‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 21 sur 46 · ROLLON · texte numérisé non relu

ROLLON

de oe guerrier, qui sera le conseil, d'Adalbert; mais il faut que ce choix soit agréé de vous. Sigefroi^ approchez; montes^ près die inoi« »

Sîgefroi, s'étant détaché de ses frères d'armes, parut sur l'estrade. '

a Dites 9 mainteuant acceptes^vous pour chefs Âdalbert et Sigefroi ? »

Tous les chefs aussitôt choquèrent, er^ témoignage de leur assentiment, leurs armes les unes contre les autres. Tous crièrent aussi à la fois : « Nous approuvons qu'ils soient nos chefs. »

tf £h bien ! dit RoUon , que chacun fasse défiler sa cohorte devant ces nouveaux chefs , et qu'il monte , aussitôt après , avec elle , dans les bateaux qui couvrent le fleuve : tout est prêt pour le départ........ Et vous, ajouta-t-il en se

tournant vers les scaldes , chantez l'hymne des combats. »

Egill, se levant alors, donna le signal aux autres scaldes, qui prirent leurs harpes , et qui , pendant tout le temps que les troupes des diverses nations défilèrent devant l'estrade, ne cessèrent de faire retentir l'air 'd« leurs accents belliqueux.

Lorsque Rollon vit s'avancer la cohorte formée (les Neustriens, qui avaient préféré de servir dans les rangs des hommes du Nord, à la honte d'être chargés de chaînes et exposés, comme

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prisonniers, aux plus humiliants outrages, d'une main il imposa silence aux scaldes , et ordonna à la cohorte de s'arrêter ; puis il parla ainsi : ' « Neustriens, vous marchez contre vos compatriotes; il y en a, peut-être, parmi vous qui regrettent d'avoir abjuré leur patrie ? Les Normands ne veulent avoir dans leurs rangs que des guerriers de bonne volonté. Que tons ceux d'entre vous que la seule crainte de l'esclavage a associés à notre fortune quittent leurs lances et leurs boucliers , qu'ils sortent de nos rangs ; ils n'entendront pas même un reproche. »

Aucun ne s'éloigna ; tous gardèrent leurs armes.

« Sans doute, leur dit-il, je devrais croire à présent à votre fidélité ; mais nos lois exigent une autre garantie , elles veulent que les guerriers se lient par des serments : vous allez jurer, par votre dieu et par le nôtre, d'obéir en tout aux chefs de l'armée , de ne jamais reculer devant les ennemis, de quelque nation qu'ils soient, quelque nom qu'ils portent. Que l'on place ici, devant ces guerriers , et la lance d'Odin et la croix que les chrétiens révèrent. »

Des prêtres Scandinaves s'empressèrent d'aller prendre dans le fort et de placer avec respect , au milieu de l'estrade , la lance , symbole de leur dieu, encore dégouttante du sang du che-

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val qui avait é^é imipolé la veille. Us chargèrent des prisouniers neiistriens d'apporter et de tenir, à quelque distance de la lance d'Odin, une énorme croix sur laquelle on voyait cloiié le dieu des chrétiens. Elle avait été enlevée par les Normands dans le dernier monastère qu'ils avaient pillé près de l'embouchure de l'Oise, et ils l'avaient gardée parce qu'elle était d'argent, et que le corps du Christ paraissait être d'or. A l'aspect de ce signe de notre salut , les drotters et les scaldes ne pouvaient s'empêcher de témoigner leur mépris et leur haine par des ris insultants. RoUon les regarda d'un œil menaçant : ils redevinrent sérieux et calmes , mais tournèrent la tête pour ne pas voir la croix.

Tous les Neustriens jurèrent fidélité à RoUon et aux deux autres chefs , en touchant d'abord la lance d'Odin, et ensuite le crucifix, et regagnèrent le9 bateaux qui leur étaient destinés. Les scaldes finirent leurs chants.

Adalbert et Sigefroi descendirent ensuite de l'estrade' pour suivre l'armée ; mais Adalbert , avant de partir, jeta d'expressifs regards sur Ad&linde, qui lui répondit p^v un soupir. RoUon sourit, et dit tout bas à Adelinde : « Pourquoi soupirer ? vous serez: bien prè^ de lui.. Regardez ; elle s'approche, la barque qui doit vous conduire avec Judith sous les murs de Paris. » Et

en effet on voyait voguer, tout près du rivage, une grande barque plus ornée que les autres, et dont une moitié était couverte d'un drap couleur de pourpre, relevé en forme de tente.

« Il est temps, dit RoUon aux trois femmes, de vous rendre au lieu de l'embarquement. Déjà les drotters et les scaldes occupent les barques qui doivent précéder la vôtre, y - Et il prit le bras de la. grave Judith , qui , ha* bituée aux absences de son époux , ne paraissait que faiblement émue de l'idée de s'en séparer. Us descendirent ensuite de l'estrade, traversèrent la place d'armes , et atteignirent bientôt la rive. ' Le premier objet qui frappa leurs yeux fut Nitard qui , debout dans la barque , à la porte de la tente , semblait les attendre avec impatience. Il n'avait rien oublié de ce qui pouvait être nécessaire dans le voyage : des coussins pour les femmes, des vins, des mets et même des fleurs.

« Très-bien! dit RoUon, en aidant les femmes à entrer dans la barque* Nitard est un excellent pourvoyeur; et, pour peu que vous éprouviez de l'ennui dans la route, il pourra aussi vous régaler de quelque histoire : il en sait tant. ! i»

Les adieux de RoUon à Judith fureut touchants ,. quoique graves : oc Chère Judith , lui dit41 , je t'ai confiée aux soins de ton fils : c'est ne point te quitter. Encore quelques travaux,

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quelques. combats, et j!e3pèr^que je pourrai enfin venir couler de paisibles jours près de (oi^ dans ton pays , dont mes armes m'awropt asj^uré la possession. » . -

Judith lui répondit : «c Je me. suis donnée à

RoUon ; c'est, le seul maître que je reconnaisise

au monde. J'aurais désiré de le suivre dans ses

nouvelles expéditions ; msâs, il en ordoiinie au-

treîQent: j'obéirai. 9»^'

Elle était triste ; i mais die ne pleurait pii^,

ËQ ce momeot^ on vit de loin Adalbeiît.qMi,

posté sur un banc élevé dans sa barque, près

d'un pavillon qui la faisait distinguer de toutes

les autres., regardait de tous cotés pour ^'assurer

que l'embarquement était terminé. Quand il vit

qu'il né restait plus sur la place d'armess que son

père RoUon^.et le petit nombre de gueripiers qui

devaient l'accompagner en Angleterre, il donna lé

signal du départ, en sonnant fortement du oor que

Holloo luî*ménië lui avait remis, en lui confiant le

commandement de l'armée. Les mille grandes bar»

ques et tes bateaux qui couvraient ,1a Seine se

murent k Ja fois. C'était un spectacle singuliei: de

voir tant de rames s'agiter en cadence ! he^ eau^

étaient couvertes d'écunae; et comme les guerr

riers ayaiqnt attaché leurs boucliers sur lesxleux

bords 4iBs batimeiotsquiii les portaient, ^qu croyait

voir autant d'énormes ^ppissons dont ie$ largçs

lya CHAPITIIR IX.

écailles se biontraient au-dessus des flots blanchissants.

La barque de Ji^dith et de ses deux compagnes n'était suivie que par les longs bateaux qui portaient rarrière-garde, et où étaient entassés des prisonniers que l'on forçait de ramer en les accablant de coups.

Adelinde et Odille se retrouvèrent bientôt au milieu des pays qu'elles avaient traversés la veille. Quand la barque vogua dans les parages de Tiie où Adalbert et Adelinde avaient fait un repas si gai, où ils s'étaient juré un amour éternel, Nitard se lève avec enthousiasme , et , regardant la pointe de TUe, il s'écrie : aScUai au cap des Fiançailles I »

Il fallut expliquer à Judith la cause de cette singulière exclamation. Pendant tout le récit que faisait Nitard, d'une manière qu'il croyait touchante, et qui n'était que burlesque, Adelinde, rouge jusqu'aux yeux, se cachait le visage dans ses deux mains. Quand il en fut au serment qu'avait fait Adelinde à la Vierge Marie, de n'avoir jamais d'autre époux qu' Adalbert, l'irréligieuse Judith se permit de se moquer d'un pareil serment.

« — Croyez-vous , dit-elle à Adelinde , que votre Vierge vous punirait si, infidèle àmon fils, vous en trouviez un autre plus digne de vous ?

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— Pour moi, je n'en doute point, s'écria Nitard; la Vierge est très -jalouse des droits que nous lui donnons sur nous; et, tôt ou tard, elle sait bien les revendiquer. C'est ce que je prouverais bien par un exemple , si vous vouliez tn'écouter.

— Pourquoi non? dit Judith; nous n'avons rien de mieux à faire. Parle ; je n'oublie pas que Rollon t'a institué notre conteur en titre. »

Nitard, tout fier de l'emploi qu'on lui reconnaissait, prit un escabeau , sur lequel il s'assit en Êice de Judith et de ses deux compagnes; et, après avoir toussé deux fois , il commença ainsi :

L'E VfANCE DE LA. VIERGE ^

Çni iHsIûdit os mum , cuitodU ammam Mum : f ni aitUm mconsidtraUu tst md Ufueadwny ttnikt mala.

Provcrb. , ch. XTTI , Tcrset 3.

« Qui sait retenir m langue , se garantit des plus grands dangers : quiconque parle inc^naidérÀnent s*eipote à biea d«s bi«)ix. »

V Le roi Salomon a dit : « Celui dont la langue est insensée , sera puni. »

«c II fut aussi bien cruelleinent puni, pour ses paroles irréfléchies, le jeune Arthur, dont je vais vous raconter l'histoire.

(c C'était le fils d'un riche marchand de Rouen, ville très - voisine du hameau où je suis né. Ses parents, beaucoup trop indulgents pour lui , le laissaient jouer, s'amuser tout le jour avec d'autres étourdis de son espèce. A peine se montraitil à l'église, même les saints jours du Seigneui^;

* Voyez la note XXUI.

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