‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 18 sur 46 · LÉ SACRIFICE A. ODIN · texte numérisé non relu

LÉ SACRIFICE A. ODIN

sans avidité. Des serviteurs ( c'étaient sans doute des prisonniers ) circulftieut parmi ces groupes, portant dans' leurs bras de lourdes cruches. lis versaient la bière fumante dans une vaste corne que leur présentait le principal persotinage de chaque groupe : celui-ci, après avoir bu, faisait passer ià corné à son voisin , le voisin à un autre , et ainsi de spite dans tout le cercte. On distribua ensuite de Thydromel; cett?e boisson pétillante inspira la gaieté dans tous les groupes. On j but d'abord' au dieu suprême Odin, et à Frigga, sa bien-aimée; ensuite, à Rollon, le pllis courageux des chefs ; aux autres guerriers qui s'étaient le plus distingués dans le dernier combat à la prise du château sur l'Oise; et enfin, atnc femmes. Adelindè , qu^ ce spectacle ravissait, fut bien plus vivement attendrie , quand elle vit un des principaux guerriers dû groupe le plus voisin de la tour, lever très-haut sa corne pleine d'hydromel, et qu'elle l'entendît s'écrier en rteastrieo: « Aux étrangères que le fils de Rollon vient rfa* mener parmi nous: qu'elles y vivent paisibles et heureuses!» Des acclamations de joie suivirent le souhait.

« Vous avais-je trompée? dit Egill en s'approchatit de l'oreille d' Adelindè; ils ne vous ont encore vues ni l'une ni l'auti^e , et déjà ils vous respectent et vous aiment »

Un cor annonça à la multitude que F heure du repos était venue. Les uns, et les femmes surtout, passèrent dans Tile^où Ton avait élevé de grandes tentes pour les mettre à labri pendant le reste de la nuit; d'autres regagnèrent leurs barques ; la plupart se couchèrent dans la place même, sur la terre, et se contentèrent de s'envelopper dans de grands manteaux de laine. Bientôt le plus grand calme succéda, dans tous ces lieux , à l'agitation et au bruit.

« Il est temps de vous reposer vous-mêmes , dit Egill aux étrangères. Je vous quitte; mais dormez avec sécurité. Demain , BoUou et son digne fils seront dans ce château ; la sage Judith vous prendra dès lors sous sa garde; mieux que moi, elle vous expliquera nos mœurs , nos coutumes. Mais croyez que, toujours, le scalde £gill vous sera dévoué. Vous allez être témoins d'une mémorable expédition , vous verrez bien des combats, peut-être bien des scènes de carnage et de dévastation ; mais je veillerais sur vous , s'il en était besoin ; j'éloignerais de vous les dangers. » Adelinde allait lui témoigner vivement sa reconnaissance; mais il la salua, et sortit.

Nitard s'apprêta lui-même à les quitter; mais auparavant, il voulut, à sa manière, rassurer Odille, et lui dit: «Personne, je le jure, n'entrera dans votre appartement qu'en passant sur

Page 1