LA VOIX DE LA COLOMBE
Il y a cependant une route silencieuse et toute pure, ou beaucoup s'acheminent, pèlerins sous des voiles et des dentelles noires. C'est la route mystique; elle attend les âmes délicates et effrénées
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qui ne peuvent se résoudre, malgré l'ingratitude universelle, à revêtir l'égoïsme, cette tunique, plus irrévocable qu'un linceul. « Mon Dieu, ont-elles crié dans l'identique délire des crucifiés, pourquoi m' avez- vous abandonné? » Mais un dieu habite les larmes. L'éjgreuye de l'amour humain conduit aux, frontières d'un pays de sérénité, d'où les tentations ont fui. Elles entendent enfin la petite voix qui parle aux heures d'abandon, la voix de la colombe, dans les abîmes du cœur, succédant à la voix du corbeau sur le miroir. Ceux, celles qui l'ont entendue, cette voix, savent, seuls, quelle récompense elle porte. Vous aurez beau prêter Toreille, vous ne la saisirez pas, si vous riez, si
vous croyez à la beauté de ce qui passe. Elle ne vous consolera point tant que vous n'aurez pas descendu les derniers degrés de votre misère. Elle est si légère, si frêle !un rythme de valse suffit pour la couvrir; et cependant, pareille au souffle de prière soulevant le voile des premières communiantes, elle fait palpiter la poussière des siècles.. •
Récemment, me promenant aux confins de la Bretagne, devant les barbares calvaires qui s'érigent aux carrefours des chemins comme de grandes paroles monacales figées dans de la pierre, je m'arrêtai méditatif. Là, j'ai vu une femme nouvelle, née sous la main d'un sculpteur prophète et innocent. La Mère, non plus jeune et toute confiante serrant le bambin divin dans ses bras hardis, mais une femme assise, ébranchée à l'ouragan des infortunes, avec son fils sur les genoux, son grand fils glacé, mort. Je crus assister au drame intime de l'Eve moderne étalé dans cette pierre admirable et presque informe* Voilà la femme d'après trente -cinq ans. Ses joues déjà jaunies se marquent du fin colliéFdes rides. Elle est assise au milieu de sa propre vie dévastée. Mais elle forte encore, elle sourit avec le pâle éclat des veilleuses et des étoiles. Sur ses genoux, l'IIomme est étendu. Qui? l'époux,
lîo l'ève nouvelle
le fils, Tamant peut-être, le symbole de son bonheur, rimage saignante et vaincue de son rôve. Son christ à elle est mort, l'enfant de son jeune espoir, toute sa vie passée de crédule tendresse ; mais elle n'a pu se résigner au sépulcre. Elle l'en a arraché, elle le tient là contre sa poitrine ardente,
d'où la vie par le canal des larmes redescend. »---■■*
Et le miracle lui obéit. Les paupières s'ouvrent, le sourire renaît*^ 17.4^?! mort ressuscite plus beau sous la douleur féconde.