CHAPITRE XIV, LE LOUVRE. a6l
eau verte et croupissante , le château n'avait . qu'uoje porte à laquelle on parvenait par un vieux pont en bois, couvert d'une lon^e mousse bnjb nâtre ; aucun pied d'homme n'y paraissait empreint.
Marc-Loup franchit , en deux pas, ce vieux pont qui gémit sous son poids. La main armée d'uii gros caillou , il frappe à coups redoublés à la massive porte du château. Les grenouilles du fossé , que le bruit réveille , sont les seuls êtres vivants qui lui répondent par de longs coassements.
Adalbert , alors, ordonne aux hommes de son escorte d'aller briser , avec des haches , la ser-* rure de la porte ; et, en même temps , il fait allumer plusieurs torches. Bientôt la porte semble céder sous les coups des vigoureux ]!7ormânds. Un d'eux , se servant du bois de sa lance , comme d'un levier , rexhaùsse un peu ; en retombant sur ses gonds, elle s'ouvre rapidement , comme si une force invisible l'eût attirée de l'intérieur.
Adalbert et sa suite se précipitent aussitôt dans le château, et se trouvent dans un vestibule soutenu par des colonnes de marbre rouge. Les murs étaient ornés de sculptures qui représentaient des fables de l'ancienne mythologie ; aucune poussière ne les couvrait : là , tout était propre, même le pavé, composé de petits cubes
^6a CHAPITBB XIV.
^e marbre de diverse» couleurs uob entre eux avec sirt et symétrie. Ou eût <ltt que cette habitation 9 dont les dehors préseataient un atpect si sévère et qui paraissait presque en itûnes, n'avait jamais été abandonnée ; qu'elle était encore la propriété de l'un de ces voluptueux Aoniaîns qui furent, autrefois, les maîtres de Lutece, et qui y avaient apporté leurs arts et leurs goûts.
Du vestibule, Adalbert et tous ceux qui Ywo compagnaient toontèrent^par un escalier de marbre blanc , dans les appartements supérieurs. La première pièce dans laquelle ils entrèrent , était une longue galerie sur les murs de laquelle étaient pmnts la plupart des événements que le poète Homère a racontés dans soa Odyssée. L'un des bouts de la galerie était presque eatieremeot occupé par une haute et large cheaninée, daos le foyer de laquelle^ on voyait amoncelés des tronçons de chênes : on eût dit qu'on avait préparé le ff u pour des hôl^es qoe l'on attendait. Comme cette galerie était froide et humide, un des compi^gnons d^ Adalbert approcha sa torche d'une botte 4e foin que recouvrait le bois du foyer. Le bois fui bientôt embrasé , et une lu* mière rougeâtre éclaira la galevi^ dans toute sjà longueur.
Marc-Loup prenant un^ torche, saisijt Nitard
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par le bras et FinTiia à venir avec lui faire la vi* site du château. Nitard 9 poar paraître intrépide, ne refusa pas, et suivit son guide, bien qu'il eût préféré de rester Avec les autres^ Pendant ce temps, Adalbert s'amosa à expliquer, l'un après l'autre , les sujets des tableaux qui couvraient les murs ; et les guerriers , Técoutant avec attention , admiraient le vaste savoir de leur jeune chef. Tous arrivèrent ainsi, pas à pas , jusqu'à lautre ex-^ trémité de la galerie. Là^ ils s'aperçurent que cette lot^gue salle était terminée par un large rideau d'étoffe noire. Adalbert le tim avec force, et Ton vit l'effigie d'une jeune femme vêtue en guerrier : elle avait une ^utrsfsee, des brassards de fer ; une lance était près d'elle ; son casque entr'ôuvert laissait voir une figtire d'une blan* cheur extrême; quelques boucles ide cheveux qui ressemblaietit à de l'or s'échappaient des deux côtés sur le devant de sa cuirasse. La tête était en cire , fes yeux en émaii; on eut cru que eette tété avait encore de la vie, qu'elle allait parler. C'était évidemment le portrait de quelque héroïne. Mais i^uinient, pourquoi se trouvait-il là?
Les guerriers s'épuis»ient en conjectures , lôrS"* que, tout à coup, on vit accourir Nitard, pâle, tremblant , driaht au secouhi. On s'empresse au-
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tour de lui , on lui demande la cause de . sa frayeur; on tâche de le rassurer. Quand il put parler, il s'exprima ainsi :
« Nous avions déjà parcouru, Marc-Loup et moi , plusieurs appartements très - élégamment meublés , et nous étions surpris de l'éxtréme propreté qui régnait partout. Nous avions même désigné la chambre qui nous paraissait la plus convenable pour le logement de notre digne chef j et nous nous apprêtions à venir rendre compte de nos recherches , lorsque , au détour d'un corridor , j'ai cru entendre quelque bruit sur les degrés d'un escalier dérobé qui conduisait sans doute dans les greniers du château. Marc-Loup qui , comme moi, avait entendu le bruit , s'est arrêté et s'est aussitôt élancé , la torche à la main , vers l'escalier. Je n'ai pas jugé prudent de le suivre , et je suis resté seul dans l'obscurité la plus profonde. J'ai attendu quelque temps que Marc-Loup revint vers moi ; mais jugez de ce que je suis devenu,* lorsque mon oreille a été frappée d'un bruit affreux de meubles qui semblaient rouler sur le plafond même du corridor; des cris, d'affreux jurements retentissaient dans les voûtes : on eût dit qu'audessus de ma tête deux armées s'étaient rencontrées , se battaient. J'ai pris la fuite sans savoir où j'allais , et , après mille détours dans
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le plus nmr des labyrinthes , j-aî enfiii troùirë la galerie où vous êtes. Jugez à présent si nous avons sujet de craindre. 9
Les guerriers sourirent de- la poltronnerie de Ifitard; mais par prudence, et pour être sur la défensive, chacun tira le poignard qu'il avait dans son sein.
Bientôt ils entendirent la voix de Marc^Loup qui criait de loin : a Je le tiens! je le liens ! voici le maître du château. » Et on le vit paraître , tenant toujours d'une main sa torche, et de l'au^ tre trsûnant après lui un yieillard vêtu , à la iBHr nière des Francs, d'un sayojh d'une étoffe grossière. Le malheureux vieillard avait reçu quelques légères blessures dont le sang coulait et tombait par gouttes sur sa barbe d'un blanc d'albâtre.
^ Je ne m'attendais pas, dit Marc -Loup en le présentant à Adalbert , à faire ce soir un prison** nier. Fils de RoUon , décidez de son sort. »
Le vieillard se jeta aux pieds d'Adalbert , et lui dit : a — Vous ne voyez point en moi un ennemi ; accordez-moi la vie. Je suis le seul habitant de ce château; vous n'avez à redouter ni sur* prise ni trahison.
— S'il en est ainsi, répondit Adalbert, ne crains rien pour tes jours ; je te prends sous ma protection.» £t il releva le vieillard, et essuya
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lui-^méme le sang qui oativnût son visage. Puis ii lui dit : ce — Apprends-nottS comment ii se fait que tu sois seul dans cette demeure?
— Il y a deux ans , répondit ie vieillard , que vos compatriotes détrutsirctot defond en comble un château que. je possédais sur les bords de roise , coupèrent mes blés et mes vignes ; seul de toute ma lamille , je réussis à ro'échapper. Dans ma fuite , je parvins jusque dans les environs de Paris. Je cherchais un asile où je pusse finir, dans la paix la plus profonde, le peu de jours que me réserve Ife ciel , lorsque fappris que cecbâteau était depuis loog-^temps abandonné; que personne n'osait même s'arrêter près de ses mrurs ; qu'il s'y était commis un grand crime.... Peu timide, et surtout ne donnant nulle confiance aux récits d'apparitions nocturnes de morts, &bies qite le vulgaire ^érit , et que l'on éékiitait en parlant de oe' vieil édifice, j'en pris possession. Je m'en établis le concierge; et vous avez pu juger , en y entrant , que ]*y ai tout laissé comme je l'avais trouvé; je me ^s borne à y entretenir la propreté : c'est à cela aeul que j'emploie toutes mes journées; Je né soi^ qu'tme fois , chaque mois , pour aller à la vttle acbeter quelques c^ééives produisions poul* ma subsistance. Mais j'appris, i4 y a quelles jours, par les cris et le bruit qui, de la ville, parvenaient à nioii oreille,
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que les Normand»' ët^ieift arrivés deisant Paris» Je me renlermai, avec plus, de soin f ncore <fii*'à rordifiaûre, dans ma retraite » où vous a^ez bien su me décotavrir.
-*^ Oui ! dit Adatbert ; et ton cfaâterâ est Idé^ sormais le mien ; siaîs ta n'y perdras rien : je te laisse t^ foncttoos de concûrge. Maintenant tu pourras sans doute me dire, «n concierge èrudît, quelle fut cet;,te femme dont f aï vu ta sta4^ue làbas, sous ce rideau noir.
— Sans doute , répondit le vieillard. Mais son histoire, qui est en même temps celle de la fondation du château, est un peu longue, et je craîjîdrais...
— Contez, conter toujours ^ dit Nitàrd , dont la curiosité ordinaire était ¥ivement excitée par tout ce qu'avait déjà dit le vieillard; la nuit est longue, et mon maître compte Ja passer ici tout i^dtière. 3»
Âdalbert sourit : «Eh bien ! asseyons^nous au^ to^r de ce large foyer, puisque OTitaod «st si avide de coisnaitre l'origine de ce château. D'ailieurs^ il me serait p^U-étre pas pmdent àmous de nous livrer si tôt au socmneiL p
Tous prirent dess ^ég«eé, et se rangèrent en d^iini-cencfe autoiu* du feu de la large c^ieminée. Le vieillard, placé au milieu, allait commencer à parler, quand Marc-Loup , prenant un^ grosse
a68 CHAPITRE XIV.
gourde qui pendait toujours sur l'un de ses flancs, la présenta au vieillard, en lui disant: « Bois , car je t'ai fait grand'peur et un peu de mal; tu dois avoir besoin de te ranimer.»!^ vieillard but quelques gorgées devin; et la gourde passa ensuite de main en main à tous les auditeurs, qui crurent devoir aussi se restaurer, bien qu'aucun d'eux n'eut éprouvé ni crainte , ni danger. « Le vieillard parla en ces termes :
HISTOIRE DE WINDAL ET PAPPULA *.
« Mes dignes et généreux hôtes , je vais vous raconter tout ce que j'appris de la bouche même des Parisiens, quelque temps avant que je prisse la résolution de venir me cacher dans ce vieux château.
«c Celui qui l'a fait bâtir ^ il y a plus d'un siècle, s'appelait fFindal.M avait vu le jour sur les bords de la Tamise. Mais, toujours malade et triste dans son île nébuleuse, il vint, très-jeune encore, respirer l'air pur de nos contrées, et fixa son séjour dans les environs de cette Lutèce qu'aujourd'hui nous nommons plus communément Paris» Le petit bois de chênes qui nous entoure n'est plus qu'un reste de la vaste et ma-
* Vaye» la note XXXII.
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jestueuse foret qui couvrait alors la rive droite, depuis le. grand pont de la cité jusqu'à plus 'de trois milles en descendant le fleuve^ et s'étendait dans sa largeur jusqu'aux deux tiers au moins du Mont-de-Mars. "
a Windal, passionné pour la chasse , passait les jours entiers dans cette foret. Il y avait fait bâtir une chaumière, qui lui seryait de retraite dans les temps orageux, et où il faisait nourrir des chiens anglais très^féroces, mais bons chasseurs.
« Non loin de la cliaumière, et à l'ombre, du plus vieux cbénede la foret, s'élevait une petite chapelle , que desservait un ermite connu sous le nom de Germain d'Auxerre. Ce saint homme jouissait d^ns tout le pays d'une grande, réputation de sagesse, et l'on. venait le consuker d'assez loin. Chaque pèlerin laissait dans sa cha*pelle, uiié offrande plus ou moins précieuse : du lait, des œufs*» des. anneaux et même quelqiies pièces d'argent/* Le chêne qui ombrageait la chapelle étuit aussi . très-renommé. Dans son vieux tronc, était une statue de la Vierge allaitant son divin epfant. ,0n avait essayé plus d'une fois , disait-on , d'ôter du tronc de l'arbre cette petite stati^e : toujours on l'avait retrouvée à la inéme place., :C'iest ^n: mémoire de ce miracle que les dévots, h^tbitants des environs avaient construit la chapelle.
270 CUAPITBH XIV.
«Un malin de printenips, à l'aobe du jour, WîndaU poorsuivaut un jeune cerf ^ se trotiva par hasard dans le sentier (ortiieiiit qui conduisit à la chapelle.* Il j rencontra une jeune fille vêtue de longs habits blancs , les cheveux épars, les pieds no& Elle avait à b main un bouquet de vi(detles. Sa démarche était lente; elle soBpifait, puiselle récitait à voixbasse de plaintives oraisons.
c Le chevalier s'arrête , surpris et comme enchanté de la beauté, de la fralidieur de cette jeune fille. Il la suit quelqoe temps en silence et sans être aperçu ; il voudrait pourtant lui parkr : il se hasarde...»
« — Belle inconnue , quel motif vous amène si matin dans ces bois? pourquoi ces sonpn's, ces prières ?
cUnronge vif colora les îoues delà jeune fille r « — Chevalier , répondit-elle en baissant les yetix, depuis troâs jours ma mère souflrsiît des dou* leurs aiguës : je promis- à ma patronne, si ma m«re gu^issait, de venir, neuf matins de suite, à l'ermîtage de la forêt. Dieu m'a exaucée, et j'exécute mon vxeu. Permettez que je continue ma route*
— Sainte et digne fille ! »> s^ëcria le chevalier: et il la. laissa passer avec respect ; mais il ne put * s'empêcher de la suivre des 'yeux jusque près de la chapelle.
«Le lendemain, il se trouva encore sur leehe*min de la jeune ParisîeDuei^ et , cette foisy il ap«prit $oD nom. £Ue s'appdiait Pappuia^ et elle était née d'une famille romaine établie dans les Gaules , mais que les Francs avaient dépouillée de tous ses biens, sans la réduire pourtant à Tesclavage.
« Le lendemain encore , il l'accompagna jus*qu'à la chapelle, et répondait Jmen! aux oraisons qu'elle récitait. Elle ne. chercha point à le fqir, comme elle avait fait la veille*
fx Un autre jom* , elle lui raconta les petits évi* nemonts de sa vie. £ile n'avait jamais aimé; mais spn frère , qqî aydit un grade dans la compagnie d'archers , voulait la donner en mariage à l'un de ces camarades, dont elle ;ne pouvait .suppcn*-» ter même k vue,
aWindal frémit à cette confidence. c«<-^ Belle Pappula, ne perds pas uq moment; tu peux te soutraire par la fuite à ton tyran : viens partager ma fortune» l'ai acquis de grandes terres ,. là, du côté du MQiit-Valérieii.
ce Pappula l'interrompit , et d'une voix émue : a -T- J'abandoAuerais ma mère! eUe n'a que moi pour .sQutie^i) pour amie... Je serais votre maitresaC) et jamais votre épouse I.. • n'y comptes^pas, cbevaliepr. Hélas! je le sens, j'ai pris trop de goût à vos <lpuK entretiens ; mon cœur sera tout à
VOUS : je ne pourrais le reprendre, quand même je le voudrab.... mais je ne vous verrai plus. Le pèlerinage que j'avais juré d'accomplir finit aujourd'hui; c'est aussi pour la dernière fois que je vous parle. Mon devoir, l'honneur me l'ordonnent. Adieu pour toujours ! »
a Windal fit de vains efforts pour la retenir : elle s'enfuît avec la légèreté du daim de la forêt. Il lui tendait encore les bras , et déjà elle était sur le grand pont de la cité.
« Oh ! qu'il fut malheureux les jours suivants, ce pauvre chevalier anglais! Il errait, triste, inquiet , dans le sentier étroit où , pour la première fois , il avait vu Pappula ; il lui semblait qu'il avait perdu la moitié de sa vie. « Elle m'aime! disait-il; elle me l'a avoué et c'est en ce moment que je la perds !.... Il n'en sera pas ainsi: j'en jure par mon épée ! » *'
a II rêvait aux moyens de la soustraire aux yeux de ses parents, lorsqu'il rencontra l'ermite Germain d'Auxerre , qui se promenait dans la forêt , en lisant à haute voix des versets de la Bible. Il l'aborde :
a — ^ Saint homme, lui dit-il, votre chapelle est trop simple, trop étroite. A peine y pouvez-vous placer les offrandes que l'on voi^s apporte de tous côtés ; j'en veux faire une des plus belles et des plus vastes églises des environs de Paris.
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— Généreux chevalier, s'écria Germain, que Dieu vous maintienne dans ces bonnes inten* tions ! ma chapelle en effet s'écroule de toutes parts, et je ne puis la reconstruire.
— Je la rétablirai , dit Windal, non telle qu'elle est , mais plus magnifique que le temple dans lequel vos pères adoraient Isis , et dont on Toit encore les restes sur la rive opposée. Mais j'attends de vous un service , le plus grand service qu'un homme puisse rendre à son semblable.
— Et c'est?
— De m'aider à former les liens d'un mariage secret avec une jeune Parisienne , sans laquelle je ne saurais vivre. Mes parents, en Angleterre, s'opposent à cette union , parce que ma bienaimée n'est pas d'une famille si noble ni si riche.
— Mais, dit Germain, est-il bien vrai que vous songiez au mariage ? Si vos vues étaient criminellies!....
— Vous-même , ô bienfaisant ermite , vous bénirez notre hymen , là , dans cette chapelle , qui , bientôt
— C'est assez , dit Germain ; je suis porté à vous croire. L'Évangde a dit que tous les hommes sont frères , sont égaux : votre famille n'en suit pas les préceptes , lorsqu'elle montre tant d'orgueil et de mépris pour celle que vous désirez associer à votre sort. »
Qc Alors il s'informa du nom de la jeune fille , et se rappela qu il l'avait vue plusieurs fois priant avec ferveur près de la Notre-Dame du Vieux- Chêne; il n'eu fut que plus porté à servir les deux amants : a Venez demain , dit -il au chevalier, venez à pareille heure ; peut-être aurai-je quelque chose à vous annoncer. » L'ermite prend aussitôt sa besace ; et , s'appuyant sur un long bâton blanc, il s'achemine vers 1^ ville.
<c II ne lui fut pas difficile de trouver la maison de Pappula : il s'y présente. La jeune fille le reconnaît et fond ei\,larmes. « — Oh! mon père, s'écria-t-elle , que votre présence est consolante et douce ! Sans doute vous avez appris que ma mère est de nouveau dans le plus grand danger, et vous venez lui offi^ir les secours de la religion ?
— Vous l'avez dit^ ma fille. » Et il se fait conduire vers la malade , et la bénit trois fois. Puis il dit à sa fille : « — Vertueuse Pappula , vous avez trop tôt discontinué vos pieux pèlerinages. Le ciel se plaît à écouter les vœux purs de la jeunesse ; il faut les recommencer
— Jamais ! » s'écria Pappula dans la plus grande agitation; puis, se repentant de ce qu'elle avait dit, elle ajouta : « à moins que le ciel le commande.
— J'aime à voir cette résignation , reprit Ger-
LE LOUVRE. a^S
main ; j'apporterai demain des remèdes à votre mère, et je vous indiquerai à vous, ma fille, ce . que vous devrez faire pour hâter leur efficacité. :»
« Il la quitta ensuite , après lui avoir permis de baiser la relique qu'il portait toujours sur son sein*
« Wlndal ^attendait avec impatience dans la foret. L'ermite lui raconta en détail tout ce qu'il avait vu , tout ce qui s'était dit dans cette pre<mière visite ; et le chevalier espéra de revoir bientôt sa chère Pappula. Us concertèrent ensemble tes moyens de vaincre la répugnance de cette vertueuse fille pour de nouveaux pèlerinages. Windal recommanda surtout à l'ermite de ne lui rien dire du projet de mariage secret. « Je la connais , s'écriait-il ; elle ne voudrait jamais consentir à quitter sa mère, et le mot de mariage secret offenserait sa délicatesse et sa fierté. »
L'ermite trouva, le lendemain matin, la mère de Pappula plus mal qu'elle ne l'avait jamais été, et sa fille dans un état d'inquiétude et de douleur voisin àû délire. U sentit qu'il. n'aurait pas de peine à faire consentir Pappula à tout ce qu'il lui présenterait comme un moyen d'assurer quelque soulagement à sa mère.
oc Ma fille , lui dit-il avec solennité , il n'y a plus à balancer. La cplère du ciel s'appesantit visibleqient sur vous. Armez-vous de courage ;
376 CHAPITRE XIY.
TOUS en aurez besoin. Cette nuit, l'ange Gabriel m'est apparu en songe, jl m'a appris que votre mère, lorsqu'elle était très-jeune encore, fit le vœu d'aller seule, la nuit, mettre une croix sur la tombe où reposait son aïeul : elle a , dans la suite , oublié ce vœu ; sa fille doit l'accomplir. »
a A ces mots, Pappula sentit son cœur défaillir. Germain s'-en aperçut. « — Rassurez- vous ; il vous serait impossible de retrouver la^ tombe de cet aïeul ; vous satisferez également le ciel en venant à Notre-Dame du Gros-Chêpf.
— Quoi ! s'écrie Pappula ; seule, la nuit, dans la forêt !
— Soyez sans crainte, reprit aussitôt Germain ^ je vous attendrai à quelque distance du grand pont^ et je ne vous perdrai pas de vue. Adieu, soyez exacte: à minuit, entendez-vous! Surtout, * ne parlez point de ce pèlerinage à votre frère ; votre dévouement, s'il était connu, serait sans mérite aux yeux de Dieu. »
«Windal embrassa l'ermite avec transport, lorsqu'il apprit que, dès la nuit prochaine, il pourrait posséder Pappula. II alla choisir et disposer le poste où il devait se placer pour veiller sur sa belle maîtresse pendant son pèlerinage, et écarter d'elle toute espèce de danger.
a Cependant, les hetires de la soirée s'écoulent; de grosses larmes roulent dansies yeux de Pap-