‹ L'Évêque d'Autun (volume 2)Chapitre 10 sur 20 · X.A VISITE · texte numérisé non relu

X.A VISITE

Ta ut l'homme a peu de force contre le bonheur et s'en laisse écra>rr !

; Alphonse Karb.)

Lorsque la pauvre mendiante fut de retour à sa place sous le porche de la cathédrale , elle y trouva mille souvenirs encore palpitans, quoique déjà dix années entières pesassent dessus, et elle reclassait dans sa mé-

moire toute la longue série des événemens qui avaient précédé, accompagné et suivi celui que le jeune bâtard d'Orney venait de lui rappeler. En vain la prière et la pauvreté étaient- elles venues changer en espérances d'une vie meilleure les misères fatales de celle-ci , elles n'avaient point pourtant tellement effacé son empreinte cuisante qu'elle ne pût reparaître au frottement du souvenir! Pour l'homme qui a souffert, le souvenir se grave dans l'a me comme le trèfle de l'exécuteur sur l'épaule du forçat; au frottement elle reparaît, et témoigne implacablement de la marque qui y est tracée ; aussi la pauvre vieille femme du porche, replongée dans le flot mondain par la parole puissante du jeune comte, se disait-elle à elle-même :

« Quoi ! c'est là celui qui m'a sauvé la vie ! quand, poussée par le désespoir, j'allai prier l'Aroux de finir mes tortures. 0 mon Dieuî il était bien jeune alors... Je né sais comment cela se fit, à cette heure de grand vertige qui pousse l'être pensant à chercher la destruclion de son être, à l'heure où la vie n'est

qu'un enfer réel et le ciel un vain mot ; à l'heure ou toute idée se brouille dans le cerveau ; à l'heure où tout sentiment de soi se noie dans l'énormité des événemens; je ne sais comment il se fit qu'un être se trouva là, se promenant rêveur sur le sable de la rive, qui me vit me précipiter dans la rivière grossie ; je ne sais comment cet homme vint à moi, et me retira de l'eau qui m'ensevelissait dans ses nappes flottantes ; je ne sais comment il me prit sur ses épaules, ni comment il sécha mes haillons trempés ! tout ce que je sais, c'est que quand une idée plus lucide put percer dans ma vie, je me retrouvai vivante et bien couverte sous le porche de cette cathédrale , assise, comme je le suis, sur celte escabelle dans l'attitude d'une mendiante en prière; ce que je sais c'est que depuis lors j'y suis restée; ce que je sais encore c'est que cette nouvelle condition me convint et que je résolus de m'y retrancher contre les vicissitudes humaines, comme l'homme d'arme derrière son bouclier d'acier ; ce que je sais, c'est que depuis je n'ai pas eu de cette résolution un seul

instant de repentir. Et par un miracle d'en haut, quand je désespérais de revoir jamais celui à qui je suis redevable de mon bonheur présent, il advient que je le retrouve toujours le même, se dévouant à une autre misère , comme il avait compati à la mienne ; et voilà, bonheur inoui, que je puis être utile à mon sauveur! Oh ! je te remercie, ô mon Dieu ! d'ailleurs je ne sais pourquoi un frisson involontaire de joie a traversé mon cœur quand j'allai secourir cette jeune fille. Oh ! c'est sans doute qu'un secret pressentiment me disait que par elle, je retrouverais l'homme qui m'a sauvé la vie ! O mon Dieu ! tu me pardonneras, n'est-ce pas, d'avoir tressailli devant cette étrangère, moi qui depuis que ma fille me fut ravie, n'ai ressenti aucune joie à la vuedes enfans des autres; c'est ta justice sans doute et ton amour, ô mon Dieu , qui ont mis ce secret et fort sentiment au cœur de toutes les mères! c'est toi, ô mon Dieu, qui as voulu que nos entrailles toutes de chair pour les nôtres, devinssent d'airain pour les étrangères; Aussi dans ce frisson que j'éprouvai pour l'é-

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Irângère jeune fille qui tombail défaillante devant moi, je ne dois voir qu'un pressentiment ; ne devant sans doute plus revoir l'enfant de mon sang, il a fallu qiœ cette jeune fille servît d'intermédiaire à mes sensations , au moment où j'allais retrouver celui qui après ma fille doit m'être le plus précieux dans le monde! car à elle j'avais communiqué la première portion de ma vie, lui m'a conservé la portion dernière qui m'en était restée ! Ave Mariai

Et la mendiante continua de réciter cette oraison à la Vierge.

Mais tandis que ces ressouvenirs perforaien t d'outre en outre la tête de la mendiante , te jeune fille donnant à ses idées, pour bâton de soutien, le généreux dévouement dont elle était l'objet, se rendait, à pas comptés, chez son bienfaiteur inconnu. Mais étrangère dans cette vaste enceinte tranchée de mille rtiëà s' enchevêtrant les unes les autres, elle fit bien de chesain et demanda bien souvent la direction à suivre avant d'entrer dans la me Tourne- Mouton; ce, ne fut qu'à une heure après lé

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benedicite qu'elle arriva chez le bâtard d'Orney. La fatigue et la faim s'évertuaient à la tourmenter et donnaient à cette physionomie une expression de douleur si grande que plus d'un passant se détourna pour ne la point voir ; tandis que d'autres lui jetaient en s'éloignani une larme de compassion : stérile expression de la charité de bien des gens; mais encore cela vaut-il mieux au malheureux que la froide insouciance qui passe et détourne les yeux. Une larme ne guérit pas, mais elle console.

Enfin Sarhetta arriva devant la demeure du bâtard d'Orney. Elle soupira sans trop savoir pourquoi ; elle resta un moment debout devant le seuil qui lui semblait, à elle inexpérimentée, ce qu'à César habile avait été le Rubicon. Elle hésita donc avant d'entrer, car une voix intérieure menaçante semblait l'avertir que ce lieu serait pour elle un lieu de perdition.

A cet instant , un son de trompe se fit entendre dans l'hôtel du bâtard d'Orney ; Sarhetta n'y fit aucune attention et restait tou-

jours là, immobile et pensive, plongée dans le flot de ses réflexions douteuses. Mais, contrai rement aux hésitations instinctives qui la retenaient devant le seuil, une pensée vint se placer impérieuse et pressante au milieu de la vaste cour d'honneur où elle craignait de pénétrer, et semblait lui crier, en lui tendant la main : Viens, Sarhetta; viens donc! Cette pensée sublime à la fois et fatale, c'était le souvenir de son père adoptif , c'était Simon- Luc lui-même qui lui apparût; fascination entraînante en ce moment et réclamant d'elle dévouement pour dévouement. Alors elle ne balança plus, et pleine de force et décourage elle franchit le seuil et ne redoute plus de trouver le jeune comte.

Elle était attendue la jeune fille ; car des livrées descendues dans la cour au signal donné par les trompes s'empressèrent de l'introduire , sans même lui demander son nom, jusque dans une petite pièce, l'une des plus retirées de l'hôtel.

C'était le cabinet de méditation du jeune bâtard d'Orney ; c'était le sanctuaire de bien

des pensées mystérieuses, de bien des extases et de bien des larmes attestées, du reste, par le soin grandiose et minutieux que le jeune comte avait mis à l'assombrir. Cette pièce portait sur toutes faces douze pieds carrés, son élévation dépassait plus de deux toises ; de chaque angle partait un faisceau de trois colonnettes gothiques réunies et détachées formant le trèfle ogive, et allait aboutir, en se séparant , à un centre de voûte qui se repliait en cul cfè lampe jusqu'au milieu de la chambre. Une lampe à sept bras en bois sculpté, portant mille configurations grotesques et animées, dormait suspendue à l'anneau qui terminait la voûte et imprimait à l'aspect général de la pièce un caractère de grandeur mêlée de tristesse et de faste. Des meubles sculptés aussi en bois de noyer se déployaient tout autour de l'appartement; le bâtard d'Orney en avait croqué lui-même le plan général et le dessin particulier des basreliefs. Sur douze panneaux en noyer formant les soubassemens de quatre dressoirs égaux en dimension , on lisait tout le prodrome de

l'histoire du monde, c'est à dire que ces douze belles pages de bois retraçaient la Genèse de Moïse, depuis la création du monde jusques et y compris le déluge universel; cataclysme unique dans nos croyances, et septième dans la tradition égyptienne. Ainsi ces douze bas-reliefs retraçaient la création des choses (des élémens), de l'homme, de la femme, tirée dune des côtes de ce dernier; le péché originel, sublime allusion au cours ordinaire des rapports humanitaires ; la malédiction de Dieu sur la désobéissance de nos premiers parens , leur dépossession du paradis terrestre , l'offrande du génie du bien et du génie du mal aux deux puissances motrices, personnifiées : le bien par Abel se prosternant devant le Dieu du ciel, ou génie du bien; et par Gaïn, le méchant, se prosternant devant les feux de l'abîme ou génie du mal; la peinture du mal écrasant le génie du bien en la mort d'Abel , par son aîné Caïn, le maudit; puis la construction de l'arche, l'embarcation des animaux , l'arche sur les flots et le retour de la colombe, heureux messager de paix annonçant au dernier

homme l'apparition de la terre. Et pour séparer-et relier chaque bas-relief, et aussi pour les mieux faire sentir, des cariatides sculptées aussi sur bois et taillées d'épaisseur dans les montans complétaient , ponctuation rationnelle et éloquente, la passion artistique et contemplative de l'ordonnateur. Ces meubles, dans les corps de dessus, au lieu d'avoir pour montant des cariatides comme les montans de leurs soubassemens, avaient, pour supporter la riche corniche tout entière de bois sculpté, autant de torses posées à un pouce environ d'écartement des pilastres et étaient à nombre égal des cariatides du bas qui leur servaient comme d'appui. Dans ces corps de dessus destinés par l'usage vulgaire à étaler les objets de vaisselle et les choses rares, le bâtard d'Orney avait réuni une collection des manuscrits des meilleurs poètes anciens, depuis les psaumes de David jusqu'aux naïves tansons des trouvères et des troubadours; cette collection précieuse faisant d'autant plus honneur à celui qui l'avait formée, qu'il était le seul de sa caste , peut-être , qui eût eu la

pensée de la posséder, et puis il l'avait faite lui, de poésie, d'enthousiasme, cequi explique tout à mon sens.

Quand la jeune Sarhetta se trouva au beau milieu de ces beautés d'ordre nouveau pour elle, qui n'avait vu que le beau spectacle de la création; œuvre de Dieu, si belle, qu'il faudrait être Dieu pour la comprendre et l'admirer dignement; son esprit s'émerveilla aux beautés factices qu'elle ignorait être en la puissance de l'homme, elle se sentit à plusieurs reprises frissonner devant ces objets beaucoup mieux à la portée de ses sensations que le grand travail des six jours. Peut-être déjà commença-t-elle à comprendre la puissance de la fortune, elle qui n'avait jusqu'alors compris que le réduit du pauvre ; peutêtre même se sentait-elle mordue à l'ame d'un désir d'avoir ; elle qui peut-être n'avait éprouvé que le désir de n'avoir rien....

Mais tandis que Sarhetta remise de sa première stupéfaction, admirait l'épaisse glace de métal poli posée sur la cheminée, aux imposantes cariatides de côté au manteau riche

et ciselé, tandis qu'elle s'amusait à poser plus en détail , son œil \ sur le beau bahut gothique aux feuilles de trèfle ogives , couronnant les sept niches de la façade et contenant chacune une figure de vierge ou de saint ; tandis qu'elle cherchait dans l'attribut de chacun des sept personnages à lire la vie d'abord de chaque saint, puis son histoire particulière afin d'arriver à connaître l'histoire symbolique du bahut lui-même; tandis que son regard s'émerveillait devant le grand sablier des heures; tandis qu'immobile et percluse, elle restait posée debout devant les sièges gothiques où elle n'osait s'asseoir, le bâtard d'Orney souleva en tremblant aussi le coin de la portière de brocatelle qui servait d'huis à cette pieuse solitude, et il se retrouva en face de Sarhetta, avant même que Sarhetta l'eût entendu venir. Et tandis que la jeune fille, libre delà pensée séduisante qui remuait son jeune adorateur, demeurait en sa présence tranquille et timide, le bâtard d'Orney, ému jusque dans les profondeurs de sa chair, sentait au cœur un de 4^s longs picotemens volcaniques qui brûlent

l'air de la respiration , dans la poitrine qui Ta aspiré. En vain Sarhetta dénuée et humble, attendait-elle une parole de ce grand seigneur qui l'avait prise en sa protection , le grand seigneur humble dans ses transports et soumis devant l'inconnue n'osait élever la parole jusqu'à elle, et cependant il sentait que c'était à lui à parler, à lui qui l'avait fait venir, à lui qui avait tant de choses à lui dire ! Aussi, acceptant sa position telle qu'elle était, telle qu'elle se présentait à lui , il se contentait d'adresser à la jeune inconnue quelque expression de ce langage muet des yeux , qui pour n'être pas parlé n'en est pas moins plein de fortes expressions. Et, de temps en temps encore , il renforçait ce muet dialogue d'un geste analogue à sa manière de dire , et rapprochant en les croissant ses deux mains frissonnantes, de sa poitrine en feu et gonûée d'amour, il demeurait quelques instans dans cette attitude du suppliant et il s'estimait heureux.

Pourtant, enhardi enfin par le silence que gardait devant lui la jeune fille, le bâtard

d'Orney après avoir jeté dans cette première effusion de l'ame, la première impression trop forte de ses sens , se rapprocha timidement encore de l'inconnue, et ayant pris dans la sienne sa main qu'il souleva, il la porta à ses lèvres et y déposa un léger baiser qui, souffle plutôt que pression, ne fit qu'effleurer l'épiderme. La jeune Sarhetta le laissa faire et ne proféra pas même un souffle d'attention en réponse au souffle d'amour qui avait passé sur sa main. Alors, le jeune comte se sentit naître au cœur un grand courage; il venait de risquer tout ce que son vœu lui permettait encore, et la jeune étrangère n'avait pas reprimé son mouvement; il avait peut-être même ainsi péché contre Dieu , et il sentait en même temps que la jeune fille lui avait pardonné elle, et il s'en applaudit intérieurement. Aussi , dans l'accès de joie que lui causait ce bonheur, il regarda plus attentivement Sarhetta et lui dit en balbutiant :

— Vous avez donc compris ma parole de ce matin, que vous êtes venue vers moi qui vous l'ai dit? Vous avez donc confiance en

moi, que vous venez chercher aide ici ?

— Le malheur, monsieur le comte, ne garde-t-il pas toujours un espoir; l'innocence ne doit-elle pas toujours trouver un appui ?

— Oui, sans doute; tant que la protection ne compromet pas le protecteur, il arrive que qui peut être protecteur donne protection...

— Hélas! oui.

— Mais sitôt qu'au revers de la médaille de la charité se trouve inscrit le mot qui compromet, il arrive que l'homme charitable s'abstient, de peur que l'oppresseur ne touchant la médaille n'en lise que le revers, car alors il y a deux patiens pour un.

— Oh ! mon Dieu , monseigneur, était-ce pour rénier votre promesse que vous m'avez mandée en votre demeure ?

— Non ! mais à côté de cette promesse que vous réclamez de moi : sauver votre guide; j'avais placé une condition implacable et rigoureuse !

— Oui!

— J'avais posé cette condition, dis-je : partager le reste de mes jours , et cela en frère !

— C'est vrai.

— Eh bien y avez-vous réfléchi?

— Plus que cela ; n'ai -je pas juré entre vos mains ?

— Ah! oui... oui... je me le rappelle, le pacte est signé entre nous !

— Devant Dieu et les hommes.

— Je dois sauver votre tuteur, et vous devez en récompense de cet acte partager ma destinée.

— C'est cela, mon doux seigneur.

— Oh ! bénie sois-tu , toi , qui viens en ces lieux pour m'apporter ces paroles rassurantes d'une ame qui sait tenir une promesse ! Bénie sois-tu , toi qui accours , confiante et délaissée, dans la demeure d'un homme qui t'adoptera pour sœur.

— Oh monseigneur!

— Entends-tu bien, Sarhetta? c'est comme sœur que je t'aimerai; comme Joseph aimait Marie.

— Oh vous êtes généreux vous!...

— C'est donc comme frère que je dois être aimé; à toi mon ame tout entière; mon ame

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avec ses ardeurs et ses explosions de chaste amitié ; mon ame avec ses caresses mêlées de pureté et d'ardeur...

— J'entends... Oui...

— Mais aussi à moi ton ame ! ton ame tout entière ; ton ame oublieuse des sens grossiers et des plaisirs de la brute j à moi ton ame avec ses délires et ses accolades permises.

— Oui...

— A moi ton ame avec ses douces et suaves paroles quand je serai triste; ton ame avec' ses gaies chansons quand j'aurai joie au cœur.

-Oui! Oui!

— Car vois-tu, dans ce commerce incessant de nos âmes; dans cet accouplement pieux , c'est le paradis ici bas que nous parcourrons ensemble.

— Hélas!

— Oh ! le paradis , c'est amour et chasteté, et notre vie sera chasteté et amour.

— Pardon, mon doux seigneur; mais au milieu de vos paroles mêmes, au milieu de ce discours tout plein de virginité et de candeur, reprit la jeune fille avec une sorte de timidité

étonnée , je ne sais pourquoi je trouve quelque chose dans tout cela qui ne s'élevant pas j usqu'à l'ame , reste accrochée aux battemens de mon cœur : je ne sais , mais dans vos chastes paroles , il y a même quelque chose qui me dit qu'il y a dans le monde , dans la création si vous voulez , autre chose que des âmes , autre chose qu'un souffle. . . pardonnez !

— Oui ! Oh oui , sans doute, il y a pour la masse des êtres à pensée , quelque autre chose que l'ame...

— C'est ce qui m'est avis , monseigneur.

— Mais pour moi désormais, ce quelque chose qu'on appelle plaisir, est devenu souffrance

— Vraiment?

— Ce quelque chose qui est pour les autres douceurs infinies, s'est fait fiel pour moi.

— Ah oui , je me rappelle; vos désenchanterons, n'est-ce pas?

— Oui ! aussi , dédaignant ces vaines chimères qui tuent l'homme sans jamais le faire vivre, je veux, dans une condition nouvelle créée par moi et pour nous , me venger

des premières et fatales séductions du monde, en lui jetant au nez un bonheur qu'il sera à son tour inhabile à partager.

— Mon Dieu , monseigneur ! vous m'instruirez n'est-ce pas dans cette nouvelle science d'amour découverte par vous... car moi...

— Eh bien?

— Je l'avoue, quand j'éprouvais làau cœur, une de ces fortes démangeaisons où le sang , j'imagine, joue le principal rôle; une de ces démangeaisons colériques et titillantes qui appellent et chassent en même temps les soupirs ; je me disais à la vue de l'homme qui les faisait naître en moi : j'aime cet homme.

— Oh! vous disiez cela, vous?

— Oui , monseigneur.

— Et cela, l'avez -vous dit souvent?

— Souvent ?. . . si je l'ai dit souvent cela ! . . .

— Oui?

— Pardon, je ne suis qu'une jeune fille dont la vie s'est passée en voyages et en fatigues; et j'eus bientôt dans mes marches forcées sur la grande route , laissé derrière moi ces premières , mais fortes impressions , que

toutes les jeunes filles de mon âge ont dû , sans doute , comme moi , éprouver dans leur faible nature de femme.

— Mais ces émotions , tenez-vous à les éprouver encore , dites?

— Que m'importe à moi voyageuse...

— Ainsi vous acceptez mon offre ï

— J'accepte, mon doux seigneur.

— Oh ! merci ! merci à toi que j'aime de toute mon ame , et que mon ame seule caressera avec transport \ car vois-tu , j'ai rencontré dans ma vie d'erremens , dans cette première vie d'ébullition qu'on appelle la jeunesse, j'ai rencontré, dis-je, tant de femmes salies par la débauche, et qui pourtant étaient étrangères à la passion , que je me suis flétri dans leur commerce, et qu'aujourd'hui je veux mettre ma joie dans la contemplation d'une fille vierge qui reste pure et chaste, dans une grande passion, et intacte dans son amour d'ange.

— Rêveur ! pensa Sarhetta à part elle , puis elle répondit au jeune comte : Oui , monseigneur, mais vous sauverez mon guide , n'estce pas 1

— Oui, mais vous jurez de ne donnera nul autre qu'à moi, accès dans vos préférences.

— Je vous ai dit , monseigneur, que je n'étais qu'une jeune fille peu exercée dans la nouvelle science d'amour que vous me prêchez ; je m'en réfère à vous ! Soyez mon guide, comme vous serez à mon tuteur un appui ; voilà tout ce que je demande.

— Oh! tu seras ma compagne! la compagne de mes jeunes années, la compagne de mes vieux jours! et ton père en pèlerinage , cet homme à qui tu dois ta vie , je le sauverai, car je lui devrai d'avoir trouvé la femme qui enfin aura compris mon cœur î

— Soit donc fait ainsi que vous le dites!

— Écoutez-moi , voici venir bientôt le soir; ce sablier s'épuise, je vais le retourner; avant qu'il ait tari de moitié, la nuit sera close; avant qu'il ait cessé de couler , je serai de retour ici. J'y reviendrai apportant en mon pouvoir les jours de votre père , son innocence et sa liberté !

— Oh ! monseigneur , quel espoir me donnez-vous là !

— tw — -r- Soyez patiente ici , en ce cabinet.

— Oh! j'attendrai I allez ! allez !

— D'ailleurs , si l'ennui venait frapper à la porte , voici un prie-dieu ; vous aurez donc les moyens, de ne vous pas impatienter ! la prière c'est l'ame de Famé; la prière c'est Ja nourrice du cœur!...

— Le soir va bientôt venir, monseigneur, vous avez retourné ce sablier, l'heure s'écoule ; songez que vous devez être de retoup avant qu'il retombe in#ctif !... xuoir #)fu

Le jeune bâtard s'approcha, sans repaie quer, de la jeune fille , et comme au cowimencement U prit, la main de Sarhetta, la baisa légèrement et sortit après lui avoir |e té de l'ame, un éloquent regard d'amour...

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