‹ L'Ève nouvelleChapitre 50 sur 72 · FEMME SACHE ET TRAVAILLE · texte numérisé non relu

FEMME SACHE ET TRAVAILLE

Répondons très simplement, et presque phrase à phrase.

Tout d'abord les professions, même les plus absorbantes, n'ont jamais empêché l'homme «Têtre marié et père, sauf, en certains cas, la vie militaire qui — soyons- en assurés — ne sera jamais briguée par la femme nouvelle partisan du désarmemeoil et de la paix. L'homme a non seulement as^z de temps pour la vie de famille, il en a trop. Il passe

sa vie au café, au cercle, chez sa maîtresse, au tripot ou ailleurs, sans pour cela crpire le moins du monde nuire à « l'intérêt . social » pour prendre l'expression importante de M. Emile Faguct. Je suis certain que la femme, son labeur termin é, rentrera chez elle au lieu- de se dissiper, et qu'il l ui rest era de longues heures pour les travaux de la maison . Pourquoi en suis-je certain? parce que, d'abord, cela se passe ainsi, excepté au milieu de certaines misères trop complètes ; mais ce n'est pas la faute du travail, c'est la faute de la misère et de la société masculine, telle qu'elle est aujourd'hui constituée. Songez que dans les villes les femmes commerçantes, par exemple, sont très nombreuses; qu'à la campagne, la femme a toujours travaillé autant que l'homme au moins, que l'ouvrière, depuis un demi-siècle, s'acharne à gagner son pain. Eh bien, les statistiques établis sent que seules, les bourgeoises ou les grandes dames appliquent les principes malthusiens, pratiquent « Tamour ladre ». Les autres enfantent moins prudemment. C'est donc l'oisive qui est en défaut; non pas la laborieuse. Nulle n'a moins de temps pour la maternité que la femme oisive.

Elle est prise par les corvées mondaines, la co-

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quctterie, les bals, la vie antihygiénique. Elle a horreur de la difformité, inséparable, hélas! de la genèse; elle réfléchit à la dépense de Tenfant futur, à qui elle sera obligée de sacrifier non seulement une part de la beauté naturelle, mais aussi un p(îu de la beauté acquise, quelque parure, un bijou, une coûteuse robe. La travailleuse est moins regardante, quoiqu'elle ait à compter les bouchées de pain.

D'autre part or^ne ..peut nier que ^^ grâce aux machines, grâce aussi au nombre de plus en plus considérable de laborieux et de labojieuses, là durée quotidienne du travail extérieur tend à dîminuor chaque jour davantage. Certainement le : couple, dans le siècle à venir surtout, alors que la femme sera complètement émancipée, ne sera tenu qu'à un minime labeur social.

Ce n'est pas au célibat féminin, seul et d'abord, que nous devons l'invasion des professions mal dites masculines, par des femmes pleines de supérieure curiosité ou simplement de faim. Ce célibat envahissant a démontré par l'évidence l a mon struosité dun état social où une femme est réduite, si elle n'a pas de fortune, à se marier ou à se prostituer pour vivre ! Mais en fait depuis longtemps

dans les familles pauvres, la femme s'était résignée à travailler au dehors pour nourrir les enfants. L'homme n'y suffisait pas. Je vais plus loin ; je crois qu'il faut renverser la question ^au Jieu que ce soit là femme qui^ par son travail, à cause de son travail, limite le nombre de ses enfants, je crois beaucoup plus vrai que l'enfant, les enfants ont obligé la femme à accepter un surcroît de travail hors de sa famille.

De tout cela que conclure ?

Non seulement l'intérêt social n*est pas opposé à la femme laborieuse mais il y trouve des ressources tout d'abord imprévues : la purification, la conscience, la vie digne. M. Emile Faguet parle de la nation forte qui sera celle où les femmes n'exerceront pas de métier. Je m'aperçois que les races latines dégénèrent justement pour cette raison qui devrait les faire toutes-puissantes. Elles sont devancées, ou le seront bientôt par les Anglo-Saxonnes, les Slaves et les Américaines qui ont su accepter, ac célérer mejne-ljévolution de la femme — l oin dç l'igiiorance.^ol (Je la corrupjion — dans le salutaire et régénérant travail. Les mères enfantent là-bas plus et mieux que les nôtres. Elles savent davantage et elles rêvent

moins ; les enfants sont plus nombreux et plus beaux.

Que l'homme donc ne fassej)lus.Ja.^erje.à^la femme qui travaille ! qu'il la seconde (elle en a -j ^ besoin, la novice), gu'il soit véritablement cheva- . leresque ! Il prouvera ainsi — ce dont on a le droit de douter encore — '■ que s'il fut jusqu'ici exclusif, ce fut par maladresse, par inadvertance, non par égoïsme ! . . .

L'afft*aiichl88ement de Tamoiir.

Avant de serrer de près les gestes pratiques de l'émancipée, il faut aborder de front la question de l'amour. L' Anglo-Saxonne au nom de toutes les autres femmes proclame dans ses livres « avec quel énergique dégoût elle recule devant deux maux qu'elle a supportés avec la muette patience des désespoirs depuis des générations. Le premier, c'est le maria ge sans amour, le second» c'estja jnatérnité sans consentement » (1). Le débat se déploie au fond du cœur humain.

l'ÉROS enchaîné et ENCHAINANT

Cette question de l'amour est, j'ose le dire, la plus importante de toutes. Celui qui ne l'a pas

1. Article de M^^* Qaire de Pralz dans le Magazine International.

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traitée n'a pas touché Jj^[on^J^resj|joîj^^^ L'amour^ tcl a été tout le destin (ou peu s'en faut » ,.deja,fenyrne du pas^ç^ Celle de Taveni r, quoique pressée par d'autres objectifs particuliers ou sociaux, lui accordern toujours cetto p art la r^e, lui ouyrijra lo souil au g uste de sa vie . Or la premièr e

I reyond ication de hi.fejïlTPP î^ f^ raffrançliissement

II de son amour. Aux temps primitifs, la femme était vendue à son acquéreur comme une marchandise charnelle, ainsi qu'un fruit de la vie, Aujourd'hui encore elle porte, malgré quelque factice auréole rajoutée à sa belle chevelure, le sceau des marchés d'esclaves. L'Eve nouvelle à donc lutl(î contre l'Eros enchaîné et enchaînant. Elle a cherché la solution forte qui fera se briser les séculaires fers. « Non, a-t-elle dit, je ne veux plus des coquelierîes serviles, des mensonges, des larmes tantôt suppliantes, tantôt tyranniques, je ne veux plus plaire par ma honte et par l'aveu de ma faiblesse, je ne veux ni tyranniser en favorite lascive ni abdiquer en servante prostituée. Je

\'\ veux écouter enfin le conseil impérieux et sage

".^ de mon cœur. Là seulement est la loi infrangible

: Je veux que mon amour ne soit point un moyen

indispensable de vivre, une ruse utile, je ne veux

point arriver parle Baiser, comme Fliomme arrive r f par le Tr avail. — Je veux que l'amour soit pour ■ *' moi rAmour , c'est-à-dire le complément de moimême, le choix libre et pur, ma volonté couronn ée d'a ttrait et de vertu. Je veux aimer celui qu'il est bon et beau d'aimer, celui que m'a désigné cet intinct sublime qui ne m'a point trompée. Je sépara enfin l'intérêt et la servitude — de l'amour».

Voilà certes une impulsion régénératrice pour la société entière. Les fondements injustes de Fan tique tressaillent ébranlés. Je connais d'honnêtes épouses qui, étant à celui qu'elles n'aiment pas pu n^aiment plus, commettent le péché véritable dont la femme nouvelle rougirait. Le maria ge a beau être légal, il est un opprobre quand il est le fruit des instincts de lucre ou des convenance s mondaines. La seule loi est dans la liberté d'un cœur capable de choisir son allié et le père de ses enfants. S'aimer est une chose sainte. On entre dans l'amour comme dans une transfiguration. Celles qui ont pénétré dans cette terre pro-' mise des grands cœurs, celles-là, au lieu d'être ' méprisées et bafouées parla lâcheté et l'hypocrisie ■. sociales, doivent être saluées comme des prophé- '\

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tesses marquées au sein et au front du signe des rédempteurs.

€ LAMOUR LIBRE > ET l'aMOCR AFFRANCHI

Mais quelle sera la limite de cet affranchisse gient de l'amour ? Elle n'en aura point d'autre que les limites mêmes de Pamour. Je n'aime point ce mot qui a traîné dans toutes les rengaines bruyamment révolutionnaires : V Amour libre. Je ne rêve pas d'odieuses rondes sabattiques (il y en a déjà trop), mais l'affran chissement dftj^ Iftpmsi^ i^ y où la débauche commence, où le libertinag eéclate , l'Amour a cessé. La femme nouvelle ne veut point de ces terrains perfides où l'homme a mis ses pièges. Elle sait n'être pas, comme sa sœur antique, naïve ou perverse aveuglément, (qui dira à quel point dans le passé ces deux mots « naïf » et * pervers » pour la femme s'identifièrent?) eHe sait n'être plus la dupe des intincts troubles, germant comme des fleurs d'étang sur l'oisiveté (»t sur l'ignorance. — Marguerite ira toujours vers Faust, mais d'une parole ferme, d'un regard que les bijoux n'hypnotisent plus, elle chassera le Mé-

phistophélès, père de ses rancunes et des folies de rancien couple, vite délié. La femme nouvelle, quoique Ton en ait dit, ne s'associe pas à ce retour vers l'animalité que lui prêchent desérotomanes. L'amour vé ritable ne porte pas un bandeau 'et n!Q§tp^§.uïi.enfantdéréçlé. Il ne s'égare point au hasard au milieu des fades rosiers où dorment innombrables les satyres et les nymphes. C'est upe b elle lèvre saine, des beaux yeux clairs crui .fx regardent la vie jusqu'en ses profondeurs, purifient f! lajiature par l'intuition et la sagesse. I

l'amour matériel né doit être que le geste

DE l'amour intérieur

Je sais que certaines Saint-Simonienncs, — par exemple cette infortunée et ardente Claire Démar, — allèrent jusqu'à prêcher la licence de l'étreinte par une sorte d'ivresse montant pour elle des justes libérations de l'amour. Mais par l'exemple de leur vie héroïque elles prouvèrent que j?L!a femme, peut parfois, comme les hommes, laisser son langage se porter aux hyperl)oles, elle sait mieux que nous, toujours, la dignité de

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son corps, la sauvegarde de sa conscience. Claire Demar, qui s'était proclamée l'apôtre d'une Sensualité que devait rééditer plus tard le rêve renanien de VAbbesse de Jouarre, faisait mieux encore. Elle restait chaste. Elle garda pour elle le cilice des purs. N'a-t-elle pas écrit en un étrange élan : « Je suis prête, ma vie toute murée ne s'écoule pas au jour sombre, voluptueux et mystérieux des rideaux de soie d'un boudoir ! Et quelle que soit l'heure à laquelle on frappe à ma porte, toujours elle s'ouvre au visiteur. Vienne l'anathème, la persécution, encore ime fois je suis prête ! J'estime qu'il était bon que celle-là fût toute chrétienne, toute spiritualiste dans ses actes, celle qui oserait plaider la cause de l'amour matériel. » Claire Demar n'attendit pas les persécutions prochaines, elle les devança, se tua en toute volonté, préférant le suicide, cette sorte de supplice, que pour ma part je juge inférieur au martyrequi trouve la mort sans la chercher. Mais paix à sa faiblesse plus touchante et plus haute que toutes les mondaines agitations ! C'était une désorbitée entre • les autres apostolines raisonnables et plus sûres de soi. Elle tomba, victime de l'intempérance géniale de sa pensée, assez punie, certes. Mais elle

ne dit qu une phrase du Grand Evangile. Car si la femrne nouvelleveut, pareille en ceci à l'ancienne, Tamour matériel — .tarant de la race, elle veut j:jue cet anaour matériel demeure le geste de Tamour immatériel et intérieur qui seul le léffitime, qui seul le rend bienfaisant et heureux.

LE MARIAGE d'aMOUR EST-IL LE RONUEDR ?

Il faut cependant sonner le glas de quelques illusions des je unes filles nouvelles. Le vœu de

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TAnglo-Saxonne, par exemple, c'est le mariage d'amour. Il est « le Bonheur », dit-elle. Voilà bien le langage autoritaire des jeunes filles. Le mariage d'amour, tel qu'elles le comprennent trop souvent, c'est-à-dire l'obéissance aux attraits, est tout au plus « un bonheur », quelque chose de doux, de transitoire et de grand. M""* Arv^de Barine a fait énergiquement le procès de l'union passionnée ; et elle l'a écrasée. (ou pensé le faire) avec Bossuet, l!ourclaloue,Proudhonet autres. EUeaussi, dans un sens contraire, est allée trop loin ; car un prédicateur catkolique ou athée ne comprendra jamais rien, ne devra rien comprendre à la vraie fenij^ne et aux inipé-

rieuses nécessités de cette âme et de ces sens. Son

rôle à lui est d'être antinaturel, de briser les individiialitésaujougd'unidéalpréétabli(^t autoritaire. Le mariage d'amour est-il tout pour la femme? Non. N'est-il rien pour elle? Non, encore. Le ma riago d'amour est u© hu^de noHejexcjJtat^^^ pour le jeune homme et la jeune fille. Là surtou^il faut l'ençou rager, l'applaudir. Je sais des âmes que son espoir a trempées, des corps que son rêve a laissés longtemps sains et purs. Ceci ne fut pas vain. Et quand il survient, c'est une bénédiction, un épanouissement, — un sacrement selon le sens auguste du mot, un beau lien vraiment légitime c'est-à dire où la nature est complice, où la chair dit oui, où lïime accepte, où les fleurs et les anges sont d'accord. Jésus croyait le vrai mariage indissoluble, car, disait-il, on ne fait qu'un. Mais il laissait la loi de Moïse aux cœur durs, le divorce ; le divorce, le lien déchiré parce que jamais il ne fut. Vous n'êtes vraiment mariés que si vous vous aimez. Alors une troisième personne se crée; non pas l'enfant qui n'est qu'un symbole de Tunification, une branche qui jaillit, puis se détache, puis devient étrangère au couple et fait un arbre SMr un nouveau terrain, mais une véritable troisième per-

sonne formée des deux mie nous vovods, un être ^supérieur complet gui existe au-dessus d'eux, d une vie divine. Et cela est dans la jeunesse, dans la maturité, dans la vieillesse, dans la mort. Cela est bien davantage que Thomme et que la femme que nous voyons. Voilà ce que peu ont compris, ce qu'il faut aflSrmer de toutes ses forces.

Voilà te mariage d'amour, le vrai, où la race elle-même retourne au second plan.

Avant jde^songer à l'enfant, l'amour songe à luimême^ Ah, triste philosophe, philosophe indigent, celui qui veut mettre dans l'amour une autre loi que l'amour. S'il n'en était ainsi, la grande extase, le grand attrait seraient limités à certaines époques, à certains types ; tandis que ^l'am our va et vient, frappe où il lui plaît, se rit ,«JbiSB.jis L'espèce, et combien d'unions infatiga-

blement amoureuses sont stériles ; il semble que l'enfant ne v ienne qu'aux premiers jours de lassitude c omme pour établir un lien nouveau, car un peu du lien primitif s'est brisé. Hélas! mystère troublant: dan s le mariage d'amour, l'amour est rarement éternel. Ah que la jeune fille médite, qu'elle cr.ée en elle cette clairvoyance qui lui fera dist inguer le vrai mariage d'amour, celui qui sera

capable de durer en se traasfûrinaiit.TgglÊ&tJà. Et voilà pourquoi, parlant à la petite fille, je lui ai dit de briser sa poupée qui est un leurre, parlant de la jeune fille, j'ai accroché au mur de sa chambre le petit tableau de celle qui étudie. Ah ! faites-vous dos /^gigUU^ m'pTjt f^^^ ypiiv n'av ez pas de pauvres instincts incohérents^ flUÎ PÇ sav ent rien, ne peuvent rien, niarçhentdélihéréinefttyers le piège. Au-dessus de ra mour, avant lui, a près lui, il y a la personnalité consciente ; cela^ seul compte, car si cette consciecice Ji' existe^ jjointj^^ il n'y aura que passions et qu'infortunes; le mariage d'amour ne sera plus Le Bonheur, mais un bonheur, suivi de quels dégoûts et de quels deuils ! Pourtant bien qu'incomplet, encore qu'éphémère, il faut le respecter et le bénir; car môme les humbles qui le partagent en ont toujours gardé quelque chose de grand.

l'idéal c'est le couple, la vie ce sont les couples

Et j'ai entendu cela : L'homme est pour la femme un initiateur comme la femme est pour l'homme une révélatrice. La prétention si haute.

si pure, si belle du mariage chrétien : une seule femme 'et un seul homme unis pour toute leur vie, voilà un idéal à conserver et à chérir, un idéal qui se réalisera peut-être un jour quand l'humanité entière sera consciente, c'est-à-dire clairvoyante; un modèle, un exemple, si vous le voulez^ mais non pas, il faut le reconnaître, le fait du plus grand nombre.

Jetons bas une bonne fois le masque hypocrite, montrons combien elle est déchirée et rapetassée la tunique menteuse qui s'appelle ^ l'unité d'amour », robe de Nessus de combien d'âmes loyales et ardentes, habile costume qui sert aux comédiens et aux comédiennes de la vertu pour mieux cacher un prudent libertinage.

Plaçons devant nos yeux, devant notre volonté, au fond de notre désir, s'il se peut, la statue sainte de l'amour uniq ue. Si tu ne crois pas à cela, tu es déjà une courtisane, quand même tu serais encore chaste. — Mais voici, ô femme, que celui-ci s'est arrêté près de toi ; son visage n'ost-il pas semblable au Dieu que tu adores? Écoute, il te parle. Dans son baiser un secret est passé. Et cet autre arrive quand le premier a fui et c'est encore un enseignement que son étreinte. Ah! je le sais, ces

vagues diverses du grand océan d'amour portent en elles lamertume autant que la science. Tâchez de retenir la vague; |déjà elle s'est dispersée entre vos doigts. Quant à Tocéan, qui songerait même à Tétreindre tout entier d'un regard? Mais la sagesse est à ce prix. Une vérité nouvelle est dans tout sincère amour. Ne détournez pas la tête, même si vous savez le fiel qui vous attend au fond du calice. Ne fuyez que, si au lieu du saint graal, c'est le verre fangeux, si au lieu de l'amour c'est la distraction malsaine. Lisez le grand livre obscmr de la vie aux traits de flamme dont chaque baiser fervent raye l'opaque nuit.

CELLE QUI FUT SINCÈRE DANS SES MULTIPLES AMOURS EST TOUJOURS RESTÉE PURE ET FIDÈLE

Si toutes les fois tu as aimé sincèrement, rappelle-toi que tu n'as aimé qu'un seul homme à travers ces fantômes trop matériels que tu étreignis. Ton âme, la seule réalité qui soit certaine, fut fidèle. Ton âme rappelle ces épouses chrétiennes qui n'ont jamais regardé que les yeux d'un seul. Elle ne s'est pas trompée. (îUe, elle a

poursuivi le même idéal. Il importe peu que ton corps ait cherché des contacts regrettés et dessouffles oubliés déjà, certes. Ne doit-il pas se dissoudre un jour sous la terre, comme tes fautes se sont disséminées et perdues sous ta douleur?

Ton âme purifiée se réunira alors avec l'époux de ton choix dont tous tes amants n'avaient été que des reflets si imparfaits, si incertains que tu avais cru être la dupe d'un inexorable mensonge. — Non, pauvre femme douloureuse et pardonnée, toute saignante (et aussi, à cause de tout ce sang, toute blanche !) n'aie pas honte de tes abandons. Tu n'as guère été salie même auprès des plus impurs. L'Amour, entre eux et toi, plaçait un rempart d'imperméable lumière. Eux seuls furent vils parfois, toi, tu es restée pure; en tout cas, tu l'es fedevenue. Ta récompense immortelle t'attend avec sa couronne plus étincelante que celle des anges et des viey^es qui ne péchèrent point, rn^is qui n'ont pas aimé.

Cependant quelques-uns, quelques-unes ont cru en la réalité yitale de la loi d'unité. Certains y croient encore. Otte loi est la loi des cœurs stricts et héroïques. Je ne puis croire qu'une mystificati<Mi finale attende ces nobles vies. Dieu ne raille

jamais la foi on l'idéal poussée jusqu'à un martyre qu'il no demanda point. Il y a là un grand mystère. J'ai dit que le baiser est une initiation; qui sait si au fond de l'abnégation, du renoncement, une voix suprême ne révèle pas aussi l'irrévélable ? Je sens dos ressources infinies et comme des forces inconnues dans la résignation. Mais la nature nous supplie do limiter le nombre de ces vies admirables, de no pas trop faire de parfaits, de peur que le nombre des monstres ne vienne à grandir. Je sais dos hommes qui n'ont ou n'auront qu'une épouse que, pout-:^tre, ils n'aiment point. Je sais des femmes, je sais bien des femmes qui n'ont eu qu'un époux ol qui sans doute ne Tout point aimé de ce sontimont que la volonté ne peut créer et qui s'appelle « auKuir ». Ils ont regardé passer, elles ont regardé passer ce qu'ils appelèrent les tentations et ils sont restés immobiles, et elles sont restées immobiles. Ils ont vécu sur la terre sans s'y étendre et sans s'y réjouir.

Ont-ils ou lort? Peut-on avoir tort d'être sublime ? En tout cas il est permis de suivre un chemin moins isolé. Nous habitons cette planète non seulement pour la fouiller on tous sens, pour battre tous ses chemins, commimier avec tous ses

paysages, mais encore pour orner notre moi d'un riche album de sentiments et d'idées. Ainsi, lorsque nous nous coucherons pour jamais dans le limon maternel, nous pourrons, comme la fleur qui a répandu tous ses parfums, épanoui toutes ses couleurs, chanter par nos actes que nous avons réalisé tout le possible et mérité la grande paix, d'où ne nous sommes sortis que pour y retourner plus savants et plus justes.

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