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yeux sévères, elle Itit qu'elle ferait une faute, si elle ajoutait un mot de plus. Mais elle en avait déjà trop dit, comme on le verra bientôt. Celte feiï?me indiscrète, c'était Barbara, l'ancienne suivante -d'Adelinde , celle qui , si l'on veut bien se rappeler le commencement de notre histoire, avait involontairement coopéré à l'enlèvement de cette soeur du comte Eudes.
• Depuis quelques mois elle était l'amie intime de Marc-Loup, pour oe pas dire sa maîtresse. L'adroit pécheur était parvenu , grâces au petit juif qui la connaissait depuis long-temps, à se (aire admettre auprès d'elle; et comme Barbara n'avait jamais repoussé les hommes dont les traits mâles et prononcés annonçaient une grande vigueur d'âme et de corps, Marc-Loup n'avait
- pas eu de peine à prendre sur elle beaucoup d'empire. Tout ce que l'on faisait ou disait dans le palais du comte , où elle demeurait eu qualité de directrice des femmes qu'autretbis Adelinde avait eues à sa suite , il l'apprenait d'elle , 6u du petit juif qui leur vendait des bijoux, des voiles, des parfums. Mais le prudent Marc-Loup ne lui avait jamais faî{ confidence des relations secrètes qu'il entretenait avec les. Normands.
Les mots échappés à Barbara avaient élé avidément recueillis par quelques témoins, qui se firent un mérite d'aller les répéter, à l'instant'
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même , au comte Eudes et k Goziin. I>e prisonnier ayant été introduit dans k principale salle du palais, les deux souverains du pays, le comte et l'évéque , l'interrogèrent d'abord sur son nom et son titre dans l'armée. Àdalbert ne cacba point qu'il était fils de RoUon , et qu'il commandait l'armée en son abence.
Ce fut alors qu'où fit paraître Barbara, et qu'on la somma de déclarer si , comme elle l'a- vait dit hautement, elle reoounaissait ce jeune guerrier , et dans quelle circonstance elle l'avait connu. Marc-Loup, qui avait bien prévu qu'elle serait appelée en témoignage, lui avait représenté que, si elle avouait que, ce chef pouvait bien être le ravisseur d'Adelinde, elle ne pour* fait plus le soustraire au supplice qui le menaçait; qu'elle serait lu cause de la perte, et prèsque le bourreau d'un si beau jeune homme. Il eft fallait moins pour toucher le cœur de Barbara. Toutes les réponses qu'elle fit aux qiies-' tions qu'on- lui adressa, Marc-Loup" les lui avait préparées d'avance. Elle se contenta de déclarer que , si elle avait paru reconnaître ce jeune chef, c'est qu'elle avait vu autrefois errer , dans les rues de Paris, un jeune jongleur qui lui ressemblait pour la taille, la figure, la couleur des clievetix ; que sa beauté l'avait frappée ; qu'il accompagnait un pèlerin plus âgé....
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LE SIMGE ACCIJSITEUR. •HO'J
»\(»lk tout, ajouta-t-elle, absolument tout ce que je puis déposer. Je n'at nulle certitude que ce soit là te jongleur. que j'ai vu; et même, à présent que je considère avec plus d'attention le prisonnier, je ne lui trouve plus avec le jongleur autant de ressemblance. 11
Gozlin crut remarquer quelque chose de iouche dans cette déclaration.
«Si ce Normand, dit-il, est le jongleur que l'on a vu dans PariSj comme je suis très-porté à le croire , c'est pour prendre une idée de nos forces, explorer l'état de nos fortifications, qu'il s'est introduit , sous un déguisement^ dans nos murs. Nous nedevons plus dès lors le considérer comme un prisonnier ordinaire : espion , il mérite la moit. Mais attendons de plus sûres informations, a
Ou remit au lendemain le jugement de cette importante affaire; et, en attendant, on décida qu'Adalbest serait conduit dans la prison de la ville.
Déjà l'on s'apprêtait k emmener te prisonnier, lorsqu'on entendit gj-atter fortement à une ptirte qui conduisait, de la salle d'audience, à l'appartement qu'occupait,' dans le palais, l'évêque Gozlin. Tous tes assistants prêtent l'oreille; les grattements redoublent de force , et il s'y mêle des accents d'impatience, de désir, ou plutôt des espèces de gémissements. Un garde, qui
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était posté près de la porte, s'empresse de l'ouvrir, saos attendre qu'on lui eo doiine l'ordre; et aussitôt s'élance dans la salle un singe qui, dans quelques sauts, parvient jusqu'aux pieds d'Adalbert , te caresse en jetant de petits cris de joie, vifs, pressés; monte k son cou, sur ses épaules, redescend à ses pieds, qu'il baise, et sur lesquels il se couche avec un frémissement de plaisir.
Adalbert avait reconnu ce pauvre animal qu'il avait tant fait danser au son de sa rote ; mais il aurait bien voulu qu'en telle circonstance il ne lui eût pas donné de si vifs témoignages d'affection. C'était bien là, en effet, ie singe de Nîtard. Depuis son exorcisme, il n'avait point quitté la demeure de Goziin, et le prélat s'amusait souvent à jouer avec lui dans ses heures de loisir.
o £h bien ! dit Gozlin en regardant Barbara d'un œil sévère, nierez-vous à présent que ce prisonnier ne soit vraiment l'espion qui parcourait , il y a quelques mois , avec ce ^age , les rues de Paris; qui osa même s'introduire dans le château des TbermesPji
Barbara, confuse, troublée , baissait la tête , et ne répondait rien.
Gozlin ordonne qu'à l'instant même l'espion Adalbert soit conduit au supplice.
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LE SIltGE ACCtFSATEDA. SOg
Mais ie comte Eudes se lève , et déclare qu'il loi accorde deux jours pour se préparer à la mort. Ce n'était point par pitié, par esprit de justice, qu'il consentait à ce délai ; mais il pensait , avec raison, que tes Normands, ptiur obtenir la délivrance de leur jeune chef, d'un fils du puissant Rollon , feraient des propositions avantageuses, se résoudraient peut-être à lever le siège de Paris. II était donc prudent , politique , de différer, de deux jours au moins, l'exécution d'un arrêt qui , du reste, lui paraissait équitable et conforme aux lois de la guerre.
Des gardes saisirent Adalbert, chargèrent ses mains de chaînes. On ne le conduisit point dans la prison publique; mais on le descendit dans le cachot le plus profond de cette même forteresse dont le comte Eudes avait fait son palais , cachot où le jour n'avait jamais pénétré.
A quelles amères réflexions se livra le malheureux Adalbert, seul , séparé de tiJute société humaine, enseveli, vivant encore, dans un' tombeau froid et humide ! Ce n'était point cette mort si prochaine, dont il était menacé, qui troublait son esprit : il avait appris de son maître £gill à mépriser la vie , à la considérer comme un songe , plus ou moins pénible , qui finit sans laisser ni trace, ni souvenir. Mais il était aimé de //. i4
alO CHAPITBK XXX.
deux êtres doDt il eût voulu feire le bdnliear et ta gloire ! Toute sa fermeté l'abandonnait, lorsqu'il se représentait , en idée , et le muet désespoir de Judith « et l'immense douleur de cette jeune Adelihde, qu'il avait ravie à un frère qui là chérissait, maLs dé qui .elle ne ponvait plus espérer de pardon. -
Il avait passé dix heures entières dans ces méiancoliques idées, et, vaincu par le sommeil, il allait s'étendre sur la paille qui couvrait le sol , lorsqu'il crut entendre , dans le long escalier de pierre qui conduisait à son cachot , le bruit des pas d'une personne qui descendait les degrés ; et, peu de temps après , on repoussa les verrous , mais avec de grandes précautions , et comme si l'on eût craint d'éveiller les sentinelles.
La pwte s'ouvrit , et une &iUe lumière éclaira les murs et la voûte du cachot. Adalbert voit s'approcher de lui une femme qui , levant jusqu'à la hauteur de son visage la lantertie qu'elle porte à la ftiain , le considère, quelques instants avec attention. C'était encore Barbara.
n Ruivre jeune guerrier, tm dit-elle, je suis la cause , bien innocente , il est vrai , dé votre malheur; mais que ne puis-je vous sauver, dûtil m'en coûter la vie ! Écoutez ; Marc-Xioup m'a dit : a Barbara , tire-lè de sa prison ; et , dès de- « mairi , je t'épouse , et, dès demain , je te don-
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inerai plus dW, de bijoux - que' n'en possède 1 ton maître , le comte Eudes. » Hélas ! il était peu nécessaire de me faire de si brillantes promesses; je n'étaia que trop dbposée à vous servir ; j'avais fait le mal , et d^à je songeais aux moyeus de le répara'. La, difficulté, pour moi, n'était pas de. pénétrer dans. votre cachot. Le Ëls du cohcierge m'aime depuis quelque temps : je l'ayab toujours rebuté; mais je viens de lui promettre un rendez-vous pour demain, si, dérobant les clefs de la prison sous le chevet du lit de.son père , il me les confiait pour une heure seuIeoaent.Ces clefs') les voilai mais, hélas! de quoi voiiSiserviront-elles? J'ai vil à la porte extérieure de la prison deuK sentinelles, une épée nue à la main. Oh ! il vous serait impossible de franchir cetlé porte!....
'.* Cependant , ajouta-t-elle , Vous êtes robuste , et ne manquez pas de courage. Voici un poignard que je vous: apporte. Vous pouvez surprendre ces gardes , les égorger..... Marc-L6up vous at- ' tend à: quelques pas : yous parviendrez facilement jusqu'à la rivière, où vous trouviez sa barque....*. »
Adalbert saisit avidement le poignard, réOér chit un moment, et lui dît :
d Bonoe^ excellente Barbara, pour sauver mesjoiu^ je n'immolerai point deu^ hommes inno-
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31 a- CHAPITBE XTCX.
cents. Je combats volontiers les guerriers corps
à corps, je ne les assassine pas J'attendrai
donc ici la mort. Mais, ce poignard, je ne l'accepte pas moins avec reccmnaissatice. Tu ne pouvais me &ire un présent plus précieux ; je ne périrai point de la mort des lâches! Les yeux des Francs ne se repaîtront point du spectacle d'un Normand expirant sur un échafaud! tu m'as donné de quai me soustraire à leur fureur.,. Va, ma chère Barbara, retourne vers Marc-Loup, et dis-lui que l'un de mes plus vifs regrets est de ne pouvoir le récompenser , comme je l'aurais tant désiré, de sa fidélité^ de son zèle.... »
Barbara fondait-en larmes : elle aurait voulu qu'il la suivit, armé de son poignard; mais elle l'en priait en vain.
Voyant que toute instance serait inutile , et que l'heure qui lui avait été accordée était bien près de finir, elle se disposait à ranonter l'escalier du cachot; mais Âdalbert , la retenant par le bras, lui dit:
vËncore quelques instants, Barbara; tu peux me rendre un service. »
Et aussitôt , coupant avec le tranchant du poignard deux longues mèches de ses cheveux , il les remit k Barbara :
« Marc-T^up, lui dit-il, ira les donner, l'une à ma mère, et l'autre à celle qui devait être la
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compagne de ma vie. Il leur dira : a Vous le « voyez , c'est à vous seules qu'il pensait en mar- I chant au trépas. Maïs consolez-vous de sa perte ; «si ce que nous apprennent les scatdes', dans «notre enfance, a. quelque vérité, vous le re- > trouverez dans le vaste palais d*Odin. Là, il a n'y aura plus d'Eudes, ni de Gozlin qui puissent vous séparer de lui ! »
Barbara promit tout : elle inondait de larmes les mèches des blonds cl^eveux qu'elle avait dans les mains; puis, elle se hâta de les envelopper dans un mouchoir qu'elle cacha dans son seiu. Reprenaut alors sa lanterne , elle quitta tristement le prisonnier , et alla rendre les clefs de la prison an fils du conciet^e, qui l'attendait avec impatience à' la porte même de la chambre où reposait son père.
Adalbert , plus tranquille, et résigné , sentit ses yeux se fermer. Il put goûter quelques heures de repos. '■'
CdAPlTME XUl.
LES RiaociJui'iOKs. .
Ssnic. Tregcdis. -- ^gimemiKiii. M
• Ceat Ib nul incertain qui toamenle la phu. »
JjB sommefl, qui apportait qpçlquç cftlme cUbs l'esprit d'Adalbert, n'apprpçba d^^;yeu)l, w de sa mère, ni de son amie, ni niê^ae d« God>vi> ^t d'Odille. Cette dernière , à genoux , toute la puit , nç cessa d'invoquer sa «aint^. patrcmne pour la délivrance du jefwÇigtierriçr^quilui paraissait si digne de devenir un jour un adicmiteur du Christ. Oh ! si elle avait su qu'elle seule, par son indiscrétion , par son trop de confiance dans les Neustriennes qui la servaient , était la cause du fatal événement , que sa prière eût été bien plus fervente ! quelle rude pénitence elle se serait infligée!
Judith était sérieuse, mais ne répandait pas
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