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LES FUTURS HOMÉO ET JULIETTE

Vous nous demandez, dirons-nous encore à M. Marcel Prévost, de vous exposer le dialogue d'amour de la jeune fille nouvelle et du jeune homme nouveau. Peut-être tenterons-nous un jour cette scène dans une autre œuvre, mais vous trouverez ce dialogue dans maints romans récents, polonais, finnois, russes ou anglo-saxons, écrits par des femmes.iJe vous réponds qu'ils valent, s'ils ne les dépassent pas, les conversations de Roméo et de Juliette, où il n'y a encore qu'une poésie fatale

et trouble scms les ru ses du dés ir. Ce dont je vous réponds, c'est que jamais la Juliette nouvelle ne prononcera ce blasp hème contre sa propre digni té qui se pavane sur les lèvres de lamoureuse shakespearienne : < Je dépose à tes pieds toutes mes destinées, dit elle à Roméo, je te suivrai, mon Seigneur, jusqu'au bout du monde ! » L'amour d'une

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jeune fille n'est digne et profond que s'il jeste fier et s'il n'a pas d'autre seigneur que soi-même.

De la sorte seulement, elle peut échapper aux conséquences fâcheuses de cette première nuit, égrillarde pour rhomme, si souvent maudite pour sa compagne. Elle ne s'abandonne qu'à bon escient, après avoir bien connu son fi ancé et non parce qu'il est assez agile pour réussir l'escalade d'un balcon. E nsemble ils auront parlé longtemps d'eux-mêmes, auront mêlé leurs rêves, leurs pensées, librement, entête à tête, sans contrôle, avant

que de mêler tout à coup des lèvres presque inconnues. Ils auront prévu l'union des âmes et la j)Ossession des corps. Ils n'auront pas joué sur un coup de dé le grave enjeu de leurs mutuelles destinées.

Et puisque son rôle spécial à elle se hausse jusqu'à l'identifier à la prêtresse sociale, à la provi-

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dence de la race — elle s'engu errii^LçlJeest faite pour porter les enfants de ce prochain époux, si jon sang à elle est assez pur pour lui, si son sang à lui est sauf des tares individuelles et des dégénérescences héréditaires, car elle aura devant les "yeux le type sain et vigoureux de l'homme à

"venir, elle ne sacrifiera point à une courte volupté la beauté des races, elle n'ouvrira ses flancs que pou r le rej eton pur et fort!

Mais la triste révélation peut sonner à ses oreilles et, de là, tomber comme un bloc aigu dans son cœur. Il se peut que deux organismes maudits d'avance s'aiment. Alors, ou ils s écarteront Tun de l'autre, irrémissiblement tristes et héroïques, ou ils accepteront le sommeil côte à côte sans souillure et aussi sans espoir, avec ce seul réveil que la peur de ne pas entendre respirer assez calmement labien-aimée... Il y a beaucoup de ces mariages spirituels chez les peuples du Nord, et nul ne les raille.

Vous voyez bien que tout njest pas pour les femmes e t enù'e hommes et femmes unique question de sexualité ! »

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LE JEUNE HOMME FRAN(;AIS EST SOUVENT UN PETIT MALFAlTEUfl

Vous m'objectez: « Mais il faut iiu jeune homme modèle à votre jeune iille modèle. »

Oui, il est vrai ; « modèle » pas tout à fait peut/ètre, mais différent du petit malfaiteur qu'est bien des fois le jeune homme français.

€ Il faudrait enseigner aux jeunes Franç ais le respect de la femme, il faudrait les convaincre de cette vérité, admise en Angleterre et en Amérique (madame Pognon, qui m'écrivit ces lignes véridi- -ques, oublie les peuples slaves, qui sont dans le même cas) qu'un homme abusant d'une jeune Iille, est un être vil, méprisable, un lâche enlin. Dans notre cher pays, toute la vertu, toute la force morale doivent se trouver chez l'être faible. L'être fort, riiomme n'a pas à se préoccuper de ces détails. En somme, Téduçation mixte etuii^norale

1 *. "BÎflHff P^"^ 1<?^ deux sexes, voilà ce que nous < demandons depuis longtemps ».

D'ici peu, je le prédis, l'espoirdes femmes féministes se réalisera progressivement : il n'est pas

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possible que l'âme française s'enlise dans un préjugé de corruption qui nuit à notre réputation chevaleresque ; quant à ceux qui ne se résoudront pas à la loyauté dans la passion, ceux-là, ils auront à jamais leurs joues marquées du gant de la Swawa de Bjornson souffletant Timpur fiancé. Et les vrais hommes n'auront pas à se plaindre de cette épura tion de leur morale : ils y gagneront jglus^e^certitude dans le mariage, plus de bonheur dans Tamour.

La Jeune fille Slave, la chasteté et la rénovation des âmes.

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