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LE SALUT DES BÊTES ET DES FLEURS

Le cœur de la grande Isis revit en la femme nouvelle, celle qui aima le monde tout entier et n'eut pas, comme l'homme orgueilleux, la notion antiscientifique du despotisme légitime du fort et du massacre des faibles. Michel et a raconté l'épisode de cette vie légendaire quand la bonne déesse ramasse dans l'ornière du chemin le jpetit Anubis, le chacal, fils de son ennemi le noir Typhon. Elle démontrait ainsi qu'elle étendait sa miséricorde jusqu'aux espèces subhumaines. Vous rappelez-vous les féroces éclats de rire de l'homme lorsque les premières sociétés furent fondées pour protéger les frères et les sœurs plus obscurs? Aujourd'hui il accepte enfin, mais non sans haussements d'épaules, cette forme touchante de la bonté. Cause touchante dont l'expansion est due, dès 1874, aux « ligues de clémence » organisées par des femmes. Elles s'appliquent à extirper la

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cruauté du cœur de l'enfance, € cet âge sans pitié», comme l'a nommé La Fontaine. Mais elles ne se contentent pas d'arrêter de jeunes doigts avides des ailes de mouches vivantes, elles dénoncent l'exemple lamentable de la chasse, des abattoirs, les excès de quelques laboratoires de vivisection. Contre tout le sang répandu en vain, elles protestent au nom de cette science même, qui parfois oublia ses principes dans les abus de ses expériences physiologiques sur les animaux pantelants et entr'ou verts (1). Elles rappellent sans cesse à l'humanité, non seulement les services que lui rendent chaque jour ceux qu'elle se plaît à torturer et à détruire, mais l'immense solidarité reliant tout l'univers qui aime et souffre, les intelligences patientes du bœuf, du cheval, du chien associées par d'inextricables fils aux consciences suprêmes du génie et de la sainteté.

Oui, il se pourrait qu'il y ait un grand mystère de revanche au fond des cruautés de l'homme envers l'animal. Qui sait si le sang des fils d'Adam versé par eux-mêmes en une folie fratricide dans

i. Ce sentiment de pitié est ancré au cœur de vrais maitres.M.Char- \e6 Richet s'est donné la peine, au congrès de psychologie de Munich, d'expliqfuer toutes les précautions dont il use pour atténuer les souffrances des bêtes dans son laboratoire.

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les guerres ne serait pas la rançon de toutes ces entrailles de bêtes ouvertes par les sacrificateurs de tous temps, les prêtres païens, les bouchers, les chasseurs ? Rappelez-vous dans la légende biblique le récit du premier meurtre. Gain offre les fruits de la terre à l'Eternel, Abel les premiers nés de son troupeau et leur graisse. Et qui sait si le couteau d'Abel, tout fumant encore de loblation sanglante, ne ser>ât pas justement à Gain pour inaugurer le premier duel, le premier assassinat, la première bataille? Que dis-je? Ce n'est point là l'opinion d'un rêveur, c'est l'observation d'un psychologue. Le Jour où l'homme sera assez évolué pour que lui soit devenue insupportable l'immolation de ses frères plus humbles, comment pourrait-il trouver encore en lui-même assez de barbarie pour s'exterminer?

Aussi les excessives campagnes des ligues de clémence intéressent Tintellectuel qui rêve les triomphes futurs de l'Harmonie. A côté de miss Lindau, je mo plais à placer ladyTennyson qui veut protéger les fleurs et les plantes. Rappelons-nous Tarquin massacrant des pavots avec sa baguette ; l'envoyé comprend ce symbole qui devient un conseil:

les fleurs en tombant font tomber autant de têtes.

La religion de la femme nouvelle.

Nul être humain n'a donc plus que la femme nouvelle la notion et le culte de l'Idéal, c'est-à-dire

de la recherche indéfinie. Elle n'a accepté ni les

conclusions ni la doctrine positi^^stes. Elle a protesté contre les yeux et les intelligences baissés vers la même piste de cirque où l'on tourne l'un derrière l'autre sans avancer jamais. Elle ne veut point de limite à son désir d'agir et de connaître. M"* Clémence Royer, esprit éminemment scientifique, rejette avec énergie \ugiiste Comte, parce qu'il semble dire à l'esprit humain : « Tu n'iras pas plus loin. » Ce novateur fut routinier quoique bienveillant envers la femme ; il prétendit que la vie publique appartient aux hommes et ([ue l'existence de nos compagnes est essentiellement

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que sur ce point la femme traverse, elle aussi, sa crise d'athéisme exacerbé, ainsi que l'homme, pour revenir plus tard, comme lui, à des sentime nts plus respectueux^ de la profonde beauté des légendes religieuses et des symboles.

Notre siècle, qui voit enfin Taurore de la femme libérée, connaît aussi cette curiosité fréaétique pour les vieilles églises dissidentes, toujours persécutées et outragées, où la femme récupérait l'égalité perdue et même une certaine supériorité en les domaines de la Révélation et de la Stabilité. Car elle était à la fois l'inspirée et la gardienne. La Kabbale, — la Gnose, presque de mode à notre époque, furent les temples secrets de son véritable et logique culte. Elle y était prêtresse et dieu tout comme l'homme, tandis que dans les cultes officiels l'homme seul est prêtre et dieu. Dans la Kabbale, FAdam-Kadmon, le Verbe, le Logos est androgyne, féminin et masculin. La GnDse est encore plus et môme tout à fait féministe. La création, d'après cette très belle et très pure doctrine,, est due à un génie mâle, non pas à un dieu bon,, mais à un Démiurge, mauvais ouvrier de la mélancolique Sophia, la véritable fille du vrai . Dieu.

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l'Inconnaissable, BuGoç, l'Abîme. Sa miséricorde pour le monde matériel a fait déchoir cette Amie de l'humanité. Le Démiurge désobéissant nous fabriqua selon sa propre image, à lui, trop vilaine. Mais Sophia eut pitié encore. Une larme d'elle, une larme du ciel, une larme de femme tomba dans notre épaisse argile, 'y mit le salut et l'idéal en même temps que la douleur, cette source de nos indéfinis progrès.

Il faut noter l'acharnement historique de l'homme contre ces doctrines cependant si délicates et profondes. La plupart des hérésies en furent les filles traquées: l'on se rappelle, non sans un frisson d'épouvante, les massacres des Albigeois qui avaient reconstitué la Gnose, exaltaient la Béatrice et rendaient un culte de préférence au Saint-Esprit qu'ils imaginaient féminin. Les Albigeois furent châtiés et vaincus d'avoir trop tôt dévoilé la Vérité future. L'humanité ne comprend et ne se développe qu'avec une désespérante lenteur (1).

i. Consulter sur ces hérésies : dans le Satanisme et la Magie, le c\i9.^Mv& Rôle fatidique de la Femmeetles Petites religiona de Paris,

proféré d'inutile parole. La pétition de sa mère, si humble, si naturelle, arrive à lui au milieu de son abstraction en de plus graves pensées Xcyet aû-u^

6 *ly\7o^ Ti e[xol xal aoi yuva; (1). Dixit illi Jesus l

Quidmihieilibi^feminàiEl Jésus lui dit: « Qu'estce que cela fait à moi et à toi, femme ? »

€ Oui, qu est-ce que cela nous fait, ma mère? Qu'est-ce qui nous lie à cette foule qui boit et mange? Qu'est-ce que cela peut te faire —et à moi donc ! — un peu plus, un peu moins de vin? Ne sommes-nous pas au-dessus de cela, loin de cela? Mais, puisque tu le veux, ton] désir sera accompli. »

Et cette interprétation est tellement la véritable, Tunique, que le miracle s'accomplit en effet, que Jésus ne dédaigne pas, par amour pour cette admirable femme dont le sang humain coule en ses divines veines, de verser à ces créatures un peu de la liqueur matérielle d'oubli et de soleil.

Par quelle virile et théologique malveillance a-t-on pu interpréter autrement ce texte si clair? Quel œil myope, quelle intelligence bornée et

1. Le mot de yuva n'a aucune signification méprisante ; le traduire en français par « femme » au vocatif, étant donné nos aa^Lgeêy c*est déjà le faire dévier de soa sens.

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antimystique y a lu cet opprobre imprévu jeté sur un pauvre être si admirable de crédulité, sur une mère infiniment tendre et adorante. M. Jules Soury a déclaré que cette réponse inutilement dure démontre la folie sombre de celui qui Ta prononcée (1). Il a raison, mais M. Louis Ménard, le meilleur helléniste de ce temps qui m'a traduit, selon la vérité historique et la syntaxe, la phrase incriminée, efface cette tache que des scoliastes ignorants infligeaient à TEvangile. L'homme apitoyé et tendre qui fraternise avec la Samaritaine, sauve la femme adultère, excuse la courtisane, le dieu de Marthe et de Madele ine reste le féministe, l'ami d'Eve comme du pauvre et du simple d'esprit, ceux qu'il met au-dessus des autres hommes farcis de science vaine et d'orgueil sot.

JÉSUS ÉGALISE l'aDULTÈRE DE l'hOMME ET CELUI DE LA FEMME

Mais la grande parole par laquelle le Messie occidental brise l'infatuation de l'homme, c'est

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