‹ L'évêque Gozlin, ou, Le siége de Paris par les NormandsChapitre 31 sur 46 · LE LOUVRE · texte numérisé non relu

LE LOUVRE

sait-il 9 s^il en est ainsi, qu'il s'offre à ma colère ; j'ai soif de vengeance.» Furieux, il s'élance dans le sentier, et le parcourt l'épée à la main.

«Comme il approchait de la chapelle, il voit, aux rayonâ de la lune, un guerrier assis sous le vieux chêne : c'était Pappjila qui, exténuée de fatigue, et couverte d'une sueur froide, était, tombée aux pieds de l'arbre.

« Elle entend du bruit , se lève , et , par un mouvement naturel, présente la pointp de sa lance au guerrier qu'elle voit accourir avec fureur. Windal écarte facilement , du revers de la main, cette arme dirigée par un si faible bras, et plonge en même temps son épée dans le sein de son adversaire. Un cri de douleur lui annonce sa triste victoire; mais ce cri est celui d'une femme... Un frisson le saisit; il a déjà une idée confuse de son malheur.

« L'ermite arrivait. Tous deux âls transportèrent dans la chaumière le corps sanglant du guerrier ; ils lui ôtent son casque... Windal re- ' connaît ce beau visage qu'il a tant aimé. Il reste immobile, glacé. L'ermite se frappe le sein, s'arrache la barbe et les cheveux , se roule dans , la poussière.

« Windal pose la ihain sur le front , sur le cœur de Pappula... « Morte !... à jamais morte !... plus de bonheur sur la terre ! » Puis, se tournant vers

a8o CHAPITRE XIV.

rermite : « Mon père , lui dit^il , je vous Tai pnomis; vous aurez une église plus belle que le tehiple de l'antique Isis. Retournez, en attendant, à votre chapelle. Priez, demandez pardon de mon crime et de votre faute. Pour moi , je jure devant Dieu de ne jamais m'éloigner de ces lieux funestes de plus de mille pas. Je vivrai, je mourrai ici même. Telle est la punition que je m'inflige. «

« Il vendit, dès le lendemain , ses terres du Mont- Valérien. De la somme qu'il en retira, il fit bâtir une église à la place qu'occupait la chapelle de Notre-Dame du Vieux-Chéne , et il y fit inhumer, dans un cercueil d'argent, le corpç de Pappula.

« La chaumière qui lui servait autrefois de retraite devint, par les constructions qu'il ordonna, cette espèce de forteresse où nous som-. mes, et dans «laquelle il vécut près de vingt années, sans jamais sortir de son enceinte. Il ne quittait guère cette galerie, au bout de laquelle il avait fait placer, sous un rideau noir, l'effigie que, sans doute, vous avez vue, dç la malheureuse Pappula , revêtue de l'armure . même qui la couvrait lorsqu'elle reçut la mort.

«( Quant à l'ermiXe , il passa le reste de sa vie dans le jeûne et la pénitence. Jamais on ne le vit même sourire. S^ns doute, le ciel lui aura par-

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donné ; car, de nos jours, on rinvqque dans le pays comme un saint, et Ton assure que, tous les jours, il fait des miracles.

ce Wlndal , non content d'avoir élevé de si durables monuments de son amour , voulut encore en consacrer le souvenir par des inscriptions. Vous en pourrez lire plusieurs dans l'intérieur du château , toutes écrites dans l'idiome de son pays. Celle-ci est gravée, à l'extérieur, sur la principale porte , en grandes lettres d'or :

lovjer's castle*.

C'est de cette inscription que les Parisiens ont tiré le nom qu'ils donnent ordinairement à cet édifice de Château du Louvre. Lorsque je songeais à m'y établir, ils me conseillaient de n'en rien faire. «Chaque nuit, me disaient-ils, l'ancien maître du château vient s'y promener , tenant encore dans ses bras la malheureuse Pappula. A une certaine heure, et lorsque le jour commence à poindre, les deux amants poussent un cri, s'embrassent, et disparaissent dans l'ombre. »

« Je n'ai jamais vu les ombres , maii$ quelquefois, je l'avoue, j'ai cru entendre, la nuit, des gémissements dans cette galerie. »

* Chatiau ds l'amant.

'Jl82 CHAPITRE XIV9 L£ LOUVRE.

Le vieillard cessa de parler. Adalbert et les Normamls le félicitèrent de son courage. Quant à ISitard, il n'osait tourner la tête de crainte d'apercevoir les ombres des amants. Rien n'aurait pu le décider à psusser la nuit dans le château. Il voulut repartir aussitôt pour le Mont- Valérien, alléguant, pour motif, que son absence, s'il la prolongeait, inquiéterait trop vivement Judith et ses compagnes. Il demanda une escorte de deux hommes seulement, qu'Âdalbert lui accorda.

Marc-Loup conduisit ensuite Adalbert dans la chambre qu'il lui avait choisie, et se coucha, armé, près du lit où se jeta le jeune homme.

Les Normands, restés dans la galerie, s'étendirent autour du grand foyer, s'enveloppèrent dans leurs longs manteaux, et s'endormirent profondément, sans craindre que l'ombre de l'ancien maître du château vint troubler leur sommeil. <

CHAPITRB XV.

UN 1IIIRAGI.E.

.... FlamméB mm ndtigabontut. Tune extraetmm a pectore crucem , elevo contra ignem : mox in aspectu sanctarum reliqidarum , ita cunctus ignis obstupuitf ac si non fuisset accensus.

Grkgo. Toron., Mâraeul. , lib. I , ch. x i.

« L*ardeiir des flammes ne se ralentissait point. Je tire alors une croix de mon sein , et je la présente au feu : à l'aspect de la sainte relique , le feu 8*amortit , s'éteint sans même laisser de trace. »

GBfsooiKK de Tours.

AucniTB apparition de fantômes, aucun gémissement Cunèbre ne troublèrent le sommeil profond d'Adalbert et de son fidèle Marc-Loup.

Dès qu'une douce lumière vint colorer Torieut, Marc-Loup s'edipressa d'aller reprendre son poste et son rote d'observateur. Après avoir traversé la foret de Mont-Savey et celle de Vilcenna , dont il connaissait parfaitemetit les détours , il regagna la petite anse où il avait attaché sa barque , et retrouva ses filets , comme il les avait laissés, appendus à quelques arbres.

a84 CHAPITRE XV.

De son côté , Adalbert alla parcourir le petit parc qui entourait le château du Lover. Tout, dans ce lieu, lui paraissait triste; tout lui rappelait les malheurs de Tarpant de Pappula. L'automne était déjà avancé : les feuilles jaunies tombaient silencieusement des arbres, couvraient les sentiers tracés au milieu des maigres graminées et des mousses , auxquelles Thumidité de la saison semblait redonner de la vie et de la couleur. Adelinde occupait la pensée du jeune homme. Il savait que l'on ne permettrait leur union qu'au retour de RoUon son père , et seulement peut-être lorsque l'entreprise militaire des Normands contre l'empereur serait terminée. Or, dès le premier pas, les obstacles se multipliaient, car il prévoyait bien que l'armée allait être forcée de séjourner long-temps sous les murs de Paris. Pourrait*il, du moins,, s'éloigner du camp, aller passer de douces journées entre son amante et sa mère ? Il en avait l'espoir , ce qui versait dans son âme un baume consolateur.

Il fut interrompu dans se$ réflexions par un bruit confus de cris d'hommes et de femmes, qui lui parut partir du camp. Il s'arrête , prête de nouveau* l'oreille, et ne peut plus douter qu'on ne se batte dans le camp ou dans les environs: il croit même entendre le bruit des armes qiïi s'entre-choquent. Il court aussitôt vers le châ-

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teau, et, avant même d'y arriver, il rencontre ses braves, qui, alarmés comme lui et par la même cause, avaient déjà repris leurs armes, et marchaient vers le camp; Il se met à leur tête.

A peine ils ont fait quelques pas de plus, qu'ils 'voient une foule de femmes normandes qui, pâles, échevelées et demi nues^ fuy soient vers le bois du château. Elles leur apprennent que les Parisiens sont venus attaquer le camp à l'improviste , et lorsque la plupart des guerriers dormaient encore ; qu'on se battait avec ardeur; mais que les ennemis avaient déjà tait une brèche dans les retranchements élevés de la veille, et dont la terre n'était point encore suffisamment raffermie. En effet, des milliers de Normands fuyaient de toutes parts dans la campagne. Adalbert s'élance au-devant d'eux , les rappelle à leur devoir, tantôt les rassure, et tantôt les menace. Il parvient à en rallier un assez grand nombre qu'il ramène au combat. La troupe qu'il vient de former^ grossie des guerriers qui venaient du château, est asse2 forte pour reprendre l'offensive : tous ne respirent que la vengeance. Bientôt ils arrivent au camp.

Il était temps qu'ils parussent. Le comte Eudes , à la tête de plus de trois mille habitants de Paris , avait pénétré dans le camp jusque près de l'église qui était au centre, et servait de ma-

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gasin. li se préparait à en briser les portes, lorsqu'il fut assailli par la troupe d'Adalb^t Les Parisiens ne tinrent pas à ce choc : il leur fallut reculer de quelques pas , et presque au méoie instant, reprendre le chemin âe la ville, non sans combattre encore , mais en laissant bien des morts sur la route. Ils ne se crurent vraiment en sûreté que lorsqu'ils furent près de la grosse tour. Leurs compagnons qui étaient aux créneaux n'en permirent pas l'approche aux Normands ; jb les accablaient de traits*

• Mais l'évéque Gozlin, qui était entré le premier dans le camp, à la tête des Parisiens, furieux d'être obligé à la retraité, voulut du rooius tenter un dernier effort pour reprendre l'avantage. Il rallie une centaine des plus braves, et, élevant âèrement en l'air une énorme massue qui lui servait d'armes, il s'élance , à leur tête, sur une troupe de cinquante Normands qui devançaient les autres guerriers. Parmi ces cinquante Normands était Âdalbert, qui reconnut l'évéque Goziin à l'emplâtre qui couvrait l'une de ses joues , et aussi à une croix d'or qui flottait sur sa cuirasse. Il commande à ses guerriers de soutenir, sans s'ébranler, sans quitter leurs rangs, le choc de la petite troupe qui allait les atta- 'quer ; et lui , s'avançânt vers l'évéque , il le défie

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