‹ L'Ève nouvelleChapitre 51 sur 72 · ÉVOLUTION ET PERFECTIONNEMENT DE LA GALANTERIE MASCULINE · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION ET PERFECTIONNEMENT DE LA GALANTERIE MASCULINE

Je ne m'associe pas à la campagne de quelques émancipatrices contre la galanterie, qui, je crois, se transformera encore en plus de r es£ect et d'empressement défensif. La force musculaire ne sera j amais rav ie à l'homme, pas plus qu'à la femme la grâce> La force musculaire, dans une société raisonn able et affinée, sera de plus en plus dévolue A-Jâ-gard^.de la grâce. Donc toujours et de plus en plus l'homme observera ce charmant devoir, et comprendra mieux cette réalité profonde dont il n'avait autrefois que le vague pressentiment :

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la femme est une créaturedj élite et > comm e telle, délicate . I l ne faut jamais craindre d'avoir pour elle trop de soins . Remarquez que j'ai dit « délicate » je n'ai pas dit «maladive » comme feint de le croire l'homme d'aujourd'hui qui met dans sa protection mie nuance dej^itié (que ces dames les « antigalantistes » ont raison certes de lui retourner). Avez-vous regardé dans certains laboratoires des machines très perfectionnées dont l'usage est à la fois indispensable et difficile ? Elles mesurent ou conduisent des forces plus subtiles et c'est presque une preuve de supériorité que cette délicatesse infinie. Aussi ceux qui les manient leur doivent-ils des égards particuliers. La galanterie future, je l'envisage sous cet aspect. La galanterie présente n'est pas déjà si foudroyable.l.aissez donc l'homme êtrejgalant,mème à sa manière, non sans fatuité et outrecuidance. S'il y a en cela quelque ridicule, ce ridicule Im revient, tandis que l'hommage vous demeure. Et puis ce soir-là où il aura été galant, la brute aura chômé en lui. Rendez-lui ce service. Voyez un homme au bal : s'il est jeune et soigné, je ne sais quoi de gracieux le pénètre. Afin de conserver un jarret insatiable de rhythmes, pour se serrer dans

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un frac élégant, il mange moins, boit moins, s'exerce à conserver quelque plastique; il s'affine, vainc la matière, endigue Tanimal intérieur. Je sais bien — et j'y reviens — que ce n'est pas sans jactance. Mais aussi lai. femme moderne a yrahnent besoin de son bras. Voyez-la, de pas incertain, sur ses talons trop hauts, le souffle court, coupée on deux par le corset qui rappelle le préhistorique carcan; un coude hâtif la jelterait par terre. Quoi d'étonnant si le cavalier se penchant vers elle avec sympathie et déférence y ajoute quelque très légère commisération? Ce bras, c'est le symbole de la,..prQtection ^prétendue, que rhomme daub la société se flatte d'accorder à la femme : mais aussi c'est l'aflirmation d'un devoir qui ^nous incombe à tous, et qui dans l'avenir sera accompli sans nuance d'humiliation. L'Kve nouvelle, plus saine, plus forte, sera toujours femme, c'est-à-dire d'un organisme trop affiné pour ne pas rester faibli» devant la brutalité et l'athlétique vigueur. La protection volontiers dédaigneuse d'aujourd'hui se modifiera en attentions légitimes, en cull(» véritable pour celle qui aura toujours le premier pas. La galanterie grandira, elle se purifiera en devenant le rite véridique d'une sincère religion.

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OÙ l'admi ration s'augmentera au souvenir des injustices du passé, la reconnaissance s'unira au repentir. Plus de mensonge en..cet enccnsjiaturel et mérité. Et ce sera la récompense du grand effort féminin ot comme la nécessaire atmosphère où se développe la Déesse qui est dans l'Eve éternelle. Grâce à ces soins évocateurs, il semble qu'on entende un frchnissement doux et que tentent de s'éployer les ailes closes, peut-être en ces belles hanches, chrysalides d'un papillon sans pareil.

LA DÉFEiNSE DE l'aSCÉTISMIC

Je laisserai à quelques x\méricainos positivistes la responsabilité d'une inutile campagjie contre Tascétisme. Ortes l'ascétisme ne doit point ôtre prêché aux dépens des vertus liumaines ni surtout imposé. Mais vous n'empêcherez jamais, — jamais entendez-vous — même en réalisant sur cette terre les plus ])eîmx rêves sociaux, vous n'empêcherez jamais des âmes frénétiquement délicates de s'élancer par une fuite obstinée et volontaire, loin du monde, loin de votre terre, loin des hommes et des femmes. 11 existe véritablement des natures

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irréconciliables avec la vie. Celles-là possèdent des nerfs irritables et délicieux, un tempérament inouï et mélancolique qui les séparent, mieux que des abîmes, de la genèse où vous vous complaisez, des sensualités licites, qui à vous ne vous semblent f as grossières comme à elles. Elles n'ont point l'élan irrésistible et un peu brutal des apôires-; d'autre part elles ne sauraient souffrir la vie commune sans en crier comme d'une insupportable torture.^N^mposez jamais rien à personne, même de vivre. Elles sont à la fois supérieures et craintives, débiles et trop suprêmes ; elles sont une erreur de la Loi qui les voua maladroitement à une planète dont elles ne s'accommodent pas. Respectez-les au lieu de les objurgucr, au lieu d'augmenter leur recroquevillement par votre tintamarre inutile. Ayez pour elles le sentiment que les anciens professaient pour les aérolithes qui, tombés de l'éther et n'étant pas taillés dans le terrestre minéral, leur apparaissaient sacrés. Laissez-les se vouer aux profondeurs charmantes des cloîtres. J'imagine que si l'humanité est moins injuste et si l'harmonie fait quelques progrès dans le monde, de plus en plus les cloîtres deviendront

rares. Quoi qu'on fasse, ils ne disparaîtront jamais,

ils n'en deviendront que plus beaux. Il restera toujours sur les nappes de la vie des miettes d'âme divine. Elles sont inutiles et oisives, dites-vous? Ah, que votre esprit, si vous croyez cela, est ténébreux et mesquin. Elles sont inutiles pour vos desseins monotones, elles sont oisives pour vos labeurs ingrats. Qu'il soit permis à ces mains que vous déclarez paresseuses de s'allonger et se lier comme un fer de lance qui frapperait les portes sourdes du Ciel. Elles ont leur rôle mystérieux, qu'il est à peu près inutile que vous sachiez, car vous ne le comprendriez guère. Ce sont les usines du courage, les moulins aux grands bras ailés où le grain de providence est broyé, les manufactures de nos vêtements célestes ; elles créent des anges dans l'humanité bestiale,elles rétablissent l'équilibre du monde. Dans lun des plateaux de la balance l'ordure et le pus humains se déversent en ondes épaisses; elles jettent à profusion dans l'autre plateau les prières, les sanglants sacrifices, les humiliations, les chastetés et les chevelures coupées. Et tout cela fait que l'immondice n'est pas encore victorieuse ici-bas.

Le mystère de leur silence est entendu par l'âme de l'univers. Emerson parle de ces hommes incon-

nus qui méditent en province, ne lisent pas les journaux et sont le sel de la patrie. Il faut aussi des femmes du même ordre, mais plus contemplatives, — car rien ne doit ressembler à rien — pour que les actives et les frénétiques puisent, sans comprendre, en ces réservoirs lointains d'énergies, une perpétuelle rénovation. A la fin de l'hiver, n'arrive-t-il pas aux branches desséchées d'appeler muettement la sève inépuisable des racines ? Et les douces racines consentent, de par la complicité du printemps, à raviver l'arbre tout entier, puisent dans les forces cosmiques le salut et l'élan de toute la plante. Ces femmes sont de véritables racines, enfouies dans l'âme de l'univers. Elles ressemblent aux Dieux et aux Sources, On peut les comparer à Tencens qui n'est pas vu, au cantique que Ton n'entend pas, à l'hostie qui se cache. Mais si tout cela n'existait pas, quelque chose d'inlime manquerait à l'univers. Le Divin s'enivre à ces hommages qui semblent à beaucoup une absurde folie, il les accepte, les rend, leur obéit peut-être... Qui sait si en ces chastes, en ces éplorées,en ces oublieuses qui affectent de n'être plus vivantes, n'habite pas, en effet, la raison secrète de notre agitation et si ce n'est pas avec leur renoncement

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immense que se fabrique le gâteau de joie où nous mordons épordument?

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