CHAPITRE XÏXI, LES ViOOCI A.TIOSS
uue larme : elle méditait sur les moyens <f arracha- promptemetlt son âls à la prison ; ctr, pour sa vie, elle ne la croyait pas «n danger.
<}odiva diercfeaità consoler Adelinde par toutes ces expiassions de dévouemeiit et de zète qu'inspire la vive, amitié. Tout à coup elle se leva de Son siège , et prenant vivement une mftiii de Judith :
M Oh! quelle idée vient d'éclairer mou esprit! ma généreuse protectrice, que je suvs' heureuse! je puis vous rendre vptre fils ; oui , je puis le racheter dés fera. Vousie savez, Gozlîh a^t fkit propoter pour ma rpn^on des monceaux d'or et ané foule de prisonm'ers normands: Ëh bien!
Judith, prop^ez'Iui de me rendre en'<éphange (le votiie fils.^ acceptera, car il a pour moi rafr fection la plus tendre. »
Juditli , ta regardant avec le |ttu8 tendre intérêt, lui réponjdit ; -
« Si les conjectures que j'ai formée^ , en ébout ■ tant ton histoire, Godiva , sont fondées, comme je le crois , il se pourrait qu'en effet Ûo^u fût disposé à accepter cet' échange..... Nous tente». roDs peut-être Mais non; nous nous flatterions en vaiu : la politique , l'intérêt de son pays , remporteront en lui sur tout autre, sentiment. Il tient dans ses serres le fils de RoUon , du chef suprême de l'armée » jamais , il ne voudni lâcher
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nne proie si précieuse qu'à des ^jonditions* peutêtre, que l'honneur, l'intérêt de sa gloire défeo-, dront à EoIIon d'accepter. »
Tels furent leurs discours pendant une longue nuit. Le jour commençait à paraître, et Judith était surprise et inquiète de n'avoir reçu aucun message de Marc-Loup, k II m'avait tant promis, se disait-elle, de ot'informer de tout ce qui se passerait à IParis ! Voilà le jour venu , et je ne sais rien encore. »
£□ ce momeut, elle. s'aperçut qu'à la porte ■ extérieure de l'enceinte de l'ermitage des hommes se disputaient; et, d'après quelques mots qui parvinrent à son oreille, elle devina facilement qu'on en refusait l'entrée à quelqu'un qui insistait avec force , et demandait que , du moins, on consultât la maîtresse de l'ermitage. Godiva, sur l'iovitation de Judith,, courut aussitôt vers la porte, et ordonna qu'on laissât pénétrer quiconque se présenterait sans, armes. Tout obstacle, cessa aussitôt ; et Gôdiva reparut bientôt dans, la chambre commune, avec le petit juif, marchand de parfums et de bijoux pour les femmes.
Cet honnête juif , que nous avons déjà vu paraître quelquefois dans cette histoire , avait l'art de se glisser partout, tenant toujours sous un bras la boite qui lui servait de magasin. Â l'aide
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de cette boite, il parcourait librement, tantôt le palais du comte Eudes, et quelquefois les deux camps des troupes normandes. Il observait tout, sans paraître prendre garde à rien , et rendait ensuite des comptes plus ou moins fidèles de ce qull avait observé , tantôt aux chefs du gouvernement français, tantôt aux agents des bommes du Iford; pourvu, toutefois, que de bonnes récompenses le dédommageasseut des fatigues et desdangers d'un tel emploi. Comme Marc-Loup, depuis quelque temps, le payait beaucoup mieux qu'Eudes et Cozlin , il s'était entièrement dévoué à la cause des Kormands , et avait juré par Jéhovah de ne jamais les trahir, surtout pour des chrétiens qui méprisaient et persécutaient sa nation, chez laquelle, pourtant, avait pris naissance celui qu'ils appelaient le Messie. <
Dès qu'il £ut en. présence de Judith, il affecta un air consterné , baissa les yeux : « Je suis chargé , dit-il, d'un bien douloureux message. » Et alors, il raconta,- sans oublier lé plus petit détail , par quel £atal accident Adalbért avait été reconnu comme espion et condamné à mort, A ces .derniers mots, Adelinde s'évanouit; Judith elle-même, la -ferme Judith se troubla; les gémissements, les sanglots retentirent dans toute la cellule.
Adeliude n'était poiut encore revenue à elle,
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malgré lés secours que lui prodiguait la sensible Godiva, l6rsqu*oa entendit, au tmn dans la plaîoe, un bruit sourd et confus, qui ressenit>lait à celui d'une tempête dans une épaisse et yaste forêt. Bientôt après, toute la plaine, au-delà dn Mont-Valérien , se couvrit d'une poussière blanchâtre, au milieu de laquelle on voyait étiuceler les fers de plusieurs milliers de tances. '
«Nous sommes sauvés, s'écria Judith; TOtci Rollon I il ne laissera pas' périr son fils. Oti ! qu'il arrive à propos!.... »
C'était en effet Rollon à la tête de sa nouvelle armée. Dans son impatience de revoir ïodtth, il avait hâté la marche de ses guerriers , et anisait un peu plus tôt qu'il ne l'avait annoncé.
A peine son armée était-elle au pied du Mont- Yalérien qu'il ordonna une halte; et, pour lui, franchissant le mont d'nn pas. rapide, il parviat en quelques minutes à la portéde l'enceinte de l'ermitage. Il y trouva les messagers qu'il avait expédiés à Judith , et qui venaient à sa rencon' tre , pour le prévenir d'avance des tristes nou» velles qtïll allait apprendre, Mais son empressement ne lui permit pas de les écouter; il ne remarqua même pas qu'une profonde afflictJtHi était peinte sur tous leurs traits. Ce ne fnt qu'en entrant précipitamment dans la salle commune quil pressentit qu'un grand malheur venait de
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frapper sa famille : de tous côtés de& femmes éplorées; Adelinde pâle, les yeux touraés, renversée sur un siège» ne donnant des signes de vie que par des mouvements convulsifs. '
Jndith, \e. serrant dans ses bras, Lui dit :
* O mon cher et noble époux ! tu toe retrouves la plus m^heureuse des femmes. Notre fils est tombé hier dans une embuscade de nos ennemis; il est entre leurs mains! »
Le front de Rolloa s'obscurcit à ces mots. Il fallut lui conter l'histoire du douloureux événement. A chaque détail , son œil devenùt pJua sombre, plus farouche; et, quand ïuditb. unit soQ xécit par ces mots : » ]b, Tout condamné 4 périr; demain ils le tueront \ » ■ .
I Demain ! s'écria-t-il , demain!.... Us veufônt donc que je n'épargne pas un habitant de leur ville ; que je n'y laisse pas pierre. sur piecre! »
Ses y0ax. lançaient des éclairs, Puis, redev&naDt un peu plus calme :
> Il vae reste peut-être encore assez de temps pour prévenir le <:rime. Adieu , Judith , vous -jne revwrea bientôt. Anaes-vous de votre «wirage accoutumé. Frênes soin d'Adelibde;etlorsqu'élI« pourra'vous entendre, dites- lui que je lui.i!endrai s^n amant , son époux , ou que- RoUon aura cessé de vivre. j>
Et, sans attendre une réponse, il redescendit,
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en courant , vers sou armée , et donna le signal du départ pour Paris. En quelques heures, ses nombreux bataitlous couvrirent toute la rive gaudie de ta Seine ; ils s'avançaient comme ces nuages épais qui portent la foudre.
Les Parisiens, du haut de leurs tours, Virent avec effroi les plaines de Saint-Germain inondées d'un torrent de troupes nouvelles. X>eur consternation fut au comble , lorsque, pour aller occuper leur camp dans le palais des Thermes, elles approchèrent des murs de la ville plus près que n'en avaient jusque-là approché aucun des ancieas bataillons des Danois. On s'attendit à une prochaine et vive attaque ; et presque aucun Parisien ne croyait qu'on pût se défendre avec (pielque espoir de succès.
Dans cette extrémité , le comte Eudes appela l'évêque Gozlin pour délibérer avec lui sur les moyens de sortir avec honneur de la crise dont on était menacé.
L'avis deGozIin fut de se préparer à la défense la plus opiniâtrç; d'armer jusqu'aux femmes, s'il était nécessaire , et de ne faire jamais aux Normands aucune proposition de paix.
« Voyez, disait-il , s'ils ont exécuté ttdéleinent aucun des nombreux traités qu'ils out faits avec nous. Ils prennent bien l'argent que nous leur
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donnons pour qu'ils évacuent notre pays; mais ils ne s'éloigoent que pour aller ravager quelque autre comté voisin , puis reviennent plus nombreux , plus formidables qu'ils n'étaient. Avec ces envahisseurs sans lois, sans morale, ces persécuteurs de notre saint culte, on ne peut espérer ni paix ni trêve : il âtut ou les détruire ou succomber. » "
Mais Eudes lui représentait que les Parisiens étiùent découragés et mouraient de faim ; que Tempereur Charles , à qui il avait, depuis si longtemps, demandé des secours, et qui en avait promis, avançait si lentement qu'à peine il avait dépassé le Bhin ; qu'il n'y avait donc rien à attendre de ce lourd , de ce stupide souverain....
Ils en étaient là de leur délibération, lorsqu'on vint remettre au comte Eudes une lettre que lui adressait le chef des armées normandes; et l'on ajouta que les envoyés porteurs du message, à qui l'on n'avait pas permis d'entrer dans la ville, attendaient dans leurs barques une réponse à ce message, qu'ils disaient frès-important.
Eudes s'empresse d'ouvrir la lettre. Voici ce qu'elle contenait :
« RoixoH au comte Eudes. »
Dès ces premiers mots , Eudeâ s'écria :
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u Quoi ! Bollon «st à la tête des assiégeants!... et nous l'ignorioDs! »
Sa main trembla , il pâlit. Gbzlin lui-niéine ne put dissimuler sa surprise , on plutôt son trouble.
Eudes continua de lire d'uûe voix émue :
« A mon arrivée au itiiUeu de met brayes a If ormands , j'ai appris qu'Âdalbert , mon fils, « était prisonnier des Parisiens.
* Que demande le ccMOte Eudes pour sarana çon ? J'attends sa réponse à l'heure même. »
Gozlin s'écria : « EnBn , Rollon tremble I il craint notre vengeance ! . . . Comte , pour de l'or TOUS laisseriez-Tous séduire ? Nous pouvons, en nous montrant fermes, inébranlables, délivrer k jamais notre pays de la présence des barbares. Ke consentons point à -briser te^ fas du fils de Rollon , quelles que soient lés coaditions qu'on nous propose.
—Cependant, disait Eudes , s'ils voulaient s'éloigner, de cette terre qu'ils dévastent , quitter cette malheureuse Neostrîe?. . .»
(Jozlin , jetant alors sur lui un œil sévère, lui dit :
«Vous croiriez -vous plus sage que votre évêque , que l'organe , le ministre du Très-Haut? Je vous ai parlé au nom du ciel : soumettez-
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TOUS aux conseils quHl vous donne par ma .voix. C'est mt» qui dois répondre à Bollon. »
Et aussU6t prenant, une plume , il écrivit à rioslant même , et au-dessous de récritare de RoIk>n :
K Le. jeune chef normand qui est dans nos a fers a été convaincu d'espiohnage :'nos lois le cpndantnaienl; la sentence est prononcée. De- « main , avant la diutë du joiir, il aura oesaé de
« vivre, n"
Il replia froidement la I«ttre, et ordonna qu'on la reportât auk envoyés du chef, des Normands.
Quand Kollon lut cet audacieux billet, il frémit, il écumade rage. Il fut tenté d'ordonner, à l'intfaut m^et-un assaut général; mais il réfléchit qu'il allait peut-être bâter le supplice d'Adalbert.
Au Dàilieu de ses irrésolutions , une idée se présenta ji son esprit ; une idée qui' fit battrb son cœur d'errance :
n II ne font que gagner du temps, s'écrîa-t-U... Oh! du moins, je suis bien àûr à présent que, demain , ils ne Tégorgeroot pas... Nous verrons après... »
Et aussitôt:, il envoya au comte Eudes un second message qui contenait Ces mots :
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* Ta sœur Adelinde est ma prisonnière. Si « demain , avant que le soiei) ait atteint la « moitié de sa course , mon fils Adalbert ne « m'est pas présenté vivant, la tête- de ta sœur u tombera aux yeux de tous les Parisiens. »
■ Quand Eudes reçut cette lettre , Goziin était encore auprès de lui.
« — Oh ! qu'avons-ttouft hit ? s'écria le comte : ma sœur est dans les' mains de Rollon ! .
— Je le savais depuis long-temps, dit Goziin.
— Et pourquoi me l'avoir CMhé?
— Parce que je craignais votre faiblesse. Pour retrouver votre sœur , vous auriez peut-être livré votre pairie , renoncé à la gloire. Les Normands ont pillé nos églises , égorgé les saints ministres des autels. Resterions-nous sans venger la cause de Dieu pour sauver les jours d'une femme, qui, j'oserai le dire, mérite de souf&ir tous tes maux, puisqu'elle s'est volontairement donnée à un étranger, qu'elle a suivi un -païen, et qu'elle a sans doute renoncé' à notre sainte religion?
— Homme cruel, vous, me percez le cœur- Mais, à présent, dîtes -moi du moins quel parti je dois prendre ?
" — r Laissez- moi agir comme Dieu m'inspirera , répondît froidement GozUn. Je tâcherai que votre sœur ne périsse pas; mais s'il fallait qu'elle
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fût sacrifiée , pourvu que la cause de l'église triomphât , je pense • que vous ne balanceriez pas. »
En même temps, il appela un garde , et lui ordonna de congédier les envo^'és de Rotlon , sans leur donner aucune réponse.
Il se disposa ensuite à quitter le comte Eudes , qui n'osa le retenir, quoiqu'il eût bien voulu connaître quels étaient ses projets.
En voyant Tévêque s'éloigner, le comte , indigné, ne put s'empêcher de dire tout bas :
«Toujours dur! toujours inexorable et sans pitié! toujours prêtre! »
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