‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 11 sur 46 · LE CAP DES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LE CAP DES FIANÇAILLES

G€uuUamus et exultemus^ quia venerunt nupttœ anùci, et uxor ejus prœparavU se.

«c O bonhear et joie !..> Elles se feront les noces de Tami : la futare est tonte préparée. »

Apocalypse, XIX, 7.

Adelinde jetait sur Tune et Tautre rive un regard inquiet; elle avait à craindre, ainsi qu'A^ dalbert , que son frère n'eût soupçonné par quelle route ils s'étaient enfuis , et qu'on n'envoyât des hommes armés à leur poursuite. C'était pour eux une grande satisfaction de voir que les pays qu'ils traversaient étaient presque toujours déserts. De temps en temps, sur les bords du fleuve ou sur les collines qui l'environnent, au milieu d'épaisses forets ils voyaient s'élever de grosses abbayes qui ressemblaient à des forteresses, et tout autour des huttes de pécheurs ou de laboureurs qui s'étaient placés sous la protection des moines ou du saint leur patron. Comme le

CHAPITRR VI, LE CAP DKS FIAI^ÇAILLES. gi

soleil n'avait pafu que depids une heure, tous les pauvres habitants de ces hameaux dormaient encore. A peine voyait -on, par hasard, un de ces misérables serfs sortir lentement de sa ca-

bane pour aller, à ses travaux; si l'un d'eux s'arrêtait un moment pour regarder la barque passer, c!était sans curiosité, sans intérêt ; il côn<! tiouait bientôt sa route.

(c Ah ! dit tout-à-coup Adelinde, je reconnais ce coteau qui est à notre gauche, et qui est tout couvert de vieux chênes. J'y suis venue quelque* .fois erx pèlerinage avec mes femmes. Quoi! nous naviguons depuis quatre heures au moins, et nous sommes encore si près de Paris. Qui l voilà'bien, au milieu de ce groupe d'arbres plus grands que les autres, la pointe aiguë du clocher de saint Clodoald * ; voilà l'église que ce malheureux petit-fils du grand Clovis éleva au Dieu qui l'avait sauvé des mains de ses oncles, I^s monstres! ils massacrèrent de sang-froid , en sa présence, ses deux frères pour se partager leurs. états. Clodoald était alors si jeune qu'ils crurent n'avoir encore rien à craindre de lui ; ils l'épargnèrent. Mais lui , dégoûté de bonne heure de l'éclat des couronnes, vint, dès qu'il fut un peu plus avancé en âge , se réfugier dans cette

* Saint-Cloud.

^ CHAPITRE Vl« '

aoiicude OÙ il brava les rois et leurs poignards... Et moi.aossi^'Adalbertv je fuis les coups; mais à nia bouler ce n'est pas dans le sein d'un Dku ^eje me réfugie, c'est dans les bras d'an amant. Tôt ou tard j mon front aurait pu être paré d'un diaidemev car je suis sœçr' du ^conjte Eudes; et oevtes , mon frèresuccédera ibkinrél à4a raoe dégénérée de Charlemagne: oui , il recevra bientoit^ de tout le peuple le titre dé roi, et aloi*s, sa sœur.... Mais, je le jure, plus que ClddoaM encore , J€f dédaigne le rang , les honneurs qui m'étaient destinés. Je suis près de mon Adalbert; je le vois, je le touche, je lui parle; il est mon bien , ma couronne , mon tout. »

Et elle pencha amoureusement sa tête sur le sein de son ami. Puis se relevant , elle ajouta : « Une idée pourtant nfagite, trouble mon bonheur. Je suis fille de ce Robert-le-Fort , dont la renommée est répandue dans le monde entier , • dé ce Robert qui fut la terreur des Normahds, qui les vainquit ^n dix batailles , mais qui enfin tomba sous leurs coups, près d'Angers sur les rives de la Loire. Et c'est à on Normand que je me livre ! C'est au fils de l'on de ses meurtriers, pè\it-etre!.... O mon père, pardonne à ta» fiille; pardonne à l'amour qui l'a égarée : il m^ fellait être à lui ou mourir. »

^ « — Adelinde, tu me charmes à la fois et tu me

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