‹ L'évéque Gozlin; ou, Le siege de ParisChapitre 12 sur 40 · LE VOEU DB CHASTETÉ · texte numérisé non relu

LE VOEU DB CHASTETÉ

« Pendant tout ce récit , Marina pleurait de joie, a Oh! sainte Mère du Saureur, disait -elle tout bas , tu m'as donc exaucée! Que je te rends de gr&ces I Oui , oui y je tiendrai ce que j'u promis : je serai fidèle à ton culte, à celui de ton Fils. »

«En vérité, dbait Timothée en agitant tour à tour ses bras et sa tête , je n'eus jamais plus de vigueur ! Elle m'a dit : Marche ! marchons. &

a II sauta aussitôt sur le plancher, et Marina le regardait avec admiration parcourir k grands pas sa cellule, Vasseoir, se lever, et recominencer à marcher.

« Je me sentii'ais , disait-il , le courage et là fprce d'aller, à l'instant même, et sans m'arréter,.dfms les bois; de gravir les mdnts sourcil* leux qui environnent Tibur. »

« Le subit rétablissement du p^re Timothée fît grand bruit dans la conununaulé. On ne manqua point de. répandre, dans tonte la ville de Tibur , que le mii'acle avait été opéré par la vertu des relique dç sainte Symphorose;!que l'on venait , tout récemment, de trouver dans la grotte qu'elle avait si long-teAips habitée, près de Tibur, avec ses sept fils; et, dès lors, tous les malades de la contrée firent apporter des offrandes dans la chapdlé où l'on: avait déposé Ces reliques , et payèrent pour que l'on y célébrât des messes , et //. • 9

DiailizccbyGoOgle

l3o CaiPtTRB IXTI.

qu'on y chantât des oremus. La sainte reçut ma les hommages qu'on devait bien plnt6t , ce me semble, à la Viei^-; mais les reliques étaient nouvelles, il fallait leur Caire une rëputatioti.

c La recoonaissasce du père Timothée envers l'aimable gardien qui l'avait soigné pendant sa maladie , fut sans bornes. Il B«itait pour lui une ù vive afleetton qu'il ne te quittait pas sans regrât , et qu'aussitôt qu'il avait vaqué aux exercice» religieux et i ses devoirs de sacristain , il revenait passer des heores entières dans la petite cdiule de son sauveur; car il rappelait souvent ainsi. Là, il lui donnait des leçons de grammaire, de théologie, et se montrait toujours sorpm des rapides progrès de son élève. Quelquefob, poar le récompenser, disâit-il, de son applicriîon, il baisait ses fraîches joues, serrait avec ardeur son corps contre le sien. Ces vifs transports ne dtiplaisaient pas à Mamia,mais l'embarrassaient «x^émement : en effet , Timorée ressemblait tant au seul bpaune pour qui elie eût éprouvé autrefois un véritable>penchant, que, lorsqu'elle se trouvait doucement pressée dans ses -braS', elle ne pouvait se défendre d'une très-vive «(notion , se sentait presque défaillir.

u Un jour elle lui dit i n Mon père , n'avez-vous jamais eu de parent qui ait voyagé en Toscane?}'ai vu, il y a daq à six ans, à Fkirancef

J.,r,l,z<,.tvG00gIf

LK VCVD DE C)>\.STEt£. i3i

iqa patrie, un jeu|i^ h^pqoae DOfpipé Féli;c , qui avait presque tous vos traits , votre taille même.... »

s A ce nom ds ^é\if, le pke Timothée ne put s'eropéçlïer (^ treseailiir. Puis, baissant la tête et fnettant une fawt sur ses yeux , i.l parut réjQiécbir sur ce qu'U devait i^poqdre; mm , Te)ev«uit spudain 1^ t«te et regardant Marjfla : . ,

- c pourquoi dissimuteraisi-j? avec vpus ? jNe m^ritez-Tous pas tojutp tqa cpnfia^ciç?-rC'wt«oi qui étais Féliat. >

a  ces mjOts i Marina &t extréip^tneat fmifbiée. JjC père s"?» aperçue

A Sans doute, ajouta-t-il , comme tout? U ylUe de Florence y vous f vez çnx que j'avais p^ dans les flots. Mais je vis... pour le malheur, » dit-ii d'unç voix altérée. « Frère M^rin , apprenatpar mou exemple , par ce que je vais vous çozi&er, combien il est (^ao^ereiix dç @e livrer à la foHguedes-passiouSi et aussi,£oiDbienon se repent quelquefois, dans t'exoès du malheur, de ^rnnsr sffXi coeur à tput espoir, de fuir pout- toujours la spçiété jles borames , et de renoucer surtout ^ t'gmour^ ce grand eousolateur de la vie. Vous allez Jfoe cowaaitre. Vnn» saurez , et pourquoi je vivais à Florence dans une si grande soljtude , et pourquoi je porte cette robe que je ne puis

l3a CHAPITBt XXVI.

plus regarder aujourd'hui sans dbuleur et sans effroi.

'■-« C'est à Vedîse que j'ai vo le jour, dans cette ville déjà paissante , quoique assez nouvellement sortie des eaux de - l'Adriatique. Elle n'obéit point à . des rois , mais k douze anciennes &milles qui s'y sont emparées du ponvoir.'SeuIes, elles ont le droit d'élire un chef qui , sous le iiom de doge , gouverne , ou plutôt , semble gouverner la république, tin gi^nd nombre de familles , nobles aussi , obéissent , non sans murmure * à Ces orgueilleux maîtres.

« J'étais né dans cette seconde classe dé dobles, et mes parents m'avaient élevé avec beaucoup de soin.' Je nie croyais bien le droit de prétendre à Talliance d'une des premières familles de l'État : aussi j étant devenu amourenit de Thélésina, 611e d'un Morosini, l'un des douze électeurs ou tribuns ,' j'allai franchement la démander à son père. Je ne puis vous peindre avec quel mépris il accueillit ma demande. Mais j'étais aim^ de Thélésina, plus que je ne l'aimais peut-être ; elle fut encore plus sensible que moi k l'affronta que j'avais reçu de son père ; et , la première , elle Tae proposa de me suivre partout où je voudrais la conduire.

« tJne nuit, elle Sortit par une porte secrète

Douze. bvCoOgIf

LE T«BU DSCOASTETÉ. |33

dp palais de son père , empcn^tant avec elle tout ce qu'elle avait de plus prédeux. 3e l'attendAÎA- Quand le jour parut , nous n'étions déjà plits dans les états de Venise. Mais notre voyage fut péuiblei^car, fuyant les routes fréquentées , il nous fallut traverser les Apennins , en suivant des sentiers à peine tracés sur les montagnes. Chaque soir, nous demandions l'bospitaltté.dans quelque chaumière; et , lorsqu'il ne s'en offrait aucune à nos regards , il fallait chercher uu asile dans un antre ou dans. les ruines de quelque antique monument. Ëh bien ! j'étais heureux, putsqpe je pouvais presser ma Thélésina sur mou sein. Elle-même oe se plaignait jamais de ses fatigues} mais, je ne te voyais que trof>,i son coura^ surpassait ses ibr«es; l'amour. seul la st^tenait., lai faisait oublier, 6t l'ardeur du so* leij pe^d^Jit le jour, et |a froide faunUdité de!» nuit?. ,

.<Eb£i>, nous arrivâmes aax -portes de Fki< reuce, et j'eus le bodfaeor 4e lui. trouver un asile hors * de la ville , dans une maisonnette qu'on me céda, pour une année, moyennant une assez forte somme. Pour moi, d'après le conseil de mon amie, j'allai, dès le lendemain, me loger dans la ville même , sous un &uz nom , comme étudiant en jurisprudence. - Je passais tout le' jour dans leS écoles, saqs me lier avec

l34 CSAPfTlIB AVf.

micunde me» cumortides ; mais , dèsque la nlilt venait , j'allais secrètement rëttouvdi' ttià Tfaété* siba, la consoler de M soliittidd. Qh! que lu nuits couiaieftt papidement pour moi auprès d'elle , ou dans se& bra» ! Que je iXN^rîtais bien te nom de Féiia: , qu'ello'mémd m'avait denn^ !

« Tant de bonheur dura peu. Les fatigues de Son voyage dans les Apennins, sa vie soirtaire, les inquiétudes , lés chagrins Inséparables de la position où l'avait placée son amour pour iMij eurent uae influence fatlile sttr sa MUté , ji^ qu'alors si âorissante. le la vo^is dépétÏT dH jour es jour. En vain , jetoutais la disfralfé; envaiit, |« voula» la cond«(ire ddkss 'q4ietquft:&trtre pays.

« le), Wd disait-^flé, l'air est pur; te dinat tempéré I où pourrils-tu en trotivt^ tan pha fevofablé ? Ke m'éktigtie pas plub >â^ m« pBtt4«^^ de ma Camille; j'éprduve quelque' dd«06kir k penser que je n'en suis séparée que par desniWtti^nes} tpie je pouïmis tas Ënutchir^ «b ideux jounsi.'. Mais tant de boAhâur'tt'eet'pas saiu dtfutfr réservé à la pauvre TbéMsinal. . .«

u £ll« s'obstina à reuer t «t, une nuit ( à nuit £itala !■), je la vis s'éteindre dans mes luns, cornme la lampe qui a consumé tout l'aliment auquel elle devait son éclat.

«Je sortis, d^spéré, de la vnaiidon où elle venait de uMurir» aans songn- aux demiera de-

D,a,l,zc.bvG00gIf

LE venu OB CDABTETÊ. 1 35

voies que j'aurais dû rendre à tes restes. Je tnarcb*i , j'errai sans but , pend&ot plusieurs jours, ne prenant nulle part de -nourritura J'aurais Toula uMurir. Un moine de ce couvent me trouva sur la route, couché sur le sable, évanoui, respirant i peine. Il me prodigua des se* cours, et se bâta de me conduire k sou monastère.

«Je me oonsachù volontiers à la vie religieuse, qui me parut un avanl^ût de la mort. On réconnut ea moi quelque aptitude , des connaissances que De possèdent pas toujours les hommes qui se réfugient dans lasoHtude des cloîtres; et bientôt on m'éleva , sapa que je l'ensse'nv < demandé, ni désiré, aux plus importants etnplois. du monastère. Je jouis, au milieu de mep compagnons, d'esclavage , . d'une assez grande autorité, dt de la considération que procure un peu plus; dé savoir panni des .ignorants.

«Mus, ô inon jeune ami, n'allés pas croire que j'aie trouvé la paix., le bonheur, et profitez de c^qui me reste à vous dire. L'image de Thélésina mourante , morte, s'effaça insensiblement de ma mémoire , ou du moins n'y laissa plus une impression 'de terreur , ni même de tristesse^ la ' nature reparut k mes yeux, belle, riante, et mes sens se réveillèrent , et les pensées d'af moiir« et les vagues désirs vinrent remplir-^

l36 CHAPITBE XZVI.

tourmenter mon âme , tout mon être. La naît, le ftotiveuir des plaisirs que j'avais goûtés près d'une douce compagne excitait eu moi un trouble , ime fièvre que le sommeil même ne pouvait calmer : au milieu de songes voluptueux , je m'éveillais ivre d'un plaisir auquel smxédaieot le regret , le remords. Le jour , tout ce qui s'offrait à ma vue allumait encore plus le feu qui me dévorait :. je regardais , plongé dans uue espèce d'extase, les tableaux de dos églises, où .l'on a représenté celle qui devint la mère de notre Sauveur , recevant le divin germe qui devait croître dans soD sein : ses yeux demi-fer^iiés , sa botodie eotr'oavérte, me rappdaient d'autres yeux ,'tine autre bouche; et,. lorsque, je la voyais, dans quelque autre peinture , ouvrant sa robe, découvcant un sein de la plus belle' forme, eo approcher un en&LUt demi-nu, qui ie pressait de ses petites mains, à peine pouvai»-je m'empécher de m'élancer sur ces séduisants objets,, d'y coller mes lèvres «oflammées. Oni,*mon frère , tous les tourments qu'ont éprouvés , dans leur solitude, les Pacôme, les Antoine, et les Augustin, je les ai ressentis plus violents, plus inguénssabtes encore; et je n'avais pas, comme eux, la triste consqlatioii d'en attribuer la cause à cet étemel ennemi des hommes, k cet esprit malin, qui se £ait ua plaisir de tendre couti-

J.,r,l,z<,.f,C00gIf

LE VŒV J>E GUASTETi. 1^7

iiuellement des pièges soub dos pas; car je me disais : a Ces désirs ne peuvent être des -crimes*; « c'est Dieu même qui a donné une compagne à n l'homme , parce qu'il s'est aperçu qu'il n'était « pas bon que l'homme restât seul. Le crime est

■ donc d'éloigner , de séparer l'bomnae de sa

■ compagne , que' Di^i a formée pour lui. Si je « souffre , c'est de cet isoienlent , de cet état K contre nature. » .

« £t jç prenais alors^en hofréur , et les cou-. veàts , fit les moines , et ta religion etle-mème.

■ Ces.qnnuiSftes'continQelIesangoisses'de mon esprit^ m'ont causé cette maladif ; cette" fièvre que Tor:prièreK, et surtout vôtre présence, 6 mon frère, 6iit:si miraculeusement guérie. Quantï je Vous -TiS, la. première fofe, entrer d^ns ma céUalev approdièr 'de mon lit, il 'me sembla qu'uB.angeccmsobteor était descendu du cie) pour me -visiter; que Thélésina avait pris vos traits 51 doux, si exprëssife; qu'elle s'était vâtue de ces tristes habits de -moine pour revoir, enen^ une fois , son ami mourant. Il me semblait qoe, de toutes les parties de votre corps, de tout votre être , s'exhabiwit de suaves parfums , que je respirais avec une espèce de volupté, et, qui , eu circulant dans mes veines, y rappelaient la santé , la vigueur. Je m'étonnais que vous ne fussiez pas de I9 race des esprits célestes , ou de

Douze. bv^^OOgle

■ 39 - CHAPIIFBS XXVI.

cette autre eapèce d'aii|;es que l'on nonrae de» femmes.

«Un jour, frère Marin., lorsque le temps aiira ombragé d'un léger diivet vos firaîches jouet, TOUS lea connaîtrez ces ravissantes créatures, et ue pourrez -vous em^pécher de seottr l'attrait iavincible qyi nous porte vers elles, comme te (tr ters l'aimant, Ob! puisqu'il en est temps encore, gardez-vous de prononcer des vœux qui tob* éloigneraient à jamais de cet autre, sexe, de cette moitié de nous-taoémes que, sans doute, -leva œ coonaissez pCHDt encore. Vous ne prévoyez pas» vous ue pouVea prévoir tous icsmaux qui SOQt la.suiïe de toute résistance aux ordres^ aux tioi» «le la tiâlure. Ou l'on parvient à tnompha de.sea pendiants, dé. ses désinj, ctidiorsla vie^ toiretcoûte^ie botibeurdela Tte; oa, cominela plupart des moïses, D05-ooaft*ères, on réuisit ^ séduire ^e jeunes pénitentes , de crédules épou-! aes^' et' à de ooui-ts inéifants de plaisir succèdent des antiées.de r^rets et de rônords..

â£n vous conseillant, mon oh^ Hana , de quitta cette solitude, dès que voua commencerez k sentir la plus vive des passions auxquelles Dieu, dans ses grands desseins, a voulu assujettir notre e^ce, je me condamne au plus cruel de sacrifices. Vous êtes devenu uécessaire à mpn existence ; je ne me sens vivre qv9 [vès

Douze. bvGoogle

dévouai MkH je veux tsmis éviter- totii ks mai^ tjne " j'ai soufferts, 'céi^nitolérables lôiunia^ qurm'avaiehticopduit atti. portes du toobbteau. Fuyez, puisqu'H en esttcmpa encons^Mbiy. je languirai loin' de vous, je géiniraîde TOtre*al> sence; mais vous serez tranquille-, heureux peutêtre; éloignez-vous. . . .

— Jamais! non jamais! s'écrie Marina en l'enveloppant de ses bras, et en se cacbant dans son sein qu'elle inondait de larmes : j'ai promis à la Mère de Dieu de passer ma vie entière dans un cloître ; sans doute , elle m'épargnera le trouble , les tourments, dont vous m'avez retracé le tableau. Mais vous, continuez d'être mon protecteur, mon père, mon ami. Tons deux, peut-être , nous éprouverons , l'un près de l'autre, de cruelles privations? Ëfa bien! en nous conâant nos souffrances mutuelles , nous parviendrons à les alléger. ...»

Ici Godiva, fatiguée de son long récit, s'arrêta. Judith s'aperçut que sa voix était altérée.

« La nuit est avancée, lui dit-elle; allons tons nous reposer. Demain, Godiva, vous nous direz l'a suite de cette intéressante et morale histoire, n

L'assemblée se sépara.

Sans doute, l'histoire de Marina avait fait

Douze. bvGoOgIf

1 4o ch&pithb xkvi , le vobd de ghastïté.

quelque impression Mtr i'esprit d'Odille; car, cette uoit-là, elle ne voulnt point recevoir Nitard dans sa cellule. En vain , sur te miuuît, il vint heurter doucement ji la porte : la dévote éteignit sa lampe, et n'ouvrit point

Douze. bvGoogle

CnB AIITtlE TIESGB HiSE.

•I Tu M tooM batte , 1^ ma* uân , et roo n« Iroare- ' nit y» ta toi nne tiiche. -

SALOMOn. Cuitiqne da cinCîqnea, IT, 7.

^(yi( ii^aiti irOcr ania

Paiilut prietyiia.

Memim a pannit inaoÙila '■ '■ ■

fltgo mater aiBgat, El pfda, laamuqui, cram.

Stricto piagit faitit,

' ' Fdktuhati Cttmtn. '■

• Enlendn^aiu l'enfant qai npt eondi^ Anu on ' étroit bctcraa T Itiui mire , 'Tieif[e , eordopp* s«* membres liini dfi liqgei 1 lem, par dn buidelettei , aei miiiti , m junfaea et teg pîedg. •>

Ttjaiùi in points Fokxdhat , ratnwTé -

X)âs le leDdemain, quelques heures- après le lever du soleil, Gpdiva vit entrer daos sa chambre la jeune Adeliode, et pe put s'empêcher

* Toyts Let*ck , dans ma Recueil des portes dà moyen tg«.

l4a CHAflTRI! XXVII.

d'en témoigner quelque surpiîse ; car , jusquelà , l'amante d'Adalbert ne lui avait montré presque aucun intérêt, et, loin de chercher à lui parler, avait toujours paru l'éviter, la fuir.

« — Aîmahle élra^ogéffe, lui dit Aiâ«linde d'une voix tremblante et les yeux baissés , je viens m'accuser d'avoir été injuste envers tous, de vous avoir traitée comme une rrnie, Adalbert et sa digne mère -m'ont démônlré -que mes jaloux soupçons n'avaient aucun fondement ; que , si votre caractère paraissait insouciant et léger, vous n'en possédiez pas moins une raison solide, un ccêur généreux et sincère.

a Je l'avouerai, une de nos compagnes, à qui vous n'avez pas su plaire , qui vous fait un reproche des appareuts désordres de votre vie, et TOUS taxe sans cesse d'impiété , m'avait aigrie contre VOUS. Mais hier, en vous écoutant raconter rhisLQÎre deJ4*)rina, nous peindre son amour si vKai , si pur, si désintéressé , je me disus : « Oh ! il est impossible que ce soit là une femme perfide, une vile corruptrice, -a et je me promis bien de venir Tous demander mon pardon et vôtte amitié. Ohl sans- flon(ë, Je ne suîs pas encore bien convaincue que tant -de charmes,, tant de brillantes qualités iS'aient pa^ feît impression sur l'âwe d'A,da(|ïÇrt » fl>ais je, suis sûre À présent que vous n'avez rien tenté , que vous

Douze. bvGoOgIf

vus AUTRX TIBHGE MÈRE. |43

ne teatenez: rien pour me VeiAever. Si poin-tant il VDU» préfère, cruyee-oioi, je 'ne tous en voudrai pas : j'eo mourrai, mais saiis l'eus détest^^ sans vous maudire.

-^ Noble Adetinde, répondit Godîva, p«rroet' tCB à l'étrkngière de vou& serrer un moment dans ses Ixasi, de vous admirer comme le modèle deâ amantes. Quoi! vous avez pu surmonter la ja- 'louâe, cette passion que l'on dit mdomptable? A^re»ezv ô. vous qui me' pcf mettez de vous donner le nom d'amie, qoe je ne pws m^empê*.

cher de Teconnàttre dans Adalbert miltetertus, da ooiuiagef.^ (a -ffteéresité , des sentiments élevés ; mais croyez qu'il ne sera jamais pour moi qu'un héros, un bienfaiteur, à qui je dois des hommages «t non de l'amour. Et , quant à lui, s'il me prodigue des soins affectueux, croyez fuissi qu'il n'agit- atiisi qfK parce 'qu'il est toudié de me& malheurs. Il voudrait , k fotce d'é-. gavds, d'attentians , me faire oubber la rigueur de mon sort, me relever aux yeUK de nos -compagnes, qui, toutes, se rappellent trop bien ï'infêtte lieu où il m'a trouvée. »

Les deax nouvelles kmies, après un long et dwix entretiet) , s'embrassèrent , pleurèrent ensemble , se promirent une confiance entière et mutuelle. Mais Godiva , dés qu'Âdelinde t'eut quittée^ prit la ferme résolution d'être désarmai»

Douze. bvGoogle

l44 CQAPITKE XXTU.

plus réservée dans. les e&iùous de sa Deommai»* sance pour Adalbert; car elle n'ignorait pas que si la jalousie, dans les âmes douces et tendres, paraît se calmer par intervalles ; que , si elles reconnaissent et avouent quelquefois Tinjustice de leurs soupçons, le plus mince su)^ , la plus iosiguifiante circonstance suffit pour réveiller dans leur seip le vautour endormi.

Tout le jour, Adelitade parut être d'une gai^ * inaccoutumée ; et- le soir , après lé repas , die fut la priemière à témoigner le désir. que Godiva continuât l'histoire de Fé&et deMarina.

Godiva ne demandait pas ttaimix; elle reprit la parole en ces termes.

FIN DE L'fflSTOIRE DE HARinA:

1 Mon principal but, dans cette histoire, je vous le.rappelle , est de prouver, par un exemple irrécusable, qu'il ne faut pas juger trop-sévèranent les femmes que le hasard des év^ements expose souvent au danger de perdre le précieux trésor de leur inncvcence. Vous avez vu, .au milieu d'un monde brillant, Marisa rîdiej libre, maitressê de toutes ses actions, réuster aux séductions d'une foule de jeunes gei» erapressés autour d'elle ; vous l'avez .vue ensuite dans une société de moines, dotat les passions iQQt d'au-

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UHK A.DTRe VIBKGE MIÈRE. , l45

.lant plus violentes qu'elles sont pltis contraintes, entendre de sang-froid leurs scandaleuses confidences, ou du moins., dissimuler la vive éfDotion qu'elles pouvaient Ëiire u^itre dans son âme; enfin, no.tis l'avons laiMée dans une intime union avec le seul homme qu'elle aime, et qui lui découvre le mystère de son cœur, son penchant à l'amour, à la volupté. Bestera-t-elle sage , quand son âge et son ccenr, tout l'i^nvite à succomber? C'est ce que nous verrons bientôt. «Félix, ouplutôt le père Timoihée ; car c'est le nom que je dois désormais lui donner , ne quittait que rarement , tant que duraient les joiHs, son ami frère Marin; il était, comme je l'ai dit, son maître ctaos les lettres tant religieuses que profanes. C'était Marin qui écri* vait les hymnes sacrés que Timothée composait pour son église; c'était lui qui copiait-les chansuBs amoureuses -que lui inspirait son ardeiite imagination. Il chantait des maîtresses idéales, leur supposait tous les attraits qu'il trouvait dans son jeune ami ; il leur supposait ses longs et miuces sourcils noirs , et l'humide feu qui semblait jaillir de ses yeux, et la douceur angélique de'sa voix. Ces int^%ssantes occupations les conduisaient quelquefois jusqu'au milieu de la nuit; et Timothée alors renonçait à retourner dans sa cellule : ils prenaient ensemble quelques //. lO

l46 CBAPITRE XXVII.

holirciB de repos , à dotai couchés sur le' la^e siège , dans les bras l'uti de l'autre.

«Ainsi s'écouU, je pourrais dire voluptoeusemeut, mais cbaatement aussi, leur vie, poidaiit quelques années , sans que jamais .Timpthée soupçonn&t même qu'il fût ai près d'uno seconde Théléaina , de l'une de ces créatures enchanteresses dont il eût payé une seule fiiveur au prix de son bonheur dans rétemité^ sans que Marina, si souvent témoin de l'amoureux délû« de son ami, eût jamais osé lui dire : «Je suis tout ce que in cfaerefaes; je sais femme, et je t'aime l K

a Cependant^ lé bsa frère Marin n'en, remplissait pas AVeC moins..d'exaGtitudC' toutes les fonotiàn» in^tbsées aux novices dans les couvents. Trois fois, chaque scanaine, il allait, lirainant un âne après lui , chercher dans les environs les . provisions nécessaires k la vie> Ses quêtes étaient toujours plus abondaiites^ que cell» de ses camarades : tant sa doocjeur et. sa beauté'avaientde pouvoir sur toos les cœurs! 11 n'était connu, dans. les marchés, que sous le ncHn du gentil /rèrei et il n'était point de tnarebaude sud la place qui. ne l'appelât, lorsqu'il passait , pour mettre ^ dai» les paniers que portait l'âne, des tenons, des couines ou quelques li-uits de la saison. Presque toujours , elles ac-

UNE AUTWB VI^GC MÈRE. l^"}

compagnaient leurs dons de quelques quoltbels sur la fraîcheur de. sou telot, ou la btancbeur de ses mains , et roème , y. niêLiiieQt quelques vi*vei cai-esses. . >

«Mais de toutes les jEcmcbes qui semblaient vouloir être aimées, de lui « aucune se lui cau> sait plus d'etnbiaTraB quela bniDe et.n.ie-Thèda, la fille du boutailger du couv^ot^ dont la maisou touchait à réglisc^ Elle avint: à .peu près vingt ans, une santé robuate» des yeux brillants et passionnés, s6us d'épais- etlongk souriais d'un noir d'ébène. Soit qu'il entrât ou saftttda cUiSn tre , il la v.oj'ait tonjotirs aiJr la .porte de sa boutique; toujours elle l'ihvitaib. à vaÛT s'asseoir, à prendre'<|udqii|fiSTafcài(diibBe:q]ents.-. ,

a Elle voiitait aussi qu'il la confesbàt : ea.vain lui représentait-il qu'il n'eu avait pas encore le pouvoir. « Peu tni porte , ; éponchil^e ; vous "tenez à L'S^lise,. et j^ Sw le coeur un- gn». péché qu'on saint hommei coib«d« vous peut seul, en* t«ndre.' » ". ■ . y . ■ . '

B Et lepécl^'étut qu'elle. aimait, ^qu'elle' ado)rfùt UD jeiUQ^ ùkrOf beau.joomme le^ anges; qu'elle le voyait, la nuilv'danases songes; que son ardeur était telle qu'elle ét^ résolue à mourir, s'il ne>sépondait pBS>â ses désàs.'si^elle ne ponvaiti, une fois senlëme^it, le serrer, dans

DolizccbvGoOglc

l48 CHAPITRE XXVII.

« Un jour, elle lui parut moins ardente, plus sérïeuse; et frère Marin crut qu'elle avait renoncé à tout projet sur lui. Aussi se roontra-t-il motDs farouche; aussi écoutq-t-il avec complaîsauce le récit qu'elle lui faisait des événements les plus récents , arrivés dans la très-petite ville qu'ils habitaient. Après avoir passé en revue, dans &es malins discours, tes plus riches citoyens de Tibur, elle en vint aux' prêtres et aux moines : elle prétendit que, de ces derniers, la plupart avaient dans le voisinage des amies , qu'ils allaient visiter la nuit.

o Là, frère Marin l'iiiterronipit.

a Comment cela serait-il possible , Thécla ?

chaque soir, les portes du couvent sont riguureusement fermées , et ne se rouvrent qu'au jour. »

« Tbécla se mit à rire, et lui prenant la main :

a Suivezrmoi , lui dit-elle; et vous allez voir comment votre couvent est bien fermé la nuit.*

u Frère Marin se laissa conduire, moitié de force, moitié aussi de gré; car il n*élnt pas fâché de s'assurer par ses yeux de la vérité ou' de la ^usseté des récits de Tbécla.

a Elle le fit descendre dans une -cour iQlé- -rieure de la maison, au fond de Jaquelle était une petite porte qu'elle ouvrît ; et ils entrèrent dans un petit couloir souterrain qui aboutissait

Douze. bvGoOgIc

unb'authf. viKacE uÈRE. j49

à une antique et très-longue galerie f éclaiÊée à droite par une suite d'arcades , au travers desquelles on pouvait contempler, au-dessous de soi, tout le yaste et profond vallon de Tibur. Dans la galerie même,, au pied des arcades, coulait rapidement, dans un canal de marbre, une eau limpide, qui allait se jtNndre, tout près de 14, à un autre ruisseau , dont les eaUx formaient une des trois cascatelles qui tombent d'une si grande hauteur au fond de la fertile et belle vallée de Tibur.

« Le spectacle de la chute des eaux bouillonnantes dansj de verts précipices, de ces forêts de chênes verts au feuillage sombre , d'oliviers argentés , du milieu desquels s'élançaient des peupliers sous la forme de longues pyramides; ce beajii , ce magnifique spectacle attira d'abord toute l'attention de frère Marin : ii ne songeait plus uî à Thécla, ni aux moines de son couvent. Mais il se sentit frapper doucement sur l'épaule, et, en se retournant , il vit Thécla qui, les joues fortement colorées , les yeux en feu , lui dit :

« Beau moine, mop ami , est-ce le ciel, sont-<% des îHrhres ou des eaux qu'il faut regarder près d'une femme qui soupire , qui brûle pour toi ? N'as-tu donc point, comme tes confrères, des sens , un cœur qui batte au nom d'amour et de volupté ? »

j,=,i,z..tvCoOgIf

l5o CHAFITRE XXVII.

« Puis , saisissant une de ses mains, et de Tau* tre lui montrant une ouverture pratiquée dans UD des murs de la galène :

« (Test par là qu'ils sortent « s'écria+-rfle, pour venir goûter ici avec leurs amies , leurs amantes , les plaisirs' que tu te refoses. Cette ouverture conduit à une porte secrète qui s'ouvre dans ta sacristie de ton ^ise. Bâtie an milieu des ruines même de la maison de je ne sais quel vieux Romain qui s'appelait Mëcène, ton église se trouve précisément au-dessus de cette galerie où, comme me l'a dit un moine de ton couvent, certain empereur Auguste venait s'amuser avec la belle Licinia , femme de ce Mécène, son ministre et son a(ni , et avec mille autres femmes des plus distinguées de Rome ; car il lui en fallait , chaque jour, une nouvelle. Ce lïeu fut donc, de tout terhps, consacré aux plus douces jouissances; et tu n'en douteras point , si tome suis dans pnàsîle que j'ai dëcouv^t ici, tout près »

« Et, sans même achever , elle l'entraina dans une grotte, qui n'était faiblement éclairée que par un irtm pratiqué dans les rochers , et qui ne laissait vtâr qu'une très-petite portion du ciel azuré. Tout autour de la grotte étaient des lits de pierre, couverts d'une mousse épaisse ; et au milieu, s'élevait une énorme statue dti dieu des jardins, le plus obscène des anciens dieux. A

UNE A.UTBK VIBBGE M^RE. ]5l

ras(>ect de cet infâme simulacre, frère Marin rougit, voulut fuir; mais Tbéda l'avait enlacé dans mS far»s ; cjle lui disait d'une voix sup^ pliante : « Oh 1 rend»-n|oi fieiireusc ! n Mtus il la repoussa si brusquement qu'elle alla tombw , à demi renveraée, aux pieds de la statue : il profita du moment pour ^'élancer hors de la grotte;; laais, bientôt relevée, ellel^ poursuivit dans la galerie, la fureur daiis les yeux.

« Tu me dédaignes, lois^rablel lui disait-elle; lu fuis celle qu'oat eu vain convoitée les pères. Cyrille, Antoine, Cyprien, tous tes Hipâriieur»^ teschefs.]e nesurvivraipointà un teiaffroiit. Les . «aux du terneut qui coule à nos (oeds, a[u«5 iivoir déchiré mon corps sur tes pointes de ws rochers, le poiteront jusqu'au, fond, de cette- vallée où tu pourras le voir ràoore LongttâBa^s -flotter au milieu des roseaux. » , ^

K Et «Ile fit un mouvement en. arrière comme pour s'élancer dans le canal. Frère MâHii frémit, et la retiut fortem^ pas sa rohe-

«■—•MalheuTËusej fille', lui cn4it-il,quevpux-tu de moi?.,, rioipoesible. J^Ute la voii de larai^ son.

— Non! non! répondait-elle, «isedébatfant:

toi, ou la mort. ,

— Mais, ie t'en conjure, Thécla; accordemoi du moins quelques jours , pour que je puisse

■"DolizccbvCoOglf

132 CHAPITRE XXVIf.

in« décider à une action si nourelle pour moi Le soleil luit; et dans ce lieu , quoiqu'il paraisse peu fréquenté, ne pourrions^ouspas être surpris? Différons, je t'en prie.

— Je t'entends, répondit-elle ; novice encore dans l'art d'aimer et de jouir , timide comme un enfant , tu trains d'avoir le soleil inème pour témoin. Quoique ta pudeur me paraisse étrange, je rexcu.se. Eh bien 1 qu'une nuit profonde couvre de son voile dos plaisirs. Je t'ai dit comment on peut facilement parvenir à la grotte. Je m'y rendrai, cette nuit, cinq heures après le coucher du soleil. Y viendras-tu? réponds. »

«Frère Marin répondit enbalbutiant:a — Cette nuit ! c'est bientôt.

— Cette nuit même! réplique Thécla d'une voix forte; ou, demain, tu apprendras que j'ai cessé de vivre. »

«FrèreMarin proncmça d'une voix tremblante :

a J'y serai. »

« — Qu'un baiser soit le gage de ta promesse. »

« Frère Marin avança un peu la tête, et Thécla imprima sur sa bouche vingt baisers de feu, qui lui causaient une émotion qu'il avait peine à dissimuler.

B Frère Marin obtint à la fin de Tbécla la pe^ mission de sortir de la fatale galerie. Elle le reconduisit jusque dans la rue; et^ en le quittant,

Douze. bvGoOgIf

CRE AUTAE VIERGE HÈHE. |53

elle lui fit encore- promeUre de se trouver, la nuit prochaine, dans la grotte à l'heure indiquée.

a Éperdu, hors de' lui, il se hâta de rentrer k son couvent, et monta rapidement k sa cellule , où il trouva le père Timolhée qui l'y attendait, conHae c'était son usage, et qui lui fit quelques tetidres reproches sur ce qu'il avait passé en courses plus de temps qu'à l'ordinaire. Il remarqua aussi son émotion, sa rougeur; et alors, irère Marin lui conta, sans omettre le moindre détait , la scène qui venait de se passer entre Thécla et lui.

« T^ père Tbimothée écouta , avec une avide attention, ce long récit; puis il s'écria :

«Thécla! la plus belle de -nos Tiburtiennes , et la plus sage , disait-on ! , . . Qui l'eût pensé ? » Et , après un moment de silence , il ajouta : a Eh bien ! ft^re Marin , ne vous l'avais-je pas dit, que, tôt ou tard, vous succomberiez?.... Tout le mal que j& vois là , c'est que je vais perdre le seul ami que j'aie au monde. Dans les foras d'une mattresse , frère Marin oubliera le malheureux Jimothée. »

Frère Marin sourit: « — Thécla ne sera jamais ma maîtresse.

— Ëb quoi! ne vous a-t-elle pas donné un rendez-vous?

l54 CHAPITRE XZVIi.

«Oui; mais elle n'y trouvera personne, ou du moÎDs, ce ae sera pas hkh.... Ecoutez : tandis que vous nie parliez tout à' l'heure , voici une réEexion qiie j'ai £alte : si je pouvais me décider à aUer dans la grotte , ce aérait uniqu^nent, je TOUS le jure , pour £iire rougir Tfaéda de sa conduite, la rameoer par de sages discours à de plus [ooables seotiments , à la vertu. Mais je pense que, dans la bouche- d'un jeune homme, à qui elle a déclaré si vivement sa passion, ces graves sermons seraient assez déplacés, et produiraient peu de fruit, on plulùt augmenteraient son irritation , sa colère. Me vaudrait>i( pas mieux me Caire remplacer, dans la grotte, par quelque personnage important par vous, par exemple, père Timotfaée? ■ :

« A ces mots , (e père Timothée épronva une espèce de saisissement; il se leva, et se promet nant à grands pasj les bras croisés, dans la cet- Iule, il paraissait livré à ses réfle»ous. ' '

■ En effet , disaft-il , pourquoi non?.... mais

si » Puis, paraissant tout^*&it décidé : v Vous

le voulez ; je me résouB : oui , je la ramènerai , je l'espère, à d'autres sentiments; je lui rendrai Im paiic- »

«Frère Marin lui baisa les mains par reconnaissance du grand service qu'il lui rendit (c'était ainsi qu'il parlait); et Timothée alla dans sa

DHE AUTAE VIERGE MJtRE. 1 55

ceUale se préparer au rôle qu'il devait ^ner ia imit. prochaioe.

« Que cette nuit parut longue à firère Mariu ! II ne dorrah point ; il était curieux, de savoir si Tétoquence du père Timothée avait en , sot l'esprit de Thécla , tout l'effet qu'il en attendait.

« Dès le matin; il le vit arriver daiis sa cellule, le front serein , l'air calme. '

« — Vos yeux, lui dit'il,o«jeeroislirëducoritentement, presque de ta joie, m'annoncent d'a•^ vance ce que, sanis doute , votre bouche va me confirmer, que Thécla, grâces à voHS,«st revenue à la raison.

— A' peu près, répontlit-^l ; je crois l'avoir guérie', au moins pour un temps, de ses folles ardeurs. Je l'ai laissée plus tranquille ; elle ne se tuera plus de désespoir. Mais la guérison des malades d'amonr n'est jamais certaine : pour éviter les rechutes, il Êiut éloigner la tause du mal. VoHs devez donc fuir sa présence : votrevue seule pourrait lui rendre sa première frénésie.

— Oh! certes, je ne Tirai pas trouver. Tout ce que je redoute , -c'est de la rencontrer sur mes pas-, ce qui m'arrive trop souvent

— J'avais prévu cet inconvéiiient. Aussi, je viens d'obtenir du père Cyrille , notre supérieur, que vous seriez dispensé désormais d'allei' qoè-

■ 56 CHAPITRE XXTIf.

ter et cherchw les provisions. Je Ini ai représenté que ces fréquents exercices ne convenaient point à un jeune homme aussi délicat que vous l'êtes. Il n'a fait aucune difficulté de vous accorder une dispense de toute espèce de course à l'extérieur du couvent. »

« Frère Marin remercia vivement son ami.

Ces promenades forcées dans les environs loi déplaisaient beaucoup, non parce qu'elles étaient fatigantes, mais parce qu'elles l'exposaient sans cesse à des compliments, très -embarrassants pour lui , sur la délicatesse de ses traits , la g«itillesse de ses manières.

o II ne sortit donc point de plusieurs mois.

Tout entier à ses études que dirigeait le père Timothée, il y fît d'assez grands progrès. Dans leurs entretiens, on parla bien quelquefois de la pauvre Thécla, d'abord un peu, et ensuite le maître et l'élève parurent n'y plus songer.

« Cependant le père Timothée ne tarda pas à montrer de fréquentes distractions dans les leçons qu'il donnait; et bientôt après, il devint soucieux, même chagrin : on .eût dit qu'une pensée accablante pesait sur son cœur. Frère Marin lui demandait en vain la cause de sa continuelle préoccupation; il ne répondait pas.

« Mais, un jour, il le vit entrer un mouchoir sur les yeux, et poussant des sanglots.

Douze. bvCoogle

UNE AOTRB VrBRGE HÈRE. 1 57

H — Oh! Marin, s'^ria-t-il, vousaliezétre appelé à comparaître devant, un conseil des cbefe du moDastère. Vous êtes accusé

— Eh! dç quoi? grand Dieu!

— Écoutez^ Thécta vous accuse de l'avoirséduite, de l'avoir rendue mère.

— O Timothée! qui mieux que vous peut attester mon innocence?

— PersoTioe, ^ans doute, plus que moi, puisque je suis le coupable Oui, Marin, dans

cette nuit si douce, si funeste, ou je devais rappela à l'honueur une jeune fille égarée par l'amour, je lui ai ravi l'honneur. Me gênant pour vous, elle m'accabla de si vives caresses qu'il me fut impossible de résister: C'était vous qu'elle croyait serrer dans ses bras ,. et je n'osai lui découvrir une erreur qui la rendait heureuse. Ma faute est grande; je l'avouerai aux juges, qui veulent injustement vous punir. Ne craignez, donc rien; c'e^t moi qui suturai la p^ioe qu'ils infligeront. .

— Et quelle est cette peioe?

— D'abord , la perte de mes plaices , de mes dignités, et peut-être une prison perpétuelle.

— Je ne verrais donc- plus mon Timcrthée , mon seul ami! Ohl^j'aime mieux mourir. Laissez-les me condamner, mon ami. Je le veux, je l'exige Mais vous ser«2 sans doute au nom-

bre tle mes jugea : si lu peiae éuit trop rigoureuse, vous tâchere&^de la faire xUéger ; jn'e&t-il pas vrai , Timothée?

— Jamais , trop généreux ami , je ne souffrirai que vous subissiez, à ma nkice, même la plus légà-e des punitioBS, Cessez donc de vouloir

— Cessez vous-même de m'aftliger, ea voue (^posant k ce que j'ai irrévocableneot résolu. Si je vous entendais , dans le conseil , vous déclarer le père de i'enfant de Thécla , je vous démentirais; je dirais bdutement que votre amilié pour moi vous porte à vous charger de ma faute; naisque c'est raoi' qui ai péché; et jese^ rais sans doute cru, puisque Théck^ qui m'accuse, doit bieu savoir apparemmeot ^ael est sou séducteur. »

«Timothée parut se rendre; mais il cachait une arrière-pensée ; son projet était àe décou' vrir le véritable coupable, si la peine que l'on allait prononcer était une longue rédnsiou.

a L'aréopage monacal étant réuni,- frère Marin fut conéuit devant ses juges. Il ne nia , ni n'avoua ta /faute dont on l'ao£uâait. A toutes les interpellations du président, il oe répondait que par des larmes. Le père Antoine et le père Cyprien ,- furieux de ce que la proie qu'ils avaient si long-temps poarsuivie, la belle Thécla, était

UMK ADTBE VIEBGE MÈRE. I Sg

tombée dans les rets d'un ptus adroit chasseur , voulaient que le prétendu coupable fût condamné à une réclusion perpétuelle. Père Timothée prit alors sa défense , fit rougir les deux juges qui s'étaient montrés si rigoureux, en leur donnant à entendre qu'il connaissait par^tement te motif qui les animait contre son jeune ami. Il mit, dans son plaidoyer, kutant de raison que de chaleur; il représenta, par des traits si naïfs et si vrais, la fragiUté de ta chair, prouva si bien qit'en' de telles circoâstanees le devoir d'un tribunal d'hommes vonés, malgré eux , au célibat, était d'user d'indulgrate envers ceqx qui, plufr faibles , succombaient parfois à de si attrayantes tentations; enfin, il parla avec taut d'éloquence et de vérité qu'en faisant un retour sur eux-mêmes, la f^upart se sentirent portésà n'imposer à frère Marin , pour toute punition , que foUtgation de' réciter, chaque jour, pendant un mois, les sept Psaumes de la pénitence. Cependant^ comme ta faute était connue de f out« là ville , «t y avait causé quelque scandale , les jages ordonnèrent que l«re Marin accomplirait sa pénitence à la vue de tout le peuple i se tenant à genoux sous la principale porte de l'église; Il fut condamné de plus-à se charger de l'éducation <te l'enfant mâle dont.Thécla venait (l'accoucheF, et qui avait reçu le nom de Mari-

l6o CUiPlTRE XXVIi.

neîlo. Cet enfiint ue devait jamais le quitter, jusqu'à ce qu'il fût d'âge à devenir, comme son père, moioe du couvent.

« Le frère Mario siibit sa sentence. Pendant un mois entier, il resta , chaque jour, exposé à la porte de l'église aux regards du peuple de Tibur. Un large. capuchon couvrait sou visage; mais les curieux le relevaient souvent , et la plupart , frappés de la beauté des traits du jeune coupable , excusaient dans leur âme la faiblesse de Thécla , et mettaient tous dans le plat posé aux genoux du moine quelque monnaie pour l'enfaut dont on le croyait père.

« Dès que Marioello put se passer du seiu de sa nourrice, il fut apporté à frère Marin^qui lui fit un berceau daos $a propre cellule. Que cet enfant lui devint cher, ainsi qu'à Timolhée, qui ne cessait de l'accabler de caresses ! Ils se disputaient à qui le tiendrait dans leurs bras. Frère Marin le plaçait souvent dans son lit, près de lui ; cL Timothée alors se couchait de l'autre côté. Chacun tenait une main de l'enfant , qui dormait au milieu d'eux. Réunis par un si doux lien , ils passaient ensemble de -délicieuses et chastes nuits.

« A peine Marinelio put marcher qu'ils prirent plaisir à l'aller promener dans les belles et solitaires vallées qui environnent Tit>ur. Ils admi-

byGoogte

OKE AUTRE «VIIsnaB HÈRE. l6l

raient sa. vivacité <t la précocité de spn intelligeace. Il leur faisait rttilje: questions à la fois sdr toiit ce qui se présentait k s«s.]reux:il fallait ttii iUre le noqn^les arbres, de» herbe^i voyâitril' ui> rocher!» il jEallaiii le laissa monter jus^uVii .«omïBiet. . . . ', ■ :.

. .« Un .joQT, ils le oonduisireot près, de la {^apd,e cascade que fcvitie le fleuve AnioeH se pcéçipitant , de rocbers «n rochers , j.()sqae daa&UH fouifre, oùil.s>og1outit sous une uiontagae ^ pour reparaître bient^ divisé en plur sieurs totrents , qui vont former plus loin, des casçalelles. L'enfant parut émerveillé de tout ce fracas des eiaiix ; il voulut suivre, dan» sa course rapide, le fleuve écumeiuc. jusqu'à la grotte. de ■Neptune ;.d,est ajnsi qu'cffl'nomnie l'antre où il fi|eog)outit. Mais , pour y uriver, il faut .descendre par up étroit sentier Uacé.suf le.rpc , chemin ipie rendent difficile et très-g)issant les .vapçiirs humides qui s'exhalent du torrent^ et l'éeuPW qu'il y d^pQse. Marinello entra avec sa vivacité ordinaire dans ce dangereuï sentier; le p^e Timotbée s« hâta de courir sur ses pa^.ll était parvenu à le sai^r par sa robe ; maïs lui - ménne glissai çt t<His deux roulèrent dans le.to^rçpt. Frère Marin, qui. les suivait de prèf, les yoyant se débattre au milieu des flots qui les entrai-

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