‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 24 sur 46 · LE FIANCE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LE FIANCE DE LA VIERGE

qu'il porte le ndm de GotUn, gardes, soye^ pow lui piu4 durs, plus inexorables qi)e pptjr le&.aMr très. i> Puis, se t;Ournftrit v!ets.Â.4eliQde; « Pardon, ma chjère fiUe, si je m'oppose à vos bieotvalantes intqntious ; m^ ma haiqe.pour Gozlin et. pour sa famille. est sans botoes; je neaejai satisifaite qiie lorsque cet ifidîgnê ^0m, n^xistéra phis chçz; les bumaiiQS* Un jour, peut-être , sons connaîtrez la caQse trop légitime de t£lnt de fu* rew. » . . ...

Adelindefréfuît en l^.regardant : sesy^ux étineelai^QtMais judithreprit bientôt son c^llBie accour tumé; et toutes trQis^rentrèriçn): squ$ Içuttçnte.

La petite expédit;ion : était terqûnée; la fl^t^ conjtinua sa. route. N^i|afd, assis de nouveau sur ^a escabeau , cberchaU k deviner dans Içs yexxX des trois femipes s'il le]ur serait agréable d'é* coûter la 6n de son bistoire.. Judith s'aperçut de son inceirtitudç ) .et c^t en souriant :

« IHitard brûle de conter; écoutons la fin de sa morale bi^toire; niai$ qu'en se livrant à de certaû^ détails » il se rappelle qu'il est ici de chastes oreilles ; qu'il n'oblige plus Odille à baisser son voile. 9

NitardXiQi^bna avec respect, pour témoigner son obéissance, et recommença à parler ainsi : )

« Nous ^vons laissé le jeune Arthur dans une

l84 CHAPITRE X.

grande perplexité : voulait-il embrasser sa bienaimée , il tombait dans le plus cruel assoupissement; lui tournait-il le dos, il retrouvait aussitôt sa vigueur, son hilarité accoutumée.

<c Les parents, les amis des deux époux s'étaient tous réunis dans la maison d'Arthur pour célébrer le lendemain des noces ; le marié et sa belle compagne durent paraître devant l'assemblée, qui trouva très-étrange leur air triste et confus. Il fallut tout avouer; il fallut dire qu'une invisible rivale était venue s'interposer dans le lit des deux époux ; qu'ils étaient l'un et l'autre tels qu'on lés avait quittés la veille. D'après ce récit , tous furent convaincus que le diable seul pouvait jouer de pareils tours; et l'on s'empressa de députer quelques parents vers Tévêque, pour qu'il voulût bien exorciser celui des deux mariés que le diable tourmentait si ridiculement.

« L'évêque s'empressa de venir : les deux époux se couchèrent en sa présence dans le même lit , et aussitôt Arthur s'écria qu'il voyait la statue, et que de la main droite elle le. poussait hors du lit L'évêque passe alors son étole, prend un aspersoir, et jette force eau bénite sur le lit; il récite ensuite à haute, voix les prières propres à chasser les démons les plus opiniâtres. Il prie , il se fatigue en vain : Arthur ne cesse de crier

LE FIA.NCÉ 1>E LA. VIERGE. l85

qu'il sent toujours la statue près de iui , qu'elle le pince, qu'elle régratigne.

Mais voici bien un autre prodige ! Le saint prélat entend la statue qui lui parle, et il l'en* tend seul ; car il ne parvenait aux oreilles des assistants que les plaintes, les gémissements d'Arthur.

« Prélat , lui disait la voix , épargne tes prières et ton e^u bénite. Ce n'est point ici une œuvre du démon. Celui qui promet d'épouser une femme doit lui garder sa foi. Or , vois cet anneau qu'Arthur a. mis , de son plein gré , à mon doigt, comme gage de son constant amour. Est-ce à la mère de Dieu de céder , à une simple mortelle , son fiancé, son ami ? »

« L'évêque , épouvanté , s'enfuit à ces paroles. Il répéta à la famille d'Arthtir le discours que venait de lui adresser la bienheureuse Marie, et il ajouta:

« Je ne vois plus qu'un essai à faire pour calmer la Mère de Notre Sauveur : elle aime qu'on l'honore par des vœux et des sacrifices, qu'on lui rende un culte solennel. Arthur est riche; qu'il bâtisse une chapelle, qu'il y place une image de sat divine fiancée : peut-être consentirat-e)le alors à rompre l'engagement qu'il a contracte avec elle. »

l86 CHAPITRE X.

« La famille d'Arthur suivi[t un conseil $i salutaire. Sur une des colUnes voisiner de la ville de Rouen ,* elle bâtit à la Vierge une chapelle qui existe encore* Arthur y fit placer une belk sitatqe toute d'argent Tous les jours il allait s^ageuouiller devant cette statue, i^ il y diaait.U'oi$ ^i^e Maria. Un matin qu'il avait prié avec plus de ferveur encore qu'à l'ordiBaire, il.s'ap^çut, en levant les yeux vers la statut , qu'eUe lui tsen* dait la main ; il approche , et ne peut plus dou* ter .qu'eue lai présente son aunei^ui qu'il voit à l'un dç ses doigts. Il le prend sgns que Ja, statue fasse la moindre résistance , et il a'i^nipresse d'al* 1er Le mettre ^u doigt de soi> épjpii^e.qui , à son exemple , était très - dévoue à |^ ; &^ipt;e Yierge. Depuis ce temps , l'image n^. vi^t pli^s a'ppposer aux plaisirs des deux époux; et Arthur a vu çhaqu^ année, jusqujç. dans sa vieiUesssei , sa famille s'accroître d'un nouvel enfant.»

Lorsque Ni tard eut fini, Judith haussa les épaules, et dit : «Voilà l^iieu clique j'attendais 1 vos prêtres ont su faire tourner à leur profit les visioi^ d'un jeune. fou. Poiir una^qhapeUe et une stialue. d'argents ils ont guéri: sou esprit des chim,èresi qui. l'obsédaient Lorsque j'étais chrétienne, j'aurais admiré le coûte dfe Nitard ; aujourd'hui, je suis révoltée de ce qu'il y ait des

LE FIANG£ DP LA. VIERGE. 1,^7

peuples asae/s. stupid^s pour croire ^ à de t^^& fa})ies,^ et des prétr^. assez audacieux pQur les dojaner comme^ £(uthQntiques. Cette scandaleuse histoire. cjup Nitard vient ,^ev9^s répétjer, m^s cbçres aI^ie^ ^ je la ^ais depuis long^temps ; el(e a été np^iç.ei:^ vers, par' uujdéyot chapelain, et je Tai plu$ d'une fois entendu , d^ns o^a jeuneasp, chanter par des m^nesjtrçls, souj; .le portiqi^e d'u^e église idlédiée à, Nolj^e^lpame^» ,

£Ue. allait cantivu^çr 3^s c|éclani£(tipij\s contre nos prêtres e^^oirtre de3;iBi^acles dont poprt^nt la vérité est si incontestable; mais les rameurs rajVerti^erit qu'*uie i;uMceUe venait de se djétacher du mage , ejt qu'un hovqm^yj^i ^ tensiit debout aj^,ipij[^jçu^, cri»it qu^'ij. Savait <quel^ue . chose d'in^portanl^. à çoiumuniqjujej(' aux, personi^^^ de la banque. . KUard npet aussitçl; la^tete hors ^eU tente , et d^ins l'homoie . qui, debout sur la na- , celley s'i^ÇcNPçait de.le^atteiiydre, il i^ççoonaît le pêch|Bur an Gros - Caillou. 11 en avertit Judith , qui donne ordre ajux rarneurs. de sortir de la lieu^ pour aller, à la rencontra; dé la nacelle*

£tenjt9t Iç pçjchei,Mr jpaonte dans la barque , et dès qu'il est entré sous la tente :; !

a — Te voilà donc, mon brave Marc-Loup ? lui dit Judith; quelle nouvelle viens-tu nous apporter ?^

— Digne éppuse <^e mon bienfaiteur RpUpn, un messager de votre fils Adalbert est venu, de

l88 CHAPITEB X.

grand matin, me irouTer dans ma chaumière, et m*a ordonné, de sa part, de chercher, dans les environs de Paris , quelque lieu où vous paissiez être, ainsi que tos deux compagnes de voyage, loin du bruit des armes, si Ton était obligé de £aûre le siège de Paris. Tai ausâtôt pensé que nulle part ailleurs tous ne seriez mieux que sur le Mont' Galérien, Je connaissais parÊdlement les ermites qui y vivent, puisque c'est moi qui leur vends , chaque matin , du poisson. Tsi couru > vers eux , et leur ai dit : « Les Normands approc chent ; dans quelques heures ils seront ici ; « fuyez au loin , si vous ne voulez tous être égor- « gés. Vous savez qu'ils n'épai^ent pas les hom- « mes. qui portent , votre robe. » Ils m'ont cru sur parole : tous ont promptement abandonné leurs cellules , excepté un vieillard infirme , qui habite une maisonnette isolée; mais je suis maître de tout le reste de l'ermitage. Venez vous y établir , si vous m'en croyez. Vpus y serez plus commodément que sous des tentes , au milieu du camp. Qui sait , d'ailleurs , si le siège de Paris ne sera pas d'assez longue durée ? Les Parisiens , je le sais d'un cen tenter de la ville , sont décidés cette fois à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Venez, venez à l'ermitage.^ — Je reconnais bien ta fidélité et ton zèle.

' LK FIAVCIÉ DE LA YIERGC. 189

mon cher Marc-Loup, lui répondit Judith. Nous te suivrons partout où tu nous conduiras. »

Marc -"Loup donne aussitôt ordre aux rameurs d'aborder au pied du Mont-Valérien.

Quand Judith et ses compagnes furent descendues sur le rivage, Marc-Loup leur dit : ail faut vous armer de patience, car nous avons bien des détours à parcourir ayant d'arriver au sommet du mont où est l'ermitage. » Judith prit alors le bras d'Adelinde ; Nitard proposa le sien à Odille, qui le prit en rougissant, et tous suivirent le pécheur Marc-^Loup qui ouvrait là marche.

Judith, tant que dura le voyage, entretint Adelinde des vertus, du courage de RoUon, de son projet bien arrêté de venir se fixer dans la partie de la Neustrie qui avoisine la mer , d'y vivre dans la paix auprès d'elle et de son fils. Nitard racontait à Odille, qui l'écoutait avec intérêt, comment la douce Geneviève, patronne de Paris, avait long -temps habité le village de Nanterre, tout voisin de ce mont; comme elle y faisait paître ses troupeaux ; comment elle parvint à. empêcher que le fier Attila n'entrât, avec ses Huns, dans la cité des Parisiens;. comment cette sainte se rendait , la nuit, avec de jeunes compagnes, à Saint-Denis, pour y prier sur le tombeau du saint , etc. , etc.

igO CHAPITilE X, LB FlAHCé, etC.

Ce ne fut pas $an$ quelque fatigue que notre petite troiipe de voyageurs parvînt à réhnitage. Les cellules des ermites fugitids se touchaient presque toutes. On n*j voyait pour tous meubles, dans chacune, qu'un lit, tme table, deux chaises^ un crucifix d'ivoire et un bénitier d'trne terre grossière, cloués sur les murailles; mais tout y était d'une extrême propreté. Judith eut, pour elle seule ^ deux cellules; ses compagnes en occupèrent deux autres à chaque côté de la sienne. Il y' en avait une très-vaste que l'on réserva pour lieu de réunion.

La nuit était venue; la lune se montrait à l'horizon. Judith, avant de se livrer au repos, voulut jeter les yeux sUr les campagnes qui entouraient le Mont-Valérien: Elle- vit à rhôrizon se dessiner sur le ciel les tours et les baut^ clochers de ce Paris où elle avait passé lés jours de son adolescence ; et elle ne put retenii* Un soupir. Sous ses pieds, elfe avait la Seine; qui tantôt semblait s'enfuir à sa droite'," tantôt reparaissait plus loin en un long 'tfànal argenté. EUé vit entrer dans ce canal lés premièiîés barques dès Normands, et brentc/t ellèk se triontrèrent en si grand nombre que le flèfnvé disparut à ses yeux. Ses idées devinrent tristes eh songeant au LetidemaiÉi; elle srlla se jeter sur son lit, agitée par mille sretatimen ta divers.

l'hemite assassin.

Luxuriosa re$ vinum it tumaltuosa edriéttts. Quicumque his dehctahitur ,- non erit sapietu,

Proverh. XX , \.

« Le yin produit toas les dëréglemcats ; et TivreMe, des rixes sanglants : c*est sagesse de s'en ab- «teîur. n '

L'enlèvement de quelques moines et nonnes , dans les environs de Saint*Denis , avait jeté i'a^ larme dans toute la contrée. De village en village, le bruit se répandit bientôt que les Normands remontaient de nouveau la Seine , et .qu'il fallait s'attendre à d'affreux ravages* Dès le soir de ce même jour , la nouvelle en parvint à Paris ^ et les habitants s'assemblèrent tumultueusement dans les rues, sur les places. L'évéque Gozlin, l'abbé Ebles , vinrent trouver le comte £iides dans le palais , ou plutqt, dans la forteresse qu'il occupait à la pointe occidentale de l'île, et ils arrêtèrent entre eux un plan de défense. L'abbé Ebles alla le communiquer aux habitants ; et par de$ discours véhémente , il excita leur courage.

19^ CHAPITRE Xr.

Il leur représentait combien il serait honteux d'abandonner leur ville , comme ils l'avaient fait dans les trois dernières invasions des barbares , à Fincendie et au pillage. Il leur montrait les murailles relevées et en bon état, les deux ponts rétablis et défendus par deux fortes tours qui , pour être achevées , ne demandaient pins que des travaux de peu de jours. Partout Tardeur était extrême ; tous allèrent préparer leurs armes , et se promirent bien , dès que le jour paraîtrait, de se placer au poste le plus périlleux. A peine le crépuscule du matin permettait-il *de distinguer les objets, qu'on vit sur toutes les hauteurs voisines des troupes de prêtres et de moines qui se pressaient de descendre vers la ville. Ils portaient, sur leurs épaules, des châsses, des reliquaires de toute forme, de toute grandeur, et chantaient , d'une voix lamentable, des litanies, dans lesquelles on répétait souvent ces mots : AfuTore ^ormanorum libéra nos. Domine ! Que de précieuses reliques furent apportées y ce jour-là , de tous les environs et déposées dans la principale église de Paris! A peine elle pouvait toutes les contenir. On y voyait le corps de sainte Geneviève , et celui de saint Germain ; et le chef de saint Denis , et une de ses côtes ; et les os de saint Hilaire, et ceux de saint Hippolyte, présent inestimable que le pape Paul III avait fait, en

Page 1