‹ L'Évêque d'Autun (volume 2)Chapitre 6 sur 20 · IS · texte numérisé non relu

IS

au. nouveau prélat qui était à genoux sous le livre des Évangiles qu'un acolyte tenait ouvert et appuyé sur ses épaules , tandis qu'un second acolyte en tenait un autre ouvert aussi à la gauche du jeune évêque, de façon qu'il pût y voir; et pendant ce temps, tous les autres prélats , assis sur leur siège , tenaient ouvert aussi, mais sur leurs genoux, le livre des Saints Évangiles de manière à ce que le texte fût tourné du côté de l'évêque désigné. Éloquente et formidable formule muette!... Tout en cela avait son but , son langage , sa destination, son symbole! terrible et imposant , et dans la faute, inexorable! Tout dans cette religion du Saint-Père était donc ainsi combiné , que les moindres choses signifiaient de grandes choses; que les moindres actes s'adressaient aux actes les plus grands; que ce qui paraissait oiseux au vulgaire était calculé, senti dans Tordre du rituel romain ! Jusqu'aux célébrans aussi, enfin, qui tenaient l'œil attaché sur le livre des Évangiles qui était tenu devant eux par deux acolytes à genoux ! magnifique leçon tacite que ce livre des Évan-

160 — giies tenu par les uns d'une manière, d'une autre par les autres, et dont la signification commune rappelait respect et obéissance à ce livre unique, à cette belle charte humanitaire décrétée par l'Homme-Christ , et dont la promulgation ainsi que la conservation avaient été par lui léguées à ses apôtres ! Pacte sublime au fond entre l'esprit et la chair, entre l' homme et l'homme ; magnifique instrument de paix laissé aux mains des nations ! et qui aux mains des nations , fut si long-temps un fauteur de guerre!...

L'anneau pastoral qui est le symbole de l'alliancedel'évêque avec son Église, lui fut donné après, selon l'usage, et avec la même cérémonie; toujours avec des exhortations très mesurées , et convenables aux usages que le nouveau prélat devait faire des choses qui lui étaient remises entre les mains. Après cela, le célébrant remit à messire Renaud le livre des Évangiles , avec cette exclamation voulue par le rituel :

— Recevez l'Évangile, allez et prêchez au peuple qui vous est commis.

Après cette courte exhortation le célébrant et les évêques assistans , donnèrent au récipiendaire le baiser de paix î

Ces graves et religieuses cérémonies finirent par l'offrande mystique faite par le nouveau consacré, de deux flambeaux allumés, de deux pains et de deux barils de vin; ceux que nous avons vu déposer par les acolytes sur Tune des crédences, au flanc de l'autel.

Alors le célébrant communia l'évêque Renaud; et cette solennelle communion étant faite , le célébrant bénit la mitre , l'aspergea d'eau bénite , et la mit lui-même sur la tête de son nouveau pair : ce casque d'or qui si gnifie défense et salut, (nous disent les traditions) dont les cordons semblables aux deux cornes des deux testamens, doivent le faire paraître redoutable aux ennemis de la vérité.

Puis il lui donna les gants ! Ces gants représentent la pureté de l'homme nouveau, laquelle environnait les mains du nouveau prélat et le rendait semblable à Jacob, comme il est dit dans le pontifical , à Jacob qui en offrant à son père des mets agréables , les

T. 1. il

mains couvertes de peau de boue , sut enlever la bénédiction paternelle!

Enfin on intronisa l'évêque Renaud , c'est à dire que le célébrant et le premier parrain, le prirent chacun par une main et le firent s'asseoir sur le siège épiscopal , où le célébrant tenait place auparavant. Le nouvel évêque s'y assit quelques instans seulement. Alors les deux évêques qui le fêtaient, le prirent par la main et le conduisirent seul, sans suite, tout autour de l'église.

Comme ils étaient sur le point de rentrer dans le sanctuaire, une jeune fille aux gracieuses formes arrondies et fermes, aux mélancoliques attitudes , aux éloquentes expressions de physionomie, aux suaves manières, celle qui accompagnait là encore le pèlerin chanteur , Sarhetta , la belle inconnue , que tant d'événemens étranges concourront à faire connaître, suppliante et angélique , se jeta à deux genoux sur le chemin du nouveau pasteur, et les yeux levés vers lui , elle semblait lui demander avec une ferveur d'ange, sa bénédiction particulière! Mais pour l'œil obser-

vateur qui l'eût vue clans cette position , il y avait plus qu'un sentiment religieux au fond de cette ame encore novice, mais fortement marquée d'un grand symptôme de passions î Il y avait amour, il y avait convoitise ! Oh ! combien de regards qui paraissent ainsi que celui delà jeune fiile,innocens, novices et mélancoliques, et qui pourtant ne sont que la répercussion d'une profonde fièvre secrète, que le grand synchronisme d'un cœur délirant!

Le jeune prélat conduit par son parrain , s'arrêta court devant cette femme , et remué profondément lui-même par toutes les grandes cérémonies qui avaient passé sur sa bête, il n'aperçut rien autre chose dans l'acte de la jeune fille, qu'un tendre sentiment de piété pure! 11 étendit donc sur l'inconnue sa main consacrée, et l'ayant bénie il poursuivit sa route.

Lorsque Renaud fut arrivé à l'autel , il fléchit le genou devant le Saint Sacrement , salua la croix, fit sa prière, entonna le Te Deum , ce si riche morceau de poésie, ce

164 — beau cantique de saint Ambroise et de saint Augustin; puis il s'alla asseoir sous le dais pontifical , et il admit tout le clergé et le chapitre à l'hommage accoutumé, qui consiste à lui baiser la main. Pendant le temps que dura cette sorte d'offertoire , l'hymne d'actions de grâces eut le temps de s'achever, alors le jeune prélat retourna à l'autel , déposa dessus sa mitre , sa crosse , et ses vêtemens pontificaux , salua de nouveau la croix, et donna à tous les assistans sa bénédiction pastorale.

La cérémonie de la consécration était achevée! Renaud de Maubert était évêqued'Aut un ! Il pouvait marcher fier et la tête haute l'aspirant humilié de tout à l'heure; il pouvait d'un mot de sa parole pastorale porter au sein de son diocèse joie et douleur, angoisses et allégresses; il pouvait déposant la mitre, prendre la toque du juge, s'armer et porter sentence ! 11 pouvait à l'aise, jouer du bâton pastoral et attérer plus d'une puissance du siècle; car avec cette arme là, on tue d'un coup quand il apluàceluiqui la tient de frapper; il pouvait de cet instant là \ tonner du haut de son siège,

son trône ou son prie-dieu! Mais qu'il prenne garde , car ses devoirs sont impérieux et exigeans! si son pouvoir est étendu et s'il n'en remplit pas les charges , cet instrument de puissance peut devenir un pilori ; le fauteuil du juge peut se changer en sellette, la mitre peut devenir un bonnet d'infamie , le bâton pastoral une verge de bourreau î . . .

Tout ici bas ne marche-t-il pas ainsi ? placé dans un milieu social qui lui est hostile , l'homme jeté en pâture à des institutions ennemies de son repos , excentriques à ses tendances passionnelles ! Que peut-il, faible et chétif dans sa force même , contre la force des évènernens ? Que peut-il contre la ténacité du fait social? Telle grande et belle imagination venant à se développer au sein de notre casse-cou social fait de préjugés et d'erreurs , tombera victime des hommes, pour avoir été en désacord avec les choses, avec les choses qui sont dévorantes partout ici bas; tandis que germant au sein d'une association qui lui eût été favorable , cette forte et grande puissance cérébrale, humiliéç qu'elle est , coupable qu'elle

est, criminelle qu'elle peut devenir, sera l'expression la plus complète du beau , du bon g de l'utile ; olle sera l'orgueil et le dieu de l'espèce, au lieu qu'elle en est le fléau et la honte ! Car fonctionnant d'après son attraction passionnelle, l'homme fort ne se repose plus, il ne s'arrête plus que lorsqu'il est arrivé sous le marbre sépulcral ! Oh ! tandis qu'aujourd'hui toutes ses forces passionnelles qui sont inhérentes à la nature de l'homme , enchaînées par les liens sociaux que les sots philosophes moralistes leur ont imposées , s'épuisent et s'usent , improductibles dans la lutte à outrance qu'elles ont à soutenir contre les vices des institutions répressives qui les garottent prisonnières dans leur action même ! Oh ! la voilà bien la vie , telle que nous l'ont inventée les pseudo-moralistes ! La voilà bien revêche, et rachitique et colère! La voilà bien avec ses bourreaux et ses guillotines, avec ses bagnes et ses cabanons, avec ses églises et ses champs de batailles, avec ses juges et ses prêtres! La voilà rude et implacable , armée toujours contre l'homme , occn-

pée tout le jour et la nuit même , à poursuivre les tendances entraînantes de la loi primitive qui est : attraction et répulsion ! Belle et grande et sublime législation de Dieu , qui devrait être la règle invariable et suprême , et que la fausse science sociale, orgueilleuse en son erreur, a repoussée dans l'ombre, comme marquée au front d'un stigmate infamant ! Oh! la vie! la vie, la voilà! la vie, que ceux de ta caste, jeune évêque , ont contribué à dévier ainsi !

Hélas ! l'homme, oint du seigneur aujourd'hui, que sera-t-il demain? un esclave peutêtre habillé à la livré de Satan leur mauvais génie! Hélas! peut-être alors ce privilégié portera-t-il le poids des privilèges qu'on lui confère ! Fatalité des choses ! misères enchaînées à cette cassine sociale ! Mais sans plus nous préoccuper du jour de son deuil , si ce jour doit naître dans l'avenir, poursuivons la journée de ses noces, car pour Renaud elle a vie et joie cette belle et solennelle journée et qui sera la seule minute peut-être marquée au car <iran des heures de son repos à venir.

Aussitôt que la cérémonie religieuse fut achevée, le clergé, la noblesse, et les bourgeois réunis à la solennité de l'installation, se replacèrent en cortège comme auparavant, et dirigèrent leur marche vers le palais épiscopal où ils devaient déposer le nouveau prélat!

Ce ne fut depuis ce moment dans la ville , que cris de joie, que transports d'allégresse et grandes démonstrations partout; les lieux publics furent illuminés le soir, les églises surtout furent parées de leurs plus riches draperies et restèrent ouvertes à tout le monde toute la soirée suivante, et de temps en temps, de nombreux chœurs entonnaient des hymnes ou des cantiques d'actions de grâces , comme en la nuit de Noël ! Au coin des rues chaque niche de saint ou chaque grotte de vierge était parée de fleurs et de rubans, de couleurs variées; ces antiques dentelles de pierre festonnées à jour, par l'art pieux du sculpteur, prêtaient toutes leur enceinte étroite, mais protectrice , à quelque image privilégiée. La foi de tout ce siècle était évidemment là I Hélas ! étrange succession des alternatives sécu-

laires ; aujourd'h ui j 'ai vu , profanation inouïe, près de la place aux chiffonniers, il est vrai , une énorme forme à sucre Martinique ou de betterave, servant d'enseigne à l'épicier du coin, détrôner , suspendue en l'air, auprès d'une grotte gothique, la poétique image de vierge qui y était alors , et dont la couronne était remplacée par un diadème de fer -blanc aux longs joyaux de chandelles de bois se balançant au vent! C'est que tout notre siècle est dans ce trait! Pénible changement de destination; la denrée coloniale a remplacé la foi religieuse, le boutiquier trouve qu'un fac-similé en pain de sucre, que tout le monde mange, est plus positif au-dessus de sa boutique que tous les portraits de vierge et des saints dont personne ne goûte plus ! Chaque siècle a sa formule de croyance! le moyen-âge tout saturé d'idées religieuses, croyait aux images : sorte de paganisme spiritualisé; notre siècle, viveur pour ce qui regarde les habitués de Tortoni ou du café Anglais, gobeleteur pour la masse des piliers chez les marchands de vin , croil, lui j à ce qui paie la dépense : le

métal mon noyé ! chaque croyance a sa formule! laquelle est la meilleure? c'est là le problème î

Cependant l'évêque d'Autun reconduit par toutes les autorités de son diocèse, à son palais épiscopal, ramassait sur son passage l'expression empressée, délirante et naïve des sentimens enthousiastes de ses ouailles! Déjà mille fois sur sa route, il avait eu occasion de répondre par geste , et par la parole même, à l'effusion plus empressée de quelques uns, lorsque près d'entrer dans la cour de l'hôtel, ses regards furent vivement attirés par les gestes en signe d'adhésion que faisait, au sein de la foule, une jeune fille qu'il n'avait pas encore, dans ce jour solennel, remarquée entre les autres, et qui l'avait distingué, elle , parmi toutes les puissances ecclésiastiques, seigneuriales et bourgeoises ! 11 projeta donc son regard de ce côté et vit parmi le peuple , une jeune fille très modestement vêtue, à la face pâle et fatiguée , au regard expressif et scintillant , aux formes élancées, à la bouche légèrement arquée, qui tenait par la main un

pèlerin nouveau venu, et s'épuisait devant lui en mille extatiques contorsions !

C'était la jeune inconnue qui était entrée le matin même dans Autun; c'était la jeune voyageuse que plus d'un serf aurait volontiers rendue corvéable de son seigneur, à réserve de la posséder le lendemain des noces; c'était l'étoile de malheur, luisante et belle et pleine d'éclat, se levant au jour du bonheur, sur la destinée de Renaud de Maubert, et récent évêque d'Autun; c'était un être inconnu du vulgaire; c'était en apparence une pauvre jeune fille; c'était la belle Sarhetta!

En la voyant s'épuiser en ses démonstrations de vive sympathie, tous, ou presque tous, crédules et inhabiles aux forts mouvemens de la passion , ne virent qu'une expression de sa foi dans ses dehors apparens ! tous ne comprirent aucun autre sentiment possible pour le jeune prélat, que du dévouement , de la religion en quelque sorte et de l'admiration, tant le langage de la passion vérilable est étranger au plus grand nombre! Hélas! ils ne savaient pas, tous ces gens, que la tendance

passionnelle est plus profonde et plus tenace que ces beaux riens qui la singent quelquefois; ils ne savaient pas que lorsqu'une attraction de cette nature se développe dans la chair, il faut que la chair triomphe de l'esprit ; ils ne savaient pas ce que peut sur une organisation forte comme celle de Sarhetta l'apparition subite de l'être qui, dès qu'il se produit, devient à toujours le seul complément possible de L'existence de l'autre être qui le voit ! Oh ! tous ces simples croyans ne savaient pas tout cela !

Oh! pourtant !...

Mais un seul homme entre tous avait peutêtre analysé en somme le cœur impressionné de la jeune fille; cet homme, bâtard titré d'un personnage illustre , mais inconnu , se levait en ce moment, astre de malheur à son tour sur les jours de l'orpheline fascinée! Cet homme, jeune et beau, que trente printemps avaient développé dans sa fleur , cet homme à la pâle figure mélancolique ne retirait pas son regard d'aigle de dessus les yeux pleins de flammes de l'inconnue! Cet homme aux

passions despotiques se posait, despote placide, sur les passions déchaînées de celle qui l'avait au premier coup-d'œil saisi au cœur! Cet homme, victime attristée et rêveuse de plus d'une passion malheureuse, devait rendre le martyre à celle qui en ce moment lui causait joie et transport ! Cet homme enfin, c'était le bâtard d'Orney, portant à ses armes d'azur aux trois merlettes d'or qui sont d'Orney, avec , en pointe , un serpent qui se mord la queue, qui est prudence! Et la jeune fille , quelle était-elle? Oh ! vous la connaissez déjà ! C'était Sarhetta! c'était l'orpheline récemment arrivée dans Autun ! C'était en apparence la compagne d'emprunt du pèlerin, qui ce jour passait par Autun et qui devait y rester pour jouer un rôle dans le drame qu'il venait y déployer, et dont la première scène s'accomplissait en ce moment ; c'était , voilà tout ce qu'il était aisé de dire, une jeune fille belle et jolie , sans importance , et dont la beauté remarquable seule perçait le regard étonné de l'homme; car son front coupé à angle droit, ce qui est rare chez la femme, se déroulait

comme un bandeau royal, au dessus de ses grands yeux bleus jouant, dans leur orbite, sous l'ombre dune épaisse et soyeuse frange noire semblable à ses cheveux qui tombaient en tresses de chaque côté de ses tempes et tranchaient agréablement avec le ton mat de la peau blanche de sa figure. Une seule ligne transversale et artistement posée contrastait par le vermillon de son coloris avec ce teint poli ; c'était sa bouche qui , mignonne et arquée, semblait être une accolade bien faite à l'encre rouge et dessinée sur satin blanc gommé. Je ne sais quelle impression profonde, étrange et saisissante le jeune comte ressentit à la vue de tant de beautés qui s'oubliaient dans un inénarrable sentiment d'admiration : poétique hommage d'un cœur qui se donne; mais une attraction passionnelle forte , grandiose frémissait en lui à l'aspect de la jeune fille , et son cœur lui présageait déjà qu'il fallait, lui en coutât-il la vie, qu'il fût aimé de cette belle créature !

Alors, dans son mouvement de fièvre animique, il s'approcha tremblant de la jeune

étrangère et voulut lui parler; mais la parole parlée manqua à son entraînante fascination ; il ne \it plus clair autour de lui , ses oreilles sifflèrent comme le vent dans un tuyau d'orgue en plein air , ses nerfs frémirent crispés et engourdis; il ressentit dans tout son organisme une gêne mortelle voisine de la prostration. Et pourtant malgré cela il éprouvait, il faut le dire, un puissant et étrange sentiment de plaisir; car sa main touchait les vêlemens de cette femme, car son œil plongeait dans les secrets de sa taille séduisante , car il aspirait à longs traits et sans en perdre un seul, chaque souffle embrasé qui sortait de la poitrine de cette vierge soupirée par lui comme le pain par l'affamé !

Mais le jeune évêque , emporté par le flux des grands de la ville dans l'enceinte du palais épiscopal, passa comme une fascination et disparut dans la foule qui encombrait les cours de l'hôtel. Alors la jeune fille tremblante , péniblement émue par l'étrangeté de l'impression qu'elle éprouvait , traduisit sur ses traits l'émotion interne qui la mordait au

cœur î Elle abaissa ses longs cils vers la terre, laissa son front se couvrir d'un large nuage de mélancolie, soupira vaguement et avec effort , et croisant ses deux jolies mains audessus de sa taille, elle demeura un moment immobile à sa place, comme une belle statue à qui il ne manque d'expression que le mouvement! Puis, quelques instans plus tard, jetant un dernier regard vers la porte d'entrée du palais épiscopal, elle ne put retenir une larme qui vint, cristalline et abondante, remplir sa paupière, et lui fit voir les objets comme à travers un brouillard épais. Pauvre Sarhetta! son cœur interrogé pour la première fois, avait pour la première fois répondu! mais quelle réponse énergique il venait de traduire dans ses battemens précipités. Hélas ! c'était peut-être la condamnation de tout son avenir qu'il venait de formuler dans ce dernier soupir qu'il avait exhalé !...

Peut-être le jeune comte d'Orney avait-il remarqué la profonde émotion de la jeune fille; car à juger par les plissures subites qui creusèrent ses sourcils contractés, peut-être

est-il vrai de dire que son cœur s'était ridé spontanément au frisson d'un secret et profond sentiment de jalousie. Quoi qu'il en soit, enchaîné à la suite de la jeune vierge, par la force de l'amour naissant qu'elle lui imposait , il la vit qui s'éloignait lentement de ce lieu, et il se mit à la suivre comme l'ombre suit le corps , comme la pensée suit le cœur, comme l'amour suit la passion!...

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