LK GKAIN DE BLÉ INCONNU DANS LA SYRINGE
Ce désir de savoir, cette inquiétude d'épanouir sa propre fleur intérieure, fait de la jeune femme un s])ectacle aussi captivant qu'une cité qui s'édifie ou un soleil qui triomphe des nuages. Cet éveil d'une àme encore inconnue, qu'il est doux de l'observer, de l'aider parfois, de préserver avec ses mains tendues cette flammé naissante! Le petit génie mystérieux peu à peu se dépouille desrou-
tines. Psyché se déshabille de son inconscience et ramasse le miroir plus utile et plus révélateur que la lampe, car la lampe c'est pour voir chez les autrès, le miroir c'est pour voir en soi! L'homme,» qui aura comjjr is la volupté infinie de collaborer à; la création d'une conscience de femme, trouvera- ' \ nen fades et bien antiques les jeux criminels de;don Juan. La joîg^ de sculpier une àme est éblouis- * santé de bienfaits, tandis qu'on ne récolte (lue des ' • remords dans les avilissements de la chair. J'in- * dique ici aux Adams nouveaux une sorte d'amour que les siècles passés n'ont pas connue.
D'ailleurs, rien n'est perdu de tout ce qui ne s'est pas formulé, de tout ce qui n'a point jailli. Dans une lettre ouverte à M™® 0. de Bezobrazow, ]yjme ^Q Pcy rebrune a du moins confirmé notre espoir en ces dons immortels que la femme n'a point assez manifestés... « Le ^erme, dit-elle, est eUj nous bien vivant de la possibilité de création in tellectuelle qui nous est déniée, et ce germe fruc-j tifiera comme le grain de blé enfermé depuis des milliers d'années dans les syringes et qui, libéré, jeté en pleine terre, en plein soleil, retrouve intacte sa germinalion interrompue et croit... jette ses fruits, aussi vivace et superbe que s'il n'avait
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pas dormi depuis des siècles sous la lourde oppression de§ hautaines pyramides ». Mais nous attendons de rÈve consciente quelque chose de supérieur ou du moins de différent. Un grain de blé, même vieux de mille années, est encore un grain de blé. Une pensée personnelle jaillie du cerveau de notre sœur a cette saveur de ne pas ressembler à la pensée la plus originale issue de lobes virils,.. Des merveilles sont réservées aux siècles futurs qui connaîtront seuls la splendeur complète d'une âme de femme.
Le salut par la femme.
M""" Clémence Royer s'est plu à donner à la femme le même conseil de l'action. Si elles usent des droits acquis, les autres droits leur viendront d'eux-mêmes. « Un siècle ne s'écoulerait pas, ditelle, que vous à qui la nature a donné l'enfant, cette force qui est l'avenir, vous seriez souveraine dans une humanité tra.nsîoTméeei sauvée parA'ous(l). » Voilà des paroles précises et prophétiques cependant sur une bouche scientifique. ^Le salut social par la femme, que, le premier entre les hommes modernes je proclamai, n'est pas l'hypothèse d'un cœur crédule, il est un espoir rationnel (XIII).
1. Discours à l'assemblée générale de « l'Union universel le de femmes, 1891. »
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LA FAILLITE DE l'hOMME
La faillite de l'homme, que décrète George Saiid, n'est peut-être pas sans appel. Mais en somme, nous attendons encore de lui une solution pr(''sental)le des grands problèmes vitaux; il n'est même pas sur la voie. Sa science s'est ijifiniment disséminée, tatillonne et claudicaute. Sa littérature est pourrie, son esthétique baisse chacjue siècle ; il a à peu près renoncé à la métaphysique, par im})uissanced'yvoir clair, et il a déclaré impossibl(» à jamais ce qu'il ne pouvait pas tout seul. En morale il a délinitivement perdu tout critérium; quant à l'esprit religieux, il l'a fourbu ou par trop de subtilité casuistique ou jmr un fanatisme autoritaire. L'humanité a besoin d'une réserve fraîche si elle ne veut pas perdre une bataille mal engagée il y a des milliers d'années avec l'univers. Nous mourons d'ennui, de dégoût — ceux et celles du moins qui portent en soi quelque étincelle d'enthousiasjne. Les autres, naïfs ou bassemcuit i>i'atiques, ne s'élèvent guère au-dessus de la bote industrieuse. Et \oilh notre civilisation tant
vantée, où les âmes un peu belles connaissent le plus épouA^antable exil. L'homme est fatigué — avouons-le une bonne fois. — Il a trop donné — et surtout trop pris — depuis des périodes incaieu- . labiés de temps. Aujourd'hui le scepticisme d'une part, la fébrilité de l'autre l'immobilisent ou Ténervent. S'il s'obstine, il marche vers une paralysie générale inévitable. Allons, que la Belle au foyer
dormant entre en scène. Qu'elle saisisse d'une
main gracieuse et sûre tous les hochets du rôle de l'homme. Elle est si attrayante qu'elle pourra \\, uaus gouverner rien qu'avec ses yeux où tout notre 1;< f rêve qui chante Aa s'écrire en regards d'amour et débouté.