LES EXCENTRIQUES
Ne vous effrayez pas des exceiitricités de certaines propa gandistes. Tout mouvement nouveau attire à lui beaucoup de désorbités. Cela est inévitable. Je dirai même plus, cela est nécessaire. Voici pourquoi.
Les équili brés des deux sexes, les cerveaux de
sens rassis, les habiles, les plus forts, les intelligences perspicaces, sachant se résigner, les individus, en somme, ayant profité de l'état social actuel ou étant arrivé par lassitude à le supporter, n'iront pas tout d abord ver s une idée neuve . Ils y perdraient trop, cette idée serait-elle juste et bienfaisante et la comprendraient-ils. Qui aussitôt s'élance? les niécontents, les déshérités, les qxcentriques prêts à rechercher quoi que ce soit qui puisse les revancher de leur déroute. Ces fous et ces folles, — si vous aimez ce gros mot ne signifiant d'ailleurs rien de précis et qui peut même être pris en bonne part — se laissent conquérir joyeusement à l'imprévu et au nouveau, surtout quand il s'y mêle quelque révolte contre leurs temps dont ils sont les adversaires vaincus jnais acharnés.
Ils et elles se groupent, véhéments et gesticulateurs, autour de quelques apôtres réfléchis, patients, inspirés, qui participent au centre du monde. Car n'allez pas croire que je veuille confondre les apôtres, ces émanations humaines du Divin, avec les excentriques et les têtes fêlées. Les géni es révé lateurs sont la fleur suprême de la planète, comme la venue d'une race supérieure au milieu de nos
races abâtardies ou débiles. Ceux-là, ils sont sacrés. Ils sortent du niveau vulgaire, ils appartiennent à une patrie plus belle. Par pitié en quelque sorte, sans même que cela soit pour eux un devoir, ils nous endoctrinent. Leur envoûtement sublime atteint d'abord ceux que la société a exclus ou à qui vraiment elle fit une part trop étroite, car il est plus aisé de persuader ceux qui ne sont à personne que les esclaves ou les exploiteurs des vieilles mœurs triomphantes/Je discerne quelque chose de providentiel en cette mainmise sur les fous. Ceux-ci sont le meilleur levain de la régénération. Ils ne respectent rien, n'étant reliés à rien. Ils se jettent avidement sur les proies les plus difficiles, ne redoutent ni les rebuffades, ni les rires, ni les coups. Us pratiquent aisément et par inconscience le sublime.
Coadjuteurs merveilleux, serviteurs qu'il faut bénir ! Les Arabes ne regardent Jamais passer un fou sans s'incliner comme s'il portait un message de l'Inconnu. L'extension donnée par les gens raisonnables aux idées qu'ils professent est à peu près nulle. Une chose n'est raisonnable, c'està-dire admise par eux que lors qu'elle est admissible pour tous, lorsqu'elle est admise par tous.
Î7 l'ève nouvelle
Il n'y a rien à faire avec eux. C'est Teau tiède, amollissante, que le Christ a vomie. Tandis que les bons fous se démènent en vrais fous qu'ils sont. La populace s'assemble, bée à leur parade, écoute leur parole assez attentivement parfois pour les lapider. C'est alors la véritable victoire, l'assurée, la durable. L'idée, débarrassée de sa gangue grotesque, sort toute pure, éblouissante, devient ange, convertit toutes les intelligences, emporte avec elle la crédule, trébuchante et faible humanité.
L'éternel Messie féminin
A tous les coins sociaux, en toutes les patries, la fpi[T^TYiQ nouvelle allume des phares. Armée indomptable, inépuisée, n'ayant d'a utre drapeau que Tidéal hum ain, d'êtres buts que les semailles dej^a^pensée à répandre dans le monde, le bienf ait et la réhabilit ation distribués aux faibles, aux malheureux, aux enfants, aux femmes.