MARINA. I
— ■ Eh bien! dit Ëiigénio transporté de juie, ce voyage , nous le ferons ensemble.
~ Vous ne comptez donc plus rentrer dans votre couvent?
— Au contraire, reprit Eugénie; je veux, je dois y être de retour dans huit jours au plus tard; mais tu y entreras avec moi; tu pourras y vivre dans la chasteté, près de ton père, au milieu de tous nos saints cénobites. Il te Ëiudra seulement quitter tes habits de femme. »
« Marina l'écoutait avec étonnement ; et lui , après l'avoir attentivement considérée , reprit ;
« Ta faille est haute, élancée; tes traits, d'une parfaite régularité , n'ont rien qui annonce la faiblesse; ils n'ont point cette fade blancheur des traits de ces femmelettes élevées dans la mollesse , et qui dédaignent les exercices chéris des hommes. Tu paraîtras un jeune et beau garçon. . . . Eh bien! Marina,- répugnes-tu à me suivre?»
« Elle réfléchit un moment; puis, elle dit en riant : -
a Je cherchais des aventures ; l'occasion est trop belle , pour que je ne la saisisse pas. Mon père» disposez de moi. Quand faut-il abdiquer mon sexe ? »
fi Eugénio l'embrassa.
•X Dès te lendemain , Marina donna ta liberté à
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Il6 CHAPITRE XXV.
tous ses esclaves et les congédia. Elle recueillit autant d'argent qu'il lui fiit possible, et chargea une personne sûre, en qui elle avait confiance, de la gestion de ses biens.
a Dans.la nuit du même jour, Ëugénio coupa lui-ménte la longue cbevelure noire de sa 6Ue, afiiibla sa tête d'un large capuchon , l'enveloppa ensuite d'une ample robe blanche semblable à la sienne; et, dès que le soleil parut, lous deux quittèrent la maison et , chacun son bâton à la main , prirent le chemin deRome.
■ Leur voyage fui long. Ëugénio, craignant de trop fatiguer sa fille, s'arrêtait, tous les soirs, après huit à dix milles de marche, dans quelquesuns des monastères que l'on rencontre partout sur ta route. Us y étaient toujours paifaitement accueillis ; et le père Ëugénio voyait avec plaisir que, nulle part, la jeunesse, la beauté de sa fille ne faisaient naître aucun soupçon. On la regardait bien avec intérêt, mais comme un trèsjoli novice ; et on félicitait le père du bonheur qu'il avait eu d'acquérir pour l'Église ce charmant néophyte.
«Ce fut ainsi que, de couvent en couvent, nos voyageurs arrivèrent à Rome, et de là à Tibur, où ils furent reçus avec de grandes démonstrations de joie par le supérieur du couvent. Ils apportaient beaucoup d'or; et le jeune
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' Jrvre Marin (ce fut le nom qu'Eugénio donna a sa fille ) avait une figure de chérubin , comme disait le supérieur, en promenant une main caressante sur les joues fraîches de Marina, qui rougissait.
K Ou eut soin de donner à fivre Marin une cellule tout près de celle de son père. Celui-ci profitait de tous les moments de liberté que lui laissait un emploi important qu'il exerçait dans le monastère, pour donner à sa fille de sages avis sur la conduite qu'elle avait à tenir dans la maisou. Il était devenu très-religieux, et surtout très-zélé pour les iutérêts et la gloire de l'Église en général : le trône pontifical n'avait point de sujet plus fervent , plus dévoué.
« Aussi fut-il honoré d'une missîou importante. On le chargea d'aller installer quelques centaines de moines dans un nouveau couvent qu'on venait d'élever sur les ruines d'un temple antique , près èiAnxuT ( i) , au milieu des marais Pontins. Il fut donc obligé de quitter sa ûtle; mais il partit sans inquiétude., parce- qu'il espérait que ses fonctions ne le retiendraient pas loin d'elle plus de deux mois; que, bientôt, il pourrait la rejoindre.
« IjC ciel en avait décidé autrement. A peine
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le père Eagénio était-il arrivé au milieu des marais qu'il fut pris d'une fièvre violente , qui , en peu de jours, le conduisit au tombeau. £n apprenant cette fatale nouvelle , Marina se sentit défaillir. Elle avait peu connu «on père, et ne pouvait gnère avoir pour lui une très-vive affection ; mats combien ne lui était-il -pas nécessaire , dans l'embarrassante situation où elle se trouvait pour s'être trop facilement soumise i ses volontés! . .»
Un incident de très-peu d'importance vint interrompre le récit de Godiva : Nitard éternua; et, daiis le mouvement qu'éprouva tout son corps, une grosse noix s'échappa brusquement de son sein, et vint rouler sur le plancher:
La. noix était entourée de cordonnets roses et bleus qui, entrelacés avec beaucoup d'^rt, formaient sur les coques une espèce de chiffre. Adelinde, aux pieds de qui la noix s'était arrêtée, la ramassa, et, sur le désir que témoigna Judith d'examiner le bijou, ne put se dispenser de le lui remettre.
«Ah! sans doute, dit Judith eu considérant la noix et la retournant dans ses mains, c'est là lin don d'amour. Quoi ! Mitard, vous ne vous réformerez donc point? vous resterez toujours
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un coureur d'aventures? 3e ne veux pas savoir, et vous ne devez pas nous dire quel est l'objet.....
Judith tendait en même temps la main, pour rendre à Nitard sa galante noix ; mais elle lui échappa , et la voilà une seconde fois sur te plancher. Cette fois , la chute fut moins douce ; la noix s'ouvrit , et chacun put voir qu'elle conteaaft, dans une de ses coquilles, une brillante médaille d'or.
«Ah! dit étourdlment Âdeliude, je la reconnais, cette médaille; c'est celle que le feu roi Charles-le-Chauve. . . »
Elle n'acheva pas, car déjà elle se repentait d'avoir parlé. Elle jeta les yeux sur Odille qui, confuse , la mort dans l'âme , était fort heureuse d'avoir baissé son voile pour cacher son embarras et sa rougeur.
Nitard , recueillant avec soin les débris de la noix , dît avec le plus grand sang-froid :
« Cette médaille a été autrefois bénie par l'évèque actuel de Paris. C'est un spécifique contre les maux de tête. . . .
— Mais non contre les maux du cœur , » dit malignement Godiva.
C'était une méchanceté : toute l'assemblée se prit à rire.
Judith, toujours portée à excuser les fautes
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qui ont pour caisse l'amour, souffrait de l'humiliation que semblait éprouver Odille.
oMa chère Godiva , dit-elle gravement, j'exige que vous acheviez votre histoire. N'avez-vous pas annoncé qu'elle servirait k prouver qu'il ne faut jamais croire aux apparences ? C'est bien le moment d'en appliquer ta morale. •
Godiva demanda quelques instants pour se recueillir et mettre de l'ordre dans ses idées.
Pendant ce temps le calme se rétablit dans la société, et l'oii ne s'occupa plus de la noix de Witard.
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■I IVv pODvet-^onfl dompter U chair ? Approchai ^ Tcoez boire d'un vin qui produit de< licrgea. — Gloire k Dieu i ■ .
PaoïE ta l'boiDSDr de U Vierge n Uturei du dioctie de Paris ].