‹ L'Ève nouvelleChapitre 57 sur 72 · LÀ FEMME SEULE PEUT NOUS GUÉRIR DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LÀ FEMME SEULE PEUT NOUS GUÉRIR DE LA GUERRE

Il faut comprendre ceci d'abord que la guerr e est une maladie de l'humanité, un goût dépravé, une tumeur ancienne qui tout à coup refleurit et coule. L'humanité pacifique c'est l'humanité.guérie de cette humeur belliqueuse, de ce fluximpur.

La paix entre tous et pour tous, ce rêve, la première, la femme le condense en ce cri qui jaillit de l'Autriche : « A bas les armes ! » La baronne de Suttner le jeta vers les quatre coins de l'Europe. 11 eut le retentissement qui accueillit autrefois La Case de fonde Tom, ce roman de M""" Beecher- Stowe qui, mieux que tant de congrès antiesclava-

gistes, délivra une race, rompit des chaînes honteuses surtout pour ceux qui les avaient forgées. Les sociétés pour la paix se sont depuis étendues dans le monde entier. Je ne dois pas oublier de citer chez nous les admirables efforts de M""* Potonié Pierre, une grande apôtre féministe. Les ironies de Voltaire, les colères de Hugo, qui préparèrent le magnifique mouvement d'amitié entre les peu pies, pâlissent devant l'angoisse souveraine des mères et des épouses. Celles-ci doivent porter à la Guerre (le plus formidable aspect de la Brutalité et de la Barbarie), ce coup mortel dont le petit David renversa Goliath. Leurs mains pacifiques, conservatrices de la race, pures du sang des nations, sauront briser les glaives de l'avenir et enchaîner un jour d'un charme magnétique les boulets. Elles ont trouvé d'ailleurs la véritable méthode en combattant d'abord l'instinct de Cruauté, racine des combats, l'Alcool qui est l'excitant matériel du guerrier et la Débauche, état d'âme naturel du soldat, la débauche, qui est la forme psychologique de l'envahissement, de la conquête injuste et de la stérile gloriole.

Je n'ignore pas que certains hommes se sont attelés ardemment au chariot pacifique ; quant

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aux solutions proposées par toutes les sociétés de généreuses tendances, mais peut-être de naïve foi, elles me semblent impraticables. Tout mon cœur est à la paix, ma volonté s'allie aux leurs ; mais espérer que les hommes modernes, que les gouvernements modernes surtout seraient prêts à désarmer et à se soumettre à un tribunal d'arbitrage, voilà qui démontre quelle dose d'utopie fermente encore en des cerveauxraisonnables. D'abord les politiciens ou les Césars qui maintiennent les foules plus qu'ils ne les dirigent, ne renonceront jamais aux armées réunies surtout pour défendre leur usurpation. Quant aux arbitres, on ne les écoute que s'ils sont favorables à nos projets; sans cela, on passe outre. L'heure arrive toujours où l'homme, après avoir un peu atermoyé, retrousse ses manches pour le travail sanglant. Il y a, je sais aussi, l'hypothèse de la fédération des peuples, «les Etats-Unis d'Europe», disait Hugo. Ceci du moins est un espoir qui n'est pas impossible à poursuivre mais dont l'accomplissement nous renvoie à plusieurs siècles au moins. En attendant, que faire? Ruiner psychologiquement l'instinct belliqueux. Tout est là. L'homme est-il capable de continuer à exister et évoluer sans le combat et sans sur-

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tout le goût de se battre ? Est-il faux que le meurtre et la guerre, selon le vers fameux, soient l'engrais de notre civilisation? La vraie méthode consiste, voilà certes un prodige I à changer l'homme ; seule la femme le peut. Elle le veut. La propagande féministe, je le répète, me semble excellente. L'homme se laissera-t-il faire ? Le peut-il même? Je crois que bien des peuples en arrivent à tomber dans une telle décrépitude et une telle licence par le fait d'une paix trop longue qu'ils deviennent indignes de cette paix, s y étant amollis, c'est-à-dire amoindris, au lieu de s'y épanouir. Ils attirent le fléau, ils le méritent, ou mieux encore, ils doivent \ attendre leur salut de ce fléau. Celaest triste à dire, \ cela est vrai. La guerre a été parfois un bienfait ! pour une nation. Le livre terrible, la Bible, nous : montré sans cesse un Dieu amoureux et bourreau ! de son peuple... Israël est massacré et purifié sans | cesse. Israël devient indestructible à force d'être 1 détruit. Mais qu'il nous soit défendu de concevoir ; une humanité sans la guerre — alors je m'indi- ! gne. — La guerre est un pis aller, la guerre est l'opprobre d'une planète assez ingrate pour ji'avoir pas été transfigurée par le passage des prophètes et les pieds divins de Jésus et de Bouddha qui

daignèrent la fouler. Notre devoir est de combattre la guerre, de la déraciner dans les cœurs et dans les cerveaux avant que de l'extraire de nos budgets. Le jour où l'homme aura compris, il laissera tomber ses armes, de lui-même ; les canons, les fusils, les terribles engins d'explosion et d'incendie seront relégués dans les musées à côté des instruments de torture, sujets intarissables d'étonnement pour une humanité émancipée qui ne s'expliquera point comment ses pères ont pu consacrer tant d'intelligence et de talent à un tel monument d'infamie (XII).

Je ne suis pas de ceux qui méconnaissent cependant les vraies explosions [d'héroïsme que nous devons à la guerre. Il faut rendre justice à la Mégère des batailles avant que de l'exiler pour toujours dans le néant. Le courage, même pernicieux, a sa beauté. L'homme devenu le statuaire de la mort, peut construire une géniale effigie d'épouvante. La lâcheté physique ne doit pas chercher à s'abriter derrière des amplifications faciles, au profit de la paix et surtout de la peur. Mais il y a certainement des héroïsmes qui ne se mesurent pas à la portée d'un canon Krupp ; Jean Huss est plus grand qu'Annîbal ; tel inventeur inconnu qui

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meurt de faim au milieu de Paris oublieux et frivole a plus d'envergure et de vaillance que Bonaparte au pont d'Arcole.

La femme, diffamée par Thomme, fut dupe surtout du faux héroïsme ; le vieux général chargé de lauriers fut souvent ruiné et déshonoré par elle ; mais elle fut toute au lieutenant bien astiqué, buveur d'absinthe, traîneur de sabre, pilier de maison publique. Elle aima le matamore de garnison.

La^femme^ropriété, la femme butin, est à l'origine de la guerre. L'homme primitif se battit autour de la femme comme autour des autres proies. L'équipée d'Hélène ne prouve rien contre la femme que sa fragilité. « Qui femme a, guerre a » dit le proverbe, mais c'est la faute des hommes qui, dans cet événement qui lui est si personnel, c'est-à-dire son amour, au lieu de consulter leur cotnpagne libre de son choix, ne consultent que leurs muscles. Qui faut-il plaindre, Paris ou Ménélas? Il faut plaindre Hélène, la pauvre captive, qui ne peut baiser les lèvres qu'elle préfère sans susciter d'innombrables deuils. Certaines plus sournoises, se sont complues par haine de l'oppresseur (l'époux ou l'amant) à les voir s'entredéchirer; en somme c'était « de bonne guerre» : elles

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faisaient se battre entre eux leurs deux ennemis. En réalité la femme vérit able, écouta nt son seul instinct, ne redoute rien plus que la déchirure d'une vie; elle sait trop ce que coûte l'enfant pour ne pas le couver jalousement contre les Destinées. Amante, elle ouMJe les quereUes des cités, elle chérit volontiers dans le parti opposé (Roméo et Juliette), dans le pays adverse (les Horaces), elle nous annonce que le cœur ignore les frontières. Elle élabore dans ses entrailles la patrie

universelle, le baiser des races.

Fabre d'Oiivet raconte que, lors de la première bataille, la femme sépara les combattants en se jetant entre eux. Mais qu'avons-nous besoin des légendes ? L'histoire est remplie de semblables faits. {Histoire philosophique du genre humain,)

Cependant la femme, restreinte aux rôles familiaux, ne pourra ruiner qu'occultement la guerre.

I Elle ne la détruira tout à fait que devenue citoyenne, occupant dans l'état la moitié des pouvoirs. C'est qu'alors la cité ne sera plus physiologiquement représentée par les seuls dépositaires de la force musculaire et brutale toujours prête à se dépenser, mais aussi par les délicats, les énergies de résistance et de réserve, avides d'édifier le

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nid durable, de défendre et non d'envahir. L'homme, phvsiquement, est toujours prêt à la rixe ; la femme, physiquement, désire la douceur et l'harmonie. L'équilibre naîtra de ces deux poids en face l'un de l'autre jetés dans la balance du monde. Aussi je ne saurais trop applaudir à des '"manifestes comme ceux de miss Ellen Robinson qui rompent avec les préjugés encore si puissants semblant j aillir de la conscience hautaine d'une postérité supérieure : « C'est à tort, disait-elle dans une récente visite aux femmes françaises, c'est à tort que dans le passé, les femmes ont exalté la guerre et les conquérants ; elles voient aujourd'hui que la gl oire militaire est une pure chimère et la destruction de l'homme par l'homme un barbare anachronisme aussi en désaccord avec la foi en un Dieu créateur et l'enseignement de Jésus- Christ qu'avec les sentiments de solidarité humaine récemment réveillés dans le monde entier.» Certes, quand le bel officier aura fini de plaire, on s'apercevra vite qu'il est inutile et la guerre inhumaine ; les esprits religieux et les athées humanitaires pourront alors, se liguant, étrangler le monstre cru immortel.

Nous terminons sur un mot sublime dû à un

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groupe de Françaises. Sa simplicité plane au-dessus des sexes, au delà des races; il est à la fois plein de pitié et de douceur : € La planète est trop petite, s'écrièrent-elles, pour qu'en un coin quelconque les humains s'égorgent entre eux. »

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