L EMBUSCADE
Ifqn dalHT, ÎBiidiat, anBiujHe letla panail.
Le jour commençait à poindre ; et déjà AdaU bert donnait les ordres les plus précis pour que le voyage -projeté s'exécutât presque sans fatigue pour les femmes. Il décida qu'elles feraient la route sur des brancavds , couverts de moelleux coussins et portés par des Danois qu'il choisit parmi les plus vigoureux de ceux qui étaient préposés à la garde du Mont-Valérien. Comme il faDait traverser deux fois la rivi^e pour arriver plus directement sur la rive méridionale où s'élève le palais des Thermes, il expédia des ordres pour que de grands bateaux se trouvassent aux lieux qu'il désigna , prêts à transporter sur la rive opposée les voyageuses et leur cortège.
Douze. bvGoOgIf
iga CHAPITRE XXIX.
Tout promettait le jour te plus serein. Pas un nuage dans le ciel : le soleil, à l'horizoa , brillait il'un éclat doux , que Tœil pouvait supporter.
Les trois voyageuses voulurent descendre à pied le monticule qu'elles habitaient, pour mieux respirer l'air que parfumaient les fleurs des champs, qui commençaient à s'entr'ouvrir , et les buissons d'auhépine qui , semés çk et là , des deux côtés du chemin, ressemblaient à des monceaux de neige.
Quand elles eurent passé le premier bras de la rivière, elles se placèrent demi couchées sur les trois brancards , dont chacun était porté par quatre ï)anois. Adalbert marchait devant elles, et tournait souvent la tète pour leur adresser quelques mots de tendresse. Cent guerriers, armés de lances, formaient leur escorte.
Nos voyageurs avaient pris le chemin qui traverse dans toute sa longueur la forêt de Jîotvritum*. Godiva , qui si long-temps avait passé de tristes, de funestes jours dans l'obscurité d'une caverne, jouissait plus que ses compagnes du Spectacle de ces grands arbres dont les branches commençaient à se revêtir d'un vert tendre; sou âme s'épanouissait comme celle d'un esclave dont on a
* ApjoVFd'luii le bois de Boalùgiie.
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brisé les chaînes. Dausson enthousiasme, elle ne put s'empêcher de chanter, de célébrer Je printemps et l'amour. Jusque-là, ses deux compagnes ne l'avaient point encore entendue chanter: la heauté,surtoutrexpre8sioodesavoix, les surprit, les émut. Oh! pourquoi chanta-t-elle?. ... Adelinde, en l'écoutant, sentit se rouvrir ta plaie mal cicatrisée de son cœur.
Ils arrivèrent ain.si à l'autre bras de la rivière, qu'ils traversèrent, aussi faciteoitent que. le premier, sur les bateaux qui les attendaient, et abordèrent sur la rive méridionale, un peu au-dessous de la cabane qu'avait abandonnée le pêcheur Marc-Loup. Adalbert la 6t remarquer k son amie, qui d'abord sourit , puis soupira ; et, sans dire un seul mot , elle (indiqua de la main àson amant la roche près de laquelle ils s'étaient furtivement embarq^iiés près de neuf mois auparavant.
Ils eurent bientôt traversé la plaine si unie et si verdoyante de Saint-Germain. Lorsqu'ils furent prés du camp de Sigefrot, le lieutenant qui commandait les troupes que ce chef y avait laissées fit ranger ses bataillons sur leur passage, et reçut les félicitations d' Adalbert sur le bon ordre qui régnait dans sa petite armée.
De là, ils apercevaient les hauts luits du palais des Thermes ; et ils ne tardèrent pas à se //. i3
Douze. bvGoogle
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retrouver dans ce palais, sou» le vettibule même où Adelinde avait accueilli avec tant de bienveîtiance le pèlerin Adalbert. Ils s'y délassèrent un moment , et s'y restaurèrent par an bon repas ; <ar les Danois , en quittant le matin l'ermitage, n'avaient point négligé de, se pourvoir de vin, et de se charger de provisions de bouche.
Le palais , les jardins , tout était désert : il n'était pas même resté un concierge. Adalbert et les trots femmes allèrent parcourir l'antique demeure, tandis qu'à son tour, l'escorte réparait ses forces- par des mets substantiels. Dans cette excursion , Adalbert reconnut qu'on pourrait fort bien placer le camp des dix mille hommes qu'amenait Rollon dans le vaste jardin dn palais; qu'aucuA travail n'y était nécessaire, puisque les murs épais qui en ftMmaieiit l'eûceinte suffiraient à la sûreté du camp. Quant k Ade- Ihide, elle faisait remarquer à -sou ami, et le créneau d'où elle lui avait piirlé pour la première ■fois, et le bosquet oi'i elle reçut ses premiers serments. La vive Godiva. sautait, bondissait sur "la pelouse , gomme la génisse qui , sortant au matin de l'étâble, peut errer eu liberté dans un gras pâturage. Mais Judith, paraissait rêveuse, mélancolique : ses yeux étaient, incessamment tournés vers One colline voisine, sur le penchant
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de laquelle on apercevait les ruines d'un vaste édifice , d'un monastère. « C'est \k , se disait-elle, que se sont écoulées rapidement les années de mon adolescence! »
Le soleil commençait à décliner vers l'occident; il fallut songer au retour. Mf is Judith se rappela qu'Adelinde avait dit, la veille, qu'il y avait dans les Thermes des souterrains dont elle ignorait l'issue ; et elle pensa qu'il serait prudent de les visiter, avant que RoUon vînt s'établir dans le palais.
« Rien de mieux, dit Adelinde; accompagoezmoi, je vais vouseii montrer l'ouverture, d
Et elle les conduisit vers une espèce de tourelle qui occupait un des angles de la grande cour. Pour entrer dans cette tourelle, il fallait repousser et faire rentrer dans le mur une grosse tige de fer qui en fermait la porte. Après bien des efforts ( car le fer s'étant rouillé, la barre ne coulait plus facilement dans la mortaise tracée dans le bois de la porte), Adalbert éuit parvenu à l'ébranler , à en faire rentrer une partie dans le mur, lorsqu'il crut entendre un bruit de pas dans l'intérieur de la tourelle, et même un bruit d'armes qui se choquaient. 11 prête de nouveau Toreille, et ne doute plus qu'il n'y ait du monde dans l'intérieur ; que même on s'efforce, du dedans, dereponsser cette ptM-te que, lui-même, i3.
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lt)6 CHAPITRE XXIX.
allait $i imprudemment ouvrir. Il £ait signe aux femmes de s'éloigner , et leur recommande tout bas d'avertir les guerriers de l'escorte.
Toutes trois volent à la salle du festin, où elles ' trouvent leurs Danois buvant, chantant en toute sécurité. Ai^jeine leur ont<elIes dit quel danger les menaçait que tous prennent les armes, et courent se ranger autour d'Adalbert, ÉchaufTés par le vin qu'ils avaient bu, ils tentent aussitôt d'ouvrir la porte pour combattre les ennemis que renfermait la tourelle ; ils jurent que pas un ne leur échappera. Ejn vain Âdalbert aurait voulu qu'ils différassent , qu'ils prissent quelques mesures de prudence : rien ne peut les arrêter. Vingt bras vigoureux ont bientôt fait rouler la barre de fer qui résistait : la porte fut ouverte ; et Adalbert ne~vit pas , sans frémir, dans l'intérieur une foule de guerriers bien armés qui se pressaient pour sorlirdans la cour.
Pendant quelques instants , les Normands parvinrent à les empêcher de déboucher : ils en firent tomber plusieurs ; mais , tandis qu'on s'occupait à combattre ceux qui se montraient les premiers , d'autres se ghssaient par derrière les combattants; etdéjà une partie de la cour était remplie d'ennemis. Adalbert craignit avec raison que sa petite troupe ne fût bientôt enveloppée, el lui ordonna de se retirer en bon ordre, s'il
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était possible , vers le palais. Mais les Danois étaient trop animés; il ne fut point obéi. Il n'y avait plus pour lui, dès lors, d'autre parti à prendre que d'empêcher que ceux- des ennemis qu'il voyait s'étendre,' sans conibaltre, sur les côtés de ta cour, ne gagnassent du t^rain. Il s'élance, comme un trait, h la tète de trois guei^ riers seulement qui cohsenliren't aie suivrb ; sur un peloton de Parisiens qui s'étaréntiplus avanr ces que les autres; Mais , à peitie se trouvait-il devant eux , qu'un autre peloton bien plus nombreux, qu'il n'avait pas aperçu, parce qu'il était caché par des buissons toufïus qui croissaient dans la cour, l'enveloppa, le saisit, l'entraîna vers la tour , où étaient encore un grand nombre .de leurs camarades. Les Danms qui l'avaient suivi voulurent en vain le reprendre, avant qu'on lui eût fait franchir le seuil de la tour : ils succombèrent sous le nombre.
Cependant le combat continuait toujours dans la cour. Les Danois se battaient avec tant d'ardeur qu'ils ne s'aperçurent même pas que leiir jeune chef leur manquait. Les Parisiens comprirent qu'ils ne parviendraient jamais à vaincre de tels guerriers, quand même ils pourraient les envelopper; et trop des leurs avaient mordu la poussière, ils étaient ré<luits k un trop petit nombre, pour qu'ils pussent espérer quelque
igo cHAPrriiH xiix.
succès de cette manoeuvre.D'aiUeurs, ils avaieut à craindre que les troupes de Sigefroi, averties par le bruit du combat^ u'accourusseut de leur catup au secours de leurs compatriotes. Ils ne sODgéreut doue plus qu'à la retraite; mais, eu reculant, ils combattaient toujours. Les Normands les poursuivirent avec acharnena«tit jusqu'à la porte de la tour : tous s'empressaient d'y entrer, et les Normands ne s'j opposaient même pas , dans l'espoir de les y prendre ainsi entassés.
LesNormands ignoraient que, dans cettelour, était l'ouverture d'un vaste souterrain par où s'échappaient leurs ennemis. Les premiers guerriers normands qui entrèrent dans la tour furent très-surpris de n'y trouver personne; mais ils découvrirent bientôt l'ouverture du souterrain. Ils hésitèrent à s'élancer, dans de telles té- ' nébres, à la poursuite de leurs ennemis : quelques-uns plus intrépides osèreutfrancliir l'entrée de la voûte souterraine, et, la lance en avant, ils y marchèrent qudque temps dans la plus épaisse obscurité. Us entendaient, non loin d'eux, les pas et même les voix des fuyards, ce qui redoublait leur courage et leur e^oir. Mais, tout à coup, ils se virent arrêtés dans leur marche par une forte grille de fer, qui traversait le souterrain dans toute sa largeur, et qu'ils voulurent