‹ L'Évêque d'AutunChapitre 4 sur 18 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

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Et cependant tandis qu'il pleurait sni faute, d'autres en riaient î Tandis qu'il cherchait à sortir de la fausse route où il se sentait engagé, d'autres se faisaient un jeu cruel de l'y pousser plus avant! Tandis qu'il éprouvait à l'ame angoisses et tortures, au cœur malaise et remords, d'autres sentaient au cœur et à l'ame, joie et volupté de ses tortures et de ses angoisses ! . . .

Ainsi donc toujours va le monde!... d'un côté , sur le même fait, remords; de l'autre, éclats de rire; d'un côté pénitence et prière; de l'autre blasphèmes et dévergondage!...

Mais cependant le temps marchait et avec lui Simon-Luc et Marie-Mère; le temps \« i > l'éternité; Simon-Luc et Marie-Mère, vers le temps!., et hâtifs, le barbier et la mendiante se virent bientôt devant la porte de l'hôtel du bâtard d'Orney. Simon-Luc se lit reconnaît iv du valet de chambre de service, et introduisit la mystérieuse femme avec lui auprès de Sarhetta. Ils la trouvèrent dans son lit, ainsi que Simon-Luc l'avait prévu; ses yea* étaient (i\és h ouverts sans rien n<»'i, rien

qu'un beau rêve qu'elle composait à la guise de son triomphe. Sarhetta donc étendue sous ses courtines de soies, souriait de ce sourire que notre gros Claude prête., sur ses toiles, à des hommes qui se grisent; de ce sourire éloquent et naïf qui inocule le sentiment du plaisir à tous ceux qui le voient, sourire plein de sensualité et d'orgueil , de modestie et d'impudeur, sourire charmant que chacun porte en soi et qui revient pourtant si rarement dans le cours de la vie !...

Simon-Luc et Marie-Mère la laissèrent un moment encore dans cette suave rêverie, sans la troubler; mais Sarhetta elle-même, éveillée sans doute au bruit de la respiration des deux personnages qui la regardaient sans mot dire, se tourna de leur côté en souriant encore :

« Eh bien ! lui dit Simon-Luc, et la journée d'hier

— Elle peut compter dans ma vie celle-là, répondit la jeune fille... ;; iup

— Oui dà; reprit la mendiante.

— Elle m'a fait connaître le secret de la vie !.. .

— Est -il à loi? ajouta Simon-Luc.

Sarhetta regarda Simon-Luc avec une expression non équivoque; puis elle rejeta les yeux sur Marie-Mère , et ne répondit pas. Simon-Luc comprit le silence de la jeune fille , et craignant de blesser la susceptibilité de sa complice, il balbutia en s' adressant à la mendiante...

— Mon Dieu... cette jeune fille est bien jeune. . . elle n'ose. . . n'en soyez pas offensée. . . Vous comprenez...

— Ne vous fatiguez point en excuses!... Je m'attendais à cela... n'en est-il pas toujours ainsi; que vous vouliez obliger une femme, elle se défie de vous; voulez-vous la perdre, elle se confiera d'elle-même à son ennemi... Mon Dieu ! toute l'espèce est ainsi faite!... cela en Sarhetta n'a rien qui m'étonne...

Et s'adressant alors directement à Sarhetta qui avait entendu la réponse de la complice de Simon-Luc , Marie-Mère ajouta :

« C'est en vain que vous aurez possédé l'homme de vos rêves, jeune fille: l'amour

ne consiste pas à avoir possédé, mais à posséder encore !

— Oh!...

— N'est-ce pas?

— Oui ! répondit Sarhetta, c'est vrai...

— Réduite à vos propres forces devant cet homme qui vous met au cœur tant de passions, vous pouvez le laisser s'échapper demain , car demain son devoir peut parler en lui plus haut que le plaisir que vous lui avez prodigué hier...

— Oh ! ne me parlez pas ainsi , car j'éprouve à vos paroles une oppression dans la poitrine qui me suffoque et m'étouffe.

— Écoutez : je ne viens point vers vous , " pour vous affliger , moins encore pour vous nuire. Simon-Luc m'a parlé de vous ; ce n'est pas tout : avant qu'il m'en parlât, je vous avais aimée, et dès que je vous revis , je ne vous vis pas assez...

— Je crois en effet...

— C'est moi qui , le jour du mandement épiscopal , vous reçus évanouie en mes bras ; moi qui donnai au comte de quoi sauver votre

i^uide, moi qui viens aujourd'hui vers vottt pour vous assurer à toujours la possession de l'homme que vous préférez !

— Oh ! s'il en est ainsi , parlez ! parlez !

— Vous voulez donc bien que je parle?

— Oh! oui!... Que faut-il que je fasse pour garder Renaud, pour le lier à moi?

— Écoute, jeune fdle, il en est temps encore... demain sérail trop tard peut-être.

— Vite , parlez ! j'écoute.

— Parlez, parlez ! ajouta Simon-Luc.

— Cette nuit , reprit Marie-Mère, quand la nuit sera bien close, à minuit , vous vous rendrez dans l'hôtel de l'évêque.

— Bien!...

— Car c'est lui que vous aimez, n'est-ce]»:^'

— Oui!... après.

— Vous apporterez avec vous un coq à qui vous aurez mis sur les yeux un bandeau, en ayant soin que sa crête soit rabattue sur son bec...

— Bien.

— En passant dans !< < anvlom le plus voisin du palais ëpiscopal, vous nouerai a la

patte de cet oiseau du sabbat, un cordon d'une seule couleur, le plus fort que vous pourrez trouver.

— Oui ! après, après I

— Et sans plus tarder , vous vous introduirez dans la chambre de votre amant, monseigneur d'Autun, portant sous le bras gauche l'oiseau magique ainsi voilé et lié.

— Oui...

— De la droite, vous toucherez l'un des pieds de Renaud...

— Oh!... après.

— Et si, pendant un quart d'heure que vous devez rester près du beau prélat endormi , le coq ne chante pas. . .

— Eh bien?...

— Cela voudra dire que le charme que j'opérerai en ce moment sur vous aura réussi ! —

— Et après ! . . .

— Après vous pourrez fuir!

— C'est bien ! oh ! je ferai cela ! ... Je serai cette nuit à minuit au carrefour le plus rapproché de l'hôtel de l'évêque, liant et mas-

quant, ainsi que vous me l'avez dit, un oiseau du sabbat; puis j'entrerai dans l'alcôve qui a servi d'abri à nos plaisirs, ayant sous le bras gauche le coq ensorcelé, et de la main droite tenant l'un des pieds de Renaud. Je resterai là un quart d'heure.

—Pour que tu ne restes pas plus longtemps, je t'avertirai par un coup de sifflet, dit Simon- Luc ; cela voudra dire : Sors !

— Bien.

— Ce n'est pas tout, reprit la mendiante; dès que vous serez sortie, vous irez avec l'animal charmé dans l'endroit le plus retiré de votre logement; il vaudrait mieux que ça lût dans un des greniers de l'hôtel que vous habitez, et là vous aurez soin d'attacher le coq qui vous aura servi à quelque pied de meuble... pour qu'il ne puisse pas s'échapper...

— Puis, cela fait ainsi que vous l'indiquez, que m'en adviendra-t-il l

— Votre amant d'aujourd'hui aura beau se débattre dans sa chaîne , il restera dans vos liens tant que le coq sera enchaîné.

— Oh! merci! merci !... Je ferai tout <

et pour garder toujours Renaud, je mettrai à la patte de l'oiseau ensorcelé cette chaîne d'acier.

— Et cela sera prudent.

— Ainsi, ajouta Simon-Luc, tout est bien compris : à minuit, au carrefour près du palais épiscopal ; une chaîne , un coq , un bandeau ; puis venir chez Renaud , y rester un quart d'heure en tenant le coq sous le bras gauche, et de la main droite touchant le pied du prélat; un coup de sifflet... partir et rentrer pour attacher le coq en lieu sûr. . .

— Oh ! je ferai tout cela, vous dis-je !

— Bon courage et réussite.

— Vous m'aiderez, bonne vieille.

— Nous travaillerons chacune de notre côté !

— Je serai exacte !

— Moi de même.

— Et moi aussi, dit le barbier. »

Et les deux personnages du sabbat, Simon- Luc et Marie-Mère,s'entrere gardèrent avec un air de satisfaction non équivoque. Sarhetta prit cela pour de l'intérêt, et leur sourit.

Cependant Simon-Luc et Marie-Mèn retirèrent, laissant la jeune fille à ses flexions. Les réflexions d'une jeune fill*;! hélas! elles sont toujours à l'imprévoyant alors même que la passion est soumise , qu'est-ce donc quand elle commande I

Mais l'isolement où ils la plongeaient était un piège de plus tendu à l'infortunée Sarhetta .

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