LES UOOZE BRAVES DE PARIS
QuM valiiU auntro belhatet lui duodam lUuaipkea velformldo Vtmam non lerrtât mquam. O^Seik atJklu bellam , ted nomiaa luiiiau .■ JSrmenfnJut, Srintui, Erilandiu, Odauetr, Xrvie , ^rnoldus , Solùu, Gozberliu , Oyido, Ardnâut, perilerqae Eimardui, Gottubauaue ; St^ut neci plartâ toàarimt ex iaimleU.
AiBOBu Bell. Piiriiiiq. I, t. Sai-rSM.
» Cm br«t« , quoique rédaiu «u snoibn de douie ,
ne te LiiuèreDi poim Éffrijer p.r IsrjanOiius du
Dinoi». La leirenr qu'inspire celle nation ne lu
«tttignit juDiii. Il aérait diffieilede rnconter toiu
connu.. C'étaienlHernijinfred.HeriTie.HiriUod, Odoacre, Herrie, Arnold , Soli . Goibert, Uridon, Hsrderâd, Bmerd et Gonuin. Ili périrenlj m*i>
Abw>b, Si^e de Parti.
D'apbès la scène affligeante et bizarre qu'avait excitée une conférence dont il se promettait un tout autre résultat , Rollon jugea qu'avec des prêtres faflatiquep et insensés qui gouvernaient
DolizccbvGoOglc
a58 CHAPITRE XXXIV.
despotiquement un peuple ignorant, imbécile, il ne pouvait espérer un traité raisonnable ; que la force seule assurerait sa puissance sur le pays qu'il couvoitait, et qu'il eût désiré otitenir sans être obligé de verser encore des torrents de sang humain. Il se décida, non sans regret , à recourir de nouveau aux armes.
Il expédia aussitôt des messagers vers Sigefroi, qu'il somma de revenir en toute hâte , avec ses trojipes, des bords de la Loire où U avait établi des cant<Hinenients , à son camp sous Paris. Utr tel renfort lui parut nécessaire.
Tranquille sur la sûreté de son fils , parce qu'il avait entre ses nains un précieux otage dans Adelinde , et plus encore parce qu'il avait remarqué que le comte Eudes, ni même Gozlin, ne partageaient nullement le ridieule fanatisme des moines qui avaient rompu la conférence, il alla exciter ses troupes à tirer vengeance de l'insulte faite à leur chef. Déjà le bruit des dangers qu'il avait courus dans Paris s'était répandu dans les deux camps; tous les guerriers demandaient, à grands cris, l'entière destruction d'une cité perfide. Loin d'avoir k les encourager, il lui fkHut les cahnep , modérer leur fougue , les pner de ^îtérer de quelques jours l'assaut qu'ils voulaient livrer à l'instMtt même.
En passant en revue les troupes 4c la rive sep-
D,a,i,zc.bvGoogk:
LES DODZE BRA.im DE PARIS. a59
tenbioaaAe de la àetne , il aperçut les machines qa'avain fait exécuter Egill, et quiétaient presque af^vées. Il les examina avec soin, en prit-ane meitlteure opinion , «t trouva qti'en effet c'était un assez bon moyen, peut-être même le seul, de battre avec succès la forteresse protectrice de Paris., la tour du grand pont. Il résolut ddnc de les employer toESque le moment serait veau d'aibtaquer sérieusement la ville.
Bans Paris » leS' esprits n'étaient pas moins a^tés que dans les deux camps ennemis. Les p^tr«&, les moines, criaienl partout que les Normands n'avaient feint d'être disposés à era- ' brasser le chcîstiaDism» que pour venir au milieUi des chrétiens proclaoïts leurs faux dieux, outrager notre sainte religion, se moquer de la mère du Saniveuv des. hommes^ LeS' Parisiens reprirent aussitotlenr» armes, délaissées depuis {^osieurs mois : janais ils n'araienl ressenti plus de haine pour les bomm^ du Tford , détestables paiiena., disaient* ils, qui ne se cenvertiront jamais, puisqu'ils ont pu. résista . à la douce et peraïasive éloquence de tant de saiots-'évètinea , de bant de savais et pceus mmnes.
C'est ainsi que, départ et d'autre, on se préparait au combat. Mais le piaulent Rollon^ pour rtsoocMnencer vivement la guerre , attendait , eonne noua Ka>Rni8. dît ,. l'airivée. dâs troupM
.,.„.. .Xoogit; .
a6o CH&PITHE XXXIV.
de Sigefiroi. Il ne voulait combattre qu'avec h certitude de vaincre. Les Parisiens , au contraire, se fiant sur la solidité de leurs murs «t surtout des tours qu'ils avaient élevées en tête de leurs deux ponts, se plaisaient à narguer les assaillants et les quali6aient de lâches.
Un accident imprévu, etquileur fut bien fatal, changea leur jactance en. consternation.
La fonte des neiges et des glaces dans les contrées où la Seine prend sa source , avait singulièrementgrossiles eaux de ce fleuve, en avait fait un torrent dévastateur. Une nuit, il emporta,avec impétuosité, le petit pont par lequel Paris communiquait à la rive méridionale de la Seine. Dès lors , la tour qui en défendait l'extrémité, se trouvant séparé» de la cité , avec laquelle il n'était plus possible de communiquer , devenait une proie facile pour tes Normands.
Et, en effet, dès que les troupes de la rive gauche virent que le petit pont avait disparu, que le fleuve en jetait les débris jusque près des retranchements de leur camp de Saint-Germain-des-Prés , rien ne put les retenir dans leurs tentes; ils se portèrent en masses pressées vers la tour, que bientôt ils environnèrent. L'élite des guerriers parisiens s'y trouvait renfermée : ils virent sans pâlir le danger dont ils étaient menacés. En vain une grêle de pierres et de dards
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tombait sur eux de tous côtés, ils se défendirent tant qu'il leur resta un javelot ou une pierre à lancer, et ils firent mordre la poussière à plus d'un Danois. Malheureusement vers ta fin du jour, ils manquèrent de tout moyen de défense. Douze guerriers seulement survivaient : aucun d'entre eux ne parlait de se rendre. Mais les assiégeants s'aperçurent qu'on ne répondait plus que mollement à leurs vigoureuses attaques et qu'ils pouvaient, sans danger, s'approcher de plus près de la tour ; ils résolurent aussitôt d'y mettre le feu. Un chariot plein de bois et de paille enflammés fut placé par eux prè6de la porte ; le feu y prit ainsi qu'aux poutres immenses sur lesquelles reposaient les assises de briques dont la tour était formée. En vain les douze intr^ides Parisiens cherchent à éteindre l'iucendie : bientôt l'eau qu'ils avaient en réserve leur manque; ils veulent en puiser dans le fleuve , mais ils n'ont qu'un grand vase, qui échappe de ieui-s mains, et se brise lorsqu'ils tentaient de le descendre par une des ouvertures de la tour. Dès ce moment , il n'y eut plus d'espoir de salut pour eux.
il ledr restait une issue qui communiquait à une des pites' du pont , qui était restée debout , soutenue par la terre du rivage : sortant de la tour embrasée, ils se placent sur cette ruine, où
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«6a - CBiPITttE ZXUV.
ils •ooanbatteiA encore. LesOanais, 'étnerveiUés d'un si rare courage, leur ciwit : « Bravies guerriers, reodee-vous; ue craignez rieo, reposesvous sur notre Coi. • Ils crurent à ces papoles , mirent bas les arnie&. Mais, honte éternelle poiir la nation normande 1 dès qu^les 3SsiégeaQt& les virent désarmés , ils les égoi^èrent sans pidë , pour venger, gisaient-ils, l'injure bite k leni (tlief le j(Mir de la solennelle conférence sur la religion. Ils n'en épargnèrent qu'un seul, remarquable par la noblesse de sa 6gure et la beauté de ses fonnes. lie prfenaat pour un roi, ils espéraient obtenir de lui une riche rançon. Mais //^ nWe *( c'était son nom), voyant étendus autour de lui les corps de ses onze compagrfbns d'armes, he voulut point jeur survivre. Il arrache , des jnains de l'un des Normands qui l'entouraietit, une hache, l'en fr^pe,etse jette ensuite comme un furieux sur tous les autres; mais il estpresque aussitôt percé de vii^t coups de lanoe , et tombe en criant : f^ive Jésus !
On vante les Grecs, les Roaiaina, pour leur . patriotisme et leur courage : peut-on citer dans leur histoire beaucoup de traits qui égalent celui que nous venons de rapporter? Oh! n'en doutons pas , les noms des dp.uze Parisiens qui défendirent, tout un jour, une tour mal fortifiée contre une armée entière de braves, se-
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LES DOVBK BRAVES DK PARIS. a63
rotit redits d'âge en &ge , passeroot à le posc^ité la plus reculée *k
Rollon i quand il apprit que le» douse ^nertiers parisiens aVaieAt été immolés après là combat, manifesta la plus vive indigaatioo contre les meurtriers. « C'est i ces actes d'ime' froide bariiarie, s'ë6ria-t-il, quâ les Nomands doivent cette réputatian,'qui partout les divance, d'itom- ' mes sans honneur et sans foi. A quelles re^»^saUles , d'ailleurs , tie notiS exposons>-nous pas ! 3Sous' ne »»mme8 plds aussi redoutables qu'autrefois à nos ennemis, et nous semblons pt^ndre {Saisir à les outrager! Il fut iln temps où il nous Suffisait de nous présetiter devant Pbm pi^ir le prendre et le saccager ; aujourd'hui il nous résiste, il arrête pendant d^ mois entiers notre armée. Qui sait si quelque jour il ne nous faudra pas traiter pour entrer dans ses murs ? Et , par la~ plus bUtAable conduite , nous rendons toute négociation presque impossible ! »
Cependant, quelque irrité qu'il fût, il lui phrut convenable, en chef expérimenté, de profiter de la terreur qu'avait dû inspirer aux Parisiens la prise et la destruction de la forteresse du petit pont Le combat avait commencé malgré lui et contre ses ordres ; mais il jugea qu'il
• Voyei U noie XUV.
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a64 CHAPITILE ZXXIT.
fallait continuer avec ardeur cette attaque intempestive. Il se hâta donc de passer sur la rive septentrionale de la Seine , et trouva tous les guerriers du camp de Saint-Gerniain-le-Bond prêts à combattre £t même à tenter un assaut 11 ordonna , en conséquence, de conduire contre la tour du grand pont tes trois machines en construction sur la rive. Il voulait en faire l'essai
Quand les PaHsîens. virent s'avancer du camp vers la forteresse, qui leur restait seule pour lenr défense , tous les Danois du camp , leurs enseignes déployées, et, à leur suite, se mouvoir les trois énormes machines , une terreur subite et générale les saisit, leur fit renoncer même à tout espoir de défendre la ville. Les guerriers qui remplissaient la tour, voyant que , du sommet des machines bien plus hautes que cette tour, od leur lancerait des quartiers de rochers qui les écraseraient dans leur chute, tandis que les béliers qu'elles renfermaient démoliraient le bas de la forteresse, se pressèrent de s'enfuir par le pont vers la ville. Un seul homme resta : c'était un moine, qui s'était muni d'un reliquaire où était enchâssé un morceau de la vraie croix- Cette vénérable reliqne , il la regardait comine un préservatif certain contre tout danger.
Quelle fut la douleur du peuple, quand il vit les gardiens de la cité abandonner eux-mêmes
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LES DOOZK BRAVKS DE PARIS. 365'
leur poste ! On n'entendait partout que gémissements f que sanglots. TiCs femmes s'arrachaient les cheveux, se frappaient la poitrine, prenaient dansleurs bras leurs enfants, à qui elles faisaient les plus tristes adieux. Les reUgieuses, certaines de perdre bientôt leur inopcence , d'être obligées de devenir la proie d'nn vainqueur sans pitié , attendaient seules avec plus de résignation le martyre. -
Dans cette désolation générale, l'évéque Gozlin sentit qu'il n^ pourrait hàre revivre le courage et la confiance , si te ciel ne loi accordait pas un miracle. Aussitôt il ordonne que l'on sonne toutes les cloches ; et lui-même , ii la tête du clergé, tirant de la principale église toutes les reliques qui y étaient déposées , alla les appendre aux murs de la ville , en iace même du champ de bataille; et tous les prêtres et moines entonnèrent unJUûéréré.On voyait, au-dessus de tqutes les reliques, flotter, comme un étendard, la chemise de la Vierge, si généreusement prêtée par les Chartrains ; plus bas , étaient la houlette de sainte Geneviève et le bâton pastoral de saint Germain : on n'avait pas surtout oublié cette relique si féconde en miracles,' apportée de l'Orient par Nitard.
Oh admirable précaution de l'évéque! Paris lui dut encore une fois son salut. I^es lour-
aC^ caiAPiTBE xxsiv.
des fnadiiiies, dont chacune éuât taonbée sutseize roues', n'avaient pas roulé pliis de detu cents pas sur la rive de la Seine, que l'ufifi d'elles tombe sur le côté, et écrase. Cent Danois <lans sa chute; les essieux d'une autre crient, se rompent, et elle semble s'enfoncer humblement dans la terre; la troisième^ eC c'était la pins grosse, celle qui était chargée d'un plus grand nombre de combattants , avançait eticore, mais lentement : bienràt les sables de la rive «'opposent à sa miU-che, elle n'a plus de moiï» vement ; on joint trente nouveaus boeufs aux trente qui j étaient attelés : vams efibits ! les rouess'engravaientdéplus en plus; elle continua de rester immobile au milieu des milliers de guerriers qui l'entouraient*.
A ce spectacle , les Parisiens, pleins dereconnai^ance pour leurs saints qui, pour la seconde fois , dans cette guerre , les garantissaient de périls imminents, battaient des mains, criaient tous : Miracle! Ils firent plus; ils insultèrent les Normands par des rires de mépris, leur lançaient des épithètes ironiques , les accablaient d'injures.
Rollon vit que désornnais toute, entreprise contre la tour serait sans succès. La nuit était venue ; il ordonna aux troupes de se retirer dans
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LES DOVZI BKATX8 WB PARIS. I167
leur camp. L(û~nWnie regagna triitemeôt le parais de /idién , se promettant bien de faire payer cher aux Parisnens leur triomphe d'im moment. Dos feux f«re»t allumés dans Ja vill« , «n signe de Téj(HÙs9UKe, sur les tours et dms toutes les mes. Prêtres, moines, guerriers, tous te lirr^ rent -k une joie eifrénée : tes femmes , naguère ai désolées, semblaient aToir onblié tous leurs cba^ns , ■et iBème la pudeur tant recommaD> dée à leur sexe ; elles buvaient , chantaient , dansaient avec les gens d'alise. On les eût prises pour œs aucienDés' bacchantes , lorsqu'elles fêtaient le 'dieu qui -portait le thyrse , OQ soai fils', le dieu des ierdins.
Oependant l'évéque et le comte Eudes étaient loin de partager ce délire général. Retirés tous deux dans l'appartement le plus secret du palais, ils se communiquaient mutuellement leurs trîST tes réflexions sur la situation vraie de la cité, il n'y avait phis de vivres, en tout genre , que pour une quinzaine de jours au plus; et certai- ' iiement les Normands, désormais convaincus qu'ils ne pourraient, sans une grande perte d'hommes, prendre la ville d'assaut, allaient s'appliquer à la forcer de capituler, en fermant, de tous côtés, les rootes, dont quelques-unes servaient encore à l'approvisioimement.
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a66 CHAPITBE XXXIV.
«Ah! da moins , s'écriait le comte Eudes, si ce lâche et indotent empereur Charles venait à notre secours, comme il l'avait promis, avec des troupes, même peu nombreuses! elles suf* fîraient pour eu imposer à nos ennemis, tant que celte armée de IVormands ne sera pas coinplète, tant qu'un de leurs plus 'braves chefs, Sigefroi , ne sera pas revenu de son expédition sur les bords de la I^ire. Mais s'il revient ( et sans doute Rolion l'a déjà rappelé) renforcer l'armée qui nous assiège , c'en est fait des Parisiens; toute résistance serait inutile. D'ailleurs, tous sont fatigués, ennuyés' de la longueur du siège. Avez-vous vu comme, à la moindre apparence d'un danger réel, ils ont abandonné leurs postes? Oh! que ferons-nous, et commeut songer à nous défendre avec de si faibles appuis?»
Il réfléchit alors profondément; puis, comme sortant d'un pénible sommeil : « Il faut savoir si l'on nous joue , si l'on a l'intention de nous abandonner. C'en est fait; je veux aller trouver l'indolent monarque , lui reprocher ses iènteurs, et, s'il craint de venir lui-même,- emmener avec moi une partie de ses trdupes. Je sais qu'il est eu cç moment à Metz, passant tous les jours dans les festins, perdant, chaque soir, dans l'ivresse, le peu de raison que le ciel lui-dé-
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LES DOOZE BRAVES DE FABIS. ^69
partit. Je le verrai, je le ferai rougir, pour peu qu'il ait de pudeur, pour peu qu'il se rappelle qu'un reste de sang carlovingien coule dans ses veines. Pour vous , vénérable Gozlin, pendant ma courte absence , gouvernez seul, dirigez cette cité , qui a grand besoin des avis d'un homme aussi sage , aussi éclairé que vous l'êtes. »
Gozlin ne fit aucune objection ; il trouva même que le projet d'Eudes était très-raisbnnable , et que , dans les circonstances , il ne connaissait aucun autre moyen de salut.
Le comte Eudes fit aussitôt seller un cbeval ; et, au milieu de la nuit, il quitta secrètement la ville.
Quand les Parisiens apprirent , le lendemain , qiie leur comte était parti , ils se crurent abandonnés , trahis. Aux cbants de triomphe de Ja veille succédèrent des murmures , des gémissements. Mais , par le conseil de Gozlin , l'abbé. Ebles parcourut. toutes les rues, en invitant le peuple à la x:oDfiance dans le prélat aussi sage que valeureux qui restait seul chargé du gouvernement. L'abbé Ëbtes était aimé de la multitude, que charmaient toujours son air martial, la naâle régularité de ses traits : il parvint à ramener le calme dans les esprits.
Depuis qu'Adalbert était l'hôte, le commensal
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3^^^ CHAViTBE xxxn.
de Goslin, et mangeait diaque jour avec lai, une douce confiance , et presque de llntinùté , s'était établie entre tnx. Le fu^état , qui avait d'abord été graiideraeirt surpris- de trouver dus un jeune Normand tant de ptudencer d'amabilité, et, pl)ui que cela, des connaissances au-dessus de son âge; le prélat, db-je, n'avait point de pins grand plaisir que de s'entretenir arec son prisonnier; et, de son côté , le jeune bomme, qui l'avait d'abord cru un. de ces fanatiques durs , impitoyables , si comonins dans la chrétienne Neustrie , le jugeait bien, plus ^vorable- Bient. Il avait trouvé en lui un homme d'ua grand caractère , un de ces prêtres qui , tout en reconnaissant eu secret la âuisseté, l'absurdité de la, plupart des superstitieuses càuyances répandue&dans le peuple , s'en servent an besoin , comme d'un paissant levicir poar ^racWr la multitude , et la porter partout où les intéiéts de Tég^ise d'abord , et rasuite «mut de l'état réclament ses bras. ikdalberL adnârait , sans pouvoir l'appron'rar, une telle polikiqne. Dans si candeur, ^ pensait qu'il eût n)9cus.vali»conduice *le» hocnmes au Bambeau de. la vérité^ dût-oa quelquefois s'en repentir, que de les laisser errer en aveugles et sans ^ clans an inextiicable labyrintkc, afin de profiter de leurs égaremmtflk
LES DODZE NIATES DS VJiBIS. Ifjl
Adalberl était resté enfermé dans le palan, pMictant les cocnbats de ta veiDe et la nuit raéme du dépait du corate Eudes : it igaorait tout ce qui s'était passé. Goziin le fit appekr, et , dès qu'il entra , l'embrassa presque avec tendresse. « Mon jeune hôte, lui dil41, wtusétes menacé de rester avec moi plus que je ne croyais , et sûrement plus que vous ne voudriez. Le raccommodement entre nos deux nations est plus éloigné que jamais... » Et il lui raconta comment un accident bien imprévu ( la rupture du petit pont ) avait amené une bataille qui pouvait avoir de déplorables suites. « Mais , je l'espère , ajouta-t-il , vous-même contribuerez à ramener une réconciliation entre votre père et nous. Écrivez-lui : je ne demanderai même pas à voir vos lettres. Je ne veux pas que vous sentiez l'espèce d'esclavage où , malgré moi , je vous assure , je dots vous retenir, n Adalbert lui rendit grâces , attesta que jamais il n'abuserait de la confiance qu'il lui témoignait; et il lui baisa les mains avec respect.
Quant à Rollon , dès qu'il fut informé que le comte Eudes n'était plus dans Paris, il ne lui fut pas difficile de deviner qu'il était allé chercher du secours près de l'empereur Charles. Il s'ei) inquiéta peu, car il espérait avec raison que les troupes de Sigelroi seraient revenues avant
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a^a CHAP. XXCIV, LES DOUZE BRAVES, CtC.
que les Parisiens reçussent le renfort qu'ils croyaient si nécessaire. £n attendant, il jugea utile de faire partir un fort détachement de troupes, qui devaient s'embusquer, à quelques lieues de Paris , sur le chemin qui conduit à Met2 , afin de tomber à l'improviste sur le comte Eudes et tes troupes qu'il pourrait amener avec lui.
Et comme il prévit que , du moins pendant quelques jours, sa présence allait être inutile à l'armée, il se décida à aller prendre quelque repos près de sa Judith , au Mont-Valérien.
CBÀFITRB XXXV.
LA SEDOCTiOH.
- Pouqaol ■Tn-Toui miDgé du frnit d^Ccndo ? Elis npoudii: • L« Mrpenl m'a lédulle, -
Gtn.
. Je a'd Jet lu garder ma TÎgne. •
SiLONOB , Caatiqna dai canliqnat.
M&Bc-LoDP n'aurait pu quitter Paris sans devenir suspect de trahison ; mais it avait trouvé moyen de communiquer avec Judith par l'entremise du petit juif, qui "parcourait , sans obstacles, tous les environs, et même les camps ennemis, ne cherchant, en apparence, qu'à vendre ' ses bijoux et ses élixirs de toute espèce. Barbara , toujours passionnée pour Marc-I.oup , lui confiait tout ce qui se passait dans l'intérieur //. i8
3^4 CHAl-ITBK XXXV.
du. palais d'Eudes et de t'évéqué Gozlin ; et presque aussitôt, la nouvelle en était portée par le juif, et dans tous ses détails, à Judith. Ce futpar Jndilli que Rollon apprit combien Adalbert était devenu cher k l'évéque son gardien ; et il en augura que le siège de Paris aurait une issue moins funeste à cette ville qu'il ne l'avait d'abord imaginé.
Le lendemain du jour de Tarrivée de RoUod au MoDt-Valérien , Judith voulut célébrer, par une espèce de fête, le retour de son mari en France, après ses glorieux exploits dans l'île des Anglo^axons. Elle réunit toute la dolonie qui l'entourait dans la plus grande salle de l'ancieune demeure des ermites. Les chefs <lanois s'assirent tous autour d'une table abondamment couverte de mets substantiels et de vins de différents crus. Au haut de la table était RûUon, et, à ses côtés, Judith et Adelinde, qu'accompagnait toujours la vive et folâtre Godiva.
La dévote OdilLe ne se trouvait prànt là. Bot- Ion en fit la remarque; et Judith lui répondit que, depuis plusieurs jours, Odille ne quittait point sa cellule, qu'elle était toujours triste. et paraissait malade, a Sans doute nos plaisirs ne sont pas de son goût , ou elle craint d'offenser son dieu , dit Kotlon : laissuns*lui toute liberté. » B il ne songea plus à elle.
Diailizccbv-GôOgIf
LA si^DUCTioH. ayS
Le repas fut joyeux. Les Danois burent immodérémeot, chantèrent tes louanges de leur gloneux chef, et la beauté des femmes qu'il»
voyaient à ses côtés. Par des images gracieâses, par des allusions piquantes, ils témoignaient aux femmes, en général, les sentiments de con6ance et de vénératioji qu'elles inspirent à tout homme du Nord. X^e scalde Egitl s'abstint de tuéler sa voix à celle de ses compatriotes. Depuis qu'il ne vivait plus près d'Adalbert, son jeune élève, il était triste , rêveur, aa harpe était muette.
Vers la fin du repas, une esclave neustrienne vint annoncer qu'Odille demandait à RoUon et à Judith de les entretenir secrètement. RoUon,'' s'imaginant qu'eUe allait sans doute leur découvrir quelque important secret, une conspiration peut-être contre ledr vie, congédia, dès qu'il lui fut possible , les nombreux convives , et même les deux jeunea filles que Judith, pleîue de confiance dans leur fidélité , aurait voulu retenirauprè$d'elle.Uordonn3enauite que l'on introduisît OdiUe.
Elle eotra pâle, tremblante, les yeux baissés. Sa longue robe blanche Sottalt sur son corps, sans être retenue par une ceinture , pas même par une agrafe; ses cheveux en désordre, et sans aucun ornement, tombaient en longues mè-
S^^ CHAPITRK XXXV.
ches aiguës sur son sein. Rollon fat frappé du changement de ses traits ; sa physionomie n'était plus la même, U avait peine à la reconnaît!^.
«Ëh! quoi, lui dit-il avec bonté, étes-TOus malade, chère Odille, ou n'avez-vous pu tous accoutumer à nos mœurs? Parlez. »
Odille ne répondait qu'en -versant un torrent ■ de larmes.
a — Si c'est la vie monastique que vous regrettez, ajouta Rollon, j'ai conservé, dans une contrée voisine , un monastère uii vivent ensemble douze honnêtes filles dont mes Normands oui respecté les vertus. Voulez-vous que je vous y fasse conduire?
— Je ne serais plus digne d'y entrer, répondit Odille.
— Et pourquoi ? » repartit Bollon , sans dissimuler son extrême étonnement.
Odille alors tomba à genoux devant Juditb et Rollon.
H — Hélas! s'écria-t-elie , moi qui trouvais si
coupables les femmes qui cèdent à ce penchant
qu'on nomme amour ; moi qui espérais éviter,
. toute ma vie, les pièges que le démon de la
luxure
— N'est-ce que cela?» dit Rollon en souriant.
Douze. bvCoOgIf