‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 30 sur 46 · LE LOUVRE · texte numérisé non relu

LE LOUVRE

pula; elle aperçut un corbeau sur la girouette de la maison voisine , qui la regardait fixen^ent, et le sinistre oiseau poussa deux cris aigus qui retentirent dans son âme. Minuit sonna. Elle jeta un regard sur le lit de sa mère; ses traits étaient pâles, .défigurés, sa bouche en convulsion. Depuis plusieurs jours elle ne parlait plus; tout à coup, le nom de Pappula sortit de sa bouche...

« Je t'entends, ô ma mère, tu me dis d'aller... tu me reproches ma faiblesse. Je te sauverai, dussé-je mourir. » Et elle descend en silence l'escalier de la maison , elle ouvre sans bruit la porte: tant ell<e craint d'éveiller son frère ! La voilà dans la rue. La lune commençait à paraître; mais, voilée par des nuages épais ^ sa pâle lumière permettait à peine de distinguer les objets les. plus voisins.

ce Pappula arrive à l'entrée du pont qui conduit à la foret. En approchant, elle est surprise de voir que des hommes d'armes étaient en sentinelle à la porte de la tour qui défendait le pont. Elle ignorait, ainsi que l'ermite, que le magistrat, chargé du maintien de la tranquillité publique, plaçait, dépuis quelques jours, des sentinelles en divers endroits pour arrêter des brigands dont on lui avait découvert les projets. Pappula crut, unmqniQnt, qu'il lui serait impos-

ayS CHAPITRE XIV.

siblede sortir de la ville: elle en était désespérée; mais elle remarqua qu'on laissait librement aller et venir les hommes d'armes.

« Elle se hâte alors de retourner chez elle , et, se glissant doucement dans la chambre où dormait son frère, elle change ses habits de femme contre les siens , se couvre de son armure , prend même sa lance , puis revient vers le pont.

a Lorsqu'elle y arriva, un groupe de soldats le passait pour se rendre à quelque poste voisin. ' Elle se met dans leurs rangs; puis, ralentissant sa marche, elle se laisse devancer et les perd bientôt de vue. Elle se trouve alors seule à l'entrée du sentier qui conduisait à la chapelle. Là, le feuillage des arbres rendait l'obscurité plus épaisse. Pappula sentait son cœur battre à chaque pas ; le bruit même de son armure augmentait sa frayeur. Elle courait plutôt qu'elle ne marchait.

(c Windal , caché près d'un buisson , attendait , dans des angoisses inexprimables, l'arrivée de sa bien -aimée. Il voit passer avec rapidité un guerrier couvert d'une armure, et maudît le sort qui amène , cette nuit-là même , un guerrier dans une forêt si solitaire. Deux heures entières s'écoulent ; Pappula ne .paraît pas. Mille pensers douloureux le déchirent : aurait-elle deviné ses projets? n'a-t-elle point envoyé, pour le punir, ce guerrier qu'il a vu passer?... «Eh bienl se di-

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