LA. CONFÉRENCE
indifférence pour tontes les religions. Tant mieux! il sera plus facile de le faire accéder à nos projets. . . »
Ces derniers niots,Gozlin les avait dits d'une voix basse, et comme s'il se fât parlé k lui-même. Il changea ensuite de sujet, parla des mœurs des Normands , de leurs rois, de leurs cbefe , de leurs émigrations , de leurs entreprises. Toutes les réponses d'Adalbert étaient sages, mesurées. Ëii paraissant répondre aux. questions de Gozlin , il ne disait rien qui put compromettre les intérêts de sa patrie. Gozlin s'en apercevait, et regardait avec admiration ce prudent jeune homme. Il lui échappa même cet aveu singulier, qui fit sourire Adalbert:(c — Je croyais avoir à roa table un ignorant , un slupide homme du.Nord , enfin un demi-barbare ; et c'est presque un philosophe! Chez lequel de mes jeunes compatriotes trouverais-je une raison si formée, des sentiments siélevés, tant de prudence! .. Ovous qui m'étonnez , quel a donc été votre instituteur, votre maître ?
• — Ëgill , un de nos scaldes. Oh ! si vous saviez comme il connaît l'histoire de tous les peuples, combien il parle de tangues différentes! II est, avec ma mère, le seul conseiller de Rol< Ion. »
a44 CHAPITRE xxxiir.
« Unscalde! c'est bon , sedisaiteolui-même GozlUi ; je trouverai moyen de le séduire. »
Ce fut avec peine qu'il quitta le jeune Adalbert, dont la conversation l'intéressait vivement. Il se sentit ^ès lors pour lui un goût, une estime , des sentiments dont il ne se croyait pas susceptible, et que depuis long-temps il n'avait éprouvés pour personne.
Voici ce que, le lendemain, il écrivit à Roiton:
n Brave' BoUon^ l'objet des continuelles inva- (csions des guerriers qui vousont choisi pourleur « chef, estsans'doute de s'établir dans notre Neus-> « trie. La tyrannie d'un de leurs rois les a chas- « ses deleurpatrîe;ilsen cherchent une nouvelle, « une plus douce dans nos contrées.
« Pourquoi n'obtiendriez-vous pas par de pau cifiques traités des terres que vous ravagez (I inutilement , que vous couvrez de ruines et de 1 sang. Notre paysest si vaste, et la population qui « le couvre estsifaible!ll vous sera facile detrou- « ver place parmi nous. Et cette place , nous vous « l'offrons, le comle Eudes et moi , vous promet- <t tant que l'empereur Charles, qui prétend à la .«suzeraineté de notrç pays, ratifiera toutes les u conventions que nous auroiis souscrites.
« Mais nous mettons une condition à nos of- « fres.
Douze. bvGoogle
LA tXtNFéBEMCE. H^S
« Vous renoncerez, ainsi que vos compagnons a d'armes, au culte d'Odin et de vos autres pré- « tendus dieux. Comment deiix nations pourif raient-elles vivre en paix sur le mém^ sol , si «elles sacrifiaient à des dieux différents?...
a D'après un entretien que je viens d'avoir u avec votre digne fils , le jeune Adalbert , dont
j'admirt la précoce sagesse, et qui a déjà toute a mon afIection,vous avez souvent reconnu que « ta plupart desdogmes religieux de la Scandi> « navie ne pouvaient soutenir l'examen. Si vous
1 connaissiez mieux les dogmes de notre sainte a religion , vous les adopteriez , je n'en puis doute ter. RoUon , devenez chrétien , et nous vous « doncans une grande part de la Neustrie. »