‹ L'Évêque d'AutunChapitre 3 sur 18 · LA MALADIE · texte numérisé non relu

LA MALADIE

Le teins a quelquefois gâfé les meilleures résolutions.

(VaDV|6NABGU«.)

Depuis que Simon-Luc avait remis à Sarhetta la clé de la poterne ; de la petite porte qui avoisinait le cimetière, la jeune fille n'avait pas omis une seule nuit de se rendre dans l'hôtel de l'évêque, et de prêter l'oreille au

sommeil de l'homme qui l'avait appréhendée au cœur ; mais elle n'avait retiré de ces visites nocturnes aucun résultat de plus pour son amour , et son repos s'était écroulé avec la santé qui chez elle fléchissait de jours en jours.

Enfin un matin de la dernière quinzaine de septembre , la veille de la saint Andoche , qui était un jour marqué pour Autun , Sarhetta depuis long-temps malingre , fut prise d'un crachement de sang qu'aucun secours de l'art ne pouvait calmer... Les barbiers et chirurgiens furent appelés; Michle, le jeune bâtard , lui prodiguait les soins les plus assidus, et les plus tristement empêchés , la malade n'en éprouvait aucun soulagement; même quand le jeune comte s'approchait du lit de l'infortunée jeune fille , les quintes semblaient redoubler , et le flux sanguin devenir plus abondant.

Déjà plusieurs fois l'évêque avait été appelé auprès de la malade , en qualité de directeur ; mais rien n'avait pu décider Sarhetta à lui parler ni à lui répondre, tant il y avait

de désespoir dans son cœur ! car l'expérience qu'elle avait d'elle-même acquise pendant ses assiduités auprès du jeune prélat , n'avait abouti qu'à lui démontrer la pureté de l'homme qu'elle convoitait ; car dans les mots entrecoupés qu'elle avait recueillis pendant le sommeil de Renaud , elle n'avait trouvé toujours que des expressions de pieuse méditation, qu'une grande conscience de sa foi.

Pourtant ce jour là , ce fut elle qui le fit appeler ! . . .

11 est dans la vie, des momens de surexcitation où toutes les réflexions se fondent devant un désir, ou les plus belles résolutions de l'ame s'évanouissent devant la souffrance des sens. Sarhetta que rien jusqu'alors n'avait pu faire parler, demanda à se confesser. On alla quérir le jeune prélat.

Il semble qu'il y a dans la vie un concours de circonstances fatalement combinées pour rompre les plus beaux calculs de vertu... quelques instans avant qu'on vînt demander monseigneur Renaud pour la jeune fille, de la part du bâtard d'Orney, le jeune évèque

avait touché encore le remiilaïur que le pape Innocent VI lui avait accordé. Quelque \ idée d'anéantir cet acte, avait bien traversé son esprit ; mais soit irrésolution ou scrupule, soit même précaution, il l'avait replié et rendu au trésor d'où il l'avait retiré, et il continuait son classement quand Simon-Luc vint, l'œil plein de larmes , la parole cahotante , le visage attristé, demander monseigneur de la part de la jeune Sarhetta sa pénitente. Renaud qui avait reçu déjà sa première confession, hésita s'il ne déléguerait pas à cette mission quelque autre prêtre; mais contre celle pensée de sagesse, Satan lit jouer aux 3 eux du jeuneévôque cette grave question : la maladie: et Renaud se rendit au chevet de la jeune fille.

Sarhetta l'attendait dans des perplexités inouïes; car elle se rappelait l'aveu qu'elle lui axait fait, et de grandes craintes sYlevaient dans son cœur d'avoir trop LOI peuiôtre aventuré son aveu; car. se dirait-elle, si lienaud se doute de mon amour pour lui, sans doute qu'il ne viendra pas... i! pivh-x-

lera quelqu'empêchement... Oh!... Mais s'il menait pourtant, que veux-je faire? Oh ! s'il vient, il faudra que jeluidise quel est l'homme qui me trouble; il faudra que je lui confesse que cet homme c'est lui! Lui, Renaud de Maubert! Lui... oui, c'est cela... je lui dirai que...

Mais à ce moment le jeune évèque entra; tout le monde se retira, ainsi que Sarhetta l'avait ordonné.

Quand elle fut seule avec le jeune prélat , elle tomba dans une grande faiblesse, ses traits changèrent, son visage devint plus pale, une sueur abondante perça en rosée sa lèvre supérieure et se répandit sur toute la face ; elle tremblait comme si la fièvre eût commencé. Renaud , à la vue de cette jeune fleur décolorée éprouva une grande tristesse au cœur; il prit de la main gauche la tête dé la malade, de l'autre il étancha l'eau qui couvrait son visage... Sarhetta lui sourit avec mélancolie et douleur. L'évêque s'assit auprès d'elle et lui dit : - Vous m'avez fait venir, mon enfant, me

voici !

— Merci ! oui î j'ai besoin de vous monseigneur. Je vous l'ai dit; vous savez : une passion que je porte dans mon cœur me tourmente et me tue ! J'ai voulu vous parler avant de mourir.

— Mourir, ma fille! oh! à votre âge on souffre d'une passion aveugle; mais on ne meurt pas pour trop aimer !

— On ne meurt pas si on peut garder seulement quelque lueur d'espérance; mais moi..

— Eh bien! vous ma fille?

— Moi; je suis une pauvre orpheline; je suis pauvre, moi; et avec cela j'aime un homme qui ne sera peut-être jamais à moi !

— Vous vous trompez peut-être; cet homme que vous aimez, eh bien! il peut vous aimer aussi; cela s'est vu... Vous pouvez être unis un jour...

— Unis! non; jamais...

— Pourquoi?

— Celle qu'il a épousée il y a quelques mois, ne doit point mourir, elle! car notre seigneur Jésus-Christ l'a dit, et sa parole s'accomplit.

— Pourquoi aimer, si vous ne de\ez pas espérer de l'être?

— Pourquoi! oh! monseigneur, je ne sais si vous n'avez jamais aimé en votre vie, mais si une fois seulement voire cœur a éprouvé un de ces grands sentimens qui absorbent toutes les pensées de Famé et toute l'énergie du corps, oh! vous ne direz pas une autre fois pourquoi ! car le pourquoi du cœur n'est qu'au cœur, et nul ne peut dire pourquoi il s'éprend, et pourquoi il se nourrit d'amour!

— Vous êtes au début de la vie... Le chemin est long devant vous...

— Hélas !

— Attendez , pour oublier cet amour , qu'un autre l'efface; car ce n'est pas en désespéré qu'il aime, ce cœur si neuf! A seizeans on ne doit pas craindre de rester isolé sur terre; car il y a bien des cœurs devant vous!

— Oui, monseigneur, je vous approuverais, je dirais bien à mon tour comme vous : le mal que j'endure à cette heure sera guéri par une passion qui va venir... Mais, monseigneur, vous voyez , je crache le sang à plein vase,

ma langue est enflammée et ma bouche empourprée, et l'homme que j'aspire n'est pas encore venu de lui-même à moi !...

— Attendez, mon enfant...

— La souffrance que j'ai au cœur s'est répandue dans tout mon être; elle est amalgamée en moi. Oh! si huit jours se passent en cet état , vous le voyez vous-même , sans que j'aie pu obtenir celui qui cause en moi cette grande révolution de l'esprit, de l'ame et des sens , oh ! je vous le dit par prescience de malade, le neuvième il faudra chanter sur moi l'office des morts.

— Eh bien! mon enfant, ayez patience et bon courage! Je suis votre directeur, votre père en Dieu; puisque vous êtes orpheline, je dois remplacer vos parens ; je veux en tout remplir leur mission.

— 0 mon bon pasteur!...

— Dites-moi quel est l'homme que vous aimez, peut-être pourrai-je concilier votre cœur avec sa position; peut-être...

— Pardon! monseigneur, voici qui va tout expliquer, qui va tife dondanoer à mourir, ou

qui me rendra la vie!... Dites-moi, d'après les canons de l'église, est-ii plus mal de causer la mort de quelqu'un pour ne pas commettre un péché mortel, que de se charger d'un péché mortel dans l'intention de sauver la vie à un malheureux qui va mourir?

— La question est grave, et jamais aucun docteur n'a, que je sache, disserté sur ce cas. Mais pourquoi cette demande?

— Répondez-moi d'abord, et de votre réponse la mienne découlera nécessairement. U

Le jeune prélat fut tout à coup saisi au cerveau d'un grand trouble, et au cœur d'une grande incertitude.... Les questions de la jeune fille , le baiser qu'elle lui avait donné à la main quand il lui présenta son anneau , la confession qu'elle lui avait faite , tout cela revenait à sa pensée et la brûlait du trèfle enflammé d'un doute mortel. Cependant la maladie faisait à chaque instans des progrès etfrayans; ses ravages ne s'arrêtaient pas, et tout annonçait à l'évêque éclairé que le remède indiqué par la jeune fille pouvait senl la guérir; car lui aussi, au jeune âge, avait passé

par une semblable passion... C'était pour la femme de qui il avait obtenu le bâtard d'Orney... Alors, voyant que la jeune fille ne levait pas le regard de dessus, son regard... le jeune et bon pasteur, soupçonnant peutêtre qu'il était l'objet de cette grande passion, ne répondit pas, et se contenta de baisser les yeux vers la terre. Sarhetta, suffoquée par le désir brûlant , haletante , battue par la fièvre qui redoublait , trouva cependant la force de se relever sur son séant, et prenant mélancoliquement la main de Renaud , elle lui dit :

« Allons, je le vois , il faut se décider à mourir. . . Je suis bien jeune pourtant, et j'aurais peut-être, si je ne l'avais jamais vu , été bien heureuse en la vie d'ici-bas ! Mais puisque vous, monseigneur, mon père en Dieu , vous ne sauriez pas même vous déterminer dans le choix de deux actes dont l'un sauve, et dont l'autre tue, je ne dois pas compter, je le vois, que l'homme que je porte en mon cœur soit plus sensible ou moins indécis.

Et elle se hissai retomber luise- . flatqae ,

sur son lit de douleur. Renaud qui, à mesure qu'il recueillait plus de paroles de la jeune malade, s'éclairait aussi davantage sur sa position, \int à se rappeler tout à coup le remittatur du pape, et une idée de grande charité d'abord, suivie d'une démangeaison des sens, vint le saisir au cœur. 11 prit à son tour le bras engourdi de la jeune Sarhetta, l'enlaça dans ses deux mains, et y imprima un presque fébrile mouvement d'intelligence; la malade comprit, et sourit du regard au bon pasteur; puis elle dit :

— Eh bien! entre la vie d'un malheureux et une absolution à demander , pensez-vous qu'on puisse hésiter ?

— Hésiter ? peut-être. . . .

— Mais pourtant, monseigneur , qui cause la mort de son semblable ne saurait lui rendre la vie; tandis que quand, pour la lui sauver, on déroge à son vœu, par exemple, eh bien ! on peut toujours reprendre son vœu, et ainsi vœu et vie sont sauvés.

— Oh! j'admire combien la passion a fait de vous un profond casuiste ! En vérité, quand

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j'aurai des questions épineuses à élucider , jo vous ferai mander vers moi.

— Mais si vous aviez causé ma mort , mon bon seigneur Renaud, vous auriez beau m'appeler, je ne pourrais pas revenir du fond de la tombe pour vous répondre... Vous savez que je ne le pourrais plus! Eh bien ! ne m'y faites pas descendre.

— Quoi!... oh!... Sarhetta!... pourquoi me parler de la sorte?... Je suis prêtre!...

— Oui, et moi je suis agonisante!... vous êtes sur votre vœu , moi sur les lèvres de la fosse... La chaîne de votre serment rompue , vous pouvez en ressouder les anneaux dans le tribunal de la pénitence; mais une fois ma vie brisée , ou trouvera-t-on à la ressouder ! Oh ! entre cette vie et l'autre, il y a une forte soudure, ou plutôt c'est le cercueil, et nul n'a le droit de défaire cette alliance entre la vie et l'être...

— Sarheita !...

— Eh bien ! ce grand secret de mon cœur, vous le savez... cette plaie de mon ame, vous la voyez , cette maladie de mon corps , vous

la connaissez!... Voulez-vous être celui qui guérira en moi, corps, cœur et aine?...

— Mais, ma fille, je suis prêtre...

— Et moi, mourante.

— Mourante pour moi !

— Oui... vous le voyez !

— Mort et absolution... oubli ou destruction ; charité ou égoïsme. . . Voilà dans quoi je dois choisir !... Oh ! mais si j^allais mourir en état de péché mortel!. . que deviendrait mon aine?... Pauvre enfant!... si elle expire par ma faute!... qui sait si elle a le repentir, et si elle ne sera pas damnée ?. . . et par moi ! »

L'évêque réfléchit un moment... un moment il parut incertain... Puis, un grand rayon d'espoir en souvenir se répandit sur ses traits, il s'écria :

— Ah! et le remittatur /... le remittatur, que je touchais ce matin encore ! . . .

— Quoi donc, monseigneur?...

— Je ne serai donc pas en état de péché mortel, tout en répondant à l'amour de Sarhetta... mq<?

Quoi!

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— Sois sauvée!... sauvée, te dis-je!...

— Oh! se peut-il que vous disiez vrai ?...

— Oh ! nul doute ! le rrrnitfatur est là !... Et Sarhetta suivait du regard les change-

mens successifs qui apparaissaient sur le visage du jeune prélat, et son œil à elle, s'éclairait ou se vitrait selon qu'elle croyait lire dans celui de Renaud, espoir ou crainte, amour ou indifférence, la mort ou la vie!

Cependant le jeune évêque était , pour vrai dire, déterminé par le dernier souvenir qu'il avait retrouvé; aussi, en ce moment, il regarda avec épanchement la jeune fille malade. . . Sarhetta alors lui tendit la main , Renaud avança la sienne... Sarhetta attira Renaud vers elle , avec une expression d'amour dans les yeux... Renaud se pencha vers Sarhetta. Leurs lèvres se rencontrèrent... un léger cri de plaisir retentit, caressant, de la poitrine de la jeune fille jusqu'au cœur du jeune prélat; puis, le rideau de l'alcove où étaient Renaud et la malade retomba presque de lui-môme. . . Peu après, un autre bruit plus prolongé qmle premier se lit entendre... deux voix sem-

blaient l'avoir causé. . . puis, on n'entendit plus rien !... car le plaisir est comme le péché, il lui faut le silence!

Fatalité des choses !... le jeune prélat était venu pour consoler un pécheur; il s'en retournera, hélas, pécheur lui-même, peut-être inconsolable!...

Ainsi , Sarhetta eut la victoire !...

Cependant , un homme , aposlé sans doute par la jeune fille, ou peut-être de lui-même , venu là pour la servir, et qui était resté jusqu'à ce moment invisible, sortit de dessous le rideau à l'instant où le rideau tomba sur les deux personnages de l'alcôve; et après avoir donné à sa physionomie une grande et robuste expression de joie, il sembla tracer sur le rideau fermé une croix de réprobation, et s'esquiva en disant :

— Voilà ton baptême , jeune fille !... c'est ton père qui te le donne ! . . . Ah !.. . bien joué ! ah!...

Cet homme, c'était Simon-Luc!

IltfFERKTIANA

La plas pure des filles d'Eve succomba comme sa mère , et se releva comme les anges, avec une tache à l'ame.

(Michel Massoh.)

. iliJ I OUI)

Quel est cecabanon, à l'odeur nauséabonde, aux murailles ridées et grisâtres ,aux meubles en guenille ; quel est ce réduit sous les toits de l'hôtel épiscopal? C'est le taudis frileux où végète la mendiante du porche. Quels sont

066 éclats de rire qui tiennent du cri des bêles

fauves, ces gaîtés qui, fiévreuses et dévergondées, semblent sorties d'un soupirail de l'enfer ? quelles sont ces joies que les démons seuls peuvent rendre, et que deux personnages entrechoquent dans ce lieu? Ce sont les efforts inféconds jusqu'alors d'une rage concentrée de l'ame. Quelles sont les deux créatures vivantes qui poussent ces cris de gaîté infernale? Ce sont les deux personnages jetés dans la demeure de l'évoque, l'un pour avoir dernièrement échappé à l'épreuve du feu , Simon-Luc; l'autre pour avoir été arrachée jadis au Ilot qui l'avait déjà avalée, Marie- Mère! Mais d'où vient que cette joie inarticulée danse stridente, et échevelée dans ce lieu où la piété seule devrait avoir accès? Oh ! c'est que l'un, Simon-Luc, est certain de tenir sa vengeance, et que l'autre, Marie-Mère, espère que la sienne ne lui échappera pas! Ce&l ainsi que le démon du mal Iblàire sur les ifiifi humaines, comme l'ouragan sur les débris d'un beau temple ruine.

Cependant l'un dés deux [terSoftndgëa qfci

jouaient, dans la joie de leur ame, d'un grand malheur présumablernent consommé par ses conseils, Simon-Luc, fut le premier qui rompit, par une parole inarticulée, ces soubresauts de la passion rageuse.

— Ce n'est pas tout ! dit-il à la mendiante, maintenant qu'ils sont l'un à l'autre; maintenant que le père se noie dans l'ivresse des baisers impudiques de l'enfant, maintenant que la fille se gorge, imprévoyante, des caresses du père ,'il faut trouver un moyen de les garder ainsi toujours l'un à l'autre ; car je le sais, la jeune fille aime l'évoque d'amour effréné... mais l'évêque lui, comme je vous le disais tout à l'heure , ne partage sa passion que mu par un pur sentiment de charité chrétienne ! Ah ! ah ! ah...

— Ne vous inquiétez pas de l'avenir j j'ai entre les mains un moyen certain à l'aide duquel je lierai cet homme à la jeune fille !

— Ah!

— Je puis faire qu'il ne cesse de penser jour et nuit à cette femme , puisque vous me dites que la jeune fille l'aime d'amour brûlant !

— Bah!...

— Oui!

— Quel est donc ce sortilège?

— Non pas!., vous iriez le lui indiquer, et je me reserve le plaisir de livrer à la jeune fille le secret à l'aide duquel elle s'attachera cet amant.

— Est-ce possible?

— Tant qu'elle voudra !

— Si vous ne mentez pas, nous rirons bien long-temps encore du rire qui nous étouffait tout à l'heure.

— Oui...

— Car, voyez-vous, pour l'homme qui a souffert des autres hommes il y a, je le sens, pour lui, plaisir à rire de la souffrance qu'il peut faire endurer aux autres I

— Écoutez !

— Voyons...

— Amenez-moi la jeune fille et je lui révélerai le moyen satanique à l'aide duquel elle enchaînera à sa discrétion cet homme qui a osé se livrer à elle. . .

— Vous devriez dire à nous...

— Oui, elle n'est qu'intermédiaire, elle!..

— Oui!

— Car cet homme !...

— Eh'bien!..

— Oh! ilm'a livrée à l'infortune le monstre!

— Vraiment?..

— Il m'a marquée de malheur et il faut que je me venge de lui ! Amenez-moi donc la jeune fille !...

— Sarhetta était malade hier, je ne sais si elle pourra aujourd'hui vous venir visiter.

— Ah... diable...

— Mais je puis vous introduire près de son chevet... Voulez-vous la voir?...

— > Volontiers.

— Venez donc!...

— Soit! »

Et les deux artisans de vengeance se mirent à rire aux éclats, en s'entre-regardant avec sarcasme et grande joie, comme s'ils se fussent trompés l'un l'autre réciproquement. Puis ils descendirent dans la rue, et se dirigèrent du côté de l'hôtel du bâtard d'Orney.

Cependant , tandis que Marie-Mère et Si-

inon-Luc déployaient leurs aines dans la tanique espérance d'un grand drame à développer, le jeune évoque d'Autun, mordu au cœur par la conscience de sa faute, se détendait mal de la première impression de l'amour que Sarhetta avait fait naître en lui !... Bon et généreux avant tout, mais avant tout, lié à ses devoirs à ses vœux de chasteté , cet homme au cœur candide désormais, et simple, malheureusement poussé dans le péché par le jeu d'une fatalité étourdissante, jetait son repentir dans ses oraisons ferventes , et pourtant ne pouvait se dégager tout à fait des liens charnels que le plaisir lui avait fait resserrer dans les bras de la jeune fille ! Oh ! c'est qu'il est dans la vie de tout être des fascinations dominatrices qui s'accrochent à l'existence et lui ôtent tout repos; passion riante d'abord, faite pour tuer, par la suite, le cœur qui s'y confie de bonne foi , et pour ravager toute une ame quand, d'aventure, il y a dans la pensée identité avec les sens!... Hélas! l'évêque Renaud dé Mauhrri tomba dans cette fatalité la!... Lui qui élail rcnln

dans Àutun, ce théâtre de ses erreurs d'autrefois , si bien lavé de ses fautes de jeunesse par le repentir et les ordres, si calme et si heureux par l'ame, si confiant par le cœur; combien avait-il fallu de temps pour démolir cet édifice où devait reposer son cœur, combien pour ruiner de fond en comble celui où devait habiter son ame? Hélas! quelques mois seulement... seulement quelques instans, une minute... mais laquelle?... Celle qui en passant sur lui l'avait trouvé lié aux caresses enivrantes d'une jeune inconnue! Oh! plaignez-le aujourd'hui , en ce mois de septembre 1360, vous qui en Tannée 1343, l'avez traîné sur la claie de votre juste indignation; plaignez-le bien! plaignez cette bonne, et pure , et candide nature incandescente à la charité, rappelée à la paix de l'ame, au calme des sens par une noble idée, el par une idée non moins que l'autre magnanime, tombant dans l'abîme sans fond des passions humaines où tant d'autres comme lui, par vertu de dévoûment, ont plongé et se sont noyés pour jamais!...

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