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blancheà, telles qu'en montrent les tigres en fune. Je l'avouerai, un froid mortel courut par tous mes membres ; tous nos guerriers baissèrent humblement leurs glaives , et nous sortîmes eu silence, mais en frémissant, de ce lieu d'horreur *.
* A peine nos guerriers étaient-ils dehors que l'un d'eux , plus irrité encore que les autres d'avoir été déçu dans son espoir de satisfaire d'impérieux désirs , s'écria :
«Mes compagnons, veugeons-nous de l'injure que nous ont faite ces nonnes insensées ! Nous égorgeons tous les jours les moines que nous rencontrons, s'ils emportent avec eux l'or de leurs couvents ; elles , aussi , nous ont ravi un trésor qui n'était pas moins précieux pour nous qui manquons encore plus de femmes que d'or.
Qu'elles périssent ! Brûlons-les dans la maison même de leur chaste époux, car c'est ainsi qu'elles appellent leur dieu. »
« 11 en fallait moins pour donner l'essor à la rage que nos guerriers concentraient dans leurs cceurs. Tous les chênes des environs furent bientôt dépouillés de leurs rameaux séculaires : on entassa autour de l'église des monceaux de bois, auxquels on mit le feu. L'incendie ne tarda pas
• Vojeî U note XL.
//. la
à dévorer l'église entière. Les religieuees diantaieot toujours ; mais les voix semblaient s'éteindre l'une après l'autre. Le dernier son qui parvint à notre oreille fut celui de Jésus et de Maria ; puis , succéda un silence que D'interrorapit plus aucune plainte, aucun cri.
« Rollon , quand il nous vit de' retour et qu'il eut appris le tragique événement, réprimanda nos guerriers, et infligea même une sévère punition à celui qui les avait excités à ce forfaits
«Dételles actions, disait-il, déshonorent le nom normand. Il fallait plaindre et respecter ces folles, mais vertueuses victimes de leurs opinions religieuses. Guerriers, je vous l'ai dit cent fols : épargnez la faiblesse , o'usez de votre force que contre ceux qui résistent, »
u L'armée passa ensuite à gué la petite rivière qui nous -séparait d'un autre pays plus fertile et plus habité. Après quelques heures de mardie, nous aperçûmes, de loin, unimmeiiseamas de. maisons de bois, du milieu desquelles s'élevaient une. vingtaine de tours en briques rougeâtres. C'était Londinum*,ïa plus considérable ville du pays. Elle couvre les deux rives d'un fleuve qui nous parut d'une largeur extraordï-
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tiaire, et sur lequel Toguaiént des navires aussi grands, pour le iilotns, que ceux dont nous nous sfl'TOns dans nos expéditions maritimes.
« Hollon jugea que l'on ne s'emparerait pas de ' cette cité^ où lés AngloSaxons avaient dû réu» nir leurs troupes et leurs richesses , sans de grands efforts, san^ des combats meurtriers; et il se décida à former un ca'tnp dans un emplacement qui lui sembla fevorable. Trois raille guerriers se mirent aussitôt à creuser de larges fossés f tandis que d'autres ilressaient nos tentes. Et bientôt , à l'abri de toute suiprise , nous nous livrâmes au repos.
«Au milieu de la nuit, des guerriers qui veil' laient pour la garde du camp entendirent tout près d'eux les sons harmonieux d'une batpe; et, bientôt après, une voix pleined'expression chanta, en langue Scandinave , et les hauts faits des Danois, et la gloire de RoUoo. Surpris j émerveillés de rencontrer , dans un pays ennemi , un partisan de leur nation, ils appellent te chanteur, et, dans leur enthousiàsrbe, l'invitent à entrer dans le camp. Il ne se fit pas prier; et lè reste de la nuit, il charma, pat ses chants, l'ennui des sentinelles. Quand le jour vint, il fut ao cuelUi, fêté par tous les Danois : il fallait que, dans chaque tente , il bût et chantât.
u RolloD iui^nème voulut entendre le fameux
■ Ko CHAPITRE SZTIK.
joueur de haipe^et le fit appeler daos sa tente, où je me trouvais seul avec lui. Nous fûmes frappés de la physionomie grave et noble de ce singulier personnage. Mais quel puissant iatérêt il inspira à Rollou quand il se mit à chanter, en s'accompagiiant de la harpe , les malheurs du roi AJfr^ , banni par d'ingrats sujets de son toit paternel! Il le peignit errant dans les forêts, arrachant de la terre, pour se uourrir, des radnés amères. Il nous dit ensuite comment, poui^ suivi par l'un des usurpateurs de son trôoe, il s'était réfugié dans la cabane d'un misérable porcher; comment il fut forcé de servir le plus ignoble , peut-être, de ses sujets, de mener ses porcs dans les marais, et, souvent, de partager avec eux le reste des mets grf)ssiers que le por^ cher leur abandonnait.
1 A ce récit, les yeux de Rolton exprimèrent la pitié , l'indignation.
o Oh ! s'écria-t-il , s'il m'était donné de venger rinjure de ce roi, donttfn m'a vanté ^ souvent l'esprit et la sagesse; de le replacer sur un trône qu'il était si digne d'occuper ; je ne regretterais pas mon expédition en Ëstanglie ! Mais où le trouver ?.... que sera-t-il devenu?.... »
Tjc joueur de harpe jeta alors les yeux autour de lui ; et, voyant qu'il n'y avait dans la tente nul autre guerrier que Kollon et moi, il nous dit:
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« Je suis Alfred !»
« A ce mot, RoUon lui tendant les bras :
« Viens, mon respectable hôte , viens , que je te presse sur ma poitrine , en attendant que je replace sur ta tête une couronne. »
« Alfred voulut slncliner devant lui : « Oh ! mon héros, disait-il, recevez ma foi , je me fais votre^ vassal. »
n Rollon, lé relevant, te fit asseoir à ses côtés , et ils se concertèrent ensemble sur les moyens les plus prompts de soumettre les Anglo-Saxons, et, surtout, de s'emparer de leur grande cité, -en face de laquelle notre camp était assis-
a lies renseignementsquedonnaitAlfred étaient très-importants : il connaissait des chemins secrets qui conduisaient dans les forteresses mêmes , ou dans des quartiers de la ville , qu'il était impossible de défendre.
V Afin que la nouvelle du retour de leur roi ne parvint pas aux oreilles des Anglo-Saxons qui, pour ne pas retomber sous son joug et s'exposer à sa vengeance, combattrai^eut sans douté avec plus d'opiniâtreté , il fut convenu , entré BolloD et lui, qu'il conlinuerait, dans le cainp des Danois, son rôle de joueur de harpe; mais que, toutes-Ies nuits,, il viendrait conférer avec
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101I CHAPtnts xrviii.
Rollon sur les meilleurs plans k suivre pour mettre à fin leur grande entreprise.
<t Depuis près d'un mois, nous étions restés oisifs dans notre camp , n'ayfint pour toute distraction que des exercices militaires et tes chaots de notre joueur de barpe. Le bruit se répandit que Rollon ne songeait plus à s'emparer de Londres; qu'il préférait de conduire Favmée dans le nord de l'ile, où nous trouverions , et plus de butin, et des succès plus faciles. Et, en effet, du nous' avertit de nous tenir -prêts k partir dans trois jours^
« Au terme fixé , nous pliâmes nos tentes en plein jour , et sans même chercher à éviter les regards des habitants de la ville qui , du haut de leurs tours, riaient de notre lâcheté, et, par des gestes insultants , nous téro<»gnaient leur tnépris. Rollon eut beaucoup de peine à nous - empêcher d'aller nous venger à l'instant de ces insultes.
«Quand l'armée Alt à quelques milles du camp qu'elle venait d'abandôunçr , elle reçut l'ordre de ptoétr^ dans UQ bois très-sombre qui était à notre droite, et de ne suivre d'antre guide que le joueur de harpe , qui marchait à sa tête, un haut panache rouge sur son bonnet.
La nuit vint, et nous ne cessâmes pas de mar-
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LE noi ALFBEI). l8^
cher dans ce bois : c'étaient alors les soos de la harpe de notre chanteur qui nous indiquaient la route qu'il iaUait«uivre. -
«Quand faurore parut , nous nous trouvions sur la lisière du bois , et notre surprise fut extrême de ^«ir devant nous une des portes de Londres: nous corapiimes que , pendant la nuit, nous avions tourné la ville.
* On n'entendait au dedans aucun bruit, pas même une voix; et, autour, ou ne voyait point de soldats, pas inénte une sentinelle. C'est 'que tous, les habitants en étaient SOTtis pour aller naiter noft^ camp désert, et s'emparet de ce qae nous avions pu y laisser en andes'ou subsistances. Kous ne trouvâmes donc dans les rues que des femmes et des en&nts qui, à notre aspect , couraient s'enfermer dans leurs musons. C'était une précaution inutile ; car il nous avait été défendu du faire le moindre niai à tout habitant désarmé. Kous occupâmes, sans résistance, les tours et les fortifications. De là, nos soldats purent voir la foule immense des curieux, qui étaient allés visiter notre camp, retourner vers la ville, heureux et triomphants. Ils avaient orné leurs tètes de pampres -verts, et revenaient, en chantant, chargés du maigre butin qu'ils avaient fait dans leur expédition ,
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I04 CHAPITRE IXVIII.
butin qui ne consistait qu'en de vieux bois de lances, en casques troués, en marmites cassées.
«Quand ils virent une partie de notre armée autour de la ville, et qui leur en défendait rentrée, leur terreur fut si grande qu'ils ne songèrent pas même à fuir. Tous tombèrent à genoux, en criant : Mbéricorde!
aRollon alors s'avançavers eux, tes rassura par des paroles bienveillantes; il leur permit même de rentrer dans leurs foyers , leur disant que le lendemain il les convocpieraitpour leur faire connaître ses intentions. Ils passèrent entre deux rangs de nos guerriws , le front humble , les yeux baissés; mais ils n'entendirent aucun mot injurieux. Et bientôt après, dans la ville occupée par nos troupes, régna un calme profond.
a Le lendemain , tous les habitants furent appelés sur une grande place qui bordait la Tamiàe. An milieu s'élevait une large estrade, sur laquelle étaient rangés des évéques et des prêtres; ils entouraient deux sièges plus élevés que les autres. Au-dessus de l'un de ces si^es flottait une bannière rouge.
<c Des cors annoncèrent Farrivée de Kollon , qui venait à l'assemblée accompagné d'un personnage vêtu d'un manteau royal , et portant sur la tête une couronne : c'était Alfred. Tous
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deux montèrent sur l'estrade , et occupèrent les deux trônes. Rollon se leva , et dit :
a Anglo-Saxons, de» méchants, parmi vous, « avaient proscrit votre roi , qui ne s'occupait «que de votre bonheur. Je suis venu vous le M rendre. Le voilà, cet Alfred, si injustement «banni de ses États! Il vous pardonne. Qu'il soit «désormais votre roi. »
a Toute l'assemblée s'écria : « Qu'Alfred soil notre rm ! Gloire à Rollon qui nous le rend ! »
« Alfred alors s'élance jusqu'au bord de l'estrade :
« Peuples de l'Estanglie, trop long-temps nous . « avons refusé aux Danois de venir se confondre « avec nous sur une terre assez vaste pour tous «nous contenir. Cédons- leur une portion de «nos contrées. Que leur brave chef, qui m'a « ramené parmi vous, règne sur la riche proie vince de Norfolcia* ; qu'il en partage les terres « entre ses braves compagnons. Je le déclare « dès à présent roi de Norfolcia. »
« En cet instant un évèque se leva, et dit :
«Des chrétiens ne peuvent accueillir , au milieu d'eux , des adorateurs d'un autre dieu. Que Rollon et ses braves compagnons se purifient dans les eaux saintes du baptême, et alors nous
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les traiterons en frères. Mais je ne consentirai jamais k ceindre du bandeau des rois de l'Estanglie , le front d'un gu^rier qui pourrait ramener au milieu dé nous l'afEreux culte des idoles. »
1 Rollon sourit , et prenant k son tour la parole :
« Peuples d'Estanglie , dit-il, la reconnûssance « d'Alfred l'a porté à me sacrifier une p(Hti(Hl de •K ses Étatd : je lui en rends grâces; mais je n'en « veux point. Mou ambition est tout autre. J'ai laissé , de l'autre côté de k mer, une Meus- « trienne pour qui, il est vrai, je désire une « couronne; mais c'est dans son propre pays, sur « sa terre natale , que je veux ceindre sa tête du « diadème : nulle part ailleurs, je ne veux être, « je ne serai roi. Pour vous , obéissez, à un seul « maître, au sage Alfred. Ou je me trompe bien, K OU vous admirerez , tous conserverez les justes a lois qu'il se propose de vous donner, et, jus- A que dans les siècles à venir , l'Ëstanglie bénka « sa mémoire. »
« Toute rassemblée témoigna sa satisfaction par des murmures approbateurs, et elle se sépara. Le nom de Rollon était dans toutes les bouches.
« Cependant un assez grand nombre de nos guerriers, las sans doute de la guerre 61; de la vie aventureuse qu'ils avaient menée jusque-là , avaient été séduits par les offres brillantes d'Al-
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fred. Ils demandaient à rester dans les contrées qu'on avait promises aux Danois , et ne répugnaient point kse faire chrétiens pour posséder des terres. Bollon iie s'y opposa point. Il ne voulait, disait-il, autour de lui, qiie des hommes fidèles à leur dieu comme à leur chef. Nous vîmes avec regret plusieurs milliers de Danois se «éparer de notre armée, et, entre autres, un des princiftaux chefs, Guàrun, que nons »ppMion& nous-mêmes le Féroce, parce, qu'il s'était toujours montré implacable. Quel fut notre mépm pour lui , quand nous le vîmes , au milieu des évéqttes, vêtu de la longue robe blanche des néophytes !
« Au reste , nous fumes amplement dédommagés de ces pertes. Le courage, la justice de RoUon avaient exercé un tel empire sur les Anglo-Saxons, qu'il s'en présenta une foule quivoulaient le suivre en Neustrie. Leur roi Alfred coDsentit à leur émigration *.
« Ce sont ces milliers de braves que vous allez voir pMfaître, dans quelques jours, en ces lieux, et à la tête desquels Kollon se propose de finir ce trop loug siège de Paris. »
M Ob! ma mère, s'écria en ce moment Adal-
' Vo jei l'épigraphe de ce chapitre , et la note XLt.
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bert , voyez comme il est urgent que j'exécute les ordres de BoIIod; que j'aille choisir le lieu où doivent se réunir tant de braves guerriers. Je pars , à l'instant même , pour Paris; je veux placer, tout près du camp de Sigefroi , celui qu'occuperont ces uouvelles troupes. Mais où trouverai -je un édifice convenable où moD père puisse, à l'abri de toute attaque imprévue, mûrir paisîblemeut ses plans de bataille, d'où il transmette promptement ses ordres à ses bataillons d'élite. . .
« — Umesemble, dit vivement Adelinde, que le palais des Thermes serait bien propre à cet usage. Dans ses vastes jardins , les troupes pourraient dresser leurs tentes , tandis que votre père occuperait le palais. Il est d'ailleurs, dans cet édifice, de longs souterrains qui conduisent jusque dans n
Ici Adelinde s'arrêta tout à coup, et, se couvrant le visage de ses mains :
« Oh ! qu'ai-je fait? s'écria-t-elle ; je suis Française , et j'indique les moyeus de soumettre idod pays! »
a Quel trait de lumière ! s'écria le jeune guerrier ; et nous vous le devons , chère Adelinde ! Ob ! comment n'avaîs-je pas songé à ce vieux palais, à son parc ? Tout cela est désert depuis
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