LA FIN DE LA JALOUSIE
S'il y a un sentiment bas, odieux, déchirant, meurtrier et médiocre, c'est la jalousie. La femm e nouvelle s'est {promis de l'extirper du monde, et si elle y réussit ce sera une œuvre pie entre toutes les' autres. L'excuse de la jalousie, je sais qu'on la cherche dans l'amour. « On est jaloux quand on aime >>, voilà le dicton courant. Dans quelle humanitc'î d'anthropoïdes et non d'hommes et de femmes vivons-nous donc ? La jalousie est mâle en principe, mâle et femelle dans l'existence quotidienne; mais sa source est le sentiment de propriété le plus injuste, l'illusoire et maudite espérance d'enchaîner les âmes comme autrefois (m liait les corps. Sur ce vice des plus rétrogrades, pèsent toutes les cruautés ancestrales où se comphit l'humanité : l'inquisition, la torture, le supplice des cannibales, le cannibalisme luimême. La dame de Coucy mange au moyen âge le cœur de son amant pour qu'il ne la trompe
plus. Voilà une jalousie qui dépasse celle d'Othello, en partant du même désir, celui d'accaparer jusqu'à Textinction l'Aimé, et cette fois jusqu'au dévorement ! La femme est jalouse comme l'homme, mais par reflet; elle est jalouse parce que l'homme lui a fait croire qu'on n'aimait bien qu'en jalousant. Et la femme a toujours cru les balivernes de son maître. Alors elle fait tout ce qu'elle peut, pleure, miaule, griffe, empoisonne toute la vie et se dit : « Comme il doit être content, comme il doit voir que je l'aime ! » Craignez Othella! Si Othello étoufl*e, Othella assomme-. Mais, convenons-en, la plupart du temps l'homme se rengorge, étant très lier et très content. « Voilà une bonne élève, » songe-t-il , car la jalousie est originaire du mâle ; il fut jaloux de la femme battue et attachée, comme un chien est jaloux de l'os qu'il ronge. Tel est le fondement de celte délicieuse façon de faire comprendre qu'on aime : rugir et montrer les dents comme une bête que l'on dérange du travail stomacal, ou génital. Depuis il s'y est ajouté de petites choses charmantes, comme l'imagination obscène, très spéciale à Thomme. Je suis jaloux de ma maitresse, car j'ai ce don vraiment ingénieux de la voir successivement de-
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vaut mes yeux intellectuels entre les bras de tous mes amis et de quelques autres. nature, ô amour délicat, Je m'incline et je t'adore !
Cependant il faut plaindre au moins autant l'homme du passé jaloux que la femme nouvelle jalousée. Celle-ci, il est vrai, traverse un enfer inconnu du Dante, et sa liberté, sa fierté individuelle rôtissent au feu instinctif d'Eros, mais l'homme ancien lui fera certainement verser tout de même, au milieu dos éclairs de colère, des larmes sincères de commisération. Car elle sait de plus en plus combien il souffre profondément le malheureux, même quand il la tourmente le plus, de ne pouvoir la tourmenter davantage encore !