et môme sans

larmes. « Tant pis, continuait-elle, nous irons

jusqu'au bout. C'est l'abîme d'une race, la fin

d'une époque, qui, n'ayant cru qu'au plaisir, s'est

ruée à l'extrême désespoir. Car, connaissez-vous un

supplice comparable à celui de ne s'appartenir

plus, d'être l'écho le plus aigu d'un temps, au lieu

d'exprimer son âme propre, de s'être déguisée en

fantoche, en artifice, en poupée sociale? L'irrépa-

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ràble ennui nous hante toutes, et les plus intelligentes au moment de s'endormir connaissent le remords de n'être bonnes h. rien. Allez, nous disparaîtrons, tout doucenient, sans même qu'il soit besoin d'une chiquenaude de justice, notre fard pâlit, notre émail tombe déjà, notre miroir nous montre notre fantôme. Vous me demandez si la femme à la mode se meurt, je vous réponds qu'elle se tue. »

La genèse de la femme nouvelle.

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