CHAPITRE XXII, UHR FORIE
siers I Qu'ils éraù;nt différents , à mes yeux , de ces Toscans, que je regardais cumme mes compatriotes ; dont les moeurs étaient dcMices et polies; qui, es cultivant ta poésie, la ipausique, les arts du desùn , oubliaient qu'ils avaient perdu leur indépendance , qu'ils avaient pour maîtres des itrangers , des cooqujérants de leur douce patrie.
H Chasser on se battre , s'enivrer ou déshonorer les filles de leurs malheureux serfs, c'étaient là les seules occupations , les seuls plaisirs que connussent ces jeunes gens. Leur père qui , dans ses voyages , avait contracté dta goûts plus purs, et ajcquisdes connaissances utiles, ^missait d'avoir xle tels fils, mais sentait l'imposûbiltté de réformer leurs penchants vicieux , de les ramener à d'autres moeurs. Pour distraire ses chagrins, iJ se lirra tout «entier aux travaux de l'agriculture.
«Quant àHélène, diaque jour die melémoigtiaît plus ^l'amitié. £Ue m'emmenait avec elle dans sa tour. Elle se détassait de s^s observation^ astrologiques en m'.écoutant chanter sur la lyre, instroDient chéri de ma patrie, tes chansons que m'avait apprises la Française, compare de ma mère. Je l'aidais anssi k composer ses philtres ; elle voulait même m'appr^idre quelques-uns des mystères de la sdeiice qu'elle, ne cessait d'étii-
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dier ; mais je moutrais peu de dispositions : ses préceptes me paraissaieot incertains , ses explications obscures. Cependant, je t'avouerai, Hélène, faisait quelquefois des prédictions que les événements justifiaient. Aussi , ra'inspirait-elle nue grande vénération mêlée de crainte. J'étais soumise , en esclave , à toutes ses volontés. Je la regardais comme un être surnaturel, auquel je devais obéir, sous peine d'encourir ta vengeance du ciel ou de l'enfer.
M Telle fut ma vie dans ce diàteau , pendant plus de cinq années ; et , si j'avais alors quelques chagrins , c'était uniquement de voir que mon tuteur, qui m'était si justement cher, n'était heureux, -ni par sa femme, ni par ses enfants.
« J'étais devenue grande et , du moins on le disait, belle. Deux, des fils de Boliert s'en aperçurent pour mon malheur. Tous deux m'aimèrent, ou plutôt voulurent me posséder. Mais quels moyens ils employaient l'un et l'autre pour me séduire ! Tantôt l'atné m'apportait la dépouille sanglante ou la tête d'un loup qu'il avait tué dans la forêt ; le second venait ensuite me raconter que, dans une rencontre, appuyé de quelques-uns de ses -serfs, il avait renversé dix guerriers normands; et il en faisait porter à mes pieds les casques et les épées. Tous deux m'inspiraieut du dégoût, de l'horreur.
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« Bientôt la jalousie les dévora l'un et l'autre : ils se détestèrent entre eux. L'aîné ne pouvait, voir de sang froid son second frère s'asseoir auprès de moi ; ils s'accablaient mutuellement de reproches et d'injures.
«Un jour, le plus jeune voulait baiser ma main ; l'aîné te surprit 'et lui donna un violent soufflet. L'offensé, rouge de colère et de honte, somme aussitôt sou' frère de sortir de la salle. Je lés vis tous deux, un poignard à la main, cotlrir l'u» sur l'autre. Je jetai des cris aigus, et, m'élançant entre eux , je reçus une blessure , mais légère. A mes cris, les domestiques accoururent, mais ce ne fut pas sans peine qu'on [>arvint à séparer ces furieux.
a Robert, qui rçvenait de visiter ses champs , arriva dans ce moment même. Eh ! que vit-il en entrant dans sa maison ? chacun de ses fils, retenu par les bras vigoureux de ses domestiques, se menaçant encore des yeux et de la voix ; et moi couchée, à demi évanouie, au milieu de la salle-, essuyant de mes mains le sang qui sortait de ma blessure.,
« Sa présence -termina cette cruelle scène. Par ses discours calmes, mais sévèrt^s, il fit rougir les deux frères de leur fureur : chacun d'eux jeta loin de lui son poignard , et se retira en baissatitlatête et se couvrant les yeux. Le plus
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jeune, surtout, semblait vivement se repentir, r^retter d'avoir affligé son vieux père. On ne les vit ui l'un ni l'autre anx repas du midi et du soir.
« Le lendemain , Robert me fît appeler. Il était . dans sa chambre , assis près d'upe table sur laquelle étaient les tablettes qu'il avait prises dans le sein de ma mère. Son visage était triste, abattu : i la rougeur de ses yeux , je vis qu'il avait Tersé des larmes.
« Godiva , ma bien-aimée , me dit-il , le cîel < semble prendre ptaisic à renverser tous les prokjets que j'avais formés pour ton bonheur, ou m plutôt pour le mien. J'espérais trouver en toi « la consolation , le charme de ma vieillesse , et « il me faut malgré moi t'éloigner de ma maison.
« Tu ne le sais que trop , chère et douce or- « pheline , ta beauté a allumé dans le cceur de « deux de mes 61s une passion aveugle , furieuse. ■ Ils sont rivaux, se détestent, et bientôt s'^or- « géraient l'un l'autre. Ttl serais l'innocente cause « lie ce crime. En vain voudrais-je calmer (wb «caractères fougueux, indomptables : écoute- ' reient'ik, ou comprendraiént-ila la voix de la « sagesse et de l'expérience ^ les prudents avis de * leur p^K ? Ton devoir, ton intérêt est de fuir, « Que mes fils ignorent l'asile où tu seras ' ca- « chée , et m^me l'instant de Ion départ du châ-
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« -teau. Les ioseosés ! Us pourraient employer « tout, jusqu'à la violence , pour te retenir pi^ « d'euK.
« Voici ce que iious avons décidé, Hélène et « moi. Elle désirait, depuis to&g-t0nips, de a'ab- « senter quelques ' nrois, pour all^ docUier , « comme elle dit, au comte de Paris, des conseils « importants , lui révéler des dangers iipminents « pour la Neustrie. Vous partirez secrètement « ensemble. Je vafs li)i.reaiettire;Cfis: tablâttes, « daus lesquelles j'ai renfermé une lettre Ji-Goa*- « lin, le &VDri du comtédë. Paris, etqui gou- « verqe, au nom de ce comte', tout l'État.' Jfet'te ' « recommande à lui avec chaleui'. Il décidera s'il « doit te révéler' le ^secret de la' uaispaoce ; tnai& « sois.toujoUrs lûre qu'il te prendra: spus.sa pro- « tection, qu'il te placera dans quelque salit mOr « nastëpe, en attendant qu'il te trduye^un époux « digne de. toi....
« h t'avouevai que je vous vois l'uneet l'autre « quitter ce obJtteau avec moins de regfets, d?i R puis que l'on m'a appris que les Noriùanda , à « qui une imprévoyante politiqtie a permis de « s'établir , et ménae d'élever un fort non loin d« « nous, de Tautrc câté du fleave ; que ces Nort « mands, dis-je; ambaieRt en secret, et se pré- N paraient à fjuelque nouvelle excursion. Mes « imprudents fils n'ont laissé échapper aucune
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« occasion de les offenser, de les provoquer. Les
■ hommes du Xord ne pardonnent jamais les ina jures : ils se vengeront cruellement ; je m'at- V tends chaque joiir k les voir ravager nos do- « rounes; et qui sait s'ils épargneront même le • ch&teau que nous habitons! Ce s«a potir moi A une grande satisfaction de savoir que ma femme m et ma pupille chérie sont à l'abri de leurs ^-
■ reurs. »
« Je ne lui répondais que par des larmes ; il les essuyait.
«Godiva, disait-il,' du courage l^cède au sûrt, ff à la nécessité. Tie crains pas , an reste , que a jamais je t'oublie, ni t'abandonne. Partout oà « tu seras , mes bienfaits iront te chercher. »
« Il m'embrassa , et je le quittai le désespoir dans l'âme.
« Le soir, Hélène ne me laissa point coucher au château; elle m'entraîna dans sa tour, en disant qu'elle voulait me faire voir un phénomène <:éleste qui me ravirait d'admiration. Pendant la nuit, elle me déclara que nous partirions dans trois jours ; que les domestiques même ignoreraient la route que nous aurions prise. Elle pa- ' raissait charmée de trouver une occasion de se montrer à lacour du comte de Paris, où elle comptait bien faire admirer son rare savoir dans fart
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de prophétiser. Cet espoir )a préoccupait, la remplissait tout entière.
« Elle m'avait fait coucher prés d'elle , sur le même lit. Je la visse lever plusieurs fois pendant la nnit , et, à la lueur d'une lampe , feuilleter un grand livre en parchemin , et méditer profondément sur chaque passage qu'elle avait lu. Je me hasardai à lui demander doucement quel était l'ouvrage qui attirait à tel point son attention.
« C'est,répoDdit-elle, l'ouvrage du plus grand génie qui ait existé, d'un homme qui exerçait sa puissance sur tout le genre humain, sur la nature entière, à qui les éléments même étaient soumis; enfin ce sont les Prophéties de Mer-