UIT
— Et trouvez-vous là quelque prophétie qui ait rapport à notre situation, aux résultats qu'aura notre voyage?
— Sans doute. Écoute celle-ci :
a Comme elle s'agite au milieu dufieuve, la^ * ne/ à la large prouèl Les aigles sont là qui
■ l'observent. Ib attendent que les flots jettent snr a le rivage des cadavres pour en Jaire leurpâture. K Ils crient, crient! jfigles , taisez-vous ;/uyez. « Elle arrive à tire-d'aile , la colombe aux plu-
■ mes éclatantes : dans son bec, elle tient le ra- « meau du salut; le même rameau vert qu'elle
^3 CH&PlTltE XXII.
a apporta lVoé,pour lui annoncer que le monde « allait renaître à la vie. »
■ Ifais, répliquai- je, je ne comprends rien à tout cela... >
« Elle m'interrompit : v Tu n'j- comprends rien , . je le crois ; tu ne peux rien. y comprendre , tu n'as point appris la sublime science. Mais m<H , j'entends T j'interprète chacun de ces mots... Les syllabes , les lettres même qui les composait, ont pour moi une signiGcation. »
a Le lendemain , je coiicfaai encore auprès d'elle dans la tour. En ouvrant les yeux le ma- ' tin , je la vis debout , près du lit , qui m'observait attentivement et tenait une de mes main& rlans les siennes.
« Godiva, me 'dit-elle, il fallait que tu 6sses tont à l'heure im rêve bien pénible , car tu as jeté un cri perçant. Baconte-raoi ce rêve; je pourrai l'expliquer. »
« En effet , un rêve avait occupé mon esprit dans mon dernier sommeil, et m'agitait encore quand je m'éveillai. Je répondis à Ja question d'Hélène :
a Jedevraîsétre inquiète du rêve dont je viens « de sortir, si, depuis mon enfanré, depuis le jour «où j'ai vn ma mère égoi^ée, je n'étais obsédée « presque toutes les nuits -par des images ter- H ribles. Il y a toujours du sang dans mes rêves.
,.,i,z<..t,CoogIc
(c Cette nuit encore, je croyais être au milieu it d'une de nos campagnes si riantes de la Toscane} n il y croissait en abondance des chênes ve^s et N d'élégants peuf^iers ; il y coulait de limpides , « ruisseaux. Tout k coup , feau de ces ruisseaux « a changé de couleur , est devenue rouge comme « du sang; tes'glands des chênes étaient comme n les rouges fruits de l'églantier , et une foule de
■ faisans dorés qui voltigeaient-dans les peupliers < ressemblaient à autant de flammes rouges qui, R comme des éclairs, frappaient un moment mes « yeux pour disparaître aussitôt. Étonnée de ce « prodige , je cherchai quelqu'un qui pût m'en « expliquer la cause. A quelques pas de moi, j'ai a aperçu une femme d'une taille haute, majesn tueuse , qui semblait occupée à remuer, avec «une baguette d'or, quelque chose dans une « vaste chaudière posée sur des charbons ardents. i( Je me suis approchée. Oh ! quelle horreur m'a 1 saisie lorsque, jetant les yeux sur la chaudière, M je l'ai vue remplie de têtes, de bras, de lam-
■ betiux de cbair palpitants. }e voulais loir ; maïs (I la grande femme m'afrait arrêtée par ma robe; M et , me mettant en main sa baguette ,elle voutf lait me forcer k remuer, à mon tonr, lesan- K glant ijnélange.... C'est alors que je me suis réa veillée.»
« N'en doute point, Godiva , médit Hélène,
ce songe est prophétique; il annonce de grands, de tristes événements.... J'y réfléchirai.
a La nuit suivante était celle qui avait été fixée pour notre fuite. Hélène me dit ;
«Couche-toi toute vêtue, Godiva; repose-toi quelques heures. Pcndantce temps, je préparerai tout pour (e départ. Je t'éveillerai quand it en sera temps. »
«J'obéis et m'endormis profondément; mais bientôt après, je sentis qu'Hélène me secouait vivement le bras; elle me disait à demi voix :
« Godiva! un bruit d'armes frappe mes oreil* les , lève-toi. »
« J'entendis en efFet , au miUeu de cris confus quipartatent du château, un cliquetis de sabres, delances qui se choquaient. Nous nous élançons, Hélène et moi , à la petite fenêtre de la tour. L'obscurité de la nuit nous empêche de distinguer ce qui se passe dans lechâteau,dontnousn'étions, comme je l'ai dit, séparées que par un groupe d'ai4)res que dominait le rocher de la- tour.
K Le bruit s'accrut. A la lueur de quelques torches qui se montraient , de temps à autre , autour du château , nous vîmes des gens effarés demi vétns, qui cherchaient leur salut dans la fuite. Des guerriers armés de lances les poursnivaient; et , quand ils parvenaient it les atteindre, les égorgeaient impitoyablement.
Douze. bv^jOOgle
UNK FURIE. 4^
« Dieu ! s'écria Hélène , ce soiit les Normands! ils sppt implacables dans leurs vengeances. S'ils découvrent cette tour, il faudra, Godiva, ou périr, ou devenir leurs esclaves, n
<t A peine elle finissait de parler que nous vîmes de longues flammes sortir des toits du cbàteau, au milieu de noirs tourbillons de fumée.
« C'en est fait, ajouta Hélène; dans quelques heures, nous n'aurons plus d'asile. Puissent, du moins, Robert et ses âtsavoir échappé à cegrand désastre I »
u Je pleurais en regardant brûler le château qù j'avais trouvé uo asile et quelques années de paix.
■ Le tumulte avait cessé; nous n'entendions plus que le craquement des poutres du château qui finissaient de se consumer, et un retentissement de pas d'hommes qui venaient frapper d'assez loin nos oreilles.
■ Remercions le ciel , dît Hélène , ils nous ont oubliées ! Je vois qu'ils s'éloignent avec leur butin. Nous sommes sauvées! »
« Le crépuscule parut enfin. Un morne silence régnait autour de uous. Pas un être vivant ne se montrait à nos yeux; quelques oiseaux seulement saluaient l'aurore par leurs chants accoutumés. ■
<r Godiva , me dit' Hélène , es-tu assez coura-
Dolizc^bvCoOglf
geuse pour me suivre? Allons sur le théâtre du carnage.
— Je ne prise plus la vie , lui répondis-je ; allons où vous voudrez. »
« Elle prit alors une bourse d*or qu'elle réservait pour notre voyage et notre séjour à Paris, le livre des prophéties , et les tablettes qui devaient lui servir de recoounandat^n auprès de l'évéque Goziiu ; et nous descendiiaes le rocher.
<c £n approchant des cours de notre ancieoue demeure, nous vîmes, avec horreur, sur la terre de nombreuses taches de sang. Le vestibule et quelques salles du château existaient encore: leurs voûtes en pierre avaient arrêté les progrès de l'incendie. Mais, poufeatrersousle vpstibule, il nous fallut passer sur le corps du vieux oonci<»-gâ ^ une lauce, qui était restée dans sa poitrine , l'avait pracé de part en part ; le corps d'un . autre serviteur 'était près de lui.
- V Nos lâches serviteurs, s'écria Hélène, auront tods &ù, tous!' excepté notre hdèle concierge; ils n'auront pas même tenté de défendre leurs maîtres... Q'alteudre, au reste, de vils esclaves qui n'ont d'autre propriété que leur vie! »
« Mais qud spectacle pour nous, lorsqae, eo faisaut quelques pas plus avant, nous, découvrîmes . sur.le plancher de la grande salle qui soi-
Douze. bvCoogle
UNE FUniE. 4?
vait le vettibule , les corps sangtaiits de Robert et de ses trois fils !
«Je m'élaaçai sur mon malheureux protecteur; je voulais, par mes larmes et ine^ cris, le rappeler à la vie. Hélas ! je ue pressais dans mes bcas qu'un -cadavre froid , insensible. Ses trois tétaient tombés autour de lui, et sans doute en te défendant, car leurs sabres, qu'ils tenaient eiiccH« à la main , étaient teints de sang -, mais aucun n'avbit échappé aux Xorraands furieux.
C'était surtout contre eux que s'était exercée leur rage : ils étaient couverts d'innombrables blessures. '
a Le ciel m'a-t-il donc fait naître pour me rendre sans cesse témoin de crimes et de désasifcs ! Me m'avQit-il donné une âme aimante, douce , amie des plaisirs ninocents *et purs , que pour me repaître sans cesse du spectacle des pJiasefÏToyabléssbénesl Eh! ce n'est là ni la dernière, ni la plus terrible de celles où j'ai été entpainée , comme la victime dans les anciens sa- (aifices. . ,
« Hélène"étftit restée debout, au milieu de la salle, les bras croisés sur sa poitrine, Vœil sec, mais bagard : elle paralissait méditer profondenient : ■
« Ils ne sont plus! dit-elle d'une voix sombre.
J.,r,l,z<,.f,G00gIf
Au reste, qu'est-ce que ta vie?... Eh! ne l'avaientils pas cherchée leur triste fin , ces jeuoes imprudents, lorsqu'ils provoquaient des barbares , doDt ils ne counaissaieut ni la puissance, ni la force? Je l'avais prédit. Je leur répétais souvent , d'après le plus grand des propliètes : « Qui frappe «du glaive, périra par le glaive.» Mais ce malheureux vieillard, si juste, si bon, et généreux, qu'avait-il fait pour être immolé dans ses foyers domestiques?... Ob ! il sera vengé; il doit l'être!... Robert, écoute le serment que je fais à tou-ombre : tout le pouvoir de mon art , je l'emploierai à la destruction des Normands. Je leur jure une haine éternelle, implacable. Si le fer dans la main d'une femme est rarement à craindre, elle a d'autres armes dont elle peut se servir avec avantage. La ruse supplée à ta force...»
■ Elle me considéra , eu ce moment , avec attention.; et, après avoir réfléchi quelques instants , je l'entendis qui disait :
« Le ciel semble me l'avoir envoyée tout exprès : elle sera , comme dit Merlin , kt sirène ■ qui appellera timprudent voyageur sur les écueih de la mort. »
u Puis, me saisissant le bras avec force :
«Il serait imprudent de rester dans ces lieux funèbres. Fuyons, Godiva, fuyons. Nous n'avons plus d'asile , plus de toit sous lequel nous puis-
D,a,l,zc.bvG00gIe
UNE FUBtE. . 4^
sions reposer nos têtes.... Nous en trouverons ailleurs, non loin d'ici... Goziin, je n'en doute pas , pourvoira à tous no» besoins. Il te protégera, t'aimera... il le doit. Viens, fille adoptive de mon mari; toi que j'adopte à mon tour, viens!»
« Je ne pouvais lui répondre ; tes sanglots m'étouffaiept. Je la suivis.
<r £Ue me conduisit par des sentiers écartés , par des bois solitaires, dont elle connaissait bien toutes les routes^ jusqu'à un hameau composé de quelques maisons, Je succombais à la fatigue, et peut-être plus encore, à la douleur. En vain, Hélène voulait ranimer mon. courage et mes forces; je me sentais à chaque instant défaillir.
«Nous voici, dit Hélène, tout près 6'Erèoietum *. C'est daus ce hameau , dans la première de ces maisons, qu'on avait dû conduire secrètement, par mes ordres, des chevaux destinés à nous transporter à Paris. Mais je ne puis espérer que, dans cette nuit de désastres, on ait songé à m'obéir. Le hameau me paraît désert.
Tous lès habitants auront fui sans doute , lorsqu'ils auront appris que les Normands brûlaient notre château. N'importe : entrons toujours dans cette maison. Godiva, tu t'y reposeras quelques heures. »
' Hcrblaj , A S liane* de Paru.
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5o CUAPITRK XXII.
« La porte était ouverte ; mais la maison était sans meubles: ses maîtres, en fuyant,, avaient tout emporté avec eux. Je me couchai sur la terre; une soif ardente me dévorait. Hélène courut vainement dans toutes les autres maisons pour y chercher de l'eau; elles étaient aussi désertes , aussi vides que celle où nous étions entrées. Heureusement, e)le trouva, près d'une source , une large coquille de pèlerin , dans laquelle elle puisa un peu d'eau, qu'elle m'apporta. J'en bus avec avidité, et je me sentis ranimée; mais j'étais toujours trop Enible pour entreprendre de partira pied pour Paris, dont oousétions encore éloignées de . treize à quatorze milles. Hélène se désespérait.
. >. Nous ne sommes point en sûreté dans ce hameau qui fait partie des domaines de Robert, s'écriait-elle ; nos ennemis peuvent y venir, dans le vain espoir d'y trouver, à piller. Que deviendrions-nous?» -
<c En ce moment même, nous entendîmes le hennissement d'un cheval. Hélène tressaillit, et prêta de nouveau l'oreille. Le cheval hennit encore.
n L'animal, dit-elle, est- tout près de la maison; l'aurait-on oublié en fuyant ? Voyons. »
c Elle sortit; et, quelques instants après, je la vis rentrer, rayonnante d'espoir. « Oh! Godiva,
Douze. bvGoogle
UNE FUHIE. 5l
tlit-elle, vois-tu ce groupe d'arbres épais, tout près (le la maison? Là, j'ai trouvé, attachés à un vieux tronc, d^ux chevaux tout harnachés. Ce sont sans doute ceux qui nous étaient destinés, et que leurs conducteurs Efurontilaissés là, pour aller se cacher dans tes rochers , ou pour monter dans quelque barque, et s'éloigner de ces champs de désolation. Viens, Godiva; ne perdons pas un instant. Profitons du bienfait que la Providence irous offre pour notre' salut. »
« A cette nbuvelte , je sentis mes forces renaître. Nous courons -rers'les arbreS', nous montons sur d'excellents chevaux; et nous voilà,' courant à toute b|1de, sur Id route d'Erboletum à Paris. .
«Quatre heures aprèâj nous étions arrivées dans cette-ville. - ...
<r Mous descendîmes aux portés même du pa^' lais où Goslin' expédiait les affaires diJ pays au nom du comte. Dès qu'il eut appris que des étrangères, échappées des mains des Normands j demandaient à l'entretenir, il nous fit entrer; et, après lui avoir, en peu de mots, raconté là ruine et l'-incendie du château de Conflans , ainsi que la fin tragiqqe de ses fils ef d«, son mari,' Hélène lui présenta lés tablettes que Robert lui avait confiées. -
(c Gozlin lut d'abord la lettre de mon malheu-
5a CHAPITRE XXII.
reiix protecteur, et ensuite quelques pages de l'histoire écrite par ma mère dans les tablettes. !Noiis le vîmes pâlir, soupirer, puis serrer soigneusement ces tablettes dans son sein. Il s'approcha ensuite plus près de moi , me conûdént avec intérêt , affection.
. « Elle a, dit-il, et les cheveux et les yeux de sa mère... Elle a sans doute son âme sensible et ardente... Pauvre orpheline, si jeuiie encore, tu as éprouvé bien des malheurs ! ■
v Puis , s'adressant à Hélène : « Il faut, ajoutat-il, me laisser cette pauvre jeune fille ; je la placerai dans un monastère, où, du moins, elle pourra vivre dans un saint repos... »
« Hélène l'interrompit : « Moi , me séparer de Godîva ! Elle est désormais toute ma Êtmille. Tai bien d'antres projets sur elle. D'ailleurs, ajoutât-elle avec plus de calme , ma vie tient à la sienne. Mon art m'a appris que , dès que cette jeune fille me serait ôtée, je serais tout près de ma fin...
— Votre art! dit Goziin surpris; expliquezvous.
— Est-ce que la célébrité de mon nom , repritelle, n'est point parvenue jusqu'à Paris ? Si vous ignorez ce qu'est Hélène d'Andoc, Gozlin, ceux que vous gouvernez le savent. Combien de fois
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VSK TURIE. 53
des Parisiens ne sont-4ls pas accourus à Cooflaus pour entendre mes avis et mes prédictioDs!»
a  ce nom d'Héiène d'indue, Goziio parut se recueillir un moment.
R En effet, dit-il , je dois me féliciter' de voir dans nos murs une femme que nos Parisiens vénèrent comme une puissante magicienne. Votre projet est sans doute de vous établir dans notre ville pour y proférer vos oracles ? S'il en est ainsi, vous pouvez être utile au gouvernement. Le comte, ni moi, ne sommes aimés dans le pays. Nous avons des ennemis secrets; il y a ' aussi des hommes qui soupirent après quelques nouvelles excursions des Normands pour se joindre à eux; dans les confidences que vous feront ceux q|;ii viendront vous consulter, vous parviendrez à découvrir quelques trames secrètes contre l'Etat. Je vous crois assez bonne Française pour ètre'certaip que vous'vieadrez aus«tôt me les dévoiler...^ Mais ce n'est point en ce moment que je puis vous confier tout ce que j'attends de vous et de votre art. Restez quelques jours dans ce palais ; j'aurai avec vous des eutretien» particulière' où je vous ferai part de mes projets, a
« Et, en même temps, il donna ordre à un serviteur de nous conduire dans une des toui% du palais.
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« Pendaot les quatre jours- que nous passâmes au ps^ia 4ÎU cpmte de Paris , je né rvn Hélène q.u'aux heures des repas. Chaque nutio, elle allait d'abord conférer, une heure ou deus, avec Goalio , et ensuite elle s'occupait à faire'diverscs di»po> ■sitîoDs dans une habitation qu'elle avait choisie sur le Mont-de-Mars , et qui, tnedîsail^eile, était ou Ile peut plus convenable pour r«xercice ■de son art. ■ , . ■
« Quand j'entrai pour la première fois dans cette demeure qu'elle m'avait tant vantée, mon cœur se serra :
«Quoi! m'écriai-je, dois-je donc m'ensevelir ici vivante?... Passer mes jours /dans - on eou- -tdrcitin ?»
. ^«. EUk sourit, a Iîetedésespière.fi|^s.aînsi,- ditelle; tu n'ao pas touf vù^ •> ./ - i. .' ,'i.xJjeiKoutervain qu'elle aMait-iaitprépaRec peur -lUXre diE^aieuce , était ut^e ^xulte .oonsidént^le des '»ut>8|:ru()tions ~d'une,^atiIique.iïfi//0' bâtie pfkr'ies 'Iti<Muaui3,fiur'le!»QRiuist<raéiDe é^ i»aioii\ê%ott^ 9m& qui «!h^aii:éMi:négllgée),-efi 8'ébit'|>re«^e eAtièremest éfxctulée; Cc^ aubstFu<ftioBSiE(v»ent àXé„ d^DB:lâs temps at)oieas^idéco,rées> avec ^k plus grand soin. Quoique désertes, délaissées depuis, cinq siècles peut-être, oUes -n'éiaient point trop dé^dées. C'étaient des grottesi fort étendues , dont les parois étaient presque pa^<
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tllf£ FURIE. 55
tout revêtues de marbre blauc , et oraées de sculptures, de peiatores , où l'on voyait représentas des repas, dès fêtes, souvent niéme des scènes de volupté. Elles étaient divisées en - dïverses pièces, plus ou moins grandes , qui coo)muniquaient par des couloirs.
a J'admirai tout; 'mais je répétais sans cesse :
o — Dans ce beau lieu , nous ne ^erôas jamais éclairées qiie par la lumière des lampes., et je ne pourrais vivre sans voir le solerl.
— -Ailons , dit fféléncT je vois qu'il faut tie satisfaire; viois jouir du soleil. »
« Elle ouvrit pne petite porte, et me fit- monter pav un ^calier tonhiant, taillé; daiisl^ tuf, jii^ qde sur'fe sommet- de là montagne. Là , au min libu desdécçmbres, on avait :ctinâtruit,Bveol«| anciens niaÂériaus' de l'antique ^ilbt , une mai^ sôiinette composée dcdeux ou trois cHan^reSi Qette thaïs^nnette était ehtcmr^eil'tiàilÈ'àif^ asseia spacieuse , '. qu'ron. avait /ormée en' coacas^nt et ùnis^t enisuitié des débris de marbre et de cimenti ce quiiofff'ait uiié' promenade dloù Toq pilâuait isur toutes ' lés iplaines envil'6unaute$i C'était là notre véritable habitation; car \e sour terrain ne dfevait servir qu'atiki opérations roa* giques; Dans la chambrettë qui m'était destinée , je trouvai , outre des meubles très-propres, élégante même, une lyre et des laines de diverses
56 CHAriTKE XXIf.
couleurs , car j'aimais à broder ; c'était un iu^ que m'avait appris ma mère GincTra.
« — Oh !m'écriai-je alors, dans un transport de joie, je consens volontiers k passer ici ma vie. Quelle charmante retraite!
— Rends grâce à Goziîn , dit Hélène; c'est lui qui t'a fait arranger cette chambre. Il a voulu quel'on n'oubliât rien de ce qui p'ouvaitte plaire. Aime-le, Godiva ; car il veut ton bot^eur; il veut remplacer Ion père, qui, d'après ce qu'il m'a dit , pourra quelque jour t'avouer pour sa allé.»
■ La renommée eut bientôt répandu dan^tout ïe pays que la fameuse Hélène d'Andoc avait fixé sa résidence sur le Mont-de-Mars. De toutes par-ts affluèrent k notre grotte d^es personnes de tout sexe et de toute condition , avides de cob" naitre l'avenir. Tous se montraient émerveillés de ce qu'Hélène leur disait mi leur faisait voir^ Je lui étais très-utile, lorsque , pour faire mieux croire à ses prophéties , il allait qu'elle s'appuyât sur des apparitions. D'après les instructions qu'elle me donnait à l'avance, je me retirais , par un couloir secret , dans une grotte mystérieuse, où l'on ne pouvait entrer qu'après avoir traversé une effrayante salle qui contenait de monstrueuses et bizarres figures , et tous les ustensiles qui lui servaient dans ses opérations
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uiu ruttiE. . 57
magiques. Là , je n'apparaissais qu'éclairée par une lumière douteuse , et sous divers dé^isements. Le curieux dont il fallait fasciner les yeux était-il chrétien , avait-il une dévotion spéciale pour tel ou tel habitant du paradis , je figurais tantôt la' Vierge sainte , tantôt sainte Elisabeth , .sainte Anne, sainte Monique, sainte Geneviève. Était-il , au contraire, de ces Gallo- Romains qui , malgré les efforts et même les persécutions des prêtres chrétiens , croient encore^ux dieux de leurs anciens vainqueurs ( et de ces hommes obstinés qui ont conservé et pratiquent en secret l'absurde paganisme, il en est, k Paris même, en bien plus grand nombre que vous ne- pouvez le croire ) , je me montrais alors en Vénus , en Junon , en Diane ; ou je de~ venais, tantôt une nymphe des bois, tantôt une nyraphe -des fontaines. Ils s'en allaient tous convaincus de la. puissance surnaturelle de la sorcière Hélène.
Le métier était lucratif. Il' n'était pas un senlde bos clients qui. ne laissât , en s'en allant, comme témoignage de sa recotmaissance et de son admiration , quelque offrande plus 'ou moins précieuse.
■ Goalin , qui alors n'étîHt point encore évèque,- .mais qui le devint peu de mois après l'époque tk aotre établissement sur le MoiU-de-Macs »
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'58 CEAPiTBK XXIJ.
venait souvent la nuit, sousdivers déguisements , nous visiter dans notre retraite. Il aimait à me voir,disaît-il ; aussi m'apportait-il toujours un petit présent , tue prodiguait-il des caresses. Je bsais dans ses yeux une t«hdre pilié pour l'orpheline ; et il m'inspirait autant d'affection que de respect. « Après s'être occupé de moi pendant quelques instants , Goziin m'invitait à rentrer dans ma chambre, et restait seul avec Hélène. Leurs entretiens étaient lon^. Je supposais bien qu'elle découvrait à Goziin tout ce. qu'avaient pn hii apprendre d'important les imprudentes confidences de ceux qui venaient la consulter ; mais , d'autres 'soupçons ,. que je n'oso'ais - 'avbu«r, même en ce moment, s'étaient, maigeé moi, glissés dans mon éme.
>,.« J!::suis AÂtwelleojent curieuse : c'est un -de n>es, nombreux délaûts: Il me &Lt Impossible de résister £(u -désir; ';d'entendre' quelque chose des conversations* secrètes aulquelles on' tiie dé-< fflpdait de prendi* part, Je.rae postai, une liuit, fvrtjTemenl :prèp. de :1a porte de la chambre dfHplèoe, et voici, ce que j'entendis :
■^l La sœur du comte Eud^^ disait Goziin , a « disparu le' jour même où devaient se célébrer drses noces. Le vulgaire, d'après une visioiiqu'a n racontée un moine exalté, croit qu'elle > a été « portée au ciel par je ne sais quelle sainte ; son
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. lUTK FUfilX. 59
« frère J^udes , au pontraire ,' qu'elle a été enlevée « par' un comte , son implacable ennemi ; mais « moi , d'après quelques nutioas qœ j'ai rè- « cueillies , j'ai toutes raisons de pebser que les « !Normaudft, voulant se procurer un otage pré- H cieux , sont parvenus , grâces k quelque ,rUse a que je n'ai pu encore découvrir, à nous ravir « cette fille intéressante , et qu'elle est aujoiirm d'hui'dans leur camp. Voilà, Hélène, tin des « principaux mystères qu'il vous Ëiudra tâcher de a pénétrer. Nous songerons ensuite aux moyens « de leur reprendre leur proie. Dans quelques a jours peut-être , ce mont va être -entouré de « Normands ; je sais qu'ils approchent «n grand « nombre. Ne pourrie^-vousi point , en votre «qualité de sorcière ,, ,et en feignant de. vous «, ranger du parti des assiégeants , obteoir l'uuto- « ri$Ation de'reAeriauinilieui d'eux;?, )><. : . ■ ■. .' ■ , ./"^«r la.népo««se,d'Hélpne;,.je jugeai.qu'eUe aé croyait presque cei^OedejD'êtra pgilQi; obligée de quitter »».grOtt9i >' . > . • .< : 1. • .
i« Cp,S«ra,:^|<»('3n'repjrit G<)alln, qu'iV. faudra « mettre en Aw^re t<iutes l«6 jes^squnîes )(j|e votre « ^nie.çt.de YPtrfiart'poprcdntiribuerÀla perte « de. nos. eojQemis. J'entrevois comnient -vous « pourrez y parvenir...»
«Goslin, eu dév^ppant ses idées, parla si bas, que je ue. pus saisir presque ^aucune de ses
Douze. bvGoOgIf
6o CHAPITHB XXII.
paroles. Je l'entendis seuleoe nt dire à Hélène en finissant :
a C'est ainsi qu'ils trouveront la mort en aspirant à la volupté. Mais vous sentez-vous assez de force pour exécuter tout ce que je viei^ de prescrire?
— Moi! s'écria Hélène ; oh 1 n'en doutez pas. Puissé-je immoler de ma main jusqu'au dernier des N'ormands eu holocauste aux ombres de mon époux etdemes fils. Jamais, Gozlin, vous ne me verrez reculer, quand il s'agira de faire périr de tels assassins. Ma vengeance est trop légitime.
— Je m'attendais à cette réponse , dit Gozlin ; mais rappelez-vous bien que c'est sur les che& seub qu'il faut diriger vos coups; ménagez les vulgaires ennemis. Ces troupes de barbares ne seraient point dangereuses, s'ils n'avaient des chefs instruits et d'un grand talent dans l'art de la guerre. Ob! si vous pouviez attirer dans vos lacs un dtef tel queRollon!
— Pourquoi non ? » reprit Hélène.
« Gozlin recula le siège sur lequel il était assis , et je vis qu'il s'apprêtait à partir. -
« Demain, lui dit-il, je vous enverrai de^ ouvriers qui prépareront le piège. Mais , avant de nous quitter, il faut convenir des moyens de correspondre entre nous. Je ne pourrai plus ve- , iiir ici, dès que les Normands occuperont le pied
DolizccbvCoOglf
VUE FURJE. til
ite cette montagne, et vous ne pourriez, sans vous compromettre, prendre même le chemin de la ville. Mais faîtes comme les moines <le Saint-Denis, qui m'ont promis de correspondre avec moi en...»
«Ici, il baissa, de nouveau, tellement la voix , qu'il ne parvint d'autres mots à mou oreille que ceux de chapelle délabrée... dans la plaine... Pour n'être pas surprise aux écoutes, je me bâtai. d'aller me jeter sur mon lit, et de feindre de dormir.
« Dès le lendemain, un brait inaccoutumé de pieux , de pelles qui retentissaient dans le soutnrain , m'apprit que l'on faisait quelque changement dans la grotte où nous rendions nos oracles. Il m'avait été expressément ordonné de rester ce jour-là dans ma chambre; je n'osai donc descendre pour examiner quels étaient ces travaux. Le lendemain, même bruit; et ma curiosité redoubla. Heureusement, de la petite place formée autour de notre maison , et où il m'était permis de me promener tous les jours, j'aperçus, dans la plaine de Saint-Denis, Hélène qui, en feignant de cueillir des herbes , s'approchait peu à peu d'une petite chapelle isolée.
« Je proStai de son absence pour descendre dans la grotte. On travaillait dans la salle où je faisais ordinairement -mes apparitions. Je m'y
Douze. bvGoogle
tia CH&flTRE XXII.
rendis par un passage secret; et, cachée derrièpe une colonne , prés de l'issue même du couloir, je vis, à la lueur des lampes qui y étaient allumées, que, vers le milieu, on avait creusé, un trou assez profond. Les ouvriers étaient occupés en ce moment à rejeter dans le trou- les pierres et la terre qu'ils en avaieiit tirées^ .
a —Je te le disais bien, disait l'un, qu'en peu de temps nous aurions perc^ cette voûte. Vois quel énorme goufîre elle couvrait! Que de temps les pierres mettent à tomber jusqu'au fond!
— Je savais aussi , répondait l'autre ^ ^que cette montagne renfermait dq profondes cavernes, taut.il- qn avait été extrait de matériaux pour bâtir à la surface ; mais je n'aorais Jamais, pu croire que nous y trpuverions^n goiiffre où tout Paris ' pQuirait facilement s'engloutir.... Que diable veut faire de ce gouffre la- sorcière ?
— C'est sans doute pour loger plus près d'elle tous les diables de l'enfer.» ■
« Quand il n'y etit plus de terre à rejeter dansle gouffre, ils posèrent sur l'ouverture une trappe en bois très-artistement faite, dont uui côté s'élevait dès qu'oti appuyait un peu .sur l'autre. Pour essayer ta macbine, il& la firent jouer plusieurs foie, et parurent satisfaits de la précision de ses .mouvements.
« J'avaiS'passé plus d'une heure en observa-
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