‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 17 sur 46 · I. lO · texte numérisé non relu

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cors et lesr cris de Tarmée se faisaient entendre de plus près; mais aucune barque ne paraissait encore sur le fleuve , dans toute l'étendue où les yeux pouvaient suivre son cours. Bientôt on put distinguer trois barques qui , forçant de rames, fendaient l'eau avec une extrême rapidité : c'étaient les barques qui formaient Tavant-garde ; une multitude de longs bateaux les suivaient à quelque distance, et bientôt tonte la rivière en parut couverte. Quelques centaines d'hommes et de femmes descendirent dans lllé^ y allumèrent de graiids feux, sur lesquels on suâpendit, au moyen (le longues perches placées des deux côtés des brasiers , des brebis entières , des porcs , des daims; mais la majeure partie de l'armée occupa la place d'armes , et s'y rangea dans une espèce d'ordre de bataille.

Ce qui surprit extrêmement Adelinde fut de voir , au milieu de ces guerriers tous armés , des femmes eu trçs-grand ' nombre : elles se rangèrent derrière les hommes, qui seinblaient leur témoigner des égards. Elles étaient vêtues d'une tunique à pell près- semblable à celle des guerriers, mais blanche, plus longue ^et bordée d'une bande de pourpre. Cette robe laissait nus une partie de leur sein , ainsi que leuris bras dans toute leur longueur.

« On se dispose , dit Egill , à faire an sacri-

LE SACRIFICB A.. ODIN. ll^'J

fice. Voyez, au ' imliea de la plape, ce grand espace vide : ce sera là , sur cet éjrtonne autel druidique , que nos prêtres immcileront la victime. »

£t en effet dous^e dfotterSi vêtus de longues robes rouges,, s avancèrent ,t tenant en main des flambeaux allinnés; Fun d'eux portait un long poignard très^aigu ^ et il ^tait suivi d'un cheval dont on lia les. jambes,, et que IjDin étendit sçr la grande table de pierre brute. Le plus prpfonfl silence régnait dans rassemblée :. guerriers, femmes, enfants se tenaient debout et dans une attitude respectueuse.

a On dfttend sa«is doute les prophétesses, dit Egill. Celle qui vient , de nous rendre une si étrange visit» ost une d'elles. Hous en ^vons toujours» lin assez grand nombre à la suite de nos armées. Elles vivent au: milieu des forets , dans des antres. Nos diefs les appellent pour Içs consulter, lorsqu'ils vont entreprendre quelque mémorable esfpédition: Il y en a, ici même, plusieurs -qui , «depuis plus d'une '^ année , vivent dans les cavernes jde la montagne <|uî domine cette forteresse- Je. sais qu'on les. a CQnvoq^ées pour la- cérémonie qui. va s'exécuter.Tenez^ regardez à votre gauche, les voici qui arrivant.»

Adelinde vit y en> effet, s'approcher de ce coté quelques femmes vêtues de longues robes de

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Jin très-blanches, et que serrait sous le sein une ceinture de cuir ; leurs longs cheveux , non bouclés , tombaient épars sur leurs épaules : elles avaient toutes sur la tête une co;ironne de verveine, et dans la main une branche de chêne.

A leur approche, la foule se rangea avec respect pour les laisser passer , et bientôt elles parvinrent à l'autel du sacrifice. Adelinde ne put maîtriser son effroi , quand elle reconnut dans la plus âgée , dans celle qui paraissait exercer une sorte de domination sur les autres , cette Tbada qui Tavait considérée avec tant d'attention.

Dès que les prophétesses furent rangées autour de l'autel, le drotter qui portait un poignard saisit la main de Thad^^^, et la fit monter avec lui sur la table du sacrifice; puis, s'avançaut tout près du bord de la longue pierre ou autel, il parla assez long-*temps au peuple avec véhémence; élevant ensuite les mains au ciel, il adressa k Odin une prière.

Adelinde regardait à chaque instant le scalde, comme pour lui demander l'explication de ce que disait le prêtre. Egill la comprit, et lui dit: « — Ce drotter a commencé par exhorter le peuple à ne jamais abandonner les rites de la religion qu'Odin nous a révélée. Il a prononcé d'horribles imprécations contre quiconque tenterait de réformer , dans ses moindres cérémonies , le

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culte établi par nos pères ; et il a bien ses raisons pour parler ainsi ; c'est notre chef, c'est Rolton contre lequel sa baine se déploie; en paroles, il est vrai, mais il espère bien qu'elles dirigeront sur lui quelque poignard homicide. Le erime de Rollon est , à ses yeux , d'avoir défendïi de sacrifier des hommes à Odin sçlon l'antique usage. Sans celte d^ense, voua verriez, n!en doutez pas, un prisonnier, plusieurs de vos compatriotes, peut -être, à la place «du cheval qui va être immolé.

— Oh ! quelle barbarie ! s'écria av^c horreur AdeUnde; etil me faudra vivre au milieu d'une nation dont les prêtres offrent à leurs dieux le sang des hommes !

— Vos pères, les Gaulois, sacrifiaient aussi des hommes, sensible Adelinde, et nos drotters ne sont que les successeurs de vos druides. . . Mais, croyez-en l'ami de Rollon, tant que ce sage prince vivra , le sang humain ne souillera plc\s les autels des dieux. Rollon veut rappeler notre culte à sa pureté, à sa simplicité première ; nous^ adorions, dans les premiers temps , une suprême intelligence , unique source de tous les bienfaits qui découlent sans cesse sur ce globe terrestre; nous lui rendions hommage dans ses plus merveilteux ouvrages: dans le soleil qui nous ravive de ses rayons, qui mûrit les végétaux dont tous

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lesanimaiiK tirent leur subsistance ;dati& ces astres qui ornent la voûte azurée du ciel , et s^niblent prbciamer, pendant la mût , ea puissance et sa bonté. Oh ne l'adorait point daOs deS; temples, mais am milieu dess forêts v sur le haut d^s mortfagnes, sous l'iinTnense voûte d^s cieux. Les chants d^ ^ reconnaissance , c'est là tout ce qb*il demandait aux hommes; et poi|r(}uoi encore ? pour leis accoutumer à n'être point ingrats, ou, ce qui est la même chose, à être. justes. Telles furent, dans les temps anciens et savant l'existence de votre christianisme, lea vérités que le sage Odin vint apporter dans le Nord, des chaudes régions de l'Asie. Ou crut à&^s paroles, on l'admira. Il n'était point, il n^ voulait point être un dieu; mais les prêtres avy&ient besoin qu'on le déifiât, qu'oti lui rendît un culte : ils le nommèrent d'abord le fils de rÊtre Suprême. Depuis, ils lui ont donné la place de sou père dans les demeures célestes ; ils lui ont élevé des femples de brique et de marbre, les ont ornés de statues de bronze et d'or. Ils ont dit ensuite aux peuples qu'Odin aimait à voir couler le sang, qU'il voulait aussi de magnifiques offrandes; et ils ont demandé des victimes et de l'or. >»

Odille dit : « Nos prêtres, à nous, ne veulent point de sanglants sacrifices ! » Le scalde ne répondit rien , il se contenta de sourire.

LE SACRIFICE A ODIN. j5i

Cependant le dratter sacrificateur, ayant fini sa longue prière à Odin, releva la uuiqche d« son braft droit, 4^t. s'apprêta à plonger ^n poi* gnarddans la gorge di^ cheval. Tanijis qu'il c^er-t che l'endroit où le coup doit portier, la-ipropbétesse pQ«^ un genou et} terre et s'inclin$.sjiu*.la victime,

(cYôy^z, dit EgiU, comment la cruelle Thada considère , d'un oeil curieux , la ^ct^koe. 'D'après la manièpe dont le sang jatUfra , puis coaWra de la plaie , elle pronostiquera le bon ou le' mauvais succès de l'expédition sm Paris: Prétons une oreille attêûtâ^ve , nous entendrons «es prétendus oracles. » .;•....

Le prêtre a frappé. Le sang jaillît avec force au visage et sur les cheveux de Thada .: éeax autres femmes , sous la table da sacrifice , reçoivent, dans un bassin d'argent ,' le sang qui coule à gros bouillons pà^r un trou pratiqué dans l'énorme table de pierre. Thada , toujours pen* cbée sur la victime , semble éprouver un horrible saisissement , qu'elle exprime par des gestes <1e terreur. L'assemblée, mortae, inquiète, attend avec anxiété qu'elle rompre le silence;. . Elle est debout ;.dje Va parler. Ses cheveux sanglants semblent se hérisser «ur son front; ses yeuk sor** tent de leurs orbites; on n^ peut la contempler ssifis effroi. D'une main furieuse^ elle arrache

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d abord sa couronne de verveine, la déchire , en jette au loin les morceaux, puis elle profère, ou plutôt crie ces mots, qu'Egîll traduisait à mesure qu'ils venaient frapper son oreille :

a Pourquoi dirais-je l'avenir à des hommes qui « méprisent mes oracles, qui m'appellent insen- <c sée ?... Mais Odin m'apparait ; je le vois dans son « palais d'azur, au milieu de ses vaikiries ; il me « regarde d'un œil sévère... £t toi aussi, Frigga!... a tu me menaces. Oh ! calme ton courroux , je « parlerai.

«Enfants du Nord f de doux chmats amol- « lissent-ils vos courages ? vous épargnez les ence nemis d'Odin..! Parce que vous avez immolé « quelques milliers de moines et de prêtres chré- « tiens , vous croyez avoir vengé les affronts qu'ils « ont faits à nos dieux. Non! non! qu'il n'en « reste pas un seul dans les pays que vous vi- « sitez. Honte éternelle et mort à quiconque « approche d'un prêtre clu*étieu , et ne Tégorge Cl pas ! ^

<c Demain, vous serez devant une cité célèbre; « ne croyez pas-y entrer, tant que vous accueil- « lerez l'étranger sous vos tentes, tant que des « filles chrétiennes s'asseyeront à vos tables, boi- « ront avec vous l'hydromel, et trouveront un c( abri au milieu de vous, dans les murs de vos « forteresses, j*

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« — Oh Dieu ! s'écria Adeiinde, nous sommes perdues, ma compagne et mot, si vos compatriotes écoutent les vœux de la prophétesse.

— Vous n'avez rien à craindre,. reprit Egill: chez iious, l'hospitalité a des lois qui Sont plus anciennes, plus respectées que la religion ellemême, qui n'ont jamais ^té enfreintes par aifcun homme du Nord. Étrangères, vous êtes venues chercher un refuge au .milieu de nous ; vous y serez plus en sûreté, «vou^, belle Adelinde, que dans vos palais; vous, Odillft, que dans le cou^ vent le mieux fortifié. Pour tous nos guerriers, de quelque pays qu'ils soient, vons êtes des objets sacrés; ne craignez pas le moindre outrage. Tous nos autres chefs envieront à Rollon la gloire de vous avoir le premier accueillies. Telles sont nos mœurs : cruels, impitoyables dans les combats, surtout envers les ministres de votre culte, mes compatriotes les reçoivent avec bonté au milieu d'eux, lorsqu'ils se présentent sans armes, et demandent un refuge. Laissez nos drotters vociférer des imprécations contre^ le sage Rollon , qui a défendu de sacrifier des hommes ; il saura plus tard les punir. Déjà ils ont perdu, en grande partie, leur pernicieuse influence sur la multitude. Soyez encore moins effrayées des menaces de ces femmes insensées et furieuses , qui appellent la mort sur la tête des étrangers devenus nos

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botes; jamais notne natioa ne renoncera à celle de toQtee les vjertus qui Itû est la plus ehère, l'hospitalité. »

Pendant qu'Ëgill, par ses discours^ cherchait à rassurer les deux .fugitives, Thada continuait ses imprécations contre les chrétiens, et avee tiant de Yéhémenee que ses traita er^ étaient horriblement altérés: uae écume épaisse cou* Trait ses lèvres, il n'en sortait que des'sons înar* ticulés ; on ne vojsait plus en elle rien, d'une femme : c'était un ^igre en finteur qui rugissait. A la fin, elle <:hancela, puis tomba évanouie dans les bras du duotter, qui cria, à haute voix, 'que la cérémonie était terminée. Aussitôt les torches furent éteintes; la lune seule édaira l'assemblée. Les drotters et les propbétesses se dispersèrent, allèrent se cacher de nouveau dans leurs sombres retraites;

La multitude alors se répandit confusément sut" la place d'amies , se divisa ensuite enr divers groupes, «qui tous s'asseyaient en x^ercle sur la terre. Bientôt, ceux qui étaient restés dans l'ile traversèrent la rivière, apportant les viandes qu'ils avaient fait rôtir. Ils en distribuèrent d'énormes quartiers à chaque groupe, qui se les partageait aussitôt^ sans brait, sans murmures. Hommes, femmes ^ enfentsr, étaient entremêlés; tous mangeaient avec* appétit, mais

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