LE FIANCÉ DE LA VIERGE
même lit, pour dormir tranquillement, chacun de son côté et si loin Tun de Tautre. Quand elle eut bien déploré sou sort , le sommeil la prit à son tour....
«Le jour vint. Arthur se réveilla le premier. En ouvrant les yeux , il vit qu'un soleil pur et brillant éclairait là chambre : tout lui partit gai, riaiit autour dé liii ; et dès -lors , il s'imagina qu'un rève cruel l'avait tourmenté une partie de la nuit. Sa compagne reposait étendue prés de lui , un bras passé sur sa tête ; son beau sein, entièrement découvert, se soulevait doucement à chaque respiratîbtii Il contemple un instant , avec ivresse , toutes les beautés que lui découvre involontairement la femme innocenté et pure qui dort à ses côtés. Il veut la réveiller parie pliis doux des Êaisei^s; mais,' à pieîhe s'ëst-il tourné vers elle, qu'utl froid de 'glace court ddns tousses niembres; sa tête s'appesantît ; il sent (Ju'rl va s'assôùpir malgré liii; Pour éviter le sommeil, il s'éloigne tin peu, se retourne ; et aussitôt
il retrouve sa vigueur et ses premiers désirs.... »
(Peùdant la derhière partie de ce récit, Adélinde tenait les yeux baissés ; une vive rougeur cbiivrait ses jddes. Oâille avait abaissé son voile sur son visage. Un sotfrbé dédaigneux semblait errer sur les lèvres de Judith quî, regardant* fiie-
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ment le conteur, semblait lui dire -: « L'imbécile! il croit à cela. Voilà pourtant les belles histoires dont on m'amusait quand j'étais chrétienne ! »
Mais Judith avait remarqué que leur barque n'avançait plus depuis quelques instants ; elle se lève , en faisant signe à Nitard de suspendre la suite de son histoire , et , s'avançant à la porte 4^ la tente , elle demande aux rameurs pourquoi ils restent immobiles , appuyés sur leurs rames. On lui répond qu'un signal a transmis Tordre à toute la flotte de s'arrêter ; que le commandant a sans doute ordonné quelque petite expédition guerrière sur l'une ou l'autre des deux rives de la Seine. Et en effet, Judith entendit à sa gauche de grands cris qui partaient des collines les plus voisines du fleuve.
La flotte était alors presque en face de l'enceinte fortifiée qui entourait l'abbaye de Saint-* Denis. Judith vit une foule de soldats qui, dispersés sur les coteaux , les gravissaient avec rapidité. Elle appelle alors ses deux autres compagnes pour les faire jouir de ce spectacle. A peine elles étaient hors de la tente, qu'elles voient des soldats qui , tenant dans leurs bras nerveux des religieuses demi mortes de frayeur , les portaient vers les bateaux normands ; des moines que l'on entraînait de même , en les forçant de marcher à force de coups.
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Bn ce moment une nacelle, qui ne contenait qu'un soldat et deux rameurs, se détacha de la grande flotte , et descendit avec rapidité le fleuve. Ix)rsqu'elle fut près de la barque des voyageuses, le soldat annonça qu'il était expédié par Adalbert pour les prévenir qu'ayant appris par des espions que des moines de Saint-Denis et des religieuses du couvent détruit d'Argentoialum étaient allés en pèlerinage à une fontaine miraculeuse dans la forêt de la Caif'a * , le chef avait aussitôt entrepris de lés troubler un peu dans leurs dévotes pratiques ; qu'il avait détaché , vers le lieu du rassemblement, quelques soldats, qui, lesiiyant surpris au milieu de* leurs oremuSj en avaient enlevé à peu près une vingtaine. « Regardez, ajouta renvoyé; regardez le bateau qui les transporte au grand dépôt des prisonniers; il va passer tout près de votre barque. »
L'attention des voyageuses redoubla ; le bateau approchait. On voyait au milieu les moines et les religieuses qui s'étaient laissé prendre , attachés, par couples, les uns aux autres, les mains liées derrière le dos. Leurs gardiens , tenant des sabres mis , étaient postés sur les deux
* L'espace qne convraU la forêt, ou platôt le l>oîs de la Cava , est aiqonrdliai compris dans renceinte de la ville de Saint-Denis.
Fojrez Histoire da diocèse de Paris ^ t. m, p. 945.
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bords. Quand le bateau passa près de la barque, Ôdille s'écria : « Dieu ! yoilà notre abbesse. » Et elle releva, son voile pour que. l'abbe^se pût aussi la reconnaître, et la voir heureuse et libre au milieu des vainqueurs. C'était cruellement se venger : elle ne . put se défendre de ce plaisir, que l'on dit si délicieux ; mais^ dès le soir même, elle en demanda pardon au doux Jésus, comme d'un grand péché, et elle s'imposa une pénitence. ..
L'abbé de Saint-Denis était aussi là , Ué par un bras à l'abbesse, avec laquelle il avait été trouvé sovis les saules qui entouraient la sainte fontaine de la Cava. Odille ne l'avait point d'àbor^l reconqu, car un guerrier^ qui s'était emparé de sa brillante mitre d'abbé, l'avait coiffé d'un sale bonnet brun. L'abbesse, en voyant sa rivale, jeta sur elle un regard de fureur, ce qui fit^ rire . Ôdille aux éclats; l'abbé, au contraire, baissait la tête pour qu'on ne pût jouir de son humiliation. Mais Adelinde., qui l'avait vu. autrefois à la cour de son frère Eudes, le reconnut par le soin même qu'il prenait de se cacher; et^ touchée de compassion, elle dit aux gardiens :
« — Traitez , je vous prie , avec quelque douceur ce prisonnier en bonnet brun ; c'est un des plus proches parents del'éyêque Gozli|i.
— Non, non, s'écria Judith à ce mot; puis-