‹ L'Ève nouvelleChapitre 5 sur 72 · LA FEMME DU PASSÉ · texte numérisé non relu

LA FEMME DU PASSÉ

lu l/filhllh lihH HhUIH

M/il fji //f/iMic hn in M 'Il llfifti/' I h immIH i fll'ilil/ /Il '' i Mf'inh '1/ 1(1 |i'i" l'ifi Ifcll l'Iii' II' h ' iiff ( |(('il'ifi'l' '• fin f/iiififl i\i (imI" " IImI' II" i>l I 'l' lui H h " illi'i'iiiit l'i "III ImiiI' ' I liii|tl l/i^lllilMi|i|lfi"'-lnli uni i iilliM M li'i 'il' I" h ^liil • ' i iili III' ni Iniji'i I M I ( |ii II \\\ |ii II" 'h •' i llinl • lliiiili lin ih |ii II iiiiiii |iiiiii 1 ' lni|i|i' I II I Inilllllji- 1 1 ' 'iii'|ii''ili iiii I iiniin l|iiilli)ii liiiil

li'iMllll>lin I I II lin I Im-i ' I I MM n >i j'i > i ni

IllH I il lin { l|inllll II 1 illl|l il II il I llji I illlli I I

In llli|in II I |iiliiii II ilii iii'il' I i.iilii lu II lin lli ili > li< |ili mil I llilliii 1 ijiil II h iilll m 1 1 II m In >i II |ii iiiii I ili lil ll'lliiin lui I liiliiillti- niiiili ili II I lu I In |ili |ii 1 II :i ili < i niii II niii I 1 In liili ■ ii iilli llililli) Il llii II I II •• ill I iiiili II iinliii* Il Inii iiiiilili 1 ,1 ii|iii iiiii 1 1 II 1 ii< liii mil lut lin \ w lii|>lin II I il ir'lhMlli Mil lin pininl In ni I \\\\\ li.itl • I • nli lin I lu Inli) : |tihMlllH > Mil I lliiniiin . ili •

La guerre des sexes

Nul ne commencera à distinguer les motifs véritables des cruautés de la passion individuelle, les causes profondes du grand désordre religieux et social, s'il n'a discerné la constante et impitoyable op pression masculine à travers les siècles. Alors seulement s'impose à Tesprit lajustice des effort s modernes de la femme pour échapper à l'homme et conquérir son émancipation. Tout « féminisme » est lettre close si Ton n'a pas embrassé d un vigoureux coup d'oeil l'incessante et belliqueuse jalousie du mâle contre la femelle, dès le premier baiser qui retentit sur la terre. La vengeance de la femme fut l'inimitié sourde de l'esclave, le piège rusé des courtisanes. L'étreinte en vain simula à travers les discordes la naturelle harmonie. Le spasme reste encore une forme voluptueuse et véhémente du grand heurt. Oui, tout découle de ces luttes primitives où l'Homme, dis-

contente-toi, comme récompense, de ce respect intéressé que le contremaître a pour ses pistons, pour ses courroies et pour ses roues, ou de cette pitié utiLe que le forgeron professe peut-être pour Tantique enclume lasse, où son marteau retombe imperturbablement. . .

Oui, il a dit les deux mots brefs où se résume toute la pensée masculine à travers les siècles, ce Proudhon qui ordonne à la femme de rester « courtisane ou ménagère ». Agréable ou utile à

riiommo. Instrument de félicité ou de nécessité. Pas plus. Et celles qui tentèrent d'échap[)er à celte impérieuse formule, elles furent écrasées non seulement par la ligue des volontés viriles, mais aussi par l'obéissante phalange des autres femmes, eflVayées de cette révolte qui élait pour elle un exemple et un reproche. Proudhon n'a éh'» que la conscience nette et l'aflirmation d'une opinion presque universelle, si profondément incrustée au cœur de Thumanité qu'elle semble, pour la plupart des individus de l'un ou l'autre sexe, une loi natu-

relie et non pas une honteuse déviation, une monstrueuse injustice.

Eh bien, il faut répondre à Proudhon : « Courjtisane si elle le veut, ména^^^e si e lle le veut, autre chose si elle le ve ut (entre la courtisane et la ménag^re il y a tant d'espace, les faits euxmêmes l'ont montré) mais êt re humain d'abor d, — autant que l'homme lui-même, — libre de sa pensée et de son corp s, portant en^oi une mission j particulière. »

J'ai écouté à travers bien des discours au congrès féministe de 1896, à Paris, deux cris d'une telle acuité et d'une telle ampleur que je me dois de les répéter ici.

Le premier, c'est M™' Ililda Sachs qui le jeta d'une voix tremblante de conviction et presque

6 l'èvb nouvelle

de colère. Le voici, sinon conforme aux termes de l'oratrice, du moins fidèle à l'idée qu'il enve^ loppa :

€ Depuis que je suis en France, j'entends toujours, nous dit-elle, les femmes se vanter d'être mères, fatiguer tout le monde par l'exhibition de leurs enfants. Moi j'ai des enfants, mais je ne m'en vante pas. C'est une fonction naturelle qui n'est pas autrement flatteuse. Peut-être êtes- vous trop hantés par l'image de la Madone, portant comme un osten*soir son fils entre ses bras. Moi je préfère la Vénus de Milo, je la trouve plus belle, plus « adorable »... quoiqu'elle n'ait pas de bras du tout... » — Oui certes, hi femme vaut d'abord par ellemême, avant que de valoir par ses enfants.

Le second cri est dû aune Italienne, à M""*" EmiliaMariaiii. Les Latines, plus piétiiiéos, devaient les premières exhaler la suprême lamentation de ces indispensables martyrs, sans lesquels jamais une cause noble ne triomphe en notre humanité égoïste et croupissante : « Que la femme meure ! s'est-elle écriée, (juVlle meure, plutôt que de subir

l'ÈVK NOlIVf;t.I;.l 7

ja protection d e l'hompae qui i» .lui fait payer par son esclavage o u par s on déshonneur ! )>

Ceci est la clameur héroïque, le clairon qui sonne l'assaut et la bataille infatigable pour la jus-* tiee. L'esclave se redresse, et aux Thermopyles dlu féminisme, à cet appel, j'ai cru voir la petite poignée d'apôtres prête à braver les insultes, à résiiateï aux oppresseurs, serait-ce jusqu'au ridicule sMr blime, serait-ce jusqu'à la totale mort !

Or, ces deux cris renferment une seule idée forte : La femme, avant que d'ê t re épo use, amaiite v ou mère, est une femme. 1 1 faut la laisser libre; eUe est ce qu'elle est et non point ce que l'homme veut qu'elle soit .

Tout es{ à gagner pour la société et pour l' homme dans cette orientation de la femme vers un butane les préjugés, les lois, les caprices virils ne lui

1 8 L*ÈVB NOUVELLE

aïeules, au milieu des incursions fugitives discernaient le germe favorable. Elle ne veut plus se cotttenter d'être l'usine fatale des générations. Elle a l'intuition du chef-d'œuvre charnel. Ce n'est riea que d'inscrire, comme les artistes primitifs, sur les lames d'ivoire le mammouth en fuite devant le harcelant chasseur. Elle devient artiste comme les mères véritables qui sculptent, par l'imagination ou le désir, l'enfant de toutes les tendresses, choisissent les matériaux dignes de l'élaboration du grand œuvre. L'affection élective descend en elle^ tandis que la domination égoïste a pénétré en lui.

Cependant il a suivi, pour la retrouver, la trace délicieuse de ses pas qui couchèrent à peine les herbes, et comme l'odeur de sa chair nue le long des roseaux du fleu,ve. Le voici, celui qu'elle préfère entre tous ceux de son espèce . Elle tressaille , une pudeur l'enveloppe, — le premier frisson monté de l'âme. Cependant les bêtes gracieuses, ses compagnes, ont flairé l'ennemi. Elles s'enfuient avec des cri s déchirants. La voici seuleet deux foisnue, puisque sa cour de cqlombes et de gazelles l'a quittée. Elle a peur... Il vient à elle, le bien-aimé, le préféré, mais si différent, lui semble-t-il, avec des

yeitx inquiétants, une majesté terrible... Non, non, ce n'est plus Tami dont elle rùvait de faire l'amant, c'est un conquérant, c'est un adversaire. Elte ne demandait cependant qu'à lui ouvrir ses bras... Elle a peur. Il rappelle, sous sa peau de bête, l'ours des cavernes, dont la grifTe, irrésistible, terrifia l'aurore du monde. Oh! bégayer pour la première fois au delà des gémissements bestiaux du plaisir, le mot sublime : Je t'aime !...

Hélas! au lieu de lamour c'est la guerre. Elle court. Derrière sa nuque la brûlante haleine où passent des cris de bataille, où sonnent les dents. D'un mouvement souple, elle va échapper, mais ses longs cheveux l'ont livrée. Il les saisit, y empêtre le poing € — ' Oh! pourquoi me fais-tu mal? gémit-elle. J'étais prête à si bien te chérir. — Tu as fui. — Mais j'ai eu peur de toi ! — Tu as eu peur, tu as raison, il faut me craindre, je suis ton maître. — Oh, pas ainsi... Je t'aimerai tant si tu es doux.. . — Je suis le maître ! » Et le poing s'abat, frappe le doux ventre, qui, pudique pour la première fois, — car elle aimait! — a résisté contre l'étreinte. Le poing est tombé. Un tlot de sang jaillit là où songent les générations, là où la volupté infinie est enclose. La blessure a été creusée.

le sang du premier crime a coulé, l'intarissable stigmate, que les atavismes têtus transmettent à travers les millénaires, le sceau de Tiiommc fji- ^eux sur la femme plus faible, la malédiction du mâle tombée sur sa propre source, sur sa seule joie ! Non, ce ne sont pas les premiers enfants qui commirent le premier crime, ce fut le premier père avant le premier baiser humain !

LA PREMiÊKE Nuit nupïiali:

Pauvre organisme naissant, nid de tendresse voué au perennel supplice ! Fontaine de vie d'où ruisselle mensuellement la mort, flot et débris, naufrage qui recommence sans cesse ; onde sanglante qui jaillit comme im souvenir de honte et de cruauté, tu es le témoignage sans cesse bondissant du péché viril, de la haine mâle. Et le jour où une femme pourrait tout à coup oublier, la blessure se rouvre, le crime est encore là.

... Elle s'est évanouie. L'homme regarde autour de lui, inquiet. Les fauves brusques, les grands oiseaux aux ailes grifl'ues, les autres hommes, il redoute, devant son péché, la complicité des ven-

geances. Rapide, la grande fleur humaine sur son dos, à son tour il fuit. Puis dans sa caverne il retend au milieu de Tombre. Nuit nuptiale, à laquelle ressemblent encore trop les nôtres ! Obéissance et terreur! Acharnement et égoïsme ! Enfin il s'est endormi du sommeil de Tassouvi... La femme n'a pas cessé de souffrir.

Elle se traîne dans ses cheveux flétris de poussière. Il dort, elle peut donc veiller et être elle. Et elle plaint l'heure bien heureuse et maudite oîi dans leurs deux âmes s'éveilla un Dieu. Jamais elle n'eut étc'i si délicate, jamais il n'eut été si impitoyable. Est-ce que chez les bètes le mâle est le bourreau de la femelle? Au contraire il l'entoure de sa force comme d'un providentiel bouclier. Il fallait que le fils de l'Anthropopithéque démentit par un blasphème la pacifique loi. Maintenant quelque chose d'irréparable est eulrc elle et lui. — Le coup de poing a fendu le coupK».

Elle voudrait bien fuir, ne le revoir jamais plus. Mais elle est trop malade, trop atteinte aux sources de son être pour quitter l'abri de ce rocher. Elle le regarde. Il est hideux ainsi, au rf^pos, inférieur à cette nature dont il veut devenir lo nuiître. Les tyrans futurs, les rois, les empereurs, les die-

tateurs. les papes s'ébauchent eo cette lèvre lippue et vorace, inhumaine d'être devenue humaine, ce front d'orgueil et d'obstination, ce corps anguleux ot velu où la rêpu^ante luxure témoigne que la Bestialité — et la plus basse — survit. £t elle lui compare l'harmonie douce de son corps à elle, pareil aux vagues pacifiques, au croissant du ciel, aux oiseaux gracieux qui firent plus tard rêver aux anges. Elle est sans tache comme les Déesses de l'avenir. Et elle chuchote, craintive de le réveiller, craintive aussi bien de sa caresse que de «on courroux :

« Malgré tout, je t'aurais aimé, camarade des journées héroïques, quand nous luttions, inconscients mais soutenus par l'espoir de notre future intelligence, contre les éléments effroyables, contre les reptiles de la terre et de la mer, contre Tours et le tigre, contre les monstres du firmament. Nous étions unis — et fiers d'être plus pacifiques et plus souples au milieu des ennemis inexorables. Oh ! je t'aurais aimé et tu aurais connu Tivresse d'ùtre «un» en nous deux, pareil aux deux belles ramures du cerf qui ne se quittent jamais... Pourquoi as-tu décidé de devenir mou ennemi ? »

Page 1